Recherches sur l’histoire de la XIXe dynastie, p
2. Journal L' Égyptoloyie, publié chez J. Dejussieu, à Chalon-sur- Saône.
404 DEUX NOUVEAUX CONTES ÉGYPTIENS
ainsi qu’on le voit dans l’histoire du patriarche Juda. On peut lire au Livre des Proverbes de Salomon un énergique tableau des agissements de la courtisane.
Ces explications préliminaires étaient indispensables pour nous introduire in médias res. J’avertis que j’ai dû suppléer quelques mots et même quelques phrases pour lier les parties du texte interrompues par les lacunes.
l'épisode du jardin des fleurs
Elle me conduisit ma main dans sa main. Nous allâmes dans son jardin pour causer. Elle m’y fit goûter du miel, qui était excellent. Ses joncs étaient verdoyants, ses arbrisseaux couverts de fleurs; il y avait des groseilles et des cerises' plus rouges que le rubis; ses perséas en maturité ressemblaient à du bronze; son bosquet était de la couleur du métal nashem, ses nenni comme les noix de coco qu’on apporte dépouillées ; son ombrage était frais et aéré ; le repos voluptueux y était facile.
Lorsqu’elle me rencontra, la fille du préposé aux vergers l’avait envoyée en messagère- «Viens chez moi, m’avait-elle dit; de- » meure un jour dans la chambre d une jeune fille qui est à moi ; » le jardin est en son jour ; il y a terrasse et boudoir. »
Ici se termine la première page à laquelle il manque une ligne. L’entremetteuse s’adresse à la plus séduisante des Phrynés de l’endroit :
« Les nobles hommes sont joyeux, ravis à ta vue, laisse-les » venir à ta demeure portant leurs précieux joyaux. Écoute! ils » viennent avec leurs richesses; ils apportent la boisson haq pour » toutes tes compagnes, toute espèce de pains pour les repas, des » gâteaux frais de la veille et du jour, et tous les excellents fruits » des parties joyeuses. Viens ! fais un jour de bonheur. »
1. C’étaient du moins des fruits rouges; l’identification des espèces est difficile à établir dans la majorité des cas.
DEUX NOUVEAUX CONTES ÉGYPTIENS
Du premier au troisième jour, elle se tint assise sous l'ombrage. Son Khenmès 1 était à sa droite; il avait amené son domestique pour exécuter tous ses ordres. La cave à la bière fut mise sens dessus dessous pour quelle s'enivrât à son gré, ainsi que son frère2. La servante était une sœur dans ses rendez-vous. « Moi, dit-elle, j'ai des entrailles cachées pour ne pas dire ce que » je vois. Viens ! »
Ainsi finit la deuxième page; le texte est coupé par une ligne qui manque en tête de la page suivante, de laquelle a disparu en outre le commencement de toutes les autres lignes.
Le noble Égyptien a entendu les protestations de discrétion de la jeune femme.
Alors l’entremetteuse vient mettre à profit les bonnes dispositions qu’elle lui suppose :
« Fais-lui présent d'un collier de lapis avec des lis et des tu- » lipes; apporte les fleurs de l'allégresse, des liqueurs, des par- » fums. Qu’il y en ait pour toutes les compagnes! Fais un jour de » bonheur ! »
Je sortis du feuillage, du lieu réservé. Les femmes m’aperçurent et dirent : « Voyez-le sortir vraiment ! »
Elle avait à la bouche une figue de sycomore. Son jardinier vint lui parler: «Fais attention! c’est le frère de la Régente; » tu es donc comparable à l’auguste Princesse! S’il n'y a pas de » serviteurs, moi, je serai le domestique qui servira celui que tu » as captivé. »
Elle se fit placer dans son pavillon du bosquet. Elle ne m’offrit pas un fade breuvage à boire, ce ne fut pas de l'eau qu'on puise à la rivière que j’emplis mes entrailles.
On eut l'idée de plaisanter en disant : « Il ne faut pas boire ! » — « Par ma vie! O ma bien-aimée, amène-moi près de toi. La » figue de sycomore... »