Description
La scène principale représente le jeune ITorus, nu, debout sur deux ou sur un plus grand nombre de crocodiles; sur sa tête juvénile, ornée de la tresse caractéristique de l’enfance, est superposée une seconde tète, énorme, hideuse, avec de saillantes oreilles d’animal. Quelquefois, de la grande bouche entr’ouverte sort une langue pendante; quelquefois ce détail manque; le plus souvent la face est hérissée d’une barbe touffue et droite, mais parfois aussi la figure est imberbe; dans ce cas, elle est labourée de rides et de plis profonds. La tète, habituellement dépourvue de cheveux, est, ou découverte, ou coiffée d’une espèce de bonnet très aplati.
1. Un grand desideratum serait aussi la publication de la fameuse stèle Metternich, qui jusqu’à présent est restée le domaine exclusif d’un petit nombre de privilégiés.
IIORUS SUR LES CROCODILES
Placée sur la tête enfantine, cette figure repoussante semble calculée tout exprès pour faire contraste. Le jeune dieu tient les bras étendus à droite et à gauche; de ses mains il saisit les différents types des animaux malfaisants : des serpents, indiquant tous les reptiles; des scorpions, pour les insectes; une espèce de gazelle, pour les animaux cornus; un lion, pour tous les carnassiers. Les crocodiles, les plus dangereux ennemis des Égyptiens parmi les animaux, sont placés sous les pieds du dieu. Cependant, cette espèce est parfois indiquée par un lézard ajouté aux animaux saisis par les mains d’Horus.
Ces animaux se débattent sous l’étreinte du jeune dieu : les serpents se dressent, le lion se retourne la gueule ouverte. Très souvent les crocodiles font le même mouvement et relèvent la tête d’un air menaçant.
A droite, sur une enseigne, se voit l’épervier d’Horus- Soleil, quelquefois remplacé par Horus ithyphallique à tète d’épervier disqué; à gauche, une autre enseigne représente une fleur de lotus surmontée de deux plumes.
Tels sont les traits habituels de la scène principale; souvent le monument ne contient pas autre chose; d’autres fois, le champ de la stèle est parsemé de figures représentant des divinités variées, qui, toutes, comme celles d’Horus, tiennent des serpents ou d’autres animaux malfaisants : on y distingue diverses formes d’Horus, Thoth, Neitli, Khons, Isis, Ptah, Selk, Neb-hotep, Oer-ITakou, etc.
Enfin, le bas de la stèle, sa face postérieure et ses bords sont souvent couverts de légendes, qui nous en font connaitre la destination.
§ 3. Explication.
La scène d’Horus sur les crocodiles n’a pas encore, à ma connaissance du moins, été expliquée clairement; on a voulu y chercher un symbolisme ayant trait aux plus hautes
HORUS SUR LES CROCODILES
conceptions de la mythologie égyptienne; je crois que le problème est beaucoup moins compliqué. Ces petits monuments sont tout simplement des talismans que les Égyptiens plaçaient dans leurs demeures, ou transportaient avec eux, pour être à l’abri des animaux malfaisants. Un grand nombre des petits monuments répandus dans les musées ont dû avoir un usage analogue.
L’emploi de ces sortes de talismans remonte fort avant dans le Nouvel-Empire; peut-être même est-il beaucoup plus ancien encore. Mais, en ce qui touche spécialement les stèles d’Horus sur les crocodiles, je ne crois pas qu’il en existe d’antérieures à la XXVIe dynastie; presque toutes sont des basses époques, ce qui explique la grande incorrection de leurs légendes.
La scène figurée sur ces monuments en montre bien la puissance magique : un enfant nu foule aux pieds les crocodiles et maîtrise sans effort les lions, les serpents, les scorpions et les animaux à cornes; par son attitude tranquille et sa figure souriante, il semble se jouer des efforts de ses redoutables captifs. C’est précisément cette sécurité que le talisman devait procurer à ceux qui le possédaient.
Cette puissance magique était l’effet des formules qui accompagnent la scène; on en trouvera la traduction plus loin. Pour le moment, je me borne à faire remarquer qu’elles suivent la marche que j’ai indiquée dans mon explication du Papyrus magique Harris. Elles se composent de trois parties distinctes:
1° Une invocation à la divinité dont on veut emprunter le pouvoir ;
2° La mention de quelque fait mythologique dans lequel ce pouvoir s’était manifesté; ces mentions sont surtout puisées dans les événements de la guerre d’Horus et d’Osiris contre Set ;
3° Enfin, une injonction indiquant l'effet magique à produire.
HORUS SUR LES CROCODILES
Dans les stèles d’Horus sur les crocodiles, le dieu invoqué est le vieilli qui rajeunit à son heure, le vieillard qui redevient enfant. On sait que c’est le dieu soleil qui est ainsi désigné par des testes nombreux. Dans l’une des inscriptions du temple d’Edfou, publiées avec tant de soin et de zèle par M. Dümichen, ce dieu est appelé : vieillard le soir, enfant renouvelé le matin \
Pour ce motif, la vie humaine a été comparée par les Égyptiens à la course diurne du soleil; chaque homme, après sa mort, était, comme cet astre, précipité dans les profondeurs de l’occident, et, comme le soleil aussi, il devait, s’il était justifié, se lever semblable au jour renaissant.
L’arrivée à l’occident, c’était la mort; les heures, que précédaient immédiatement l’occultation de l’astre, formaient la vieillesse du soleil, que l’on assimilait symboliquement à la vieillesse chez les humains.
C’est pour ce motif que le dieu enfant le matin et vieillard le soir est figuré, sur nos monuments, avec sa double face; cette tête énorme et grimaçante qui surmonte la scène, c’est celle qui remplace chaque soir la tète juvénile du dieu; il ne s’agit ici ni du dieu Bès, ni d’aucun autre dieu que d’Horus-Soleil lui-même, cet Horus qui n’est autre chose que le soleil pendant sa course diurne, et que les Grecs avaient assimilé à Apollon1 2.
La vieillesse, même celle des dieux, est ordinairement représentée sous la forme d’un vieillard très courbé, appuyé sur un bâton qui soutient sa marche. Mais, dans les stèles d’Horus sur les crocodiles, le personnage du dieu n’est pas dédoublé; sa jeunesse seule est représentée sous la forme humaine complète, sa vieillesse n’est indiquée que par la tête du vieillard.
Pour bien faire sentir le contraste, les artistes égyptiens