‹ Bibliothèque égyptologique (volume 5)Chapitre 6 sur 237 · Hérodote, liv. II, chap. clvi · texte numérisé non relu

Hérodote, liv. II, chap. clvi

HORUS SUR LES CROCODILES

semblent avoir cherché à atteindre l’idéal du grossier et du laid, pour l’opposer à la grâce souriante et enfantine. L’examen de quelques-uns de nos monuments prouve qu’ils y ont souvent réussi1.

Malgré leur respect pour les vieillards, les Égyptiens se représentaient l’âge caduc sous des couleurs bien tristes. Je rappellerai ici le sombre tableau qu’en trace le Papyrus Prisse :

a Voici le chef devenu vieux; l'infirmité est survenue; » la décrépitude a remplacé la fraîcheur; la faiblesse tient » (l’homme) étendu chaque jour; les yeux se rapetissent: » les oreilles deviennent sourdes; le courage est usé; plus » de calme au cœur; la bouche se tait, elle ne parle pas; le » cœur s’amortit, il ne se souvient plus, il manque de la » dilatation de la joie; ce qui est beau devient laid; tout » goût s’éloigne. Ce que fait la vieillesse de l’homme est » haïssable en toute chose; le nez s’en va, il ne respire plus, » d’épuisement. »

On voit que le vieux moraliste du temps des pyramides a chargé aussi fortement son pinceau que les auteurs de nos monuments relativement modernes; ce qui caractérise la vieillesse dans la description comme dans le symbole, c’est l’altération profonde des traits; ce qui est beau devient laid ; c’est ainsi que la gracieuse figure du jeune Horus se transforme, pour représenter la vieillesse du dieu, en un masque hideux.

§ 4. Légendes.

Il existe deux formules différentes. L’une et l’autre s’adressent au même dieu, mais sous des désignations différentes, et elles sont destinées à produire les mêmes effets.

1. Voyez notamment le n° 1049 du Musée de Leyde; Leemans, lor. laud., pl. 13, I A.

HORUS SUR LES CROCODILES

Je commencerai par celle qui se rapporte le plus directement à la scène symbolique :

« O vieillard qui se rajeunit à son heure !

» O vieillard qui se fait enfant1 !

» Accorde qu’il vienne à moi !

» Que Thoth (vienne) à ma voix !

» Qu’il détourne de moi la gueule du crocodile Haou2 !

» Osiris est sur les eaux ;

a L’Œil d’IIorus est auprès de lui Q

» Un grand scarabée aux ailes éployées4 plane sur lui.

» Ne t’approche d’aucune personne, d’aucun membre!

» Quiconque s’approche de celui qui est sur l’eau, s’ap- » proche de l’Œil d'Horus5. . .

1 . La langue française manque de synonymes pour l’idée vieillard. Dans la première phrase, le mot égyptien est [ j^; ce groupe est

quelquefois représenté par le déterminatif seul cation, le mot est

seul signe nétiques.

A la seconde invo-

et quelquefois aussi il est exprimé par le

, qui du reste assume ailleurs encore d’autres valeurs pho-

, littéralement le crocodile retourné ; les crocodiles

sont souvent représentés dans cette attitude impossible; les Égyptiens entendaient par là le crocodile qui revient par derrière et saisit sa victime sans quelle puisse l’apercevoir.

3. A Thoth et à l’Œil d’Horus était attribué un grand rôle dans le mythe d’Osiris, immolé par Set; l’Œil d’Horus avait veillé sur le dieu qu’emportait sur les eaux le coffre dans lequel son adversaire l’avait traîtreusement renfermé. Ce même épisode est rappelé au Papyrus magique Harris, dans une formule également destinée à conjurer les dangers provenant des habitants des eaux. (Voy. Pap. mag. Harris, p. 119.)

Page 1