‹ Bibliothèque égyptologique (volume 5)Chapitre 51 sur 237 · CONSERVÉE · texte numérisé non relu

CONSERVÉE

Entre autres objets rares et curieux, les Révérends Pères Mékhitaristes de l’ile Saint-Lazare possèdent une momie égyptienne en assez bon état de conservation.

Ce monument est placé dans une vitrine de la galerie servant à la riche bibliothèque de l’établissement; sur un premier rayon se trouve le corps, encore couvert de ses bandelettes et de ses enveloppes; toutefois, la tête a été dépouillée des toiles et des appareils tressés qui la cachaient à tous les yeux.

Comme un grand nombre d’autres monuments de la même espèce, la momie de Saint-Lazare a pour couverture externe un filet en perles de verre, sur lequel ont été figurées des divinités symboliques.

En tête se remarque le scarabée, aux ailes éployées, s’élevant au-dessus des lignes ondulées de l’eau céleste; c’est un symbole de résurrection.

Vient ensuite un personnage en gaine à tête d’épervier. C’est l’Osiris momifié qui se redresse en Horus et déploie ses ailes pour la vie nouvelle; les deux Ap-herou, ou cha-

1. Publié en 1870, sous forme d une brochure in-16 de 24 pages, imprimée à Venise, dans l’imprimerie arménienne de Saint-Lazare.

Bibl. ÉGYPT., T. XII.

NOTE SUR LA MOMIE

cals, dont la mission est d’ouvrir les voies de l’occident et de l’orient, sont couchés à ses pieds.

Sous cette scène sont placés les quatre génies funéraires, fils d’Horus, qui symbolisent la conservation des viscères intérieurs du défunt, de même que la momie en conserve les os, les chairs et les parties externes.

La ligne verticale d’hiéroglyphes est le souten-ti-hatap , ou offrande royale à Osiris, dieu grand.

Un deuxième rayon supporte le coffre funéraire et son couvercle.

Je décrirai successivement ces deux parties des monuments.

§ 1 . Le corps, le nom et le titre du défunt.

Du corps momifié la tète est seule visible; elle semble dénoter un homme qui n’avait pas encore atteint les limites de la vieillesse.

Ce personnage a exercé la fonction de

Her-

Sedjef à (1 , pa-Amon , domus Ammonis , Diospolis,

I l /www

c’est-à-dire à Thèbes. La momie doit provenir de la nécropole de cette célèbre capitale de l’Égypte.

Aucune légende, aucun groupe caractéristique ne permettent d’apprécier la date du monument.

On peut seulement conclure de la sobriété de l’ornementation, de l’absence des variantes orthographiques propres aux basses époques, et de la simplicité des formules de prières, que le personnage vivait à une époque antérieure aux Ptolémées. Je pose comme limite inférieure le quatrième siècle avant notre ère.

Le titre de Her-Sedjef qui désigne la fonction du défunt, signifie le supérieur du Sedjef. Je ne l’ai pas encore rencontré ailleurs. Ce titre nouveau est une des particularités les plus intéressantes de la momie de Venise.

Déterminé par le couteau, le mot Sedjef exprime une idée de coupure, séparation , franchement, section. Mais cette définition apprend peu de chose sur la nature réelle de l’emploi exercé par le défunt; nous nous contenterons de le nommer supérieur du franchement de Diospolis, en faisant remarquer qu’il ne s’agit pas nécessairement d’un office en rapport avec le glaive de la loi. 11 est beaucoup plus probable que le défunt présidait à des opérations d’une nature fort bénigne, telles, par exemple, que la séparation des morceaux de choix réservés pour les offrandes dans les temples. Ce point de doute pourra s’éclaircir par la découverte de quelque texte nous montrant le Her- Sedjef à l’œuvre.

L’Égypte n’avait pas de castes à la manière de l’Inde; cependant l’hérédité des propriétés, ainsi que celle des charges et offices, était profondément enracinée dans les mœurs et dans la constitution politique du pays. Le bienfait le plus méritoire dont les Pharaons se fissent gloire, lorsqu’ils énuméraient leurs titres à la reconnaissance de leurs sujets, était d 'avoir maintenu les fis sur le siège de leurs pères.

Mais le fils d’un scribe ne pouvait devenir scribe qu’ après des études réglementaires, des examens et l’obtention d’un titre régulier; aucun emploi public n’était accordé à des individus dépourvus de ce titre. Conséquemment, les droits héréditaires étaient primés et dominés par des règles rigoureuses de capacité. Le fils qui avait succédé à son père n’était nullement rivé à l’emploi paternel; il pouvait viser à l’avancement et cumuler les places. En définitive, l’intelligence et la capacité étaient, dans l’ancienne Égypte comme chez les nations civilisées de nos jours, un acheminement naturel aux honneurs et à la fortune.

La fonction de Her-Sedjef était vraisemblablement assez modeste : l’Égyptien, dont le hasard des événements a transporté le corps au milieu des lagunes de Venise, avait

NOTE SUR LA MOMIE

succédé, dans la ligne paternelle, à trois générations de Her-Sedjef, et à deux dans la ligne maternelle.

Ces explications données, je fais connaître ici la légende complète de ce personnage, telle qu’elle est inscrite sur le couvercle de son coffre funéraire :

Le Supérieur du tranchement de Diospolis Nemenkliet , fils du Supérieur du tranchement de Diospolis Pefasu, fils du Supérieur du tranchement de Diospolis H or, fils du Supérieur du tranchement de Diospolis Djet-Hov.

Sa mère était l’auguste dame Tat-amen-ousorha,

fille du Supérieur du tranchement de Diospolis Djet-Hov,

fils du Supérieur du tranchement de Diospolis Amen-Hov.

D’après les renseignements qui m’ont été donnés à Saint- Lazare, la momie de Nemenkliet a été déroulée; on n’y a trouvé ni papyrus, ni amulettes. Cette pauvreté de garnitures est moins une preuve de la position modeste occupée par le défunt qu’un indice de la coupable négligence des prêtres momiôcateurs. Les explorateurs des sépultures égyptiennes ont maintes fois constaté des signes non douteux de cette parcimonie que les familles ignoraient, et que souvent elles payaient au prix de l’abondance; on a trouvé, par exemple, des femmes placées dans des coffres préparés pour les hommes. J’ai vu moi-même des papyrus funéraires, passeports sacrés pour les régions éternelles, écrits en partie pour un défunt et terminés pour un autre.

Après la mort, le corps était délivré aux momificateurs, qui le conservaient pendant soixante-dix jours, et le rendaient à la famille, clos dans sa boite funèbre pour la cérémonie de l’inhumation. Descendue dans l’hypogée, la boite elle-même devenait à jamais invisible dans son caveau scellé ou dans un sarcophage de pierre. La momie ne devait pas être troublée dans son repos; aucun œil ne devait profaner le mystère de la mort; la conservation du corps était liée,

clans les idées égyptiennes, à l'existence triomphante du Sahou ressuscité et vivant de la seconde vie.

Pour ce motif, les opérations des momificateurs étaient couvertes d’un profond mystère; aucune vérification n’était possible; aussi les abus étaient-ils des plus fréquents. Rarement les prescriptions ritualistiques étaient remplies; seule, l’apparence extérieure était respectée : le coffre est quelquefois richement orné, mais la momie n’en est pas moins dépourvue de tous les accessoires indiqués par le Livre des Morts ' .

Sous les Lagides, les momificateurs furent désignés par les noms de Cholchytes, de Taricheutes et de Paraschistes; ces noms ne sont pas d’origine égyptienne. Cette corporation prétendait faire partie du sacerdoce, mais elle était l’objet d’une répulsion profonde; des règlements la reléguaient dans le quartier des tombeaux et lui interdisaient de loger dans la ville.

Mais les Cholchytes réclamaient contre ces répugnances; ils prétendaient que leur emploi les dispensait de toucher aux cadavres. Ce nom de Cholchytes a été lu en premier lieu par M. Amédée Peyron sur les papyrus égypto-grecs, mais cette lecture a été contestée. M. le Dr G. Lumbroso, de Turin, dans un savant travail sur l’Economie politique de l’Égypte à l’époque des Lagides, a donné d’excellentes raisons pour la lecture loa.jùx^, Choachyte. Le mot viendrait du grec yp-x», et désignerait très convenablement les prêtres chargés des libations funéraires.

A l’époque pharaonique, la population du quartier funéraire était distinguée par la dénomination de gens du Kher; elle habitait les hypogées et comprenait des ouvriers des

1. Lors de l’Exposition universelle de 1867, à Paris, on déroula un certain nombre de momies de grands dignitaires sacerdotaux. Quelquesunes avaient un triple coffre magnifiquement décoré, mais aucun objet précieux ne fut trouvé dans l’intérieur ; pas une ne possédait les amulettes réglementaires.

NOTE SUR LA MOMIE

divers corps d’état, administrés par des fonctionnaires de tout grade hiérarchique, avec des scribes spéciaux. Cette population était assez remuante et indisciplinée; aussi, une force de police était chargée de la surveillance du quartier funéraire; des inspections y étaient faites sous la direction des magistrats de la ville et du nome.

Les textes originaux qui parlent de la préparation des morts mentionnent seulement les purifications dont les corps étaient l’objet, les parfums, les essences dont on les embaumait, les étoffes pures dont on les enveloppait, les figurines et objets symboliques qu’on y joignait, les scènes dont on ornait leurs cercueils, et les prières que le prêtre récitait pour eux. Mais ils sont absolument muets sur tout ce qui touche à l’ouverture du cadavre, à l’extraction des viscères abdominaux et do la cervelle1; l’horreur que ressentaient les Egyptiens do l’époque ptolémaïque pour ces opérations anatomiques n’était pas moindre aux temps anciens. C’est pour ce motif que nous ignorons encore le nom égyptien des funèbres opérateurs. Les textes ne le mentionnent jamais; ils ne nous font connaître que ceux qui revêtaient le corps de ses bandelettes et de ses couvertures, lesquelles ont toutes un sens symbolique et une vertu spéciale, lorsqu’elles sont arrangées selon la règle. Mais le nom de ces opérateurs, qui étaient de la classe des prêtres, est écrit au moyen du signe de l’instrument dont ils se servaient, et dont la valeur phonétique n’est pas connue avec certitude. C’est un des mots égyptiens que l’on reconnaît avec facilité, mais qu’on ne réussit pas encore à représenter par le son'2.

Le corps momifié de Nemenkhet est couvert d’une résille

1. Hérodote, II, lxxxv-xc, et Diodore donnent le détail de ces opérations.

2. Le groupe si fréquent, qui représente l’idée pays, nation , est aussi dans ce cas.

de verroterie, dont les détails figurent des ornements symboliques.

On y voit d’abord les quatre divinités funéraires Amset, Hapi, Kebhsenouf et Tioumoutef, dont la fonction était de veiller à la conservation des parties internes du corps du défunt. Ces viscères étaient déposés dans les vases, auxquels on a donné le nom très inexact de canopes, et plongés dans des aromates qui les conservaient en les transformant. Chacun de ces vases a pour couvercle la tête de l’im des génies funéraires susnommés.

L’ornementation de la résille nous apprend' que la conservation des intestins du défunt avait été effectuée en la manière habituelle.

Elle nous apprend aussi que la cérémonie funéraire de l’offrande, dite royale, avait été accomplie. Cette indication se lit dans les cinq caractères , qui se distinguent

sur la résille et qui se lisent : Souten-ti-hatap , royal don d’offrande. Malgré cette épithète de royal, cette cérémonie était pratiquée pour les défunts de tous les rangs, et renouvelée par les parents aux fêtes périodiques du culte des morts.

§ 2. Le coffre funéraire .

Sur le fond du coffre est figuré l’emblème nommé tat, espèce de guéridon d’offrandes à quatre étagères, qu’on a considéré à tort, selon moi, comme représentant un nilomètre. Quoi qu’il en soit de l’objet ainsi figuré, il exprime l’idée établir, être stable, permanent. C’est un signe de l’immuable durée de la vie nouvelle dans laquelle le défunt est entré après son ensevelissement. Le dos de la momie portait sur ce symbole, tandis que sa face et le devant de son corps étaient recouverts par les parties correspondantes de la déesse Nou, figurée sur le fond du couvercle. Le coffre s’étant trouvé trop petit, il a fallu entailler le cou-

NOTE SUR LA MOMIE

vercle pour faire place à la figure et au ventre du défunt. Cette mutilation de la déesse du ciel, symbole de l’espace infini dans lequel le défunt va faire les évolutions de sa vie nouvelle, est une preuve de l’imprévoyante négligence des momificateurs.

A côté du tat sont représentés d’autres emblèmes, et notamment celui de l’occident et celui de l’orient, qui rappellent la course diurne du soleil, à laquelle le défunt va être désormais éternellement associé.

Les légendes hiéroglyphiques peintes à l’extérieur du couvercle disent simplement que le royal don d’offrandes « a été fait à divers dieux, en faveur de l’Osiris (le défunt), » pour que ces dieux lui accordent tous les aliments exquis, » toutes les choses bonnes et pures, toutes les choses bonnes » et douces ».

C’est dans ces légendes que sont intercalés les titres et la généalogie du défunt, que j’ai fait connaître dans le premier paragraphe de cette note.

La signification emblématique des diverses parties d’une sépulture égyptienne roule sur le dogme de la résurrection; amulettes, figures divines, scènes mythologiques, disposition des enveloppes, sens mystique des légendes, tout se réfère à cette forte espérance de nouvelle vie, qui fait le fonds des doctrines sacrées. Non seulement la seconde vie, qui couronne la mort des justes, mais encore la seconde mort', sort terrible des coupables, sont liées aune rénovation de l’existence après la mort; l’une et l’autre ne doivent pas finir. Mais la vie des élus n’est pas la jouissance tranquille d’un bonheur paradisiaque; c’est une vie réelle, matérielle, comprenant l’accomplissement de tous les actes de la vie corporelle, et la faculté de se transporter instantanément sur tous les points de l’espace, en prenant toutes

1 . L’ Apocalypse de saint Jean se sert de la même expression que le Rituel égyptien.

les formes imaginables. Tous les élus prennent part à la lutte éternelle et incessante du principe du bien contre le principe du mal; ils suivent et assistent Râ ou Osiris dans les phases continuellement renouvelées de cette guerre sans trêve ni fin.

Les damnés ont comme les élus une existence corporelle, et, dans le camp de Set, l’ennemi d’Osiris ou cl’Apap, le grand serpent, ennemi de Rà (le soleil), ils combattent avec l'armée des dieux rebelles, sont vaincus et immolés chaque jour, et chaque jour recommencent les mêmes attaques, qui ne cesseront jamais; dans les doctrines égyptiennes, le principe de la mort a son rôle fatal inévitable; il ne triomphera cependant jamais du principe de la vie et de la conservation, mais tous les deux concourront éternellement au renouvellement périodique des générations, qui continuent, sans temps d’arrêt, l’œuvre première de la création.

Inévitable pour tous les humains, la mort n’était pour les Égyptiens qu’un instant de transition; séparée du corps inerte, l’âme reprenait sur-le-champ une nouvelle vie, et pouvait revenir à son gré animer le cadavre qu’elle avait abandonné. Cette croyance explique le soin extrême apporté à la conservation des corps par la momification. Le défunt justifié sortait de ses bandelettes et quittait la nuit du tombeau, à l’exemple du soleil levant.

Cette opération mystérieuse était l’objet d’une foi vive, bien qn’elle fût contredite par l’expérience montrant l'inertie des corps momifiés, que la tombe ne protégeait pas toujours contre des intrusions violentes. Mais l’esprit humain cherche le mystère, refoule les impressions des sens et les subordonne à la foi et à l’espérance. Les Égyptiens n’ignoraient pas que le corps momifié ne quittait pas l’hypogée. Cependant ils figurent matériellement le phénomène de la résurrection du corps, et le montrent, dépouillé de ses enveloppes, s’élançant lumineux à travers le puits funéraire, pour escorter le soleil dans sa course diurne.

NOTE SUR LA MOMIE

Le Rituel funéraire, qu’on nomme aussi le Livre des Morts , est une collection d'hymnes, de prières et de compositions mystiques, dont la récitation avait pour effet de faciliter pour les morts cette importante évolution de la résurrection, aussi nommée la sortie à l'instar du jour, en égyptien le Per-em-hrou.

La mort a fait cesser la vie; par la momification, les membres déjà rigides ont été serrés, liés et clos, comme pour ajouter encore à l'impossibilité du mouvement, à l’extinction de toute sensibilité. C'est le Per-em-hrou qui va faire tomber ces liens et ranimer le corps. Telle est la signification des cérémonies funéraires. Pour en assurer l’heureux succès, tout devait être prodigué : amulettes, légendes, symboles, hymnes et prières. L’objet le plus important était le rouleau contenant le Livre des Morts, qui, à lui seul, assurait la sortie lumineuse. Ce livre, dont l’origine se perd dans la nuit profonde qui couvre les origines de la civilisation égyptienne, se compose de plusieurs chapitres distincts, ne formant pas un corps inséparable. Un seul chapitre pouvait suffire; mais la piété de certaines familles avait plus de confiance dans le grand nombre des textes mystiques. Le rituel le plus considérable qui nous soit connu ne compte pas moins de cent soixante-cinq chapitres ; mais d’autres rituels contiennent des chapitres autres que ceuxlà. Le nombre de ces compositions s’élevait à plus de deux cents, parmi lesquelles on pouvait choisir. Dans ce grand nombre de textes mystérieux, dont la plupart datent des plus anciennes époques, la pureté de la rédaction originale s’était souvent altérée. Des erreurs grossières s’y étaient introduites, par le fait de l’inadvertance des scribes et surtout par d’inexactes transcriptions des rituels hiératiques en hiéroglyphes. Ces erreurs, consacrées par l’usage, se sont incorporées dans les textes ; on les a respectées, et l’on a ainsi accepté des lectures complètement inintelligibles, même pour ceux qui les employaient. Dans ce cas, il arrive

souvent que le scribe donne une ou plusieurs variantes de la même phrase et nous aide ainsi à découvrir la cause de ces singulières erreurs.

La momie de Nemenkhet ne nous offre qu’un seul chapitre du Livre des Morts'. C’est le chapitre xxvi, dont le titre est :

« Chapitre de replacer le cœur à l’homme dans le Kliar- » Neter » (l’Hadès).

Ce chapitre garnit le dessous du coffre funéraire à partir de la droite de la momie couchée. En voici la traduction :

« Mon cœur est en moi, dans le lieu des cœurs; il est à

» moi, mon cœur, il repose en moi *.

» Je pars et je reviens sans tomber

» Ma bouche est à moi pour parler; mes bras sont à moi » pour abattre mes ennemis; j’ouvre les portes de la terre. » Seb, le plus noble des dieux, m’ouvre les oreilles; il ouvre » mes yeux obscurcis; il redresse mes bras repliés; Anubis » redonne la vigueur à mes jambes. Je me lève. La divine » Sekhet me redresse. Je suis dans le ciel ; je fais ma vo- » lonté dans Ha-ka-Ptah. J’ai l’intelligence dans mon cœur. » Je suis maître de mes bras, maître de mes jambes; je fais » ce que je veux; mon âme n’est pas retenue dans mon » corps. Je suis placé aux portes de l’occident. »

Ici finit le chapitre, qui est une forte affirmation de la résurrection du défunt, opérée au moyen de la réintégration de son cœur dans son fonctionnement vital. Le mort a repris la liberté de tous ses membres ; il raisonne, il parle, il voit, il est maître de faire ce qu’il veut et peut conduire son âme dans les espaces infinis, parce qu’elle n’est plus indissolublement liée au corps.

A la fin de ce texte, et sans doute pour remplir un espace

1 . Il a pu exister un rouleau de papyrus dans la chambre funéraire, qui contenait aussi quatre canopes.

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