‹ Bibliothèque égyptologique (volume 5)Chapitre 54 sur 237 · REMARQUES PRELIMINAIRES · texte numérisé non relu

REMARQUES PRELIMINAIRES

Sans cesse animé de désirs et d’espérances, sans cesse tourmenté par la crainte, l’homme a de tout temps essayé de porter sur l’avenir un regard investigateur. Prévoir les choses futures, en diriger l’accomplissement au gré de ses vœux, tel a été, tel est encore le désir le plus ardent, le plus incessant de l'espèce humaine.

Cette disposition naturelle a donné naissance à toutes les variétés des sciences magiques; à côté d’un besoin aussi universellement senti, se sont manifestés sans tarder les moyens d’y satisfaire. De même que les maladies du corps, celles qui touchent à l’âme ont eu leurs médecins, et surtout leurs charlatans.

Aussi loin qu’il nous soit donné de remonter dans le passé, nous découvrons des traces manifestes de la puissance de la superstition; partout nous voyons l’homme, docile esclave d’une crédulité puérile, chercher des pronostics, soit dans les événements naturels, soit au moyen de combinaisons calculées, et se forger contre les dangers des armes surnaturelles.

L’Egypte, qui a devancé les autres nations dans toutes les branches de la science, marche également à leur tête dans le domaine de la superstition; elle nous a légué une

de l’année égyptienne

collection de formules et d’opérations magiques. Parmi les livres qui traitent de ces matières, quelques-uns ont été écrits vers le XVe siècle avant notre ère, mais il est certain que les formules qu’ils contiennent sont d’une date encore bien plus reculée1.

L’art prétendu de prévoir les événements avait trois divisions principales :

1° L’étude de l’aspect du ciel, d’après les situations relatives des astres et les influences dont on les supposait doués ;

2° La connaissance des pronostics tirés soit de certains événements naturels, tels que le vol des oiseaux, la marche des serpents, le mouvement de la flamme, soit des combinaisons des nombres, de l’inspection des entrailles des victimes, etc. ;

3° Celle des influences bonnes ou mauvaises attribuées aux jours de l’année.

Il est vraisemblable que les Égyptiens ont mis en pratique ces trois manières d’arriver à la connaissance de l’avenir. Toutefois, en ce qui touche l’astrologie proprement dite, qui forme la première de ces divisions, on ne connaît encore aucun document d’origine égyptienne qui en constate l’usage aux temps antiques; mais les témoignages classiques de cet usage sont des plus affirmatifs. Diodore de Sicile, par exemple, s’explique ainsi à propos de l’étude de l’astrologie : « Il n’y a peut-être pas de pays où l’ordre et le mouvement

1. J'ai publié un papyrus de cette classe, sous le titre de Papyrus magique Harris, Chalon-sur-Saône, 1860. Il en existe plusieurs au Musée de Leyde; je les ai décrits dans les Notices sommaires des Papyrus hiératiques du Musée de Leyde (Leemans, Monum. èyypt-, etc.; cf. p. 135 sqq. du t. II de ces Œuvres diverses). Quelques pratiques magiques se trouvent aussi décrites dans mon Mémoire su r les esprits possesseurs {Bull, de l'Athèn. franc., 1856; cf. p. 81-93 du t. Pr de ces Œuvres diverses), et dans un autre travail intitulé : Horus sur les Crocodiles {Zeitschr., 1868; cf. p. 9-22 du t. IV de ces Œuvres diverses).

Bibl. ÉGYri'., T. XII.

» des astres soient observés avec plus d’exactitude qu’en » Égypte. Ils conservent, depuis un nombre incroyable » d’années, des registres où ces observations sont consi- » gnées.

» On y trouve des renseignements su les mouvements » des planètes, sur leurs révolutions et sur leurs stations; » de plus, sur le rapport de chaque planète avec la nais- » sance des animaux; enfin, sur les astres dont l’influence )) est bonne ou mauvaise. En prédisant aux hommes l’avenir, » ces astrologues ont souvent rencontré juste; ils prédisent » aussi fréquemment l’abondance et la disette, les épidé- » mies et les maladies des troupeaux, les tremblements de » terre, les inondations, l’apparition des comètes; et beau- » coup d’autres phénomènes qu'il est impossible au vulgaire » de connaître d’avance, ils les prévoient d’après des obser- » vations faites depuis un long espace de temps1. »

Le même historien, dans sa description du tombeau d’Osymandias à Thèbes, décrit un appareil astrologique : « On montait, dit-il, par des marches au sommet du tom- » beau, où il y avait un cercle d’or de 365 coudées de cir- » conférence et de l’épaisseur d’une coudée. Ce cercle était » divisé en autant de parties qu’il comprenait de coudées; » chaque division indiquait un jour de l’année ; et l’on avait » écrit à côté les levers et les couchers naturels des astres, » avec les pronostics que fondaient là-dessus les astrologues » égyptiens2. »

Mais ni les monuments ni les textes ne nous ont encore révélé l’existence d’instruments répondant à cette description; il est à supposer que, pour ce détail comme pour tant d’autres, l’imagination du touriste a richement brodé le tissu de la réalité. Il est bien certain, néanmoins, que les

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