‹ Bibliothèque égyptologiqueChapitre 100 sur 159 · La présentation du natron du Nord · texte numérisé non relu

La présentation du natron du Nord

bouche est [aussi nette que] la bouche d’un veau de lait, le jour de sa naissance. » Les grains du parfum du Nord et du

Midi ne suffisaient pas encore; il fallait les mêler avec un parfum d’ori-

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gine étrangère, l’encens ( J II ^ sennoutri, le parfum divin). La marche autour de la statue reprenait de plus belle , mais avec une variante (Fig. 3). Le domestique avait mis les grains dans une petite corbeille ou dans une écuelle. Il la posait à plat sur la paume de la main gauche et la portait deux fois à la bouche, deux fois aux yeux, une fois à la main de la statue, autant de fois en tout qu’il y avait de grains. Puis il reprenait sa litanie : « Ta senteur est la senteur d’Horus et réciproquement, ta senteur est la senteur de Sit et réciproquement, ta senteur est la senteur de Thot et réciproquement, ta senteur est la senteur de Sopou et réciproquement. Tu es pur, tu es pur, Osiris N. (quatre fois) ; ton double est propre, tu es parfumé, tu es parfumé. Sois établi au milieu de tes frères les dieux, car ta tête est parfumée, ta tête est parfumée, tes os sont nettoyés de ce qui ne doit pas exister en toi. O OsirisN., je t’ai donné l’œil d’Horus (l'encens) pour en garnir ton visage , [et le parfum] monte, monte [vers toi]. »La présentation terminée, le domestique ou Y ami entassait tous les grains sur un plat creux en

flirts

Fig. 3. — La présenta lion de l'encens.

terre ou en bronze, puis l’élevait à deux mains vers le visage, et le promenait une seule fois autour de la statue. « O OsirisN. , 1 œil d Horus t’est présenté et son odeur monte vers toi.

LE H LIT EL DU SACRIFICE FUNERAIRE

L’odeur de l’œil d’Horus monte vers toi, il vient le parfum méridional, issu de la ville de Nekhabit, il nettoie, il pare, il s’établit à demeure sur tes deux mains, et tu es pur, tu es pur, Osiris N. (quatre fois) \ » L’encens était brûlé en guise de fumigation. Le mitron servait à purifier l’eau du mort et ne passait pas pour un parfum au sens où nous entendons ce mot. C’était l’équivalent antique de ces boulettes d’alun ou de nitre, préparé et mêlé de quelque substance aromatique, que les Égyptiens modernes mettent dans les sîv, afin de clarifier l’eau qu’ils veulent boire et de lui communiquer une légère odeur. La purification de l’eau et la présentation au double des substances destinées à l’opérer étaient le préliminaire obligé de toute offrande solennelle. Les morts n’en avaient pas le privilège : les statues des dieux les subissaient aussi à l’occasion, et l'on voit, au temple de Déir el-Bahari, Amon honoré par Tlioutmosis III de l’eau du Nord et de l’eau du Sud. Le roi tient à deux mains, sur un plateau, les quatre aiguières et les quatre vases rouges; il tourne quatre fois autour du dieu et lui répète à chaque fois : « Tu es pur, tu es pur », comme le domestique ou Y ami du sacrifice funéraire.

Ce prologue achevé, de nouveaux personnages paraissent en scène. Y! officiant et le chambellan (- -(^^j cuni-khontit) vont vers la « syringe et entrent pour voir le mort ». Ils ont l’un et l’autre l’uniforme de rigueur, le pagne court et une écharpe à trois plis longitudinaux, passée sur l’épaule gauche. Le chambellan a les mains vides; l’officiant tient à la main gauche le rouleau de papyrus sur lequel sont tracées les prières ; d’ordinaire il récitait par cœur ce qu'il avait à dire, et le rouleau n’était guère qu’un insigne de sa fonction. Tandis

1. Schiaparelli, il Libro clci Funcrali, pl. l d, lt, a-c, p. 37-53; Dümichen, der Grabpalast des Patucancnap , t. i, pl. vi, 1. 10-15, p. 13-18; Maspero, La Pyramide d’Ounas, dans le Recueil , t. ni, p. 182-183.

LE RITUEL DU SACRIFICE FUNÉRAIRE

qu’ils approchent, « le dispositif de la salle d’Or 1 » a changé. Le domestique s’est enveloppé le corps soit d’une longue pièce d’étoffe, soit de la peau de vache !, et a ramené les deux mains fermées sur la poitrine, où elles reposent poing contre poing; les deux coudes sont en dehors saillants sous l’étoffe. Il s’est couché sur un lit bas et court, Yangareb des Nubiens d’aujourd’hui, les jambes repliées, comme s’il dormait. Les documents que M. Schiaparelli a connus ne lui ont point fourni de figures qui illustrent cette partie de la scène, mais j’en ai trouvé nombre d’exemples à Thèbes, entre autres dans une belle tombe de la XVIIIe dynastie, celle de Menni, que j’ai déblayée pendant les fouilles de 1886 3. En entrant, Y officiant et le chambellan trouvent donc « le domestique couché et sommeillant » devant

la statue; le magasinier (- - | amiasi), debout derrière elle

veille sur le dormeur. Le magasinier s’écrie en les voyant paraître : « Père, père » (quatre fois) et réveille le domestique pour lui dire : « Je trouve les chambellans debout à la porte. » Le domestique se redresse aussitôt et s’accroupit sur son lit ou sur une sellette préparée à cet effet, sans dépouiller le linceul qui l’enveloppe (Fig. 4). Les deux chambellans annoncés, c’est-à-dire Yoffîciant et le chambellan proprement dit, vont se ranger derrière la statue, à côté du magasinier, et tous quatre réunis représentent, selon

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Zosrou m hàit-noubou.

La peau jjj 1 1 1^1 de vache et les cérémonies auxquelles elle don¬

nait lieu sont figurées en partie aux tombeaux de Rakhmiri et de Montou-hi-khospshouf. Il semble bien, d’après certains passages, que ce fût la peau de Sît dont Horus enveloppait la momie de son père. Le mort, passant par cette peau, y retrouvait la vigueur et la vie.

3. La paroi sur laquelle est représenté le sommeil du domestique est reproduite, en fac-similé, dans Maspero, L’Archcologie Égyptienne, p. 147, fig. 151 ; on retrouve les mêmes cérémonies, dans Le Tombeau de Rekhmarâ, que M. Virey vient de publier au t. v des Mémoires de la Mission Française.

LE RITUEL DU SACRIFICE FUNÉRAIRE

la glose \ les quatre enfants d’Horus, les dieux à tête d’épervier, de singe, de chacal et d’homme qui ont enseveli la momie d Osiris. Le domestique est le premier à rompre le silence : « J’ai vu mon père en toutes ses formes. » Les trois chambellans (T officiant , le chambellan et le magasinier) lui répondent, en faisant allusion au mort et à sa statue : « N’est-ce pas ici ton père? » Le domestique réplique par une allusion

Fig. 4. — Le sommeil et le réveil du domestique.

à Osiris, le « dieu dont la face est voilée et qui est roulé dans ses bandelettes » funèbres ; « le dieu dont la face est [recouverte d’]un filet, l’a enveloppé du lilet b » Les chambellans reprennent aussitôt la formule du domestique, formule qui leur appartient comme à lui, puisqu’ils sont, eux aussi, les fils d’Horus : « J’ai vu mon père en toutes ses formes1 2 3 — (les chambellans) protégeant celui qui n’est

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