Scbiaparelli, il Libro dei Funerali, pl. lu c, 1. i
2. Le pronom le, représente ici le père du domestique, dont il
a été question à la ligne précédente, c’est-à-dire le mort.
3. Ici le texte de Séti Ier insère au bas de la colonne, une glose de laquelle il résulte que les quatre enfants d’Horus étaient considérés comme prenant la forme, le premier d’une mante religieuse, les trois autres de trois guêpes ou de trois abeilles.
LE RITUEL DU SACRIFICE FUNERAIRE
plus — (le domestiqué) « si bien qu'il n’y a pas de trouble en lui1. » Les paroles sont mystérieuses, le sens de la cérémonie ne l’est pas moins. La figure qui en illustre les derniers mots dans le tombeau de Séti Ier nous l’explique pourtant : c’est une ombre haute et fluette, noire à l’exception des yeux, dont l’ovale allongé se détache en blanc, nue et les bras ballants
(Fig. 5). 11 me semble que cette apparition est significative.
ombre noire (j[j JJ khaïbit) , après avoir été considérée aux temps les plus anciens comme étant l’âme même de l’homme, n’était plus depuis longtemps qu’une 1 des parties de la personne humaine, comme le double, Y âme , le lumineux et le nom. Disparue à l’instant de la mort et pendant les cérémonies de l’embaumement, tout le temps que le cadavre étendu ne projetait plus d’ombre, on devait la rappeler au moment où on reconstituait l'homme pour sa vie nouvelle, et la rattacher à la statue et au corps, à Y âme et au lumineux , pour que le défunt pût aller Fig. 5. et venir dans sa syringe, en « sortir et y rentrer L'ombre pendant le jour », accompagné de son survivant du mort. r£giementaire, et surtout assister au sacrifice et en recevoir sa portion 2. Le sens du rite et son objet s’expliquent donc : le jeu et les discours des acteurs demeurent une énigme pour moi, et ne seront intelligibles que le jour où nous connaîtrons en leur entier les légendes qui se rattachaient à la mort d’Osiris, et le détail des opérations qu’Isis, Nephthys, Ilorus et leurs compagnons, avaient accomplies pendant l’enterrement du dieu.
La statue et le mort sont purs, l’ombre est fixée au corps et à Y âme, l’ouverture de la bouche et des yeux peut com-
1. Schiaparelli, il Libro dei Funerali, pl. lu a-c, p. 54-68.
2. On voit cette ombre noire représentée parfois dans les vignettes du Livre des Morts, recevant la visite de l’âme, sortant du tombeau, pour aller se promener pendanl le jour, etc.
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mencer. Elle ne s’obtenait qu’au prix de manœuvres compliquées et par le sacrifice de deux bœufs au moins, sans parler des oiseaux et des gazelles. Avant toute chose, le domestique se lève, dépouille le manteau qu’il avait porté jusqu'alors, s’arme d’un bâton court terminé par une fleur de lotus à moitié épanouie, et s’attache sur les épaules un rabat ^ (j O en verroterie ou en pierres fines, un êphod, qui lui descend du cou au creux de l’estomac. Ses trois compagnons prennent pour la circonstance le nom générique d a forgerons gardes du corps ^jcj mas/dtiou), et les quatre réunis représentent une fois de plus les quatre en fants d'Horus. Sitôt costumé, le domestique s’avance vers la statue et la salue du bâton : « J’ai désiré mon père, j’ai sacrifié à mon père, j’ai dressé mon père, je l’ai modelé grande image. » Il continue et tout le monde reprend en chœur avec lui 1 : « Voici les choses qui sont utiles à mon père. — Un seul garde du corps. Travaille-lui la tête. — Le chœur des gardes du corps. Frappe ton père », et ces paroles l’encouragent à attaquer la tête de la statue et à la toucher avec les instruments destinés à l’ouverture de la bouche et des yeux. « Je suis venu, dit-il, pour t’embrasser, moi, Horus ; je t’ai pressé la bouche, moi, Horus, ton fils qui t’aime », et, lé bâton dans la main gauche, il lève la main droite vers la tête de la statue, touche la bouche du petit doigt, et passe derrière elle, tandis que les gardes viennent sc ranger à la place qu’il occupait auparavant. « Frappez mon père, voici qu’il est louable de frapper ton père, la statue de l’Osiris N. » ; puis, chacun revient â sa place et le domestique dit à l’un des forgerons : « Je suis Horus-Sit, je ne permets pas que ce soit toi qui fasse briller la tête de mon père. » C’était, en effet, le devoir du fils de rendre au père les derniers devoirs,
1. Les gloses du texte de Séti Ier : « Romou nibou, tous les hommes ; — Masnitiou , les gardes du corps ; — Masniti, un garde du corps ; — Masnitiou-cishitiou. beaucoup de gardes du corps, » ne me paraissent pas pouvoir être comprises autrement que j’ai faitdans la traduction courante.
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et le domestique , qui représente le fils d’Osiris, Horus, n’entend pas en laisser le soin à un étranger. Il passe donc derrière la statue, s’y transforme, pour quelques minutes, en un personnage nouveau, le suivant d’Horus ( Ami-Khit - Horou), et les trois chambellans en ligne devant la statue s’écrient : « Isis, Horus est venu embrasser son père. » Le domestique regagne alors son poste, les magasiniers reviennent au leur, et l’un d’eux, Y officiant ' , lui dit : « Viens voir ton père. » Le domestique avait pris le bâton et le rabat pour se faire introduire auprès du mort : maintenant que la présentation est achevée, il dépose ces insignes, revêt la peau de panthère, et va se placer debout derrière la statue pour suivre les péripéties diverses du sacrifice sanglant. U officiant assume le personnage d’Horus et annonce l’arrivée prochaine de l’offrande : « J’ai délivré, dit-il, mon œil de sa bouche et je lui ai abattu la cuisse. » C’est Sit, l’ennemi d’Osiris, qu’il désigne de la sorte par un simple pronom, sans prononcer aucun mot de mauvais augure. Au cours de la guerre qui s’était engagée entre les dieux, Sit, travesti en porc, avait saisi l'œil qui renfermait l’âme d’Horus et avait failli le dévorer; maisHorus avait sauvé son œil. Après la victoire décisive, les partisans de Typhon s’étaient cachés dans des corps d’oiseaux, de quadrupèdes et de poissons ; découverts malgré leurs déguisements, ils avaient été décapités. Le sacrifice funéraire était une répétition de ces scènes de carnage : en égorgeant les animaux qui le composaient, on exécutait une fois de plus les ennemis d’Osiris, et on les faisait par la même occasion servir à son bien-être. Le domestique insiste sur cette idée : « Tu as tranché ton œil où est ton âme !. »
Cependant les victimes attendaient au dehors le moment fatal. Les bœufs étaient d’ordinaire du nombre de ceux qui
1. Schiaparelli, il Libro dci Fanerait, pl. lu a-d, lui a-c, liv a-c , lv a, p. 68-81.
2. Schiaparelli, il Libro dci Funerali, pl. lv b-d, p. 82-85.
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avaient été attelés au traîneau et, avaient amené la momie à sa dernière demeure. Le sacrifice passait pour être l’image exact de celui qu’Horus avait offert pour Osiris, lors du premier enterrement, et tous les personnages qui avaient aimé et suivi le mort devaient y prendre part comme jadis tous ceux qui avaient aimé et suivi Osiris. On rappelle donc les deux pleureuses, ^ la grande e t la petite qui représentaient Isis et Neplithys, de l’endroit où elles se lamentaient, puis les enfants d’Horus sortent tous de la chambre; la statue demeure seule pendant quelques instants. Le bœuf était déjà lié et couché sur le sol, au moment où les chambellans paraissaient à l’entrée du tombeau (Fig. 6.). L’ officiant amenait le domestique en face de la tête de la bête, plaçait aux pieds la grande pleureuse, celle qui personnifiait Isis, et s’écriait : « Domestique , saisis— toi du taureau du Midi. » Les cérémonies du sacrifice remontaient jusqu’à l’époque où l’officiant devait aller chasser lui-même le taureau, le lacer, puis l’abattre d’un coup de son épée de bois lourd jj, et le livrer aux bouchers armés du couteau qui le dépeçaient. Le rite complet, tel que le roi le pratiquait encore dans certains cas, comportait les simulacres de la chasse et de la prise au lasso : le sacrifice funéraire supposait l’animal pris, lacé et lié les quatre pieds ensemble devant le célébrant. Celui-ci, qui, dans le cas présent était le domestique, brandissait un instant le casse-tête au-dessus du cou de la bête, sans doute
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Fig. 6. — Le sacrifice du taureau du Midi.
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pour simuler l’abatage, puis le bouclier fendait la poitrine, enlevait le cœur saignant, le mettait sur une écuelle et détachait la patte de devant du côté gauche, tandis que la pleureuse murmurait à l'oreille du domestique : « Ce sont tes lèvres qu’on te fait, c’est ta bouche qu’on t’ouvre. » Le domestique amenait deux gazelles et leur tranchait la tête, une oie et la décollait. « Je te les ai empoignés, lui disait l’ officiant , je t’ai amené tes ennemis, leur tribut sur leurs mains et sur leur tête », comme les prisonniers des pharaons au retour de campagnes lointaines, « et je te les ai immolés,
ô Toumou, qu’on n’attaque pas ce dieu. » Cependant « le boucher donne la cuisse à Yofficiant , le cœur à Y ami, et voici, la cuisse étant aux mains de Yofficiant et le cœur aux mains de Y ami (Fig. 7), Yofficiant et Y ami courent » vers la chambre funéraire « posent la cuisse et le cœur à terre devant ce dieu. »
Fig. 7. — Apport de la cuisse et du cœur à la statue.
U officiant s’adresse alors à la statue : « Je te présente la cuisse, œil d’Hor, je t’ai apporté le cœur de ton ennemi ; qu’on n’attaque plus ce dieu ! — Je t’ai apporté la gazelle qui t’attaquait1 2, tranchant sa tête ; je t’ai apporté l’oie, tranchant sa tête. » Le sacrifice est accompli ; il ne s’agit plus que d'en tirer les conséquences et de préparer la statue ou plutôt le mort à le manger *.
1. Il y a là un jeu de mots intraduisible entre - ârit, le nom
j\ droit, monter contre..., attaquer.
de la gazelle, et le verbe
2. Schiaparelli, il Libro dei Funerali, lv cl, lvi a-b, p. 85-98 ; Dümichen, dcr Grabpalast , t. ii, pl. i, 1. 1-16, p. 2-4.
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On débutait par lui faire goûter la part qui lui revenait. Le domestique ramassait la cuisse que X officiant avait posée à terre et « ouvrait la bouche et les yeux du défunt », en d'autres termes, il frottait ou faisait, à quatre reprises, le simulacre de frotter la bouche et les yeux de la statue avec la chair saignante. « O statue d’Osiris N., je suis venu pour t’embrasser, moi ton fils; je t’ai pressé la bouche. Tanière en pleurs l’avait frappée, tes alliés (les enfants d’Horus) l’avaient frappée, mais ta bouche était toujours bouchée, et c’est moi qui l’ai remise en état, ainsi que tes dents1, ô statue de l’Osiris N., c’est moi qui t’ai séparé la bouche avec la cuisse, œil d’Horus. » Ce n’était qu’une sorte de dégustation, bonne tout au plus à exciter l’appétit du mort. Restait à lui ouvrir réellement labouche. On simulait cette opération sur la statue ou sur la momie, au moyen de plusieurs herminettes à manche de bois et à lame de fer, ou de quelques autres outils du même genre. Chacun d’eux avait son nom spécial qui désignait ses vertus, sans que nous puissions toujours le traduire exactement. Les deux premières herminettes, construites probablement avec le fer et le bois du Nord et du Sud, s’appelaient les deux divines noutriti), et avaient été em¬
ployées pour la première fois par Anubis, lors de l’enterrement d’Osiris : prises séparément, on les nommait l’une la grande étoile (H |j * , siboïrou ), l’autre la pointeuse (c^a
^ A — , tounitot). Le domestique prend les deux divines et en met la lame à quatre reprises sur la bouche et les yeux de la statue en répétant : « Ta bouche était toujours bouchée, c’est moi qui l’ai remise en état ainsi que les dents, ô statue de l’Osiris N., c’est moi qui t’ai séparé la bouche, statue de l’OsirisN., c’est moi qui t’ai ouvert les yeux. O statue de l’Osiris N., je t’ai séparé la bouche avec l’herminette cl’ Anubis, je t’ai ouvert la bouche avec l’herminette d’ Anubis, la cuisse en