Exode , vu
LE RITUEL DU SACRIFICE FUNÉRAIRE
Par les sortilèges dont il était rempli et qui lui avaient valu son nom, non seulement il remettait en état la bouche et les yeux du mort; il lui assurait la domination sur les autres dieux. Nouit avait, en pareille occurrence, soulevé la tète de son fils Osiris, pour qu’Horus et Sit y pussent placer chacun son diadème, diadème de la royauté du Midi et diadème de la royauté du Nord. Elle rendait le même service à chaque mort; les sortilèges contenus dans ces couronnes, ou dans l’uræus qui les décore, enchantaient shodou) les
dieux, les réduisaient à ne plus vivre qu’au gré et par l’influence du défunt, et à n’employer leurs influences
que dans son intérêt. Leur vertu innée sa) paraît
avoir été regardée par les Égyptiens comme une sorte d’esprit, de fluide, analogue à ce qu’on appelle chez nous de différents noms, fluide magnétique, aura, etc. Ce n’était pas sans raison qu’on l’exprimait aux yeux par plusieurs espèces de nœuds de corde <=>»=, ^ ainsi que la vie ^ qui résultait de son application. On sait les rôles importants que les nœuds jouaient dans la magie antique, et le signe du sa n’était sans doute à l’origine que l’image de l’amulette en corde avec lequel on nouait la vertu protectrice à
l’individu qui la recevait. Cette vertu se transmettait par l’imposition des mains et par de véritables passes, exercées sur la nuque ou sur l’épine dorsale du patient ' : c’était ce qu’on appelait sotpou sa, |l^ ^ ^ ^ et ce que j'ai tra¬
duit à peu près par pratiquer des passes. Les dieux, contraints par les sortilèges qui les dominent, se placent derrière la statue avec X officiant et avec le mort qu’il représente ; ils lui imposent les mains, et lui pratiquent les passes qui doivent l'animer, lui infuser la vie. Le reste de la prière n’est que la répétition, sous une autre forme, de cette idée fonda-
1. E. de Rougé, Étude sur une stèle égyptienne appartenant à la Bibliothèque impériale , p. 120 sqq.
LE RITUEL DU SACRIFICE FUNERAIRE
mentale. Le mort, désormais tout-puissant, est roi des deux Égyptes, ce qui entraîne le prêtre à l’identifier avec l'ime des plus populaires parmi les divinités qui avaient régné sur la vallée du Nil, Sliou fils de Râ. En tant que Sliou il renouvelle sur sa propre statue les manœuvres vivifiantes qui l’empêcheront de jamais mourir, et tout cela, grâce aux lierm mettes et à l’oïrhikaou de fer, celui-là même avec lequel on ouvre la bouche et l’œil des dieux lorsqu’ils viennent à mourir eux aussi.
Le premier sacrifice n était pas plus tôt achevé que le second commençait. Il était plus court, car la statue n’exigeait pas de purifications nouvelles, mais il n’était pas moins important que le précédent. La bouche était ouverte ainsi que les yeux, mais certains détails manquaient encore, qui ne permettaient pas au mort de se servir de ces organes aussi aisément qu’il l’avait fait sur terre. Ils restaient ternes et
sans couleurs, leurs mâchoires étaient encore serrées et n’agissaient pas librement. Il fallait, pour remédier â ces inconvénients, l’intervention de nouveaux personnages. L’un d’eux, Y héritier ( □ erpâ), n’a qu’un rôle secondaire. Il prend, pour un moment, la place du domestique derrière la statue, ou plutôt il est le domestique sous un autre nom, puis il récite à Y officiant la formule que le domestique avait déjà employée : « Sa mère en pleurs l’a frappé », dit-il, dans la chambre funéraire, puis il la quitte, et, arrivé dans la chambre aux parfums, il ajoute : « Ses alliés l’ont frappé 1 ». Le suivant d’Horus reparaît et s’écrie de nouveau en présence des magasiniers : « Isis, Horus est venu embrasser son père. » Le domestique déclare aux gardes du corps, comme il l’avait fait quelques instants auparavant, qu’ « il est Horus-Sit, et qu’il ne leur permet pas d’illuminer la tête de son père », mais cette fois, au lieu de se réserver pour lui-même le rôle d’Horus, il le confie au fils même du mort. Le fils qui l'aime (