STÈLES FUNÉRAIRES DE LA XIIe DYNASTIE
été admis par les Égyptiens, comme il n’est pas possible d’en douter, comment ne l’aurait-il pas été par Moïse, qui était initié à toute la sagesse des Égyptiens?
Je conclus en disant que le peuple hébreu, non seulement connaissait parfaitement cette doctrine, mais qu’il en était profondément pénétré. Je n’en veux pour preuve que la vie même de ce peuple, qui n’a été qu’une longue suite d’amertumes et de tribulations supportées avec tant de courage pour sa foi. Si cette foi ne lui avait pas enseigné l’immortalité de l’âme et donné l'espérance d’une vie meilleure, il n’aurait pas souffert pour elle un martyre de dix-huit siècles.
M. Gachon. — Je demanderai à M. Maspero si les Égyptiens ne croyaient pas que la vie se prolongeait au delà du tombeau, dans la mesure des bons souvenirs que les hommes avaient laissés derrière eux sur la terre. C’est ce que j’ai appris dans mon cours d’histoire. C’est ainsi qu’on pourrait également s’expliquer les offrandes après la mort. Pensezvous donc que la durée de la vie après le tombeau dépendait des offrandes funéraires?
M. Maspero. — J’ai parlé du double qui se nourrissait de l’offrande. Je n’ai pas dit qu’il mourût, j’ai affirmé seulement qu’il devait éprouver plus ou moins de désagréments, si l’offrande n’était pas faite ou si elle n’était pas renouvelée par des prières. Mais le double n’est qu’une partie de l’Égyptien, et je ne saurais dire si ce que je crois avoir découvert à son égard n’a pas été appliqué à toute l’àme humaine. Il se pourrait qu’il en eût été ainsi; un système religieux, dans trois ou quatre mille ans, doit subir des changements; mais le fait n’est pas prouvé. Les documents que je connais sont insuffisants pour me renseigner.
M. l’abbé de Meissas. — Ne faudrait-il pas dire que, chez les Égyptiens comme chez les bouddhistes, on rencontrait très souvent de l’incohérence? Dans le bouddhisme, il y a le Nirvana et la rentrée dans la vie; c’est une contradiction comme on n’en rencontre pas dans un état de choses bien
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coordonné. Je tiens avant tout à faire constater l’existence d'une vie future, et je ne puis admettre que la vie soit prolongée au delà de cette terre, seulement dans la mesure des bonnes actions que l’homme y aura posées. La nature humaine est telle, qu’elle doit être récompensée après la mort si elle a fait du bien, et punie si elle a fait du mal.
M. Naville, président. — Ainsi que je le disais tout à l’heure, je crois aussi, avec M. l’abbé de Me i s sas, qu’il y a dans la religion égyptienne de l’incohérence ou du moins des idées que nous avons peine à concilier. C’est pourquoi, lorsqu’on écrit sur cette religion, il faut se garder de la considérer comme un système parfaitement coordonné, comme une doctrine sortie d’une école philosophique. 11 faut d’abord se rendre compte des faits, et ne pas vouloir immédiatement faire une synthèse où l’on risque de s’égarer.
M Guimet clôt ensuite la séance par les paroles qui suivent :
Messieurs, nous ne pouvons pas terminer cette séance sans remercier les honorables savants qui en ont fait tout l’éclat. Vous serez certainement d’accord avec moi pour féliciter le Congrès d’avoir eu à la tête de sa séance égyptienne, des égyptologues tels que MM. Naville et Maspero. Au début, M. Naville a exprimé son regret de ne voir parmi nous ni Chabas, ni Mariette-Bey. Nous avons partagé ce regret, mais, après l’intérêt scientifique de la séance qui va être close, nous ne l’éprouvons presque plus. Nous avons entendu l’intéressante communication et les incessantes explications données par M. Naville, ainsi que la conférence si profonde et à la fois si élevée, qui est le résultat du travail formidable deM. Maspero. Eh bien! je crois que c’est un devoir et un plaisir pour nous de voter par acclamation des remerciements à MM. Naville et Maspero. (Applaudissements .)
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Un mot encore. Il serait vraiment fâcheux que nous ne pussions entendre qu'une fois ces messieurs. Je vous annonce donc que, jeudi matin, MM. N avilie et Maspero, ainsi que M. Berend qui représente ici les États-Unis d’Amérique, viendront examiner avec nous le Musée égyptologique au palais Saint-Pierre. Vous êtes tous conviés à y aller’.
1 . La visite eut lieu, en effet, et j’eus occasion d’y développer à nouveau, sur les monuments, la théorie du double qui avait été formulée nettement pour la première fois dans le mémoire lu au Congrès le 3 septembre.