Cfr. p. 89 du présent volume
LE RITUEL DU SACRIFICE FUNÉRAIRE
face est, la statue cl’ Am on était reportée en avant de la face sud et le second acte commençait. Il renfermait le même nombre de scènes moins une, que le précédent, et les acteurs y reparaissaient dans le même ordre, dans le même costume et avec les mêmes coiffures ; les offrandes seules étaient changées. Après s’être avancé devant le dieu, le souverain le saluait à quatre reprises, puis, le casse-tête à la main droite, le bâton et la massue à la main gauche, il présidait dans l’attitude sacramentelle au sacrifice du bœuf et à l’apport des morceaux delà victime ; il présentait successivement la chair rôtie (?) et les deux vases de vin, « jetait devant le dieu la masse blanche de farine », et versait la double libation d’eau fraîche : le couronnement par Amon est retracé une seconde fois sur le pyramidion. Ces deux actes formaient la première partie de ce petit drame religieux, celle qui était consacrée aux dieux du sud. Les mêmes cérémonies se reproduisaient, dans le même ordre, sur les deux autres faces en l’honneur des dieux du nord. Ce qui frappe avant tout, c’est l’identité presque complète de ces rites solennels avec ceux qu’on accomplissait pour les morts pendant Y ouverture de la bouche. Les purifications et les offrandes diverses s’y succèdent de la même manière, les quatre vases nomsit, les quatre vases rouges, les deux fumigations d’encens ; le roi tourne quatre fois autour de la statue du dieu, comme le domestique autour de la statue du mort, et répète les mêmes paroles. Cette identité des manœuvres extérieures nous obligea penser que l’objet était le même dans les deux cas. On préparait le dieu et le mort, ou plutôt leurs statues animées, à recevoir d’abord les purifications préliminaires, puis les mets, les parfums, les viandes, les habillements qui leur étaient nécessaires. Seulement, tandis que le mort, une fois repu et approvisionné, ne faisait rien, et probablement ne pouvait rien, pour récompenser le vivant, le dieu, en pareille circonstance, avait le droit et la faculté de se montrer reconnaissant. La statue avait reçu parla consécration la
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vertu divine, le sa dont j’ai parlé plus haut 1 ; le sa de vie
, envoyé parle dieu qu’elle représentait, était derrière elle
Y 1 1, qui l’animait et pénétrait en elle, au fur et à mesure qu’elle usait une partie de celui qu’elle possédait en le transmettant. Chaque déperdition de la force divine était réparée par un afflux constant, grâce aux incantations prononcées au moment de la consécration et renouvelées virtuellement, sinon expressément, à chaque sacrifice. La statue commençait par embrasser le roi, lui imposait les mains, et parfois, si elle représentait une déesse, lui donnait le sein ; puis elle le couronnait et lui rendait en autorité divine ce qu’il avait apporté en offrandes matérielles. Il va de soi que le peu d'espace dont l’artiste disposait sur l’obélisque ne lui a point permis de représenter le détail des cérémonies, de placer à côté du souverain les prêtres qui l'aidaient, ni de graver les prières qui accompagnaient chaque mouvement. Sans chercher bien longtemps on trouvera, sur les murs du temple, les mêmes scènes reproduites par le menu et on pourra rétablir le cérémonial dans son intégrité2. Ce n’est pas ici le lieu de le faire : j’ai voulu seulement montrer par un exemple quel intérêt ces tableaux si dédaignés ont pour l’histoire du culte et par suite de la religion égyptienne.
Qui d’entre nous aura la patience de les recueillir, de les classer, et de les traduire ?
Paris, mars 1887.