Éd. Naville, Einleitung, p
LE LIVRE DES MORTS
Le Livre des Morts a déjà été traduit deux fois en entier, en anglais par Birch, il y a vingt ans1 2, en français par Pierret, il y a six années à peine5. Si estimables et si utiles que ces œuvres aient été à leur heure, l’apparition du livre de Naville leur a enlevé beaucoup de leur importance : elles ont été faites l’une et l’autre d’après le texte de Turin, et ne représentent qu’une leçon souvent inintelligible de l’ouvrage égyptien. Je ne puis songer à en publier ici une traduction nouvelle, mais peut-être ne sera-t-il pas inutile d’en donner une analyse exacte. Le Livre des Morts était destiné à instruire3 * l’âme de ce qu’elle doit faire après la vie. C’est un recueil d’incantations, ou, si ce mot effraye trop les personnes qui ne peuvent pas s’habituer encore à reconnaître dans les rites égyptiens quelque chose qui ressemble plus à la magie qu’à la religion, un recueil de prières, dont les unes ont pour objet de donner à l’homme des renseignements généraux sur le sort qui l’attend au delà du tombeau, et dont les autres s’appliquent à des cas particuliers de l’existence funéraire. La première condition à remplir, pour en saisir le sens et la composition, est donc de rechercher quelle idée ceux qui l’ont compilé se faisaient de l’âme et du milieu dans lequel elle tombait en quittant le corps. Point n’est besoin de l’étudier pendant longtemps pour découvrir que cette idée n’est ni une, ni simple. Ce qui survit de l’homme est traité parfois connue un double ko), parfois comme une ombre
1. Dans le grand ouvrage de Bunsen, Egypt's place in Universal Historg, t. v, 1867, p. 123-333.
2. P • Pierret, Le Livre des Morts des anciens Égyptiens, in-18. Paris, 1881, t. xxxiii de la Bibliothèque orientale elsèeirienne de E. Leroux.
Brugsch en avait entrepris une traduction allemande, dont les quinze
premiers chapitres ont été seuls publiés : Das Todtcnbueh der Alten Ægypter dans la Zeitschrift , 1872, p. 65-72, 129-134. M. Lepage-Renouf a commencé d’en donner, depuis 1891, dans les Procecclings de la Société
d’Archéologie Biblique, une nouvelle traduction anglaise.
LE LIVRE DES MORTS
(f^khoîbit), parfois
comme un
parfois comme un épervier à tête humaine, comme un
ba, baï, bi ), parfois enfin
vanneau, comme une grue (
comme un personnage composite qui tient à la fois du double et de l’ombre, de l’esprit et de l’oiseau. Le lieu où réside cet être mal défini est, pour les uns, le tombeau même qui renferme le corps, pour d’autres, notre monde entier ou celle des régions de notre monde où il lui plaît se transporter, pour beaucoup, un monde différent du nôtre et qu’on atteint après un voyage plus ou moins pénible. J’ai parlé déjà et du double et du sort qui l’attendait dans son tombeau 1 2 : je n’ai pas eu encore l’occasion d’exposer ce que c’était que cette autre terre (j (j que les textes mentionnent souvent. La description complète ne s’en trouve nulle part, mais, en réunissant ce que nous apprend le Livre des Morts aux enseignements que contiennent les autres livres religieux, on parvient à en recomposer le tableau général, et par conséquent le système de l’univers tel que les Égyptiens l’avaient imaginé.
Au commencement, « quand il n’y avait pas encore de ciel, qu’il n’y avait pas encore de terre, qu’il n’y avait pas encore d’hommes, que les dieux n’étaient pas encore nés, qu’il n’y
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avait pas encorede mort3, » le N ou y^^seul existait, l’eau,
principe de toute chose, et dans cette eau primordiale, Toumou, le père des Dieux 4. Le jour de la création arrivé, Shou souleva
1. Revue de l' Histoire des Religions, t. xii, p. 123 et suiv. ; cfr. p. 152 sqq. du présent volume.
2. C’est l’expression employée, entre autres, dans la stèle C. 24 du Louvre, 1. 2 (Gayet, Stèles de la XI F dr/nastie, pl. xvn).