Brugsch, Dictionnaire géographique, p
LE LIVRE DES MORTS
en réalité, la porte de l’autre monde, était donc à la hauteur de Unes. D’Abydos à Iléracléopolis, le soleil avait marché vers le Nord. Et ce n’est pas tout. Le chemin que le soleil parcourait durant cette première étape était évalué à la distance qui sépare Abydos d'Héracléopolis. Comme chaque heure avait un domaine de longueur sensiblement égale 1 , peut-être avonsnous le droit d’estimer que la longueur totale du monde, entre Abydos et la porte Sacrée, équivalait à six fois l’espace qui sépare Abydos d’Héracléopolis : si ce calcul est exact, combien était borné l’horizon géographique des Egyptiens à l’époque où le mythe prit naissance ! La glose du verset 15 complète les renseignements que celle du verset 14 nous avait fournis. La terre des habitants de la montagne d’Horizon, à laquelle le mort arrive, est « le jardin d’Ialou, où des dieux qui sont derrière le sarcophage produisent les provisions2. Quant à cette porte Sacrée, c’est la porte où Shou soulève le ciel3, — en d’autres termes, c’est la porte nord du Daït. — en d’autres termes, c’est la porte à deux battants par laquelle s’avance Toumou, lorsqu’il s’avance vers la montagne orientale du ciel. »
1. Le Papyrus sans nom, que Dévéria a traduit ( Catalogue des Manuscrits égyptiens, p. 21 sqq.), et que Pierret a publié en transcription hiéroglyphique ( Recueil d’ Inscriptions inédites , t. i, p. 103 sqq.), nous donne les dimensions du domaine de chacune des trois cent neuf atourou (1,866,785 m.), large de cent vingt (763,800 m.). Le domaine des autres était de même longueur, comme on le voit par d’autres documents.
2. Ces dieux, que les vignettes du ch. xvn du Licrc des Morts (édit. Naville, 1. 1, pl. xxvm) montrent en effet derrière le catafalque sous lequel repose la momie du mort, sont, ou bien les deux Nils du nord et du sud, ou bien le Nil et sa forme féminine Mirit, les maîtres de l’inondation.
3. La porte Sacrée est représentée dans les vignettes, tantôt ouverte et laissant paraître entre ses deux montants le disque solaire ou le dieu Toumou à forme humaine, tantôt fermée et verrouillée ( Licrc des Morts, édit. Naville, t. i, pl. xxvm). Le texte dit que les soulèvements de Shou s’y accomplissent, c’est-à-dire que Shou y commence à soulever la déesse Nouit chaque matin. J’aurai plus loin (p. 340) l’occasion d’expliquer ce que cette phrase signifie.
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La terre à laquelle arrive le mort est donc le domaine propre d’Osiris, le jardin d’ialou, le paradis où il vivra désormais nourri des mêmes provisions que les dieux. La porte par laquelle il pénètre dans ce jardin, la porte Sacrée, est placée par les deux gloses au nord du ciel, au point où Shou commence à relever la déesse Nouit et à préparer le jour. Si l’on veut savoir à quel moment précis de la nuit le soleil arrive à la porte, et par suite à quel endroit précis de l’autre monde la porte se dresse pour le recevoir, il convient de s’adresser au Livre de savoir ce qu’il y a dans le Daït. Là, les douze heures sont partagées en deux séries, dont chacune était tracée sur un mur opposé du tombeau d’Osiris. Les six premières couvrent le mur du sud, c’est-à-dire se rattachent à la fois au sud et à l’occident ; les six dernières sont dessinées sur le mur du nord, c’est-à-dire sont rattachées à la fois au nord et à l’orient h Quand le soleil parvient à la sixième heure, il y rencontre le domaine d’Osiris, et, dans le Livre des Portes des tombes royales, Osiris lui-même, qui siège sur son tribunal pour le juger comme il juge tous les morts, hommes ou dieux 1 2. La sentence rendue, l’âme humaine ou divine pénètre dans la septième heure, où elle subit sa destinée. Osiris est établi, comme on voit, en avant de son domaine, pour en interdire l'accès à lame dont les lettres de créance ou le passeport ne lui paraîtront point valables. Ses domaines propres, les jardins d’ialou, commencent avec la septième heure. La porte Sacrée est la porte qui sépare la sixième de la septième heure ; et, puisqu’elle est la porte septentrionale du Daït, le point extrême de la course du soleil, celui à partir duquel il se dirige vers l’Orient, est placé juste au milieu du Daït, à égale distance de Bâkhou et de Manou.
1. Pierret, Recueil d’inscriptions, p. 112-113, où le texte égyptien n’est pas traduit.
2. Cfr. Lefébure, The Book of Hculcs, dans les Records of thcPast, lrc série, t. x, p. 111 sqq.
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Le système est à la fois grossier et compliqué, pas plus cependant ({ue ne l’étaient les théories des auteurs de cosmogonie et des premiers philosophes chez les Grecs'. On en retrouve chez les apologistes chrétiens de langue grecque et latine, qui ne sont pas beaucoup plus raisonnables 2 . Ajoutons que la mythologie donnait à ces idées une forme plus extravagante encore que celle dont les revêtait la science égyptienne. D’après la théorie très ancienne à laquelle j’ai déjà fait allusion, le ciel est une vache au ventre étoilé, dont les quatre jambes représentent les quatre piliers du monde, et le soleil naît au matin par les voies naturelles sous la forme d’un veau3. Ce veau devient, au cours de la journée, le taureau de Râ, ou le soleil taureau, taureau qui a quatre cornes, comme le bélier d’Amon ou d’Osiris a quatre têtes, une corne et une tête pour chacun des quatre points cardinaux. Ce taureau soleil était le M né vis d’Héliopolis qui. de même qu’Hapis de Memphis, devenait après la mort un Osiris taureau, c’est-à-dire Osiris, taureau de l’Occident, et renaissait le lendemain matin, sous forme de veau, des flancs de la vache céleste. D’après une autre doctrine, le ciel était une déesse à corps de femme, étendue sur le dieu homme Sibou, la terre4. Chaque matin,
1. Cfr. l’exposé du système d’Anaximène dans Hippolyte, Sur les
Hérésies, I, 7 : Oj xivsT<70at ox i>—'o yrjv xx xaxox Xâvsi x aOùiç Ëxspoi 'jtïo- Xrp pxatv, âXXà Trep? xr,v r,p£x;pav xïtpaX'O uxoLexx1. xô ixtXiov, xp'JTTxea-Oa! xs xôv rjXiov o 'j / 'jtxô yr, v '( evôpevov, àXX' uxcà xôjv xrjç Xv°x:Épcov
p.îOwv crxsîxxôfzsvov, xx:. Six x/|V TiXitova r, p.ü>v xôxoù yevofjdvTjv aTrôa'xaa’iv. Qu’Anaximène ne fût pas seul à penser de la sorte, cela résulte du passage d’Aristote (Mètéorol. , n, 1, 354, a, 28) : Tô ttoXXoùç ix2i<j0-?jvxi xtov àpyauov p.îXEiopoÂoyiov xôv r.X'.ov p/j tiîo=:rOat utïÔ ttsoi xt,v •/ ?, v
xxl xôv Tjiïov xoôxov, x. x. X. Sur ces opinions, v. Zeller, La Philosophie des Grecs (trad. Boutroux) t. i, p. 250 sqq.
2. Voir à ce sujet Letronne, Des Opinions cosinographiqucs des Pères de l’Eglise , rapprochées des doctrines philosophiques de la Grèce dans ses Œuorcs choisies (édit. Fagnan), iT partie, t. î, p. 382 sqq.