Teti
LE LIVRE DES MORTS
reconnaître dans les données de leurs livres: ils croyaient, et ce leur était assez.
Les chapitres xcix-ci nous fournissent, dès l’entrée en matière, un exemple bien curieux de ce que j’avance. Le premier « chapitre, de mener le bac dans le Kliri-noutri 1 2 , » nous est connu par plusieurs versions de date fort ancienne. Le mot que je traduis par bac est traduit d’ordinaire par barque et confondu avec la barque du Soleil. On remarquera pourtant que la barque du Soleil est toujours nommée oua s=^, ouaou (j , et qu’on ne la trouve nulle part désignée par mâkhonit, mâkhenit Jbvi , qu’emploie
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l’auteur de notre chapitre. C’est qu’en effet la barque du Soleil, ^ (j oua ni Râ et le bac en question
mâkhenit appartiennent à deux mythes et n’avaient rien de commun à l’origine. Les textes des Pyramides nous apprennent que le mort, après être monté au ciel soit par l’échelle, soit par tout autre moyen, rencontrait sur son chemin un canal ou un lac profond, le lac ou le canal de l’Autel (Kha) \ Il ne pouvait le franchir, et par conséquent arriver aux jardins d’Ialou, qu’à la condition de passer sur l’aile de Tliot ou de monter dans le bac mâkhenit d’un nocher céleste, ancêtre éloigné de Charon3. Le mythe du passeur qui conduit au domaine d’Osiris est analogue aux nombreuses légendes de l’Ancien et du Nouveau Monde, dans lesquelles on conçoit le séjour des âmes comme séparé du reste de la terre par un cours d’eau infranchissable aux vivants4. Le bac égyptien a
1. Le ch. xcix dans Naville, t. i, pl. cx-cxii, et Einleitung, p. 149-151.