I.E LIVRE DES MORTS
pour que je m’arrête à les décrire. Je veux seulement noter en passant que la félicité dont on y jouit est toute matérielle et n’est due qu’à la vertu des prières ou des offrandes : l'idée d’une rétribution ne commence à se dessiner d’un trait net que dans les chapitres qui suivent, ceux qui aboutissent aux scènes du jugement de l’âme. Aussi bien, la conception osirienne de l’autre monde paraît s’être dédoublée de bonne heure. D’après ce que j’ai dit jusqu’à présent, l’âme, en sortant de notre vie, se dirige vers l’Occident, franchit l’eau, et, si elle est suffisamment protégée, pénètre aux jardins d’Ialou. Maintenant nous la voyons prendre une route différente et tendre vers un autre but. Elle implore les âmes de Pou et les âmes de Klionou, en d’autres termes les dieux du Nord et du Midi, qui s’étaient mêlés aux luttes d’Horus et de Sit sur les bords du lac de l’Autel et qui avaient assisté l’Œil d’Horus dans ses épreuves1. Elle implore les âmes d’Héliopolis et d’Hermopolis, ou les esprits de l’Est et ceux de l’Ouest 2. Lorsqu’elle s’est ainsi rendu favorables les dieux qui président aux quatre grandes régions du monde, et s’est procuré le droit de circuler librement dans le ciel entier, elle commence à escalader la montagne de l’Ouest et monte vers la porte des Couloirs (Ro-staou), qui donne accès à l’empire d’Osiris3 4. La porte franchie, comme elle a connaît le nom d’Osiris 1 », elle a entre au grand palais 5 » du dieu,
1. Les ch. cxn, cxm dans Naville, t. i, pl. cxix-cxxiii, et Einlcitung ,
2. Le ch. cxv ne s’est pas rencontré jusqu’à présent dans la recension thébaine. Les ch. exiv, cxvi dans Naville, t. i, pl. cxxvi-cxxvii, et Einlcitung, p. 155; ils ont trait aux âmes d’Hermopolis.
3. Les ch. cxvii, cxvm dans Naville, t. i, pl. cxxviu-cxxix, et Einlcitung, p. 157. Cfr. pour le Ro-staou, les p. 334, 336, 342 sqq. du présent volume.