‹ Bibliothèque égyptologiqueChapitre 145 sur 159 · Le ch. exix dans Naville, t. i, pl. exxx, p · texte numérisé non relu

Le ch. exix dans Naville, t. i, pl. exxx, p

5. Le ch. exxm dans Naville, 1. 1, pl. cxxxi. Le début du texte prouve bien qu’il s’agit ici d’Héliopolis : « Salut à toi, Toumou, je suis Thot et j’ai jugé entre les deux ennemis Horus et Sit. » Toumou est le dieu d’Héliopolis.

LE LIVRE DES MORTS

que la tradition plaçait à Héliopolis, « aborde les gardiens d’Osiris1 », c’est-à-dire les enfants d’Horus, les quatre génies des vases canopes, qui veillaient sur la momie, et « pénètre dans la salle des deux Vérités, où elle se sépare de tous les péchés qu’elle a commis et contemple le dieu face à face 2 ». Elle récite cette longue confession négative, qu’on a tant de fois citée, depuis le jour où Champollion en découvrit le sens, le plus beau code de morale que l’humanité ait connu dans ces temps reculés. On la pèse dans la balance, on achève de la purifier par la main des quatre singes, gardiens du bassin de flamme; elle devient Osiris et jouit de tous les bonheurs que l'imagination égyptienne était capable d’inventer.

On s’est accoutumé à dire qu’en Égypte la vie de l’homme était comparée à celle du Soleil, et qu’Osiris était un soleil mort, un soleil nocturne. C’est la proposition inverse qui me paraît être la vérité : la vie du Soleil est comparée à celle de l’homme, le Soleil naît le matin, vieillit à mesure que le jour décline, s’éteint doucement le soir, et, mort, devient un Osiris comme le premier venu. Du moment qu’il entre au ciel jusqu’au moment où il en sort, il règne là-haut, comme Pharaon ici-bas ; dès qu’il a quitté le ciel pour passer au Daît,

1. Le ch- cxxiv dans Naville, t. i, pl. cxxxii, et Einlcitung, p. 158- 159. La vignette prouve que les gardiens d’Osiris sont bien les fils d’Horus, les génies des vases canopes et par contre-coup les gardiens des quatre régions du monde.

2. Le ch. cxxv dans Naville, t. i, pl. cxxxm-cxxxix, et Einleitung, p. 159-165; le ch. cxxvi, qui est en un appendice, dans Naville, t. i, pl. cxl, et Einlcitung , p. 165. Une très bonne édition du ch. cxxv a été donnée, surtout d’après les Papyrus de Leyde, par W. Pleyte, Études ègyptologiques, t. II — Étude sur le ch. CXXV du Rituel Funéraire, traduction analytique et commentée d'après les meilleurs manuscrits, in-8°. Leyde, Brill, 1866. Les deux Vérités, dont il est question dans le titre, sont la Vérité du Nord et la Vérité du Midi, comme les deux pays sont le pays du Nord et le pays du Midi. J’ai exposé ailleurs le sens de cette division; cfr. p. 294-295 du présent volume.

LE LIVRE DES MORTS

il n’est plus qu’un mort semblable aux autres, et Osiris se l’assimile comme il s’assimile les autres morts. Ce n’est pas Osiris qui est le soleil de nuit, c’est le soleil de nuit, le Soleil trépassé, qui est Osiris. Cette communauté de destin entre défunts les hommes et défunt le soleil facilita singulièrement l’identification de l’âme humaine avec l’âme solaire, et ouvrit aux écrivains des choses sacrées un vaste champ de spéculations. Ces douze régions du Daït, ces chambres voûtées où la barque solaire navigue, où elle rencontre ses ennemis, son juge Osiris, les génies favorables qui l’aident à remonter vers la renaissance et vers les joies dulendemain, pourquoi l’âme humaine ne les traverserait-elle pas comme l’âme solaire ? Qu’on lui procure un poste, si petit soit-il , à bord de la barque de Rà, et elle affrontera sans grands risques les dangers du Daït. Cette doctrine, qui soumettait le grand dieu d’Héliopolis au dieu des morts, a dû recevoir sa forme la plus complète dans une ville dévouée à Osiris, et do fait les chapitres qui viennent après le chapitre cxxv sont un produit évident des écoles d’Aby dos, et trouvent leur explication la plus probable dans la formule des stèles funéraires de cette ville 1 . Le chapitre cxvi permet à l’âme, dans une rédaction « d’adorer les dieux des chambres voûtées » des cercles de l’enfer ; dans une autre, « d’aller parmi les gardiens d’Osiris et d’adorer les dieux conducteurs du Daït 2 », ce qui est la même chose dite autrement. Le chapitre cxxxm l’instruit en présence du grand cycle des dieux, et le chapitre cxxx lui dit ce qu’elle doit faire â la naissance d’Osiris, c’est-à-dire lui enseigne la façon de pénétrer dans la barque solaire, en s’aidant de l’appui d’Osiris le jour

1. Ainsi dans C 3 du Louvre ; cfr. Maspero, Etudes Égyptiennes, t. i, p. 121-123. Il faut, comme on le verra ailleurs, reporter sur les écoles de Mendès, une partie des théories que j’avais attribuées de manière trop absolue aux écoles d’Abydos.

2. Les deux rédactions dans Naville, t. i, pl. cxli-cxlii, et Einlcitung, p. 165.

LE LIVRE DES MORTS

cle la naissance du dieu ’. Avec le chapitre cxxxiv, elle « monte à bord de la barque du Soleil pour être parmi les suivants du dieu 1 2 3 4 » ; avec le chapitre cxxxvi, « elle rame sur la barque du Soleil 5 ». Le chapitre cxxxii l’autorise à « circuler à son aise pour aller voir sa maison ‘ ». Tout cela parait n’avoir que peu de rapports avec les doctrines dont je viens de parler, et pourtant, si Ton pénètre dans le sens des formules, on reconnaît bientôt que tout s’explique et s’enchaîne sans trop de difficulté. Jusqu’au chapitre cxxv, le mort n’a pas eu à s’occuper de la rétribution, et sa condition s’est réglée d’après d’autres lois que celles de la justice divine : du moment qu’il avait récité la prière et accompli le rite exactement, il avait droit à ce qu’il demandait. La théologie d’Abydos, qui domine, comme je l’ai dit, dans les chapitres que j’examine, ne supprime pas la valeur intrinsèque de la formule et de l’offrande, mais elle y joint un sentiment nouveau, celui de la vertu et de la vérité. L’entrée aux jardins d’Ialou, l'accès à la barque solaire, la jouissance du tombeau, ou, comme dans le chapitre cxxxii, de la maison que le mort s’est construite, ne sont de droit qu’après le jugement et comme sanction du jugement. « Je suis arrivé, dit-il, et je n’ai pas été trouvé défaillant, car la balance n’a rien marqué contre moi5. » D’autres chapitres complètent ceux-là de détails nouveaux, tous empruntés à la légende osirienne. On sait le rôle que joue la flamme dans les mythes relatifs aux morts, les foyers éteints dans la maison funéraire, puis rallumés quand le cadavre est sorti pour ne plus revenir, les feux

1. Le c-h. cxxx dans Naville, t. i, pl. cxliii-cxliv, et Einleiturig, p. 166; le ch. cxxxm, t. i, pl. cxlvi et Einleitung, p. 167.

2. Le ch. cxxxiv dans Naville, t. i, pl. cxlv, et Einleitung, p. 167.

3. Le ch. cxxxvi dans Naville, t. i, pl. cxlviii-cxlix , et Einlcitung, p. 167-169, avec deux rédactions, dont la seconde ne se rencontre plus dans la recension saïte.

4. Le ch. cxxxii dans Naville, t. i, pl. cxlv, et Einleitung, p. 166.

5. Litt. « a été vide de mon action. » Naville, t. i, pl. cxlv, 1. 3-4.

Page 1