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Le prêtre prend ici brusquement la parole

2. C’est du Pharaon que Nofirhotpou veut parler en cet endroit.

3. Brugsch, Recueil de monuments, t. 1, pl. 37 ; Dümichen, Historischc Inschriften , t. ii, pl. lx ; Maspero, Nouveaux fragments d’un commentaire sur le second livre d’ Hérodote, dans l’Annuaire de l'Association pour l'Encouragement des Études grecques, 187G, p. 187-188.

4. Probablement le Râmeni dont on a plusieurs scarabées curieuxfMaspero, La Trouvaille de Dèir el-Bahari dans les Mémoires de la Mission du Caire, t. i, p 761-762).

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n’a vu la pareille. Noire est sa chevelure plus que le noir de la nuit, plus que les baies du prunellier ; rouge sa joue, plus que les grains du jaspe rouge, plus que l’entame d’un régime de dattes ; ses seins sont bien plantés sur sa poitrine1 ! » Plus fréquemment, au lieu d’un portrait physique, c’est un portrait moral que le mort a tracé de lui-même. On pense bien qu’il n’oublie guère de se flatter et se garde d’indiquer ses défauts. Le dicton moderne, menteur comme une épitaphe , aurait été de mise en Égypte, et peut-être le trouverons-nous quelque jour au coin d’un papyrus. Menteuses ou non. les épitaphes égyptiennes ont cela de bon, qu’en nous énumérant les vertus supposées des morts, elles nous font connaître celles qu’on exigeait des vivants et nous permettent de reconstituer, pour toutes les époques, la règle morale et le code social de l’Égypte.

Je dois avouer qu’un certain nombre des prescriptions de cette loi ne sont plus aisément comprises par les modernes : elles répondent à des mœurs tellement éloignées des nôtres, qu’il faut un véritable effort d’imagination pour se représenter l’état d’esprit d’un Égyptien. Une même idée domine dans toutes celles dont nous parvenons à saisir le sens, l’idée de la bonté et de la charité universelle. Le Livre des Morts , ce passeport des âmes dans l’autre monde, dont on déposait un exemplaire sur chaque momie, en fournit la formule la plus simple et en même temps la plus complète : « J’ai donné du pain à qui avait faim, j’ai donné de l’eau à qui avait soif, j’ai donné des vêtements à qui était nu..., je n’ai pas calomnié l’esclave auprès de son maître. » Les véritables panégyriques

1. Louvre, C. 100, publiée par Prisse d’ Avenues, Monuments égyptiens, pl. iv, 1, et par Pierret, Recueil d'inscriptions inédites, 2e part., p. 105-106; cf. E. de Rougé, Notice de quelques textes hiéroglyphiques recueillis par M. Greene, p. 45 (extrait de Y Athènœuni Français, 1855, p. 1085); Maspero, Notes sur quelques points de Grammaire et d’ Histoire § 3, dans la Zeitschrift, 1879, p. 53-54, et Études égyptiennes, t. i, p. 257-258.

qu’on trouve sur les stèles ne sont, au fond, que le développement, la variation plus ou moins heureuse, plus ou moins prolongée, de ce thème : « Moi, je suis le bâton du vieillard, la nourrice de l’enfant, l’avocat du misérable, la salle qui a tenu au chaud quiconque a froid dans la Tliébaïde, le pain des abattus, dont jamais n’y eut manque au pays du Midi, la protection contre les barbares b » Le prince Entouf conte qu’il a « détourné le bras des violents, lancé la force brutale contre qui lance la force brutale, montré de la hauteur aux hautains, abattu l’épaule de qui levait l’épaule » ; en revanche, il était « un homme unique, sage, garni de science, sain d’esprit en vérité, connaissant le sot du savant, distinguant les habiles et tournant le dos à l’ignorant..., le père du misérable, la mère de qui n’avait pas de mère, la terreur du cruel, le protecteur du déshérité, le défenseur de qui est opprimé en ses biens par plus fort que lui, le mari de la veuve, la salle d’asile de l’orphelin. » Et ne croyez pas que ce fussent vaines phrases auxquelles on n’attachait pas d’importance. Le mort tenait à ce qu’on le crût véridique : « Ce sont là mes qualités, celles dont je porte témoignage, et il n’y a point vanterie en elles ! Ce sont là mes mérites, ceux que j’ai vraiment, et il n’y a point de fiction en eux ! Ce n’est point l’arrangement de paroles d’un homme qui cherche à éblouir par des mensonges bariolés ! Mais, certes, c’est ce que j’ai fait ; ce sont bien mes fonctions dans la maison royale ; c’est là mon heure [de gloire] dans le palais ; c’est là mon séjour au trésor ! C’est mon cœur qui m’a mis en tète de tout par sa guidance 1 2 !» Si le portrait n’était pas toujours fidèle, il avait toujours la prétention de l’être : l’homme, tel qu’il est, n’est pas souvent l’homme tel qu’il croit être.

1. Louvre, C. 1 ; cf. Maspero, Un gouverneur de Thcbes au temps de la XII " dynastie , et A. Gayet, Musée du Louvre , Stèles de la XIIe dynastie, pl. i.

2. Louvre, C. 26; cfr. A. Gayet, Stèles de la XIIe dynastie, pl. xvi-

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La statue nous donne la figure du mort, la stèle sa personne morale. Elles sont, à elles deux, la représentation aussi exacte que possible de l’Égyptien vivant; mais est-ce bien tout ce qu’elles représentent? Ici, messieurs, je suis forcé, à mon grand regret, de vous parler un peu métaphysique, et métaphysique égyptienne. La tâche n’est pas des plus faciles. Nous avons beaucoup de peine à comprendre les solutions, bizarres parfois, que la sagesse des prêtres avait données aux problèmes qui agitaient les dévots alors comme aujourd’hui, Dieu, l’âme, la destinée de l'homme après la mort. Les renseignements des écrivains grecs ou romains, qui ont assisté à la décadence de l’Égypte, nous trompent autant au moins qu’ils nous instruisent, et ne doivent être admis que sous toute réserve. Les interrogeons-nous sur l’essence de Dieu ? Clément d’Alexandrie répond que « les sanctuaires des temples sont ombragés de tapis brodés et dorés. Si l’on s’enfonce dans l’intérieur de l’édifice et qu’on cherche la statue, un prêtre s’approche d’un air sévère, qui chante un hymne en langue égyptienne et soulève un peu le voile, comme s’il voulait vous montrer le dieu. Qu’aperçoiton alors ? un chat, un crocodile, un serpent hideux ou quelque autre animal dangereux. Le dieu des Égyptiens apparaît tel qu’il est : une bête qui se vautre sur un tapis de pourpre. » Voilà qui est bien, mais interrogeons les monuments. Le conquérant éthiopien Piânkhi Miamoun, arrivé à Héliopolis, voulut, comme c’est son droit, voir le dieu de la ville face à face. « Il entra dans le temple, en faisant l’adoration par deux fois, et l’otficiant en chef salua le dieu qui éloigne les ennemis du roi. Le roi accomplit les rites de la porte, prit le voile, se purifia d’encens, versa une libation d'eau, apporta la guirlande de fleurs, apporta le parfum, puis monta les degrés vers le grand sanctuaire, afin de voir le dieu Soleil lui-même. Le roi se tint seul, poussa le verrou, ouvrit les portes, vit son père Rà, adora l’arche de Rà et l’arche de Toumou, puis referma les battants, plaça l’argile et y apposa son

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sceau1.» L’arche de Rà était vide ; vides aussi les naos, comme ceux du Louvre 2, qu’on plaçait au fond des temples et qui étaient la demeure réelle du dieu. Je n'entends pas dire que Clément d’Alexandrie ait voulu tromper ses lecteurs. Avouez cependantqu’il yaloin du cérémonial qu’il dépeintau cérémonial pratiqué dans les temples de l’Égypte pharaonique, et du serpent-dieu qu’il a vu à ce dieu insaisissable dont on mettait l’emblème mystique dans la niche étroite d’un bloc de granit.

De même pour la doctrine de l’immortalité de l’âme. On nous dit que les Égyptiens croyaient que l’âme était immortelle, qu’elle passait de corps en corps ; mais, nous dit-on de quelle âme égyptienne il s’agit, et comment elle était immortelle? Chez les Égyptiens, l’homme n’était pas composé de la môme manière qu’il l’est chez nous : où nous sommes deux, le corps et l’àme, il était six, et plus peut-être. Je ne parlerai pas de certaines parties basses de lui-même que je ne connais pas bien. Il avait un corps comme le nôtre, puis un ka. Le ha, que j’appellerai le Double3, était comme un second

1. Stèle de Picin/dii, 1. 103-105 ; cf. E. de Rougé, La Stèle du roi éthiopien Piânchi-Mcriamen, p. 50-61.

3. Le terme Double a été employé pour la première fois par Nestor Lhôte, à propos des représentations funéraires où le !;a d’Aï figure à côté de son corps. « A la suite du roi marche un autre personnage qui parait être son double, ou mieux son génie intime. . . A l’exception du tombeau d’Aménophis, je ne me souviens pas d’avoir vu d’autres monuments où l’on ait ainsi représenté le roi et son sosie. Ce dédoublement peut être regardé comme le plus ancien témoignage d’une distinction dogmatique entre l’âme et le corps. » Et il ajoutoit en note : « Cela rappelle le Fcrouer des anciens rois asiatiques. » ( Lettres écrites d’Éc/j/ptc, p. 5-7.) L’exemplaire que je possède des lettres de Nestor Lhôte avait appartenu à Ed. Hincks et a été annoté abondamment par lui. En face de la première phrase de Nestor Lhôte, Hincks a écrit : Suroît / it is his standard-bearcr, en face de la dernière, le seul mot absurd. Nestor Lhôte avait pourtant raison. J’ajouterai que je n’ai connu ce passage de Nestor Lhôte qu’assez longtemps après avoir publié mes études sur le Double.

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exemplaire du corps en une matière moins dense que la matière corporelle, une projection colorée, mais aérienne de l’individu, le reproduisant trait pour trait : enfant s’il s’agissait d’un enfant, femme s’il s’agissait d’une femme, homme s’il s’agissait d'un homme. Après le Double venait l’âme ( baï ), qui servait elle-même d’enveloppe aune parcelle du feu divin ou de l’intelligence divine. Ces quatre parties étaient ou pouvaient être immortelles à des degrés différents, vivaient ou pouvaient vivre dans des mondes différents, séparées ou réunies. Que saurions-nous de leurs destinées sans le témoignagne des stèles et des sarcophages?

Après la mort, le corps devenait momie. Et le Double ? Les inscriptions nous apprennent qu’une des parties du tombeau, parfois le tombeau entier, s’appelait la maison du Double. Dans les endroits où on l’a rencontrée intacte, c’est une pièce basse, un couloir étroit et long, muré et ne communiquant avec le monde extérieur que par une petite ouverture carrée, ménagée dans la maçonnerie à hauteur d’homme. Derrière le mur, les statues du mort, parfois en nombre considérable. La présence de ces statues s’explique sans peine. Le corps qui, pendant la durée de l’existence terrestre, avait servi de support au Double, momifié maintenant et défiguré, quelque soin qu’on eût mis à l’embaumer, ne rappelait plus que de loin la forme du vivant. Il était, d’ailleurs, unique et facile à détruire : on pouvait le brûler, le démembrer, en disperser les morceaux. Lui disparu, que serait devenu le Double ? Il s’appuyait sur les statues. Les statues étaient plus solides et rien n’empêchait de les fabriquer en la quantité qu’on voulait. Un seul corps était une seule chance de durée pour le Double : vingt statues représentaient vingt chances. De là, ce nombre vraiment étonnant de statues qu’on rencontre quelquefois dans une seule tombe. La piété des parents multipliait les images du mort, et, par suite, les supports, les corps impérissables du Double, lui assurant par cela seul uge presque immortalité.

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Le Double, ainsi soutenu, vivait une vie matérielle dont les conditions nous sont connues dès à présent. 11 représentait ce qui reste de l’homme sur terre après la mort, recevait le culte des parents, avait des prêtres qu’on payait pour lui offrir des sacrifices, possédait des esclaves, des bestiaux, des terres chargées de fournir à son entretien. C’était comme un grand seigneur qui séjournait en pays étranger et administrait son bien par l’intermédiaire d’intendants attitrés. La formule ordinaire des stèles, celle qu’on lit sur presque toutes, nous apprend comment il se nourrissait. Elle est ainsi conçue : « Offrande à Osiris, — ou à tel autre dieu, — pour qu’il donne des provisions en pains, liquides, bœufs, oies, en lait, en vin, en bière, en vêtements, en parfums, en toutes les choses bonnes et pures dont subsiste le dieu, au Double de défunt N. fils de N. » Les peintures ou les sculptures qui ornent la plupart des stèles illustrent fort clairement les termes de cette phrase. Dans le cintre, le mort suivi de sa famille présente au dieu les objets de l’offrande : dans la partie inférieure, au-dessous de l’inscription, il reçoit les offrandes de sa famille. On donnait aux dieux les provisions que le dieu devait fournir au Double. Le double des pains, des liquides, de la viande, passait dans l’autre monde et y nourrissait le Double de l’homme. Et même il n’y avait pas besoin que l’offrande fût réelle pour être effective : le premier venu, répétant en l’honneur du mort la formule de l’offrande, procurait par cela seul au Double la possession des objets dont il récitait l’énumération. Aussi beaucoup d’Égyptiens faisaient-ils graver, à côté du texte ordinaire, une invocation à tous ceux que la fortune amènerait devant leur tombeau : « O vous qui subsistez sur cette terre, simples particuliers, prêtres, scribes, officiants qui entrez dans cette syringe, si vous aimez la vie et que vous ignoriez la mort, si vous voulez être dans la faveur des dieux de vos villes, et ne pas goûter la terreur de l’autre monde, mais être ensevelis dans vos tombeaux et léguer vos

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dignités à vos enfants, — soit qu’étant scribes, vous récitiez les paroles inscrites sur cette stèle, soit que vous en écoutiez la lecture, — dites : & Offrande àAmon, maître de Ivarnak, pour qu’il donne des milliers de pains, des milliers de vases de liquides, des milliers de bœufs, des milliers d’oies, des milliers de vêtements, des milliers de toutes les choses bonnes et pures au Double du prince Entouf \ » La statue servait de corps au Double : la stèle lui assurait des moyens d’existence et parfois en faisait connaître le caractère et la destinée terrestre.

Souvent aussi, elle faisait connaître la destinée surnaturelle de l’ame et de l’intelligence. Tandis que le couple formé par le corps et le Double s’attardait dans le monde où avait vécu l’homme, le couple formé par l’âme et l’intelligence émigrait dans l’autre monde. Je ne saurais dire, comme on le répète sans cesse, que l’âme égyptienne fût immortelle. Son existence était identifiée au cours du soleil et en suivait les phases : elle naissait à la vie, comme le soleil à la journée, mourait à la vie comme le soleil à la journée, passait de même que le soleil â travers les ténèbres de la nuit pour renaître au matin d’un jour nouveau. La vie terrestre n’était à proprement parler qu’un des jours de l’âme, un des devenir, — c’est l’expression égyptienne, — qu’elle subissait sans cesse. L’âme mourait d’une vie dans l’autre, et chacune de ses vies avait devant elle un infini de durée, comme elle avait un infini de durée derrière elle. L’âme était éternelle plutôt qu’immortelle. Ce qu’elle devenait au delà de notre mort, les prêtres avaient la prétention de le savoir et même de le représenter. Pendant les douze heures de la nuit, le soleil naviguait sous terre dans de longs couloirs sombres et dans des chambres de flammes où les démons torturaient les damnés*. L’âme s’embarquait avec lui, â l’occident d’Abydos,

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