‹ Bibliothèque égyptologiqueChapitre 3 sur 159 · L. 7 de la planche · texte numérisé non relu

L. 7 de la planche

4. Voir l’interprétation d’E.Hincks, On the Egyptian Stèle or Tablet,

5. C’est une formule fréquente sur les stèles. Le mot à mot donne

« que le Nil apporte de scs châsses Q ». Les Egyptiens désignaient de la sorte les sources inconnues du Nil.

6. C’est ce que les monuments appellent le pirkhrôou ou pikhrôou.

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conditions que nous essayerons de déterminer, « une cruche de bière, des gâteaux pris sur les gâteaux des Maîtres de l’Éternité; et il reçoit sa viande de la masse de chairs qu’il y a sur l’autel du Dieu Grand1. » Les pauvres ne pouvaient pas répéter souvent cette offrande ; les riches s’efforcaient de la perpétuer au moyen de fondations pieuses. Ils instituaient un collège de prêtres spéciaux, chargés de leur rendre un culte après la mort et bien payés pour remplir leur office. Tout était réglé à l’avance : le nombre exact de pains et de cruches de bière, la mesure de blé et la qualité d’étoffes qu’il convient d’assurer à chaque prêtre, pour que chaque prêtre donne une quantité déterminée d’objets et de provisions diverses à la statue du défunt2 3 4. L’offrande complète devait être servie à de certains jours, « à la fête du commencement des saisons, à la fête du commencement de l’année, à la fête de la grande année, à celle de la petite année, à celle de la fin de l’année, à la grande fête, à la fête de la grande flamme, à celle de la petite flamme, à la fête des cinq jours épagonèmes, à la fête de jeter (?) le sable (?), aux douze fêtes des mois, aux douze fêtes des quinzaines, à toutes les fêtes des vivants et des morts *. » C’était un véritable repas qu’on servait au mort dans la chambre ouverte de son tombeau *, et les listes d’of-

1. Louvre, C 55. Le texte est publié dans Prisse d’Avennes, Choix de monuments, pl. xvn, et dans Pierret, Recueil d' inscriptions inédites du Musée égyptien du Louvre, t. II, p. 90.

2. Mariette, Monuments divers, pl. lxvi et suiv., a publié le contrat par lequel Hapizoufi, prince de Siout au temps de la xni° dynastie, règle avec ses prêtres les conditions de son propre culte funéraire. La traduction de ce texte est dans les Transactions of the Society oj Biblical Archaeology, t. vii, p. 1-30, en anglais, et en français, dans la suite du présent volume.

3. Grande inscription de Béni- Hassan, 1. 90-96; cf. Recueil, t.i, p.164.

4. Dans un tombeau de l’Ancien Empire, on voit le défunt debout devant une table d’offrandes. En face de lui, une procession de serviteurs apporte des oies, des guéridons chargés de pains, des pots de bière, etc. La légende dit : (( Les préposés aux pains, liquides et gâteaux viennent avec le pirkhrôou, aux fêtes du mois et du demi-mois. » Le dernier delà

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frandes gravées sur le mur nous en font connaître le menu par le détail.

Le défunt tout entier n’en avait pas l’aubaine, mais une seule partie du défunt, le ka. Dans les théories des religions modernes, on admet que chaque homme possède une âme et un corps. Pour les Égyptiens, l’être humain était singulièrement plus compliqué qu’il ne l’est pour nous. Je n’ai pas la prétention de vous apprendre exactement ce qu’ils pensaient à ce sujet. Il vous suffira de savoir que, dans les textes où il est question de la personne humaine, elle nous apparaît comme un composé de nombreux éléments, le corps, l’âme (^^baï), l’ombre ( ^ suit), le lumineux (^^khou), le ka, le nom. Laissons de côté, si vous y consentez, l’ombre, le lumin eu x et le nom. L’âme ( baï ) était une matière raffinée qui, séparée du corps terrestre par la mort, servait pour ainsi dire de corps céleste aux parties hautes de la personne humaine, au lumineux, par exemple. Le ka était quelque chose d’intermédiaire entre le corps et l’âme. Ka signifie, à proprement parler, toute espèce de substance : c’est, au sens premier du mot, un gâteau, une masse de terre en forme de galette. Le ka humain est donc, par étymologie, la substance humaine, mais une substance humaine plus subtile que celle dont est pétrie le corps1. Il ne me serait pas facile de vous le décrire, si les Égyptiens n’avaient pas pris la peine de le représenter quelquefois sur les monuments. C’est alors un personnage identique au personnage qu’il accompagne : enfant, si le personnage est un enfant* ; homme, si le

bande surveille l’opération et donne des ordres, « II dit : Posez des milliers de pains, gâteaux, liqueurs, gazelles, boeufs.» (Lepsius, Denhmâler, n, 92 e.)

1 . Le premier travail sérieux qui ait été fait sur le mot ka, se trouve dans Birch, Mémoire sur une patère égyptienne du Musée du Louvre, trad. Chabas, 1858, p. 57-68.

2. C’est le cas à Louqsor, pour Aménophis III (Champollion, Monuments de T Egypte et de la Nubie, pl. cccxl ; Rosellini, Monumenti reali, pl. xxxix).

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personnage est un liomme1. N’allez pas en conclure que les Égyptiens voyaient l’homme double à l’ordinaire de la vie. Ils le voyaient simple comme nous faisons, et, si le double qu’ils sculptaient parfois sur leurs monuments pouvait devenir visible et tangible, c’était seulement par aventure, comme les fantômes de nos superstitions populaires. Le ka était comme une projection dans l’espace de la figure humaine, projection vivante et colorée, formée d’une matière ténue qu’on ne peut ni voir ni toucher à l’ordinaire. Il y a quelques années de cela, dans un drame qui eut du succès, beaucoup d’entre nous ont pu juger du degré de vérité auquel on est arrivé en l’art d’évoquer au théâtre de véritables spectres. Une glace sans tain, dressée sur la scène et invisible au spectateur, reçoit, au moyen d’un jeu de miroirs, l’image d’une personne placée dans la coulisse : on obtient de la sorte une figure nette de contours, juste de tons, mais vaporeuse et transparente, et qui est le double aérien cl’un être vivant. Le ka devait avoir l’apparence d’un de ces spectres de drame: seulement, il avait une existence propre. Pendant la vie, il s’appuyait sur le corps et s’identifiait tellement à lui que, dans l’usage commun, son nom avait fini par devenir une sorte de thème pronominal; on disait: « Je donne des louanges à ton ka », comme on aurait dit : « Je te donne des louanges2». Après la mort, le ka, séparé du corps, se retirait dans le tombeau : il pouvait entrer et sortir, se reposer sous les sycomores qui entouraient le monument ou goûter le frais à l’ombre de l’hypogée; il recevait, aux jours fixés par la loi religieuse, les hommages de ses descendants et le culte que lui rendaient ses prêtres3. Le corps momifié

1. Nestor Lhôte, Lettres écrites d'Égypte, p. 5-7; Champollion, Monuments, pl. cccxl ; Rosellini, Mon. reali, pt. xli, 2.

2. E. de Rougé, Chrestomathie égyptienne, 2:! partie, p. 61-63.

3. La stèle C 55 du Louvre reproduite dans Prisse, Monuments égyptiens, pl. xvn, donne une curieuse peinture de ce qu’était la vie du mort dans le tombeau.

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servait de support inerte, mais comme le corps aurait pu se détruire et le ka perdre son appui, les riches déposaient dans une chambre spéciale, soigneusement murée, dix, quinze, vingt statues ou plus, qui les représentaient aussi fidèlement que possible'. Ces statues étaient le soutien du ka des humains, de même que les statues des dieux étaient le soutien du ka des dieux : plus elles étaient nombreuses, plus le ka avait de chances de durer*. La foi en l’existence du ka était si bien ancrée dans l’esprit du peuple, qu’elle n’a pas disparu avec la civilisation égyptienne et subsiste encore aujourd’hui, malgré deux changements de religion. Le ka hante toujours le tombeau où son corps fut déposé autrefois, mais il est devenu démon : il tue ou frappe de folie qui vient le troubler dans sa retraite3. On ne peut l’empêcher de mal

1 . C’est cette chambre que les Arabes appellent le serclab, le couloir. Le nom de scrdab, pris dans cette acception, a passé dans la langue archéologique (Mariette, Notice des principaux monuments, Alexandrie, 1864, p. 24; et Sur les tombes de l’ancien empire qu'on trouce à Saqqarah, p. 8-9.)

2. Le l;a des dieux était cette partie d'eux-mêmes que la consécration attirait et retenait dans les statues représentant les dieux.

3. Les traditions arabes du moyen âge qui, en Égypte et au Caire, ne sont souvent qu’un travestissement des traditions antiques, placent pour gardes, dans les pyramides, une statue aidée d’un esprit. « Le garde de la pyramide orientale était une idole. . . qui avait les deux yeux ouverts et était assise sur un trône, ayant auprès d’elle comme une hallebarde sur laquelle, quand quelqu’un jetait sa vue, il entendait de ce côté-là un bruit épouvantable qui lui faisait presque faillir le cœur, et celui qui avait entendu ce bruit en mourait. Il y avait un esprit commis pour servir ce garde, lequel esprit ne partait point de devant lui. » Les gardes des deux autres pyramides avaient la même composition, une statue et un esprit. L’esprit n’est autre que le ka, devenu démon au changement de religion. [L’Êgj/pte de Mourtadi, Jils du Gaphiphe, de la traduction de M. Pierre Vattier. Paris, mdclxvi, p. 46-61.) Les histoires merveilleuses que Mourtadi raconte des pyramides devaient avoir cours déjà à Memphis sous forme égyptienne; cf., dans la suite du présent volume, l’article Sur les Statues prophétiques.

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faire qu’en mutilant, au moment même de la découverte, les statues encore intactes que renferme la chambre sépulcrale; en détruisant son support, c’est lui qu’on tue. Les Arabes n’y manquent jamais quand ils entrent dans un tombeau, et la frayeur superstitieuse qu’ils éprouvent en ces occasions a causé la ruine de plus d’un monument précieux.

Le repas funéraire annoncé dans la première formule, le tableau final en est la peinture exacte. C’est toute la famille, parents, domestiques, amis, qui défile et présente les objets de l’offrande. Dans la scène que vous avez sous les yeux, le tableau se compose de deux registres, et, ce qui arrive souvent, réunit en une même adoration le mort luimême et le père et la mère du mort. Dans le premier registre, à droite, IIorou, père de Merri, et sa femme Monkhitou, sont assis sur un même fauteuil : sous le fauteuil deux femmes sont accroupies, Hor-Ousir et Sit-Entouf, qui appartenaient évidemment à la famille, mais dont le degré de parenté n’est pas indiqué. Un amas d’offrandes de toute nature est présenté par un homme debout, qui fait «l’offrande à Os iris [pour qu’il y ait des] rations funéraires en pain et liqueurs, en milliers de toutes choses au dévot IIorou, né de la dame IIanoutou. » Derrière ce personnage, Merri est assis, tandis que sa sœur Tana (?) se tient debout; derrière eux sont deux hommes, Khontkhiti et Hor-Ousir. Au second registre, même scène. A droite et affrontés, deux hommes, Ixhontkhitimhàit et Entouf, sont assis de chaque côté d’une table d’offrandes. Voilà déjà bien des noms barbares : patience, je suis arrivé bientôt à la fin de mon catalogue. Derrière ces deux personnages et tourné vers la gauche, Ivhontkhitihotpou, assis, et sa femme Sun, accroupie, regardent une procession de trois esclaves femelles, Hanou, Ti et Sitsinit qui, chargées d’offrandes, s’avancent vers Merri. Rangées partie dans le registre précédent sous le fauteuil de Merri, partie dans le deuxième registre, sont huit jarres de forme diverse pleines des essences canoniques,

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le parfum nïkhnomou, la myrrhe., le vert pour les yeux 1 2 , le parfum sit, la poix, le parfum hakonou, l’essence d’acacia seyal, l’essence d’anis. Le mort n’a pas à se plaindre : tout est bien dans les règles.

Le ka se servait-il réellement dans l’autre monde de tous les objets qu’on lui avait offerts? et, si ces objets parvenaient jusqu’à lui, sous quelle forme et par quel moyen les lui expédiait-on? Les textes ne nous fournissent aucun renseignement précis à ce sujet. Je crois pourtant qu’on peut donner aux questions que je viens de poser une réponse certaine. Les Égyptiens ne se bornaient pas à offrir au mort des provisions de bouche et des étoffes : ils lui envoyaient des domestiques, et souvent un mobilier complet. On ensevelissait avec lui des statuettes en terre cuite, en pierre ou en bois, équipées pour le travail, d’une pioche, d’une houlette, d’un fléau et d’un sac à semailles. On les déposait parfois sur le sol de la chambre funéraire, et parfois on les enfermait soigneusement dans des coffrets peints. Certaines momies en ont à peine quelques-unes, d’autres en possédaient des milliers, selon la richesse ou la piété des parents*. C’étaient, comme le dit formellement un chapitre du Livre des Morts3, des serviteurs

1. Les Egyptiens, surtout ceux des anciennes époques, se teignaient en vert le dessous des yeux. On peut voir l’eSet que produisait cette étrange parure sur les statues de Sapi, au Louvre.

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