Mariette, Notice des principaux monuments, 1864, p
3. Le chapitre vi, qu’on trouve reproduit en tout ou en partie sur les figurines funéraires. En voici la traduction, d’après le texte publié par Lepsius : « Chapitre de faire faire par les Répondants les travaux de l'Enfer. — L’Osiris Efônkhi dit : « O ces répondants ! Si l’Osiris Efônkhi est ordonné pour tous les travaux qu’on fait ici dans l’Enfer, et pour frapper les impies qui y sont, comme un homme de corvée, « C’est moi », exclamez-vous [ainsi] ! et, si vous êtes ordonnés chaque jour pour tous les travaux qu’on fait dans l’Enfer, pour cultiver les champs, pour remplir les canaux d’irigation, pour transporter les grains d’Occident en Orient, « C'est moi » exclamez-vous, « l’Osiris Efônkhi ». (Lepsius, Todtcnbucli, pl. II-III). C’est par la vertu de cette formule que les Répondants, ainsi nommés parce qu’ils répondaient à l’appel pour le
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chargés de répondre à la place du mort quand on l’appelait pour le faire travailler dans l’autre monde. La statuette, ou plutôt les statuettes, s’animaient à l’appel d’Anubis, par la vertu des formules qu’on avait gravées sur elles : elles allaient à la corvée, labouraient, semaient, se battaient contre les mauvais esprits, tandis que le mort qu’elles représentaient demeurait en repos. A Tlièbes, en même temps que les statuettes, on entassait dans les chambres de l’hypogée des meubles de toute sorte, lits, chaises, nattes, ustensiles de ménage et de cuisine, des armes, des instruments do musique, et, si c’était un enfant qu’on enterrait, des jouets d’enfant Beaucoup de peuples, même civilisés, attribuent une âme aux objets : il semble que les Égyptiens leur aient attribué un ka, un double5. Le ka des meubles et des étoffes, le ka des pains, de la viande, de la bière, auraient été au ka de l’homme ce que le corps des meubles et des’ étoffes, le corps des pains, de la viande, de la bière, étaient au corps de l’homme. Le fantôme de l’être humain vivait ou se servait du fantôme des objets qu’on lui offrait aux jours de fête ou qu’on avait déposés une fois pour toutes dans son tombeau3.
compte du défunt, s’animaient, ou plutôt animaient leur ha, et remplissaient dans l’Enfer leurs devoirs de domestiques.
1. Voir le Catalogue raisonné et historique des antiquités découvertes en Égypte par M. Joseph Passalacqua, de Trieste, Paris 1826, à partir de la page 111 ; Mariette, Notice, p. 1864, 32, 34, 36.
2. En tout cas, ils donnaient à chaque objet un nom qui le distinguait des objets de même espèce. Une canne, un outil, une palette, un sabre, recevaient chacun leur nom, que la manie égyptienne de tracer une inscription, partout où il y a place pour une inscription, nous a souvent conservé. Le sarcophage du roi Montouhotpou II, de la onzième dynastie, s’appelait Bôqit, la grossesse ou le prégnant, et le couvercle du sarcophage, Aouf-em-ist-ef, Chair en lui (Lepsius, Denkm., pl. 149 c, 1. 2-4). Le sarcophage Le prégnant n’était pas la même personne que le couvercle Chair en lui.
3. On trouvera dans Tylor, la Civilisation primitive, t. i, p. 543 et suiv. de l’édition française, un résumé des croyances relatives à Pâme des animaux et des objets; au t. ii du même ouvrage, la théorie de la transmission de Y âme du sacrifice au dieu qui reçoit le sacrifice.
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Et pourtant, en dépit des soins qu’on prenait pour assurer l’avenir, le jour venait où les offrandes longtemps renouvelées cessaient enfin, où les objets déposés avec la momie étaient volés et détruits \ La famille s’éteignait, changeait de résidence, oubliait ses morts ; les prêtres du ka, n’étant plus surveillés, devenaient infidèles à leur contrat; quelque roi, dans un moment de gêne, dépouillait la tombe de ses domaines et de ses revenus. Le ka, dénué de tout, criait la faim et la misère ; je ne crois pas qu’il mourût de son abandon, mais il en souffrait1 2.
Un peuple aussi craintif que l’étaient les Égyptiens des dangers de l’autre monde avait dû prévoir pareille catastrophe et tâcher d’en conjurer les effets. Beaucoup de stèles portent en effet une formule dont on n’a pas, jusqu’à présent, essayé d’expliquer le sens. C’est toujours le défunt qui parle, mais, au lieu de s’adresser aux seules personnes de sa famille, il s’adresse à l’humanité entière. Tantôt c’est d’une manière générale : « O hommes qui venez après moi 3 4 » ; tantôt il interpelle l’une après l’autre toutes les classes qui composent la société égyptienne et les conjure au nom de leurs intérêts les plus chers : « O subsistants sur terre, nobles du nome Thinite, commandants d’Abydos, célébrants, prophètes*! — O subsistants sur terre! ô vous qui êtes vivants à toujours et traversez l’éternité, prêtres, officiants d’Osiris, habiles dans les divines paroles, qui entrez dans ma svringe ou passez devant elle, récitez ma stèle, commémorez mon nom sans hésitation, par devant les
1. Plusieurs papyrus conservés dans les différents musées de l’Europe, le Papyrus Abbott, le Papyrus Sait, plusieurs des papyrus de Liverpool» sont les pièces d’un procès en violation de sépulture jugé à Thèbes, vers le onzième siècle avant notre ère.
2. Le souhait, qu’on trouve mentionné parfois, d’une bonne santé ou de force pour le La, montre qu’on croyait que le ka pouvait s’affaiblir.