STÈLES FUNÉRAIRES DE LA XII0 DYNASTIE
maîtres de vérité, car vous serez dans la faveur de vos dieux, vous transmettrez vos dignités à vos enfants après une longue vieillesse, selon que vous aurez dit : Proscynème au défunt Nakhtmînou ' ! » — « O subsistants sur terre, tous mortels, tout prêtre, tout scribe, tout officiant, qui entrez en ce tombeau creusé dans le sol, si vous aimez la vie et que vous vouliez ignorer la mort, être dans la faveur des dieux de vos villes, ne pas goûter la terreur de l’autre monde, mais être ensevelis dans vos syringes, et léguer vos biens à vos enfants ! soit que vous récitiez vos paroles sur cette stèle étant scribes, soit que vous écoutiez [qui les récite], alors dites: Proscynème ci Amon , maître de Karnak , pour qu’il donne millier de vin, millier cle pains, millier de bœufs, millier d’oies, millier de sachets de parfums, [millier d’étoffes] au ka d’ENTOUF5. » Le mort ne demande aucune offrande réelle : c’eût été trop exiger d’un simple passant. Il conjure seulement les âmes dévotes, que le hasard amènera devant sa syringe ou devant- sa stèle, de rappeler son nom et de réciter en sa faveur le début de la prière : « Offrande à Dieu pour qu’il donne des provisions au ka d’Entouf ou de Nakhtmînou! » Cette formule, prononcée par une voix humaine, est un véritable charme qui agit dans l’autre monde et procure au ka la jouissance effective de tous les biens dénombrés. Lire la stèle d’un mort que les siens avaient peutêtre abandonné, et qui pâtissait dans son tombeau, était un devoir de charité journalière. Les Égyptiens pieux s’en acquittaient soigneusement , et moi-même, en ce moment, par le seul fait que je vous ai répété trois formules gravées sur les stèles du Louvre, je viens de le remplir. Les ka d’Entouf et de Nakhtmînou ont reçu tout à l’heure le repas que leur promettait la prière : c’est une bonne fortune qu’ils n’avaient pas eue depuis longtemps.
1 . Louvre, C 55, 1. 16-19 ; cf. Prisse, Monuments, pl. xvii.
2. Louvre, C 26, 1. 2-4; cf. A. Gayet, Stèles de la XIIe dynastie,
pl. XVII.
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Voilà pour le ka. Et l’âme? C’est à elle que s’adresse la seconde partie du texte conservé sur la stèle du Louvre. Vous me permettrez de ne pas vous raconter longuement les vicissitudes de sa destinée : je ne les connais pas bien encore. Les Égyptiens se figuraient le monde comme une sorte de disque plat au-dessus duquel le Nil céleste s’étendait et formait la voûte des deux. Les eaux éternelles, sorties de l’ombre à l’orient, tombaient vers l’occident en large cascade et s’engouffraient, par la bouche du Pegaït L dans les entrailles delà terre, entraînant avec elles labarque du Soleil et son cortège de dieux lumineux1 2 * * 5. Pendant douze heures, l’escadre divine parcourait de longs corridors où des génies, les uns hostiles, les autres bienveillants, tantôt s’efforcaient de l’arrêter, tantôt l’aidaient à vaincre les dangers du voyage. D’espace en espace, une porte défendue par un serpent gigantesque s’ouvrait devant elle, et lui livrait l’accès d’une salle immense, remplie de flamme et de fumée, de monstres aux formes hideuses, et de bourreaux qui torturaient les damnés ; puis les couloirs recommençaient, étroits et obscurs, et la course à l’aveugle au milieu des ténèbres, et les luttes contre les
1. L e Ro-Pegâït, ou Ro-Pegarit,è tait situé dans le Ouou Pcgait, ou Pegarit, situé lui-même à l’occident d’Abydos. Le nom signifie littéralement Bouche de la fente, et désigne la fente, la fissure, par laquelle le Soleil descendait dans le monde de la Nuit. Cf. Maspero, Études égyptiennes, t. i, p. 121.
2. La description de la course du Soleil nocturne se trouve dans le Licre de savoir ce qu’il y a dans l’ hémisphère inferieur, dont le texte conservé sur des papyrus, sur des sarcophages et sur les parois de quel¬
ques tombeaux, peut être rétabli presque en entier dès aujourd’hui. Il donne, heure par heure, avec figures explicatives, les épisodes de la marche du Soleil, le nom des salles parcourues, des génies et des dieux rencontrés, la peinture du supplice des damnés et les discours des personnages mystiques qui accueillent le Soleil. Cf. Maspero, Les Hypogées royaux de Thùhcs, publié dans la Reçue clc l’Histoire des Religions, t. xvii, p. 251-310 et t. xviii. p. 1-67, et reproduit plus loin dans
le présent volume ; j’ai dû modifier, comme on le verra, l’idée que je me
faisais alors de la constitution physique du monde Égyptien.
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génies malfaisants, et l’accueil joyeux des dieux propices. A partir du milieu de la nuit, on remontait vers la surface de la terre ; au matin, le soleil avait atteint l’extrême limite de la contrée ténébreuse et sortait à l’orient pour éclairer un nouveau jour. L’âme s’embarquait sur le navire céleste. Tantôt identifiée à Osiris, c’est elle qui est le dieu, tantôt elle fait simplement partie de l’équipage du dieu.
Cette destinée de lame, la voici décrite dans la partie de notre stèle que je ne vous ai pas encore traduite. Le défunt Merri « a passé les bras chargés d’offrandes ' dans les fêtes du cimetière, avec les suivants d’Osiris !, — [aussi] font le service funéraire pour lui les chefs de Mendès, les dieux nobles d’Abydos 3 ;
« Il ouvre les voies qu’il lui plaît, en paix, en paix, — [et] l’exaltent les dieux qui résident dans le nome Thinite, les prêtres du dieu grand.
» Il a aidé à la manœuvre 4 dans la barque sur les voies de l’Occident;
» Il manœuvre les rames-gouvernails 3 6 dans la barque Màditi ; il dirige la navigation dans la barque Saktit 6 — [et] il lui est dit : « Va en paix ! » par les chefs d’Abydos ;
» Il conduit 7, avec le dieu grand à la bouche du Pegarit,