Mariette, Dèïr-el-Bcihari, pl
LE DOUBLE ET LES STATUES PROPHÉTIQUES 87
)) de ce qui se passe dans l’assemblée. Sur le sommet delà » montagne sacrée qu’on nomme l’Égyptienne, est la tente » du roi ; tout près de lui sont les prêtres les plus éminents » en sagesse, les plus distingués parleurs fonctions, placés » suivant le rang qu’ils occupent dans la hiérarchie sacerdo- » taie : autour du roi, qui est au centre, ils forment un » premier cercle, immédiatement après s’étend un second » cercle, celui des guerriers. Tous entourent ainsi le mamelon » qui s’élève sur la montagne comme une autre montagne, et » permet aux plus éloignés d’apercevoir le roi. Au bas se » tiennent ceux qui ont le droit d’assister aux élections » comme témoins ; mais ils ne s’associent que par leurs » applaudissements à ce qui se passe. Quand arrive le » moment où l’on doit voter, le roi commence, avec l’aide de » ceux qui sont désignés pour ce ministère, par accomplir » les cérémonies sacrées. Tout le collège sacerdotal est en » mouvement ; on croit que la divinité est présente et con- » court à l’élection. On propose le nom d’un des candidats à » la royauté: les guerriers lèvent la main, les gardiens des » temples, les sacrificateurs, les prophètes apportent leurs » suffrages. Quoique peu nombreux, ils ont une grande )> influence, car un prophète compte comme cent guerriers, » un sacrificateur comme vingt, un gardien comme dix. » Puis vient le tour d’un second candidat : de nouveau on » lève la main, et l’on vote. Si les deux partis se balancent, » le roi assure la prépondérance à celui en faveur duquel il » se prononce. Il lui suffit de se joindre au plus faible pour » rétablir l’égalité. Dans ce dernier cas, il n’y a plus d’élec- » tion ; c’est aux dieux qu’on s’adresse, on les invoque sans » relâche dans un religieux recueillement, jusqu’à ce qu’ils » se manifestent sans voiles, et viennent, non plus par » signes, exprimer leur volonté : le peuple entend ainsi de » ses propres oreilles les dieux décider qui sera roi »
1. Œuvres de S[/ncsios, traduites par H. Druon, Paris, Hachette, 1878, in-8", p. 244-245.
LE DOUBLE ET LES STATUES PROPHÉTIQUES
Il ne faut pas oublier que le livre auquel j’emprunte ce passage est un vrai roman satirique, dans lequel l’élection du roi est dirigée par le roi précédent vivant encore et pressé d’abdiquer pour remonter au ciel. Synésios écrivait de seconde main, et l’auteur inconnu dont il se servait n’avait peut-être fait lui-même que copier un ouvrage antérieur. De là, cette description fantastique de Thèbes, et la supposition d’une intervention personnelle des dieux eux-mêmes. Il me semble pourtant que l’ensemble du récit reproduit les traits généraux d’une élection royale dans le royaume égyptien d’Éthiopie. La montagne sacrée de Napata , à la¬
quelle s’appuyait le temple d’Amon, comme le montrent les planches de Caill iaud 1 , devait devenir aisément la montagne sacrée du récit de Synésios où s’élève le tente du roi-dieu. C’est devant elle que l’armée et le peuple s’assemblent, pour faire entendre leurs lamentations et choisir la députation chargée de collaborer avec les prêtres à l’élection. Le récit de ce qui se passe dans le temple, où la statue d’Amon saisit celui des frères royaux qu’elle choisit pour régner, diffère du récit grec, en ceci surtout que Synésios, ou son auteur, remplace la statue mouvante par les dieux eux-mêmes. Dans la stèle d’Aspalout, il n’y a pas vote préalable, mais défilé des prétendants : toutefois rien ne prouve que cette différence soit due à une erreur de l’écrivain.
Nous savons en effet que Nastosenen était à Méroé au moment de son avènement, et que, l’élection faite en son absence, il se rendit à Napata pour recevoir la consécration. On avait dû nécessairement voter sur son nom, comme pour Osiris dans V Egyptien, ou employer quelque autre procédé du même genre. La description de Synésios me parait donc reproduire, en l’altérant, un passage d’historien probablement contemporain des Ptolémées, décrivant une élection de roi éthiopien. Le transport de la scène de Napata à Thèbes était