Maspero, Du genre épistolaire, p
SUR L EXPRESSION MÀ-KHROOU
Dans une des heures de l’Enfer, les domaines que parcourt le Soleil ont une voix collective que le texte décrit de façon variée'. Dans un cas
: « On entend la voix des choses en cette chambre
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» comme le piaillement des nids; » dans d’autres, elle est comme la voix du cri de l’épervier divin /WS/VVA
ou « comme la voix de la plainte des taureaux
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<2 i) ou « comme la
» et des mâles
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» voix de ceux qui courent aux champs de bataille dans le » Non Q 0 1 en \^\ \h\ A <~> / — ~~ » ou « comme la voix
» des gens qui pleurent
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(Sic)
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ou « comme la voix d’un essaim de mouches à miel
" 7// ». Je crois qu’il est inutile d’insister: il
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n’est aucun Egyptologue qui, cherchant dans ses notes, n’y trouvera de nombreux exemples où signifie réellement voix et ne signifie pas parole, discours. En fait, c’est par abus qu’on a traduit jj^ par parole ou par discours, quand il signifiait toujours voix pour les Égyptiens.
Du moment que jj ^veut dire voix, le sens de se modifie singulièrement. Toutes les idées mystiques sur la vérité, la règle, le bien qui, depuis M. Dévéria, se sont attachées à cette expression, admissibles quand il s’agissait de discours ou de formules, ne le sont plus du moment qu’il s’agissait de la simple voix. La voix ne saurait être vraie moralement : elle n’est vraie que physiquement, ou, pour employer l’expression consacrée, elle est juste. * y1 Mâkhrôou, traduit littéralement, est vrai de voix , c’est-à-dire juste cle voix, et désigne l’homme qui n’a pas la voix fausse,
1. E. Lefèbure, Le Tombeau cle Sôti Ier, dans les Mémoires de la Mission du Caire, t. n, 4e partie, pl. xlvii-xlix.
SLR L’EXPRESSION MÀ-KHRÔOU
l’homme qui a la voix juste. La valeur de cette expression est facile à comprendre, si, au lieu de se perdre en considérations métaphysiques trop ingénieuses, on veut bien se rappeler le rôle que la magie a joué en Orient et l’importance de la voix pour les opérations magiques. Et d’abord, je ne voudrais pas qu’on attachât au mot magie l’idée dégradante qu’il éveille presque infailliblement dans l’esprit d’un moderne. La magie ancienne était le fond même de la religion. Le fidèle qui voulait obtenir quelque faveur d’un dieu n’avait de chance d’y réussir qu’à la condition de mettre la main sur ce dieu1, et la mainmise ne s’opérait qu’au moyen d’un certain nombre de rites, sacrifices, prières, chants, que le dieu lui-même avait révélés, et qui l’obligeaient à faire ce qu’on demandait de lui. Or la voix, surtout la voix humaine, est l’instrument par excellence du prêtre ou de l’incantateur. C’est elle qui va chercher au loin les Invisibles qu’on appelle, et chacun des sons qu’elle émet a une puissance particulière qui échappe au commun des mortels, mais que les adeptes connaissent et dont ils se servent pour leurs opérations. Telle note irrite les esprits, telle autre les apaise, telle autre les attire, et en combinant les notes l’une avec l’autre on compose ces mélopées que les magiciens entonnent au cours de leurs évocations. Mais comme chacune d’elles a sa puissance particulière, il faut bien se garder d’en intervertir l’ordre ou d’en substituer une aux autres : on s’exposerait aux plus grands malheurs1. Je n’ai pas besoin de rappeler ici quelle importance le carmen avait dans la religion et dans le droit de l’ancienne Home; il ôtait tout-puissant en Égypte, et le sorcier, le prêtre, l’individu qui s’adressait à un dieu, devait avoir la voix juste, s’il voulait obtenir ce qu’il demandait; il devait être ^ J1 juste de voix.
Les vivants pouvaient être justes de voix f — r1 , quoi qu’en