Strabon, xvi, p
4. Élien, De Nat. Anim., xvn, 9; cfr. Barthélemy, Explication de la Mosaïque cle Palestrine , p. 39, 41.
5. En voir la collection dans Wilkinson, Manners and Customs, 2e édit., t ii, p. 93.
dans Thoth-Ibis, c’est un ibis et non pas un hiéroglyphe qu’adoraient les premiers qui se sont prosternés devant l’ibis. Le bœuf Hâpi a été un bœuf divin avant de devenir un bœuf symbole d’un dieu, et le dieu-oignon, dont se moquent les satiriques romains, aurait existé que je n’en serais nullement surpris.
Je recommanderai cependant la lecture du livre de .M. Pierret : on en trouvera difficilement qui défendent avec plus d’habileté la cause du monothéisme égyptien. Le défaut que je lui reproche lui est d’ailleurs commun avec presque toute l’école. Il me semble qu’en étudiant les monuments religieux pour en tirer les dogmes et les croyances de la nation, on s’est toujours laissé guider par quelque idée préconçue. Les uns, désireux de retrouver partout l’unité de Dieu, ont cherché partout les preuves d’une conception monothéiste, et, négligeant les témoignages qui déposaient contre leur théorie, ont démontré, à leur satisfaction, que la religion égyptienne était une religion monothéiste. D'autres, frappés surtout par le vague des formes divines et voyant qu’elles rentrent sans peine et s’absorbent hune dans l’autre, ont cru reconnaître parmi les diverses doctrines énoncées diverses nuances de panthéisme. Pour certains le polythéisme, et le polythéisme le plus grossier, ressort jusqu’à l’évidence du témoignage des monuments. Quelques-uns découvrent partout le soleil et les cultes solaires ; quelques autres pensent que les dieux ne sont que la représentation concrète des notions métaphysiques les plus abstruses. Tous me semblent avoir raison par quelque endroit, tort sur le plus grand nombre de points.
Chaque fois que j’entends parler de la religion égyptienne, je suis tenté de demander de quelle religion égyptienne il s’agit. Est-ce de la religion égyptienne de la IVe dynastie ou de la religion égyptienne de l’époque ptolémaïque ? Est-ce delà religion populaire ou de la religion sacerdotale? de la religion telle qu’on l’enseignait à l’école d’Héliopolis, ou de
la religion telle que la concevaient les membres Faculté de théologie thébaine? Entre le premier tombeau memphite portant le cartouche d’un roi de la IIIe dynastie, et les dernières pierres gravées à Esnéh sous César Philippe l’Arabe, il y a cinq mille ans d’intervalle. Sans compter l’invasion des Pasteurs, la domination éthiopienne et assyrienne , la conquête persane , la royauté grecque et les mille révolutions de sa vie politique, l’Égypte a passé, pendant ces cinq mille ans, par maintes vicissitudes de vie morale et intellectuelle. Le chapitre xvn du Livre des Morts , qui paraît contenir l’exposition du système du monde tel qu’on l’entendait à Héliopolis au temps des premières dynasties, nous est connu par plusieurs exemplaires de la XIe et de la XIIe dynastie. Chacun des versets qui le composent était déjà interprété de trois ou quatre manières différentes, si différentes que, selon les écoles, le démiurge devenait le feu solaire Râ-Shou, ou bien l’eau primordiale, No u ; quinze siècles plus tard, le nombre des interprétations avait augmenté1. Si l’on considère le rôle que les dieux jouent dans les rares textes religieux de l’Ancien et du Moyen Empire, et celui qui leur est attribué sur les monuments postérieurs, on remarquera des divergences notables. Le temps, en s’écoulant, avait modifié l’idée qu’on se faisait de l’univers et des forces qui le régissent. Depuis dix-huit siècles à peine que le christianisme existe, il a travaillé, transformé, développé la plupart de ses dogmes : combien de fois le sacerdoce égyptien ne dut-il pas altérer les siens, pendant les cinquante siècles qui séparent le règne de Dioclétien des rois constructeurs de pyramides?
Ajoutez qu’on a emprunté les matériaux à toute espèce de monuments, presque sans distinction. Amon, dieu de Thèbes, nous est connu par les ruines de Thèbes , et ces ruines sont assez considérables pour qu’en les étudiant de près
1. Voir l’analyse très pénétrante que Lepsius a donnée des premières lignesdecedocument dans ses Acltestc Texte des Todtcnbuchs, p. 26 sqq.
on puisse reconstituer avec certitude l’histoire du culte d’Amon, dieu thébain, à partir de la XVIIIe dynastie. Mais Phtah, dieu de Memphis, quels documents avons-nous pour rétablir son dogme? Memphis est détruite entièrement, et ses cimetières renferment surtout, comme il était juste, des allusions relatives aux dieux des morts, Osiris, Anubis, Sokaris. Il nous reste, pour savoir ce qu’elle adorait dans Phtah, le témoignage des prêtres thébains, qui avaient adopté Phtah en le subordonnant à leur dieu Amon et ne voyaient en lui qu’une forme associée à Amon. Les textes latins qui assimilent Zeus à Jupiter suffiraient-ils à nous faire comprendre l’idée que les Grecs se faisaient de Zeus, l’assembleur des nuages? Sais est détruite; que savons-nous directement sur la Nith de Sais? Hnès est détruite, que savons-nous d'Harshafi? Abydos est détruite, que savonsnous d’Anhouri? Que savons-nous d’Haroïri, de Sit-Typhon, de l’Osiris du Delta, du Chacal de Siout? Il y a plus : le temple d’Esnéh est presque intact, mais inédit, que savonsnous de Sovkou (Sébek)? Les monuments thébains, le Livre des Morts, les Rituels de l’embaumement et de l’enterrement contiennent des allusions à tous ces dieux; les papyrus thébains nous ont conservé des hymnes à Phtah, Anubis, Sliou, Anhouri, où des prêtres thébains chantent les louanges et la grandeur de ces dieux; je préférerais, pour mon instruction personnelle, des documents memphites sur Phtah, thinites sur Sliou, lycopolites sur Anubis. Sans doute les Pères Jésuites des xvne etxvme siècles connaissaient bien la Chine et nous fournissent sur elle des renseignements précieux : les documents chinois valent mieux que tous leurs mémoires pour qui désire faire une étude approfondie de la religion chinoise.
Je n’ai pas la prétention, après avoir critiqué les systèmes d’autrui, de bâtir moi-même un système nouveau. Depuis que je travaille sur les textes égyptiens, j’ai réussi seulement à classer par ordre de matières et par ordre de dates un cer-
tain nombre de ceux qui traitent des matières religieuses. Pendant l’Ancien Empire, je ne trouve guère de monuments que sur quatre points, à Memphis, à Abydos et dans quelques localités de. la Moyenne-Égypte, au Sinaï, dans la vallée de Hammamât : les noms divins n’y paraissent que par occasion dans quelques formules, toujours les mêmes1. Sous la XIe-XIIe dynastie, Thèbes et le sud de l’Égypte entrent en scène : les formules sont plus explicites, mais, sauf quelques rares exceptions, les monuments ne sont pas des monuments religieux. A partir de la XVIIIe dynastie, au contraire, nous avons des représentations de tous les dieux, accompagnées de légendes plus ou moins développées, des recueils d’hymnes, des rituels, des amulettes qui peuvent servir à reconstituer les religions. Voici en gros les conclusions que j’ai cru pouvoir tirer de l’examen de ces documents.
Les dieux égyptiens se répartissent dans trois groupes d’origine différente, répondant à autant de conceptions différentes de la divinité : les dieux des morts, les dieux élémentaires, les dieux solaires. Les dieux des morts sont Sokaris, Osiris et Isis, peut-être Horus le jeune, Anubis, Nephthys. Les dieux élémentaires représentent la terre, Sibou, le ciel, Nouit, l’eau primordiale, Nou, le Nil, Hâpi, et probablement aussi des dieux comme Sovkou, Sit-Typlion, Haroïri, Phtah, etc., dont nous ne connaissons le culte et l’histoire que par allusions. Parmi les dieux solaires je classerai Râ, S ho u , Anhouri , Amon (litt. : « le journalier », le « quotidien »), etc.2. Les dieux qui composaient ces trois groupes sont, à l’époque historique, les représentants du
1. Ceci était écrit avant l’ouverture des Pyramides, qui renferment un Rituel complet, où la plupart des dieux Égyptiens sont nommés plus ou moins fréquemment.
2. J’ai dû modifier depuis lors le classement de plusieurs de ces dieux: on trouvera, dans les articles sur la Mythologie Égyptienne et sur l’Enncade , le résultat de mes dernières recherches à ce sujet.
polythéisme par lequel a débuté la religion égyptienne à l’époque préhistorique. Ils étaient associés à des dieuxanimaux et à des fétiches, dont le culte était en honneur aux siècles les plus brillants. Plusieurs de leurs noms ne sont, à proprement parler, que des doublures politiques ou géographiques les uns des autres. Sokaris, par exemple, était le nom du dieu des morts en certains endroits, comme Osiris en certains autres et ne différait probablement d’Osiris que par des nuances plus ou moins sensibles : où l’on adorait le soleil sous le nom de Râ, il est vraisemblable qu’on ne l’adora pas d’abord sous le nom de Shou. En tous cas, les trois groupes avaient chacun des facultés et des attributions bien tranchées : ils se complétaient l’un l’autre, mais ne se confondaient pas encore l’un dans l’autre.
Pour des raisons qu’il n’est pas très facile de discerner, le monothéisme s’établit très tôt en Égypte. Les plus anciens monuments que nous ayons, ceux de lalIPetde la IVe dynastie, à côté des personnes divines, mentionnent souvent Dieu, le dieu un, le dieu unique. Il semble bien que chacune des personnes, Plitah, Râ, etc. , soit encore indépendante de ses voisines, car on ne trouve pas de ces noms comme Soukou- Râ, où un Dieu résultant de la fusion de deux autres dieux prend leurs deux noms pour s’en faire un. Seul, le dieu des morts, Osiris, est devenu assez populaire pour qu’on l’ait identifié aux autres dieux des morts: à Memphis, il est Sokar- Osi ris, même Phtali-Sokar-Osiris. On dirait que le monothéisme est avant tout un monothéisme géographique : l’habitant de Memphis, qui est arrivé à la conception du dieu unique, donne à ce dieu les noms que ses ancêtres donnaient à leurs différents dieux nationaux, mais ce dieu n’est pas encore le dieu de Sais ou d’Héliopolis, par exemple. Râ, dieu un à Héliopolis, n’est pas le même que Phtah, dieu un à Memphis, et peut être adoré â côté de lui sans s’absorber en lui. Le dieu unique n’est que le dieu du nome ou de la ville ( noutir noutti), qui n’exclut pas l’existence du dieu unique de la ville ou du nome voisins.
L’unité de pouvoir politique qui, malgré l’organisation féodale du pays, s’était imposée depuis Mini, entraîna l’unité de conception religieuse. Les écoles de théologie établies à Sais, à Héliopolis, à Memphis, à Abydos, à Thèbes, formèrent, probablement sans avoir conscience de leur oeuvre, une sorte de syncrétisme, où l'on lit entrer de gré ou de force presque toutes les conceptions existantes à la surface du sol. Le dévot de Memphis égaré à Héliopolis ou le dévot d’Héliopolis en voyage à Memphis, puis les théologiens des deux villes reconnurent que le dieu un de l’une et le dieu un de l’autre présentaient, après tout, plus de traits communs que de dissemblances, et les identifièrent l’un à l’autre, sauf réserves. Il semble que cette tendance à rapprocher les dieux devint plus forte avec l’avènement des dynasties thébaines. Amon, identifié à Rà, devint Amon-Rà, et, par l’autorité des monarques thébains tout-puissants, Amon-Rà ne fut pas seulement un dieu propre à Thèbes et à Héliopolis, par exemple: il devint un dieu égyptien qui eut des temples à Memphis et ailleurs. Le patriotisme local empêcha Memphis et les autres cités d’abandonner leurs dieux pour prendre Amon : mais on adora à Memphis, sous le nom de Phtah, le dieu qu’on adorait à Thèbes sous le nom d’ Amon-Rà et on en fit le dieu unique. Les dieux des morts et les dieux élémentaires furent presque tous identifiés au soleil pour se fondre dans l’unité divine. Osiris fut le soleil de nuit, le soleil mort, comme Rà était le soleil vivant, le soleil diurne. Quelques-uns pourtant résistèrent à l’absorption : Sibou, Nouit ne devinrent jamais à ma connaissance, ou devinrent seulement fort tard Sibou-Râ, Nouit-Rit. On s’en débarrassa en faisant d’eux le père et la mère des dieux solaires, c’est-àdire, puisque dans la divinité le père et la mère ne sont qu’un avec le fils, des dieux-soleils qui avaient existé avant que le monde fût sorti du chaos et qu'il y eût un soleil matériel circulant à travers l’espace. Ces identifications ne s’établirent pas sans difficulté. Le principe de la triade, père, mère, fils, qui
avait prévalu avec la prédominance des dieux solaires, gêna quelquefois les théologiens. Ainsi, le dieu des morts, entrant dans une triade solaire, prit un fils, Horus, qu’il n’avait probablement pas au début, mais sans perdre son cortège ancien desdieux secondaires, Nephtliys et Anubis. On se tira d’affaire en donnant ces deux divinités à une triade antagoniste, celle de Sit, mais sans leur enlever leur rôle primitif, et on eut deux semblants de triade, Osiris, Isis, Horus, — Sit, Nephthys, Anubis qui, réellement, se décomposent en deux groupes, dont l’un se réduit à Sit seul, et dont l’autre renferme Osiris, Isis, Nephtliys, Horus, Anubis. Ici, du moins, il y a une apparence de régularité; dans bien des endroits, les contradictions sont flagrantes. La plupart des écrivains modernes ont eu le tort de vouloir les effacer et trouver dans l’Égypte une religion formant un tout logique et bien constitué. Une pareille religion aurait existé à un moment donné que le travail des années l’aurait rapidement détruite, mais en réalité elle n’exista jamais. Le monothéisme égyptien n’est que la résultante d’un polythéisme antérieur. Il n’a jamais su débarrasser l’unité de son dieu des éléments complexes et contradictoires dont il s’était servi pour le former.
Et meme ce monothéisme n’était point conçu partout de même façon. Les hérésies, les guerres religieuses paraissent ne pas avoir été inconnues à l’ancienne Égypte : ce qu'une école admettait comme étant l’essence de la divinité bonne, l’autre y reconnaissait l’essence de la divinité mauvaise. On conte que deux théologiens modernes, après avoir discuté longtemps sans s’entendre sur la nature de Dieu, convinrent de se donner l’un à l’autre leur définition de la Divinité. Quand le premier se fut exécuté, l’autre lui dit : «Je ne » m’étonne plus de notre désaccord; votre Dieu est mon » diable. » Ce qui était feu en un endroit était eau en un autre. Ici, ou à certaines époques, Sit est un dieu bon au même titre qu’Osiris; là et à d’autres époques, c’est le mal incarné. Les modernes ont essayé de reconstituer la religion
A PROPOS DR DKUA OUVRAGES DE M. PIERRRT
sans rechercher la provenance ni la date des matériaux qu’ils employaient. Un historien qui, plus tard, pour rétablir le dogme chrétien, prendrait des textes gnostiques des premiers siècles, puis des fragments d’écrits protestants, y joindrait des considérations tirées du catholicisme de nos jours, et s’évertuerait à tirer de ces éléments disparates une doctrine logique et identique de tous points, ferait quelque chose d’analogue à ce qu’on pratique trop souvent à l’école égyptologique.
11 me parait que l’on commet une erreur de méthode quand on prétend réduire la religion égyptienne à un dogme unique et définir ce qu’elle a été absolument, sans se référer à un temps ou bien à une localité déterminée. Le travail le plus utile en ce moment serait de faire la monographie d’un dieu, d’un dogme ou d’un symbole, quelque chose d’analogue à ce qu’ont fait M. Grébaut pour Amon-Ra 1 2 et pour les yeux d’Horus, M. Lefébure pour le mythe Osirien s, M. Pietschmann pour les origines du fétichisme en Égypte3. On peut encore prendre un des livres canoniques et en extraire les notions qu’il renferme relativement aux divinités, en se bornant toutefois à enregistrer ces notions sans vouloir encore en tirer des doctrines. Le jour où le Livre des Morts et les différents Rituels auront été analysés de la sorte, on possédera des matériaux plus solides que ne sont des textes pris au hasard sur tous les points du sol et à des siècles de distance. En attendant qu’il en soit ainsi, je ne conseillerais
1 . Grébaut, Y Hymne à Ammon-Râ des papyrus égyptiens du Musée de Boulaq, in-8”, Paris, Vieweg, 1875, xxxii-304 p., et Des deux yeux du Disque solaire, dans le Recueil de Travaux, t. i, p. 72-87, 112-131.
2. Lefébure, le Mythe Osirien: — I. Les yeux d’Horus. — II. Osiris. In-4°, Paris, Vieweg, 1874-1875, 256 p.
3. R. Pietschmann, der Ægyptische Fetischdienst uncl Gœttcrylaubc (Prolegomena sur œgyptischen Mythologie) nach einem in der « Schlesischen Gesellschaft für Vaterlàndische Cultur » erhaltenen Vortrag. (Tirage à part de la Zeitschrift fur Ethnologie, t. x, 1878, p. 153-182.)
pas à un savant qui ne fût pas égyptologue de profession de s’aventurer sur le domaine de la religion égyptienne : il courrait grand risque de s’y égarer.
A ces travaux, qui touchent directement au culte des dieux , on peut joindre deux Mémoires qui ont pour objet la condition de l'âme humaine après la mort. L’idée que les Égyptiens s’en faisaient n’était pas des plus nettes : l’âme, selon les époques et selon les individus, a été pour eux une simple reproduction matérielle de la personne humaine vivante, un souffle qui pénétrait dans le corps par l’oreille ou la narine, une parcelle de feu divin ou d’intelligence divine, ou tout cela à la fois. Celle de ces conceptions que les textes citent le plus souvent et que les modernes avaient le moins étudiée, le ka, vient de fournir à MM. Lepage-Renouf et Maspero la matière de deux Mémoires presque identiques dans leurs conclusions. Depuis cinq ans déjà, M. Maspero avait démontré à son cours du Collège de France que le ka est une sorte de double de la personne humaine, d’une matière moins grossière que la matière dont est formé le corps, mais qu’il fallait nourrir et entretenir comme le corps lui-même ; ce double vivait dans le tombeau des offrandes qu’on faisait aux fêtes canoniques , et aujourd’hui encore un grand nombre des génies de la tradition populaire égyptienne ne sont que des doubles, devenus démons au moment de la conversion des fellahs au christianisme, puis à l’islamisme. Ces idées furent exposées publiquement en septembre 1878 au congrès de Lyon, puis en février 1879 à la Sorbonne1. De son côté, M. Lepage-Renouf était arrivé â des idées analogues en travaillant sur les mêmes textes, et les a exposées à la Société d’Arehéologie Biblique anglaise 2. Rien
1 . Voir les deux premiers Mémoires recueillis dans ce volume , p. 1-34 et p. 35 52.
2. Lepage-Renouf, On the truc Senseof an important Egyptian Word, lu le 4 mars 1879 à la Société d’ Archéologie Biblique de Londres, imprimé dans les Transactions, t. vi, p. 494-508.
de plus convainquant que l’accord ainsi établi entre deux savants qui ne s’étaient pas entendus à l’avance, et ne connaissaient pas les recherches l’un de l’autre. Ici encore, le symbolisme profond et la conception abstraite qu'on croyait avoir existé en Egypte au sujet de l’âme humaine font place à une réalité assez grossière. 11 en sera toujours ainsi chaque fois qu’on étudiera à fond un point quelconque de religion ou de philosophie égyptienne.
Je voudrais bien ne pas avoir à revenir une fois encore sur la thèse que je viens de discuter 1 ; l’apparition du Panthéon Egyptien m’y oblige2. « Dans un Essai publié » l’an dernier, j’ai, dit M. Pierret, ébauché une vue » d’ensemble de la mythologie égyptienne que je reprends » aujourd’hui, pour en faire le canevas sur lequel vont » se dessiner les nombreuses figures du panthéon. » Le dieu des Égyptiens de M. Pierret est un dieu unique , sans second, infini, éternel. « Cependant, au moment » même où les scribes traçaient sur le papyrus ou gra- » valent sur la pierre les inscriptions qui affirmaient cette » croyanceetqui sont entre nos mains, des artistes sculptaient » des dieux à tète d’épervier, de bélier ou de crocodile, des » déesses à tête de lionne, de chatte ou de vache ; est-il » raisonnable d’en conclure, contrairement à ce que l’histoire » nous a appris sur les phases de l’évolution religieuse, que le