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2. Le Panthéon Égyptien, par P. Pierret, conservateur du musée égyptien du Louvre, illustré de 75 dessins par J. Schmidt. Paris, Ernest Leroux, 1884, in-8°, vi-112 p.

» monothéisme régnait dans un même pays concurremment » avec le fétichisme, que le même peuple qui comprenait la » divinité comme inaccessible, invisible, cachant son nom et » sa forme, adorait des éperviers, des béliers, des crocodiles, » des lionnes, des chattes et des vaches ? Et remarquez que » ce ne sont pas seulement des animaux qu’il aurait adorés, » mais des êtres monstrueux, fantastiques, impossibles, des » hommes à tête d’oiseau ou de quadrupède, à corps de » scarabée, des serpents à jambes humaines, etc. C’est inad- » missible. .. Les animaux, employés comme symboles, sont » devenus sacrés parce seul fait qu’ils ont eu l’honneur de » servir de vêtement à la pensée religieuse. Il a dû sans doute » en résulter que le vulgaire ignorant, ne voyant rien au delà » de l’idole qu’on lui mettait sous les yeux, fut maintenu par » le despotisme des prêtres dans un abject fétichisme, mais » les initiés ne reconnaissaient qu’un dieu unique et caché, » qui a créé le monde, qui en maintient l’harmonie par la » course quotidienne du soleil et qui est la source du bien. » Les divers personnages du panthéon matérialisent les rôles » divers, les fonctions de ce dieu abstrait qui conserve, dans » chacune de ces formes si nombreuses et si infimes qu’elles » soient, son identité et la plénitude de ses attributs b — » Fétichisme, polythéisme, monothéisme, telles sont les trois » étapes de la pensée religieuse. Malheureusement, les » Égyptiens semblent s’être fait une loi de nous dérober leurs » premiers tâtonnements en toutes choses, et leurs monu- » monts les plus anciens nous les montrent déjà parvenus à » l’idée monothéiste, en même temps qu’on les y voit en » possession d’une civilisation en plein épanouissement, avec » une langue complètement formée. Ils sont monothéistes » sous une apparence polythéiste *. »

Qu’il y ait eu en Égypte des gens qui adoraient un dieu unique, je le crois volontiers. J’ai exposé dans mon Histoire

1. Pierret, Le Panthéon Égyptien, p. v-vii. — 2. Ici., p. m-iv.

Ancienne 1 un des systèmes monothéistes en vogue à Tlièbes vers le temps de la XXe dynastie, et je compte bientôt en exposer un autre qui me parait être contemporain de la XIIe. Où je diffère d’avis avec M. Pierrot, c’est quand il refuse d’admettre la coexistence aux mêmes époques, et chez les mêmes individus, des croyances fétichistes, polythéistes et monothéistes. La multiplicité des dieux est peut-être incompatible en bonne logique avec l’unité de Dieu, elle ne l’est pas dans la réalité de l’histoire. Pour 1 Égyptien qui arrivait à la notion de l’unité, le dieu un n’était jamais dieu tout court : M. Lepage-Renouf a fait remarquer très finement que le mot nou tir, nouti , dieu, n’a jamais cessé d’être nom commun pour devenir nom propre2. Dieu est toujours le dieu unique Amon, le dieu unique Plitah, le dieu unique Osiris, c’est-à-dire un être bien déterminé, ayant une personnalité, un nom, des attributs, un costume, des membres, une famille, un homme infiniment plus parfait que les hommes. Les titres nous apprennent qu’il est le père des dieux, la mère des dieux, le suzerain des dieux, et nous donnent de lui l’idée d’un Pharaon céleste roi des dieux, comme le Pharaon terrestre est le roi des rois. L’assimilation entre Pharaon et le dieu unique est à ce point complète, qu’à moins d’admettre que Pharaon régnât ici-bas sur des abstractions de sujets et de rois, il faut admettre que le Dieu unique régnait sur des réalités de dieux. Et de fait, le dieu unique Amon n’empêche pas l’existence de deux Khonsou, tous les deux médecins, et

1. Maspero, Histoire Ancienne, 3' éd. , p. 26 sqq.; dans la quatrième édition le passage modifié a été reporté à sa véritable place historique, sous la XXe dynastie (p. 278-285).

2. Lepage-Renouf, Hibbert Lectures, 1879, p. 99: « But the Egyptian » nutar never became a proper name. It was indeed restricted in its » use, as far back as our knowledge of the language enables us to trace » it, but it never ceased to be a common noun, and was applied indiffe- » rently to each of the powers which the Egyptian imagination concei- » ved as active in the uuiverseand to the power frorn which ail powers » proceed. »

dont l’un, envoyé en Syrie par le roi Ramsès XII, guérit la princesse de Bakhtan. Si Khonsou était une abstraction, une simple manière d’envisager la divinité, je ne comprends plus le sens de cette histoire. Un dieu réel peut chasser un démon et rendre la santé aux malades : je ne vois pas trop comment une manière d'envisager la divinité pourrait opérer des miracles. Il me parait évident que l’Égyptien pour qui Amon était le dieu unique croyait fermement au dieu Khonsou, et que l’unité de l’un n’excluait pas de son esprit l’existence de l’autre. J’ajouterai que, si l'Égyptien de Thèbes proclamait l’unité d’Atnon à l’exclusion de Phtah, l’Égyptien de Memphis proclamait l’unité de Phtah à l’exclusion d’Amon. En résumé ce n’est pas du dieu unique de l'Égypte qu’on devrait parler, quand on traite du monothéisme égyptien, mais des dieux uniques de l’Égypte. L’unité de chacun des dieux uniques, pour être absolue dans l’étendue de son domaine, n’empêcliait pas la réalité des autres dieux. Chacun des dieux uniques dominait ses parèdres divins, les incorporait à sa famille, en composait ses membres, les traitait de mille manières, mais ne songeait jamais à leur refuser la réalité de l’existence, ni à faire d’eux ses aspects.

Ce n’est pas tout : à côté des dieux à forme humaine les monuments nous montrent des bœufs, des éperviers, des ibis qu’on adore comme les dieux. M. Pierret ne peut pas se résoudre à admettre que ces animaux soient des dieux comme les autres : « Il faut voir dans ces figures étranges de » véritables groupes hiéroglyphiques, des idéogrammes, des » symboles... Le dieu soleil est représenté par un épervier » ou par un homme à tête d’épervier, parce que la course de » l’astre dans le ciel était comparée au vol de cet oiseau; la » déesse mère allaitant le dieu fils porte une tète de vache » parce que la tète de vache explique sa fonction de nour- » rice, etc.1. » Expliquer l’existence de ces figures autrement

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