Le nom
du dieu Shou vient de la racine
shou, éle¬
ver, suspendre. La figure d’Atlas, agenouillé et portant le ciel, me parait dériver directement du type de Sliou, agenouillé et soulevant le disque solaire au-dessus de sa tête.
kxkcutf.es en Égypte
la scène prête, les acteurs étaient entrés en jeu. Le soleil, la lune, les astres qu’on apercevait au firmament comme autant de points brillants, étaient chacun un dieu ou une déesse ; les uns plongeaient dans les profondeurs de l’Océan divin, les autres flottaient à la surface, dans des barques, et formaient une longue théorie dont le soleil était le chef. Le ciel, ou plutôt l’autre terre, était à l’image de l’Égypte même: le fleuve du Non y coulait, serré comme leNil entre deux bandes de terrain Atboui) , minces et étroites en
quelques endroits, étendues et larges en quelques autres. Les nomes de l’Égypte terrestre et les pays non égyptiens avaient leur contre-partie là haut, dans un grand nombre de régions que le soleil parcourait l’une après l’autre, et dont je n’ai pas réussi encore à dresser la carte, la contrée de Poutrit ^ <=f>
r^-o . celle de Nadit fl O
champs d’Ialou
, le lac de l’Autel
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, celle de Hirit les
^eS c^iamPs ^'Offrandes
e Grand Lac
etc. Le soir arrivé, il franchissait la Bouche de la fente, située à l’occident d’Abydos 1 et se terrait. Passait-il au revers de la plaine habitée par les hommes et voyageaitil sous elle? Sa course nocturne le menait-elle seulement derrière les montagnes qui bordaient le monde vers le Nord? Aucun document certain ne me permet de choisir entre ces deux marches également possibles pour l’esprit des anciens; quelques textes seulement m’inclineraient à pencher vers la seconde hypothèse 2. Une fois disparu à l’horizon, il traversait de longs corridors, interrompus par de larges cavernes, où il rencontrait d’autres contrées et d’autres populations : au milieu de la nuit, il commençait à remonter vers la lumière
1. Voir sur la Bouche de la fente , p. 14, note 1, du présent volume.
2. C’est la doctrine qui sera développée plus loin, dans les deux mémoires sur le Livre des Morts et sur les Hypogées royaux de Thèbes.
PREMIER RAPPORT SUR LES FOUILLES
et sortait des ténèbres à l’Orient pour éclairer un nouveau jour.
La seconde âme égyptienne, le bi , avait le choix entre plusieurs moyens de monter au ciel. On croyait encore à l’époque des Pyramides qu’une échelle immense H macjaït, dressée à l’Occident, reliait la terre au séjour des dieux. Hathor en avait la garde et en permettait l’accès aux âmes qui se présentaient devant elle, munies des talismans indispensables; Iïorus, Shou. Nouit, soutenaient le mort dans son ascension périlleuse et le conduisaient au trône de Râ. D’autres considéraient l’àme comme un oiseau, que ses ailes portaient à son gré jusque dans les régions d’en haut. D’autres enfin supposaient qu’elle se rendait à la Bouche de la fente, le soir des funérailles, et rejoignait le cortège divin au moment même qu’il pénétrait dans le monde nocturne. Une fois au ciel, elle partageait les destinées du soleil, était menacée des mêmes ennemis que lui, se nourrissait des mêmes aliments que lui et jouissait de toutes ses félicités, dont quelques-unes sont assez difficiles à concevoir : je ne vois point, par exemple, quel bonheur il goûtait à parcourir la région Poutrit . De temps à autre, elle quittait les
dieux et redescendait sur terre, afin de visiter son corps et son double, puis repartait par le chemin qu’elle avait suivi la première fois. En résumé, cette existence n’était guère moins matérielle que celle du double; peut-être cependant avait-elle quelques conditions un peu plus relevées. Il semble bien que, pour entrer dans la barque du soleil et pour participer à ses joies, elle dût justifier de la bonne conduite qu’elle avait menée durant la vie terrestre; mais, si l’honnêteté était récompensée, l’abondance des offrandes faisait fermer les yeux sur bien des faiblesses humaines. La conception du bi n’entraînait pas plus que celle du double l’idée d’une rétribution future : le bi était mortel comme le double, et subsistait des dons que les survivants voulaient bien lui faire, ou plutôt qu’ils prodiguaient aux dieux en son nom.
EXÉCUTÉES EN ÉGYPTE
Aussi ne doit-on pas s'étonner si le sacrilice et ses formules tiennent une grande place dans nos textes. Et avant d’aller plus loin, peut-être ne sera-t-il pas inutile d’exposer ce qu’était à mon avis le sacrifice en Égypte et l’esprit qui avait présidé à ses dispositions. La prière n’était pas comme chez nous une pétition que l’homme présente au dieu, et que le dieu est libre d’accepter ou de refuser à son gré : c’était une formule dont les termes ont une valeur impérative, et dont rénonciation exacte oblige le dieu à concéder ce qu’on lui demande. Sans doute la connaissance n’en était pas accessible à tout le monde, et le Rituel en avait entouré l’émission de conditions plus ou moins difficiles, mais ces conditions étaient purement matérielles : c’était une mélopée spéciale qu’on devait entonner, des gestes rythmés qu’on devait placer sur certains temps, toute une modulation et toute une mimique dont on ne devait point s’écarter un moment sous peine d’annuler l’effet. La prière était à vrai dire une incantation ; de là l’importance que la voix avait en Égypte, comme ailleurs en Orient, et l’épithète juste de voix ( f — j mâ khrôou) que le mort porte dans les textes1. Le dieu adjuré selon la forme voulue, que lui-même avait souvent révélée, n’était plus maître de rien refuser : l’homme mettait la main sur lui et l’obligeait de souscrire à ses exigences quelles qu’elles fussent. Le sacrifice dont on accompagnait l’oraison le dédommageait de la contrainte exercée à son égard; les poulets, les viandes, les légumes, le pain, les fruits, le laitage dont il se nourrissait, étaient comme une indemnité qu’on lui payait pour l’usage qu’on l’obligeait à faire de sa puissance2. Ce que le vivant accomplissait par la voix, le mort était capable de l’accomplir, lui aussi, et sa prière présente également le caractère magique. Parfois il
1. Cf. p. 93-114 du présent volume le mémoire Sur l'expression Mâklirôou.
2. Sur la contrainte que l’homme prétendait exercer sur les dieux par la prière, voir p. 81 sqq. du présent volume.
PREMIER RAPPORT SUR LES FOUILLES
met le marché en main aux dieux : « O dieux de l'horizon, » qui présidez à la voie céleste, si vous désirez jouir de la » vie complète de Toumou1, vous oindre de vos parfums, » vous parer de vos vêtements, recevoir vos gâteaux d’of- » frandes, prenez la main de ce roi Papi, et menez-le aux » Champs d’offrande , pour qu’il vous donne sa gloire parmi » les glorieux, pour qu’il vous donne sa domination parmi » les dieux, pour qu’il vous présente une grande propo- » sition de pains, de liqueurs, de gâteaux, une grande » offrande de pains, de liqueurs, de gâteaux ; lorsqu’il » parcourt le ciel en sa barque, que Papi soit guidé par les » dieux attachés â chacune des provinces célestes, et que » Papi y. prenne la couronne comme Horus, fils de Tou- » mou2. » Ailleurs, les génies lumineux viennent vers le mort en courbant l’échine, « ils se jettent nez contre terre â » ses pieds, grâce à la puissance de son livre. . . 3 4. O Papi, » puisque ton âme est là parmi les dieux, parmi les lumineux, » c’est ta crainte qui agit sur leurs cœurs. O Papi, puisque » tu te mets toi-même sur ton siège de dieu qui réside parmi » les vivants, c’est la puissance magique de ton livre qui » agit sur leurs cœurs, et alors ton nom vit sur terre, ton » nom dure vieux sur terre, tu ne te détruis pas, tu ne » t’anéantis pas à tout jamais*. » Les Pyramides nous ont conservé bien d’autres textes plus explicites que ceux-là, mais qui demanderaient un commentaire perpétuel, si je voulais les rendre intelligibles aux savants qui ne font pas profession d’Égyptologie. Ceux qu’on vient de lire suffisent à
1. Toumou est un des dieux-soleil. Je crois quTci il y a calembour,
entre le nom Toumou ^ ^ . et le sens compléter , acheoer, de la racine
: jouir de la vie de Toumou était jouir de la vie
Toumou
complète, de la plénitude de la vie.
2. La Pyramide du roi Pepi T% dans le Recueil, t. v, 1. 161-162.
3. La Pyramide du roi Pepi Ier, dans le Recueil, t. v, p. 160, 1. 9 .
4. La Pyramide du roi Pepi P, dans le Recueil, t.v, p. 161, 1. 19-21.
montrer la nature de l’influence que le mort avait sur les dieux et la manière dont il l’exerçait. Il leur commandait par la « vertu de son livre magique », « par la crainte qu’il leur » inspire » ; même la pureté dont il parlait souvent n’était pas la pureté morale, mais la propreté physique. P api, Ounas, Teti, en se lavant avec les substances que Râ emploie à se laver, obligeaient les dieux à leur obéir comme ils obéissent à Rà. Ils n’auraient pas produit le même effet s’ils s’étaient contentés de purifier leurs cœurs par les œuvres ou par la prière ; je dirais plus, la pureté commandée par le Rituel était la bonne action par excellence, qui primait de bien haut à leurs yeux tout ce que nous sommes habitués à considérer comme de bonnes actions.
Cela posé, les parties de notre Rituel consacrées à l’offrande sont de deux sortes : un tableau plus ou moins développé, où sont dénombrés les objets présentés au mort, des formules où l’on recommande aux dieux de lui transférer ces objets. La composition du tableau est la même à toutes les époques : c’est comme un vaste menu où le double et l’âme choisissaient à leur goût. Autant que je puis en juger, la transmission de l’offrande pouvait s’opérer de façon différente. Dans beaucoup de tombeaux, pains, vins et viandes étaient donnés directement au défunt, qui s’en emparait sans plus de formalités et s’en nourrissait ; dans beaucoup d’autres le tout était servi aux dieux, à la condition expresse de lui en réserver la meilleure part. Ces deux manières répondaient évidemment aux deux conceptions du double ^ et du bi . Tant que la survi¬
vance humaine n’était qu’un double habitant le tombeau, rien n’était plus naturel et plus conforme à la tendance des vieux peuples que de livrer des vivres à l’être dont on sentait la présence derrière la muraille de la chapelle funéraire. On déposait sur le sol, ou sur la table placée devant l’image, les quartiers de bœuf et de gazelle, les oies, le vin, l’huile, la bière, le pain ; quand les donateurs s’étaient retirés, il sortait de son réduit, mangeait et buvait son saoul, puis rentrait
PREMIER RAPPORT SUR LES FOUILLES
chez lui à loisir. Du jour où l ame s’envola vers l’autre monde, le problème se compliqua : puisque, malgré son changement de résidence, elle avait faim comme le double et réclamait impérieusement sa pitance, il fallut bien imaginer en sa faveur une théorie nouvelle. Où les hommes ne pouvaient plus rien, on jugea que les dieux étaient assez puissants pour réussir, et on les chargea du transport, bien entendu moyennant commission : Osiris, Anubis, les autres, acceptèrent complaisamment de transmettre le sacrifice, sauf à déduire leur portion de la masse. Il va de soi que, d’après ce deuxième système, les objets ne passaient pas matériellement dans l’autre terre : leur double, leur âme, leur idée s’y rendaient seuls, tandis qu’eux-mêmes restaient sur le sol de la chapelle. Les prières qu’on récitait en les consacrant opéraient sur chacun d’eux et produisaient l’effet désiré : pour être plus certain du résultat, on les identifiait avec les dieux et on voyait en eux l’Œil d’Horus, par exemple. Dans les
textes des Pyramides, la présentation directe n’était déjà plus qu’une formalité traditionnelle ; on employait les dieux à nourrir indifféremment le double et lame, et leur office était jugé à ce point nécessaire, qu’une moitié au moins des formules gravées dans la chambre du sarcophage a pour objet avoué de les contraindre à servir d’intermédiaires entre l’âme et les vivants. Ils apportaient à l’accomplissement de cette fonction les qualités et la vertu propres à chacun d’eux, et leur intervention perpétuelle est pour le moderne une cause sérieuse de difficulté. Les Égyptiens se comprenaient à demi-mot quand ils parlaient de leur religion. Mainte allusion, qui était claire pour eux, est perdue entièrement pour nous ; telle prière de vingt lignes, dont le sens littéral est certain, et dont la traduction est irréprochable, ou peu s’en faut, si on la considère au point de vue de la grammaire, demeure inintelligible, faute de connaître les dogmes dont elle procède. Le fait est regrettable, mais je ne puis m’en affliger qu’à demi ; notre ignorance de ce qu’était le culte égyptien au
temps des premières dynasties est si grande, que la mention, même fugitive, même incompréhensible, d’un nom divin est un gain inappréciable pour la science.
Constatons d’abord que le panthéon égyptien est aussi peuplé dans ces inscriptions de l’ Ancien-Empire que dans les écrits des Ramessides. Je ne saurais décider si tous les dieux qui figurent à la Ve dynastie se retrouvent également à la XX0; plusieurs d’entre eux seraient morts ou auraient changé de fonctions dans l’intervalle que je n’en serais pas étonné. Les mythes qui correspondent à chacun des noms nous apparaissent déjà fort développés et fort complets. Pour n’en citer qu’un exemple, la religion osirienne est telle que nous l’avaient révélée les monuments de l’âge thébain. La lutte d’Osiris et de Sit, l’action deNeplithysetd’Isis, l’intervention d’Anubis, de Thot, d’Horus et de ses serviteurs sont déjà réglées dans leurs moindres détails. Les renseignements que nous pouvons tirer de ces documents ne sont pas évidemment d’égale importance pour tous les points de la mythologie. Les dieux le plus souvent cités sont ceux qui ont le plus d’influence sur les destinées de la survivance humaine, les dieux des morts et plus spécialement le groupe osiriaque, puis les dieux solaires : les dieux élémentaires n’interviennent que rarement et sans rôle bien défini. On ne saurait donc tirer aucune conséquence de la présence ou de l’absence d’un nom divin, pour l’existence ou l’importance du dieu lui-même à l’époque où ils furent gravés : il y avait longtemps, sous la Ve dynastie, que Memphis adorait Plitah, et Phtah n’est, presque jamais mentionné dans les prières des tombes memphites. L’oubli dans lequel Phtah est laissé ne me fera pas dire que Phtah n’existait pas ou que sa ville était insignifiante. Il me permettra seulement de croire que Phtah n’avait rien de commun avec les morts ni avec le soleil, au moment où les textes furent rédigés ; que, par suite, la combinaison de Phtah avec Sokaris et de Phtah-Sokaris avec Osiris n’était pas encore inventée, ou du moins n’avait pas
assez de partisans pour avoir pénétré dans les écrits canoniques. Une seconde observation du même genre me sera suggérée par l’examen des noms géographiques associés aux noms divins : l’Osiris mentionné est celui d’Abydos, le cycle solaire celui d’Onou-Iléliopolis. J’en conclurai donc avec vraisemblance que les deux religions qui ont contribué pour la plus grande part au Rituel mortuaire en usage, sinon dans l’Égypte entière, du moins à Memphis sous l’Ancien- Empire, sont celles des deux cités d'Héliopolis et d’Abydos. J’ajoute même qu’à mon avis le dogme abydénien ne nous arrive pas directement de son lieu d’origine, mais qu’il avait été remanié ou simplement adapté dans les sanctuaires d’Héliopolis, avant de prendre la forme sous laquelle nous le connaissons actuellement, partant que la rédaction en est uir rédaction héliopolitaine ; cette thèse demanderait toutefois une longue discussion avant de pouvoir être admise comme démontrée, et je la donne ici par manière d’acquit, pour compléter l’exposition de ma pensée1.
Ce n’est là qu’une esquisse rapide des succès obtenus grâce à l’ouverture des Pyramides : le travail aurait été incomplet si je n’avais exploré, dans le même temps, quelques-unes au moins des nombreuses tombes privées qui les entourent. La recherche des mastabas, commencée vers le mois de juin 1881, s’est continuée depuis sans relâche, avec l’espoir avoué de trouver quelque hypogée renfermant le nom d’un roi postérieur à la VIe, antérieur à la XIe dynastie. Il ne faut pas oublier en effet que les Égyptiens de distinction poursuivaient souvent la construction et la décoration de leurs sépulcres pendant la durée de leur vie. Il pouvait donc arriver qu’un Égyptien né sous Papi II, après s’être préparé sa maison éternelle sous le règne de ce pharaon, eût servi plusieurs de
1 . J’admettais encore qu’Osiris était originaire d’Abydos ; on verra plus loin dans les Hypogées royaux de Thèbcs, qu’il était primitivement le dieu de Mendès. C’est donc au dogme mendésien, modifié dans Héliopolis, qu’il faut appliquer ce qui est dit ici du dogme abydénien.
EXÉCUTÉES EN ÉGYPTE 160
ses successeurs qui auraient appartenu à la VIIe dynastie, par exemple., et gravé sur les parois le cartouche de tous les princes qui auraient reçu son hommage. Je me hâte de dire que le résultat n’a pas jusqu’à présent répondu à mon attente. Les monuments découverts dans les diverses nécropoles de Memphis n’ont fourni le nom d’aucun roi nouveau. Ils appartiennent à l’époque memphite, et le dernier pharaon qui y soit, mentionné est Nofîrkeri Papi II. Les familles intermédiaires entre la VIe et la XIe dynastie restent donc aussi incertaines que jadis, et l’on doit s’en tenir, pour le classement et la durée, aux documents déjà connus, les tables d’Abydos,la table de Karnak, les débris du Papyrus de Turin. Je n’ai pas l’intention d’improviser à ce sujet une théorie nouvelle ou de remanier une des théories déjà proposées ; je dois pourtant résumer les idées qui m’ont guidé jusqu’à présent et me guideront encore dans mes recherches à travers les nécropoles égyptiennes.
C’est, je crois, une erreur que d’admettre, comme on le veut d’ordinaire, l’existence d’un vide monumental entre l'Empire memphite et l’Empire thébain, et par suite de supposer une invasion de l’Égypte par les Hiroushàïtou, analogue à celle des Pasteurs. La Chambre des Ancêtres de Karnak, quelle que soit la manière dont on l’interprète, nous donne certainement la généalogie des princes de Thèbes antérieurs à la XIL dynastie, à partir probablement du jour où le premier d’entre eux reçut des mains d’un pharaon 1 investiture de son fief ou devint maître de la ville par une usurpation heureuse. M. de Rougé a montré, il y a bientôt quarante ans, que les façons différentes dont les membres do la famille sont présentés et intitulés répondent bien certainement aux progrès de leur influence et de leur pouvoir territorial ', et les objections que M. Wicdemann a élevées contre cette manière d’entendre le texte ne me paraissent
1. E. de Rougé, Lettre à M. Lecmans , dans la Revue archéologique, 1" série, 1846, p. 561 sqq.
PREMIER RAPPORT SUR LES FOUILLES
pas être de nature à ébranler l’argumentation de notre maître à tous 1 2 . La longue inscription deBéni-Hassan est là pour nous apprendre comment un personnage sans importance, aventurier, petit fonctionnaire ou cadet de famille, devenait seigneur terrier, par mariage ou par faveur royale, comment ses enfants agrandissaient le fief récemment fondé, et comment ses petits-enfants finissaient par posséder, en héritage ou autrement, une bonne moitié de la Haute-Égypte \ Le premier
Antouf est Erpâ hcc <q:> , comme les princes de nomes,
ses confrères 3 4. Ses trois successeurs, dont deux Antouf et un Montouhotpou, sont déjà désignés Hor tep et deux
d’entre eux sont honorés du cartouche. A partir de l’ Antouf suivant, tous reçoivent le cartouche et le protocole royal ; sans doute quelque mariage avec une princesse de la race dominante avait légitimé leur usurpation. L’Égypte paraît avoir été alors dans le même état où elle se trouva au moment de l’invasion de Piônkhi, divisée en États placés nominalement sous la souveraineté d’une dynastie centrale, l’Héracléopolitaine suivant Manéthon, et dont les uns étaient gouvernés par des rois, tandis que les autres obéissaient à des princes sans cartouche ni couronne. Cet état de choses dura jusqu’à l’avant-dernier de la lignée thébainequi fut reconnu, soit de son vivant par les autres grands seigneurs, soit plus tard par les clironologistes, comme pharaon légitime et fonda la XIe dynastie qui régna quarante-trois ans*. La famille des Antouf, telle qu’on la connaît aujourd’hui, compte seize générations successives, dont deux représentent la XIe dynastie, celles de Nibkhrôourî Montouhotpou et de