Lepsius, Koenigsbuch, Introd. p
des Ancêtres de Karnak pouvait sans invraisemblance rattacher à Papi la lignée des Antouf 1 .
Mes premières recherches dans les cimetières de Memphis ont donc porté naturellement sur les localités où j’avais le plus d’espoir de découvrir des monuments appartenant à l’époque de transition. Les mastabas deMéidoum, construits sur une grande échelle, n’ont pas été décorés pour la plupart. La maçonnerie terminée, les scènes ont été ébauchées légèrement à la pointe. On dirait qu’en cet endroit, comme à el-Amarna, la mort du roi a donné le signal d’une brusque suspension des travaux : les fonctionnaires qui avaient commencé à se construire un tombeau ont tout abandonné, pour aller recommencer ailleurs autour de la pyramide d’un roi nouveau. A Lisht, les mastabas ont été démolis, et les murs, qui étaient en calcaire fin, brisés en petits morceaux au commencement de notre siècle, lors de la construction du pont de Bamèh : les quelques débris assez larges pour qu’on y reconnaisse un ou deux mots complets sont dans le style de la XIIe dynastie, et ressemblent beaucoup, comme faire, à ce qu’on voit à Berslièh et à Béni-Hassan. Le plateau qui porte les deux grandes Pyramides en pierre de Dahshour ne nous a presque rien rendu. La pierre en est dure et fendue naturellement en petits blocs irréguliers : difficile à creuser, elle n’est pas assez compacte pour qu’on y établisse des chambres durables. De plus, la colline domine les hauteurs environnantes et est incessamment battue par des vents qui ne permettent pas au sable de s’y accumuler. Les mastabas n’ont pas été ensevelis par l’effort constant du désert, ainsi qu’il en est ailleurs; ils sont restés accessibles comme au premier
1. Maspero, Trois Années de fouilles , dans les Mémoires publiés par les membres de ta Mission archéologique française au Caire, t. i, p. 238-240. Le rédacteur de la Salle des Ancêtres de Karnak reconnaissait les Pharaons Anou, Sahouri et Snofroui, comme aïeux lointains des Antouf ; Ousirtasen Ier faisait de même, qui consacrait une statue à l’un d’eux, Anou, de la Ve dynastie (Lepsius, Auswahl, pl. ix a-c).
PREMIER RAPPORT SUR LES FOUILLES
jour. Les habitants des villages voisins ont démoli ceux d’entre eux qui bordaient la vallée, l’ardeur du soleil d’Égypte a dévoré, pour ainsi dire, ceux qui sont plus avant dans le désert. Partout la forme extérieure est reconnaissable, mais quand on approche, on reconnaît que le noyau seul de la maçonnerie subsiste, la surface extérieure est tombée lentement en poussière sous l’action de la chaleur et de la lumière. On distingue encore ça et là quelques signes émoussés, le contour mal défini d’un cartouche, mais rien qu’on puisse déchiffrer. Les puits et la chambre funéraire ne renferment aucun texte, aucune lettre, qui trahisse l’époque de la construction ou le nom du mort. Toutefois, au sud de la Pyramidenoire méridionale, sur un petit tertre et dans un ravin creusé en contrebas du plateau principal, le sable s’est accumulé et a enseveli un certain nombre de tombeaux assez bien conservés. Le plus beau, un grand mastaba en calcaire blanc de Tourah, a été dépecé il y a une trentaine d’années, au dire des gens du pays, par ordre d’un riche propriétaire. La fausse porte, qui y tient lieu de la stèle ordinaire, était de dimensions colossales : les hiéroglyphes, très espacés, sont taillés en ronde bosse et travaillés chacun avec autant de soin qu’un bas-relief. Le cartouche de Snofroui s’y lit encore, comme dans la plupart des tombeaux voisins, ce qui n’a rien d’étonnant, si, comme je le pense, Snofroui était enterré dans une des Pyramides de Dahshour. Les seuls rois qui soient cités avec lui sont Khâfri et Sàhourî ; encore ce dernier n’est-il là qu’accidentellement, parce que son cartouche entre dans le nom d’un des domaines du défunt’.
Comme toujours, les cimetières de Saqqarah nous ont fourni la moisson la plus riche. Les recherches y ont été concentrées presque entièrement autour des Pyramides de Papi Ier et de ses successeurs ; elles ont amené la découverte
1. Ces mastabas sont publiées dans Maspero, Trois Années de fouilles, dans les Mémoires de la Mission du Caire, t. i, p. 188-189.
de tombes appartenant à deux types différents. Celles du premier type ressemblent aux mastabas décrits par Mariette, et se composent d’un noyau de maçonnerie en pierre ou en brique, dans lequel sont ménagées des chambres revêtues de calcaire fin sculpté. Elles s’élèvent au nord-est du Mastabat el-Faraoun, sur le versant de la colline qui descend au village ; une seule, celle de Biou possède encore des inscrip¬
tions1. Les tombes du second type diffèrent très sensiblement pour la forme et pour la décoration des mastabas connus jusqu’à présent. Les premières ont été découvertes en juillet 1881 , un peu à l’ouest de la Pyramide de Nofirlceri Papi II : j’en ai depuis exploré une vingtaine environ, dans le voisinage, mais toutes, à l'exception de trois, avaient été détruites par les chercheurs de trésors et dépouillées de leur revêtement en calcaire par les habitants du village de Saqqarah. La description détaillée de l’une d’elles, celle de Rokhouï ^ O^, suffira à donner une idée exacte des dispositions qu’elles présentent. C’est un massif rectangulaire de grosses briques, haut d’environ cinq ou six mètres. Sur la façade Est, une fausse porte en calcaire tient lieu de la stèle traditionnelle : mais cette partie du monument a disparu presque partout. Dans l’intérieur étaient réservées plusieurs espèces de cours rectangulaires qui suppléaient le puits des mastabas d’ancien style. On y déposait le sarcophage en pierre blanche, sans ornement ni inscription, puis, on bâtissait au-dessus du sarcophage une chambre en calcaire, aussi large et aussi longue que lui, haute d’environ un mètre et recouverte de dalles posées à plat ; au fond, ou dans une des parois, s’ouvrait une niche qui faisait office de serdab. Au-dessus du toit plat, on montait une voûte de décharge d’environ cinquante centimètres de rayon. Cette construction occupait les deux tiers environ de
1. Publié dans Trois Années de fouilles , aux Mémoires de la Mission du Caire, t. i, p. 191-194.
PREMIER RAPPORT SUR LES FOUILLES
la cavité et avait l’aspect d’un four dont la gueule bâillerait. Quelquefois les murs posaient sur le couvercle même du sarcophage, et la cellule n’était édifiée et décorée qu’après l’enterrement de la momie ; le plus souvent ils portent sur deux montants de briques, et le sarcophage pouvait être ouvert ou fermé à volonté. Les funérailles terminées, on murait l’ouverture de la chambre et on comblait ce qui restait de la cour. Cette disposition ingénieuse n’est pas la seule différence qui sépare ces monuments des mastabas du premier type. Dans ceux-ci, la chambre funéraire ne renferme aucune décoration ; dans ceux-là au contraire elle est tantôt peinte, tantôt sculptée et peinte. Cette innovation est due sans doute au même mouvement d’idées qui a poussé les scribes de la Ve et de la VIe dynastie à remplir de textes funéraires les caveaux des Pyramides : le simple particulier a suivi, selon ses moyens, l’exemple que le pharaon lui donnait. Les sujets représentés sont toujours les mêmes. Sur la paroi de gauche et près de l’entrée, des tas de victuailles, paquets d’oignons, cuisses et têtes de bœuf ou de gazelle, oies, lotus, pains et gâteaux de diverses espèces ; derrière ce tableau, une porte monumentale, et la table d’offrandes placée sur trois hauteurs. La paroi de droite est divisée en deux registres, entre lesquels sont répartis les parures, les étoffes, les parfums, les vases nécessaires â l'habillement et au ménage du défunt. La paroi du fond est ordinairement détruite. Le constructeur y avait pratiqué une niche où étaient déposés les vases en terre ou en pierre qui servaient de mobilier. Les voleurs ont cru qu’elle marquait remplacement d’un trésor et l’ont démolie. On y voit des greniers et des tas de fruits ou de graines où le mort venait s’approvisionner. Les mastabas de ce type se rencontrent autour de la Pyramide de Papi 11 et de celle de son père Papi Ier. Quelques-uns d’entre eux se rapprochent tellement des tombeaux de Thèbes par le style des figures et des hiéroglyphes, que je serais enclin à en faire descendre la construction jusqu’à la XIIe dynastie.
Mariette avait cherché en vain des cimetières qu’il pût attribuer à cette époque. L’insuccès de ses perquisitions avait presque fini par lui fa ire croire que Memphis avait mené une existence misérable sous les Ousirtasen : la vie politique aurait été concentrée à Thèbes ou dans la Moyenne-Égvpte, et les habitants de l’ancienne capitale n’auraient plus été assez riches pour s’ériger des mausolées durables. La mise au jour d’une nécropole de la XIIe dynastie, sur le plateau qui domine Saqqarah, rend l’hypothèse de Mariette intenable, au moins dans ce qu’elle avait d'excessif. Quelques-uns des hypogées étaient de fort bon travail, mais la beauté des matériaux employés les a signalés aux destructeurs. Les tombes médiocres ont seules échappé, encore elles ont été dépouillées presque toutes aux temps gréco-romains et ont servi d’asile à de mauvaises momies, dont quelques-unes ne remontent pas plus haut que le siècle des Antoninsh Celles qui s’élèvent à l’ouest de la Pyramide de Papi Ier sont mêlées à des hypogées de la VIe dynastie, ou même ne sont que des mastabas de la VIe dynastie remaniés. Ainsi le mausolée superbe cl’Abi est voisin d’une chapelle où l’on reconnaît encore le cartouche de Papi Ier, mais qui a été usurpée par un Montouhotpou. Le 5 avril 1884, les ouvriers dirigés par Khalifah, fils du réis Roulé Hamzaouï, mirent au jour une tombe intacte. C’était une cavité carrée creusée dans le sol. La moitié méridionale en était remplie par deux petites chambres oblongues, ouvrant vers le nord, et recouvertes chacune par une voûte en grosses briques; les parois, également en briques, avaient été crépies à la chaux, et probable-
1. Une de celles-ci qui n’est pas antérieure au m” siècle après notre ère portait au cou un collier d'amulettes superbes, dont quelques-uns remontaient -jusqu’à l’ Ancien-Empire, mais dont la plupart étaient de l’époque des Ramessides. Tout cela était probablement le produit de fouilles secrètes et de vols dans les vieilles nécropoles de Memphis. Les exemples de ce genre ne sont pas rares, et j’ai trouvé plus d’une fois, à côté de momies presque modernes, des vases ou des objets d’équipement d’une antiquité très reculée.
ment revêtues d’inscriptions, mais l’enduit était tombé partout: Commeon voit, c’est la disposition des mastabas du type deRokhouï. Le sol de chaque chambre n’était autre que le couvercle d’un sarcophage en pierre, grossièrement taillé et sans écriture; un second cercueil en bois reposait par-dessus, qui renfermait un cadavre de femme. La chambre de l’est avait appartenu à Khopirkerî et à une de ses parentes, dont le cercueil ne porte aucune inscription; celle de l’ouest à Hori et à la dame Sitbastit. L’autre moitié de la cavité servait de cour, et était comblée de sable et d’éclats de briques amoncelés. La voûte qui recouvrait la chambre d’Hori s’était écroulée sur la dame Sitbastit, et avait tout écrasé dans sa chute. J’ai ramassé pourtant, parmi les décombres, trois grands colliers, des perles en cornaline, cinq bateaux funéraires intacts et les débris de plusieurs autres. Comme la tombe donnait asile à deux cadavres, on avait mis double flottille : les barques sauvées de la destruction sont celles où reposait la momie, une de celles qui portaient la statue, celle qui remorquait le convoi, une de celles qui étaient chargées d’amis et de pleureurs. Les momies elles-mêmes étaient en lambeaux : la tête seule demeurait intacte. Le crâne d’Hori, friable et noirci par la terre, est d’un homme d’âge mûr; celui de Sitbastit au contraire est d’une toute jeune fille. La seconde dentition n’était pas achevée au moment de la mort; plusieurs des dents étaient encore engagées dans la partie supérieure de leur alvéole, et attendaient le moment de percer1 . Le sarcophage en pierre de Khopirkerî était en l’état où l’avaient laissé les fossoyeurs. Ouvert soigneusement devant moi, j'y aperçus un cercueil en bois, fermé par un couvercle peint et sculpté. Ce second couvercle enlevé, la momie apparut. Elle était couchée sur le dos, la tête au nord, et ressemblait d’une manière générale aux belles momies de la XIXe dynastie. Toutefois, le système d’habillement diffère
1. Les corps d’Hori et de Sitbastit sont au Muséum d’histoire naturelle de Paris.
EXÉCUTÉES EN ÉGYPTE
de celui que j’ai observé jusqu’à présent sur les momies du Nouvel-Empire. L’épaisseur du maillot était fort mince; sur la face, un seul tour d’étoffe, deux ou trois sur le corps et sur les membres. Par-dessus ce linceul de bandelettes, du plâtre très fin avait été coulé; le masque visait évidemment à reproduire les traits du mort. La perruque était peinte en bleu, la face en rouge, sur la poitrine descendait un collier, dont les rangs, rouge, vert et bleu, étaient séparés par un trait blanc; au-dessous, un scarabée noir aux ailes déployées, et plus bas, deux lignes verticales de beaux hiéroglyphes, tracés à l’encre noire sur fond blanc. Cette gaine de plâtre se réduisit en poudre comme j’essayais de copier les inscriptions, et la momie fondit sous mes yeux, ne laissant derrière elle qu'une poignée de fragments d’os 1 .
IL — Fouilles de Thèbes
Le même raisonnement qui m’avait entraîné à chercher la solution du problème à Memphis, dans les environs de la Pyramide de Papi II, devait m’amener à faire des fouilles dans les divers cimetières de Thèbes : il y avait des chances pour qu’un personnage, mort au début de la XIe dynastie, eût commencé à s’ériger un tombeau vers la fin de la Xe, et eût introduit dans les inscriptions le cartouche d’un roi héracléopolitain. Par malheur, la plupart des hypogées de la XIe dynastie que j’ai explorés à Thèbes ne renferment aucun des renseignements que j’espérais y rencontrer : ni le tombeau de la reine Tmom, femme de Montouhotpou IV2, ni
1. Maspero, Trois Années de fouilles à Thèbes et à Memphis , dans les Mémoires publiés par les Membres de la Mission archéologique française au Caire, t. I, p. 188-239 et planches.
2. Zeitschrift, 1883, Notes sur quelques points de grammaire et d’histoire, p. 77.
celui cle la reine Nofriou1 2, ni celui de Dagi!, ni celui d’Harhotpou, ne m’ont rien fourni dont pût profiter l’histoire. Les familles royales intermédiaires entre Papi II et les Entouf, entre la VIe et la XIe dynastie, restent donc aussi incertaines que jadis. S’ensuit-il nécessairement que les fouilles de ces cinq dernières années n’aient apporté aucune donnée nouvelle au problème? Le profit, nul au point cle vue de l’histoire proprement dite, a été considérable pour l’histoire de l’art et des idées religieuses. S’il y a en effet un système qui ait été admis sans discussion par presque tous les Égyptologues,, c’est celui de Mariette, d’après lequel l'Égypte thébaine est une Égypte nouvelle, où les œuvres d’art, les formules, la disposition des tombeaux, sontpresque opposées à ce qu’elles étaient dans l’Égypte memphite. Les mastabas à caveau peint de Saqqarah et les hypogées que j’ai ouverts à Thèbes prouvent au contraire que l’art et la religion thébains sont identiques à l’art et à la religion memphites.
Le plus important de ces tombeaux, celui d’Harhotpou, a été découvert en 1883. Sur le versant de la montagne qui ferme vers le nord le cirque de Déir-el-Bahari, à côté du sentier qui mène à la Vallée-des-Rois, on voit encore quelques murs en briques, seuls restes d’un des nombreux couvents coptes établis en cet endroit du ve au vie siècles de notre ère. Un peu à l’ouest de ces débris, le réis Mohammed Abderrassoul me signala un trou à demi bouché, qui paraissait s’enfoncer sous terre à de grandes profondeurs. Après avoir rampé l’espace de trente mètres environ, dans une sorte de boyau haut de quatre-vingts centimètres au plus, la terre manqua sous moi tout d’un coup : le nazir du Musée, Mohammed Effendi Khourshid, qui venait après moi, en-
1. Recueil de Travaux relatifs à la Philologie et à l’Archéologie égyptiennes et assyriennes, t. ni, p. 25 sqq., et t. xn. p. 217-218.
2. Mémoires, t. i, p. 134. Le cercueil, vu jadis et publié par Lepsius ( Denkm . II, 147-148 b), est aujourd’hui au Musée de Boulaq (Maspero, Guide du Visiteur , p. 224, n° 1053).
traîné par ma chute, me tomba sur lo dos. Le premier moment de surprise passé et les bougies rallumées, je me trouvai dans une chambre peinte, au milieu de laquelle s’élevait un beau sarcophage.il fallut environ quinze jours pour enlever les terres et remettre les galeries dans leur état primitif : vers la fin de février, le travail était terminé. La chapelle extérieure est complètement détruite. Un couloir fort raide, grossièrement taillé dans le roc, mène à une sorte de vestibule, cl’où il ressort sur la droite pour aboutir à la chambre funéraire. Le corps de la montagne est formé en cet endroit d’une sorte de roche brune, friable, dans laquelle se sont infiltrés par milliers des filons de calcaire blanc : je ne saurais mieux la comparer qu’à une pâte feuilletée, tant certains des filons sont minces. Comme cette matière ne se prêtait nullement à la taille et à la décoration, l’architecte, après y avoir creusé une cavité de dimensions convenables, y construisit, en blocs de calcaire blanc bien parés, un sarcophage et une chambre carrée de trois mètres quarante centimètres environ sur deux mètres quatre-vingt-dix centimètres. C’est un spécimen, unique peut-être dans les musées, de ce qu’étaient les tombeaux thébains du Moyen-Empire. 11 nous est facile de nous représenter la façon dont les ouvriers s’y sont pris pour l’édifier. Le mur du fond, les deux murs de droite et de gauche furent élevés et décorés tout d’abord, puis les pierres introduites et ornées dont on composa le sarcophage. C’est en effet une des particularités du Moyen-Empire de substituer fréquemment aux grandes cuves monolithes des manières de caisses rectangulaires, formées de blocs réunis par un peu de ciment et par des queues d’aronde. Le procédé était économique : il a été employé même pour les souverains, comme le prouve l’exemple de la reine Tmom. Le sarcophage en place, on a bâti le mur de face, en n’y réservant, comme porte, qu’une sorte de baie juste assez largepour laisser passer la momie. Combien de temps reposat-il en paix dans son caveau? Le voisinage d’une laure établie
PREMIER RAPPORT SUR LES FOUILLES
à quelques mètres de la porte ne lui permit guère d’échapper au fanatisme des moines, à supposer qu’il eût été épargné par l’avidité des voleurs païens. En tout cas, il fut ouvert de nouveau pendant la première moitié de notre siècle, car M.Wilbour a reconnu dans lacollection Abbot, à New-York, un bloc qui provient d’une des parois du sarcophage. Le cercueil de bois fut brisé en petits morceaux, tous les menus objets furent volés ou détruits : j’ai ramassé dans les décombres un bras de statuette en bois d’un travail admirable, les rames et quelques matelots d’une barque également en bois, et d’autres débris qui prouvent l’existence d’un mobilier funéraire, analogue au mobilier découvert par Passalacqua et déposé au musée de Berlin. Les voleurs défoncèrent les deux bouts du sarcophage, cassèrentà coups de pic deux pierres du mur de droite et une pierre du mur de gauche, afin de voir si elles ne contenaient pas de l’or ou quelques trésors cachés. Laisser le tombeau en place eût été l’exposer à une destruction prochaine : les blocs, enlevés un à un et dûment empaquetés sous ma surveillance, furent transportés par eau de Thèbes à Boulaq, puis remontés dans l’ordre même oû ils étaient à l’origine1. Chaque paroi, sauf celle de l’entrée, al’un des côtés occupé par un panneau de dessins géométriques, dont l’ensemble représente une porte : c’est la contre-partie des portes que j'ai signalées dans les mastabas de la VIe dynastie. Le reste est divisé en deux registres superposés. Dans celui du haut sont dessinés les objets de ménage, les étoffes, les armes, les vases à parfums et la table d’offrandes qui couvrent les murs du caveau de Rokhoui et des caveauxsemblables. Dans celui du bas sont transcrits des extraits du Rituel des Funérailles, dont les Pyramides nous ont fourni l’édition la plus complète, du Livre des Morts, du Rituel de V Embaumement, tous ouvrages dont l'origine héliopolitaine