Lepsius, Dcnhmâlcr, ni, pl
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royal, il avait l’habitude de s’en aller incognito, en compagnie d’un seul serviteur, dans la région montagneuse du nome Memphite, pour s’exercer au tir de l’arc sur les lions et sur les gazelles. Un jour, que le hasard l’avait mené dans la partie de la nécropole consacrée à Sokaris, à Rannouti,à Isis, à Soldat, à Sit, il se mit pour faire la sieste de midi à l’ombre du grand Sphinx, l’image du très puissant Ivhopri, le dieu vers qui toutes les maisons de Memphis et toutes les villes du voisinage lèvent en adoration leurs mains chargées d’offrandes. La chaleur était lourde, le prince s’endormit, et, pendant son sommeil, il lui sembla que le dieu lui adressait la parole comme un père à son lils. « Regarde-moi, contem- » pie-moi, ô mon fils Thoutmosis, car je suis ton père Har- » makhou-Khopri-Râ-Toumou, qui te donne la royauté (sur » l’Égypte) — et tu porteras ses deux couronnes, la blanche » et la rouge, sur le trône de Sibou, souverain des dieux... » Le sable de la montagne sur laquelle je suis m’envahit. » Paye-moi de retour pour mes bienfaits, en me faisant ce » que je désire. Je sais que tu es mon fils, mon défenseur : » approche, me voici avec toi, je suis (ton père bien-aimé)*. » Le prince, en s’éveillant, comprit que le dieu lui avait parlé, et résolut de recommencer, dès qu’il pourrait, le déblayement qui n’avait pas eu lieu depuis le temps de Khâfri. Il se tint parole à lui-même : dès le début de son règne, en l’an I, il dressa, entre les pattes du Sphinx \ une stèle en granit rose qui raconta sa vision. La piété s’alliait chez lui à l’économie, et il ne fit pas venir de Syène un bloc nouveau : il prit une des architraves du temple voisin, celui qu’on appelle aujourd’hui le temple du Sphinx, et y grava son histoire, sans se donner la peine d’en façonner le revers. Ramsès II plaça plus tard
I . Cette stèle a été publiée dans l’ouvrage de Perring sur les Pyramides, à la fin du tome m, et dans les Denk/naler de Lepsius, ni, pl. 63; cfr. H. Brugsch, dans la Zeitschrift, 1876, p. 89 sqq., et Birch, Records of the Past, Ve série, t. xii.
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deux stèles plus petites à côté de celle-là, mais il semble qu’après lui le sable ne tarda pas à revenir. Quand on l’enleva de nouveau, à l’époque gréco-romaine, et qu’on rendit le dieu à l’admiration des fidèles, il avait beaucoup souffert, La tête était encore intacte, mais le corps effrité n’avait plus du lion que la forme générale. On lui recouvrit les pattes et la poitrine de dalles irrégulières qui lui rendirent l’ampleur première de ses contours, puis on le repeignit, le dallage en rouge, les joints en jaune. En même temps, on songea à le préserver de l’envahissement des sables au moyen d’un système de murs assez compliqué. Les ingénieurs des Ptolémées pensèrent sans doute que ce serait trop forte dépense que de déblayer en entier le terrain sur lequel il reposait. Autant que je puis en juger parles relevés de Caviglia et de Mariette, ils construisirent un mur qui longeait les tlancs, à peu de distance du corps, et réservait, le long des pattes et devant la poitrine, une esplanade étroite, irrégulière,enfoncée de huit à dix mètres au-dessous du niveau du plateau. Un escalier, divisé en deux étages par un palier, descendait dôuccment, et menait les curieux et les dévots en face du dieu. Ils trouvaient à mi-chemin un autel, qui a été transporté à Londres par Vyze, et sur l’esplanade même, entre les pattes, une sorte de chapelle précédée d’un second autel encore en place aujourd’hui. Au fond, contre la poitrine, la stèle de Thoutmosis IV, puis, à droite et à gauche, deux stèles moins importantes de Ramsès II, qui ont été enlevées également par Vyze et qui doivent être à Londres, à moins qu’elles n’aient été englouties sur les côtes d’Espagne, dans le même naufrage où périt le sarcophage de Menkeourî. Les visiteurs, après avoir fait leur offrande, inscrivaient leur nom sur la patte droite, parfois avec une légende en prose ou en vers, ou érigeaient une stèle le long des parapets qui bordent l’escalier : quelques-unes des êpigrammes que Caviglia avait recueillies ne manquent pas de mérite. L’empereur Hadrien vint rendre hommage au Sphinx, comme il fit aux statues de
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Memnon dans la plaine de Tlièbes, et le pèlerinage resta à la mode quelque temps encore après lui. Le sable revint, dès qu’on cessa d’entretenir les murs, le Sphinx disparut peu à peu, et sa croupe se cacha pendant toute la durée du moyen âge. 11 n’a été déblayé que de nos jours: une première fois par Caviglia en 1818, une seconde fois par Mariette en 1853 ; mais aucune précaution ne fut prise pour empêcher un nouvel ensevelissement, et le sable était remonté àsonniveau primitif quand j’arrivai en Égypte.
Les mot ifs que j’avais de le déblayer étaient de deux sortes. La plupart des grands travaux entrepris par la direction des fouilles ont été exécutés dans le Sa'id, et sont inaccessibles à ceux des voyageurs qui ne vont pas au delà du Caire : il n’était que justice de tenter enfin quelque chose pour ces derniers, et quel meilleur cadeau à leur offrir que le déblayement du Sphinx de Gizèh? En second lieu, le Sphinx ne nous a peut-être pas dit tous ses secrets. Pline rapporte, d’après le témoignage d’un historien alexandrin, qu’il contenait le tombeau d’un roi Harmakhis. Les écrivains arabes sont persuadés de leur côté qu’il recouvre des salles souterraines et s’attendent à le trouver rempli de trésors. C’est en partie sur la foi de ces témoignages que Caviglia entreprit de le dégager, et quelques Bédouins âgés m’ont montré un trou profond que Perring pratiqua violemment dans le dos de la bête, pour pénétrer par là dans une des chambres intérieures. Peut-être faut-il reconnaître dans la tradition recueillie par Pline et par les Arabes le souvenir d’un fait véritable. Les monuments sur lesquels le grand Sphinx est figuré, la stèle de la fille de Ivhéops et la stèle de Thoutmosis IV, nous le montrent couché sur un piédestal presque aussi haut que lui, et décoré de ces rainures prismatiques qu’aimaient les architectes de l’Ancien-Empire. Les artistes égyptiens ne modifiaient pas à leur fantaisie les attributs et la forme des dieux : s’ils ont représenté le Sphinx couché sur un piédestal, c’est très probablement qu’il était ainsi. Je n’entends pas dire par
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là qu’il repose sur un cube isolé de tous les côtés, comme un piédestal ordinaire de statue : il suffit que la roche ait été ramenée à la verticale sur trois côtés, ou seulement même sur le côté qui est tourné vers la plaine pour que les Égyptiens l’aient considéré comme étant assis sur le piédestal qu’ont représenté les sculpteurs de la stèle de Thoutmosis IV. Du moment qu’on admet l’existence de ce piédestal, le fait rapporté par Pline n’est plus impossible : le tombeau pouvait être, non pas dans le corps même, mais dans la masse rectangulaire sur laquelle le corps était couché. D’ailleurs, le tombeau n’existerait pas, qu’on serait encore en droit d’espérer quelque découverte importante. Si le Sphinx a été enterré rapidement, combien plus rapide n’aura pas été l’ensevelissement d’un piédestal ? Peut-être ce dernier n’était-il plus visible dès le temps de Kliûfri; il était certainement oublié au temps de Thoutmosis IV et des Macédoniens. Les dévots qui déterrèrent le corps du dieu ne descendirent pas au-dessous du niveau des pattes : ils ne touchèrent pas à ce qui était plus bas. Or le Sphinx est le plus vieux monument de l’Égypte. S’il a un piédestal, les tombes qui ne peuvent manquer d’être creusées à ses pieds appartiendront nécessairement aux siècles qui suivirent immédiatement l’érection de la monstrueuse idole. Enterrées de bonne heure, peut-être avant la construction des Pyramides, une partie au moins d’entre elles aura pu échapper aux recherches des Égyptiens et des Arabes. On voit quel champ d’exploration nouveau nous ouvre l’hypothèse que je viens d’exposer et combien elle mérite d’être étudiée avec soin. Rien n’est plus facile que de la mettre à l’épreuve. Le déblayement conduit jusqu’au lit du rocher sur lequel posent les pattes, il suffira de pousser quelques sondages à petite distance sur la droite et sur la gauche, surtout en avant, sous l’escalier d’Hadrien. Si l’on rencontre toujours le roc, l’hypothèse est fausse, le Sphinx n’a jamais eu de piédestal, et l’on se sera borné à rendre au jour une des œuvres les plus étonnantes de l’antiquité. Si, au contraire, on rencontre le sable
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jusqu’à une profondeur de huit ou dix mètres au-dessous du niveau des pattes, le piédestal existe, et qui sait ce qu’on peut espérer ?
Les raisons que j’avais de m’attaquer au Sphinx étaient fortes, comme on voit, mais elles avaient aussi un côté aventureux qui me rendait assez difficile le passage à l’exécution. Le budget du Musée est si pauvre, que je me serais considéré comme presque coupable d’en appliquer même la moindre part à des travaux qui peuvent n’avoir aucun résultat certain. Je n’avais pour me tirer d’embarras d’autre ressource que de m’adresser à la générosité publique. Je le fis pour le Sphinx, comme je l’avais déjà fait pour Louxor, en 1884. Le Journal des Débats se chargea d’ouvrir une souscription en France, et M. Renan exposa en termes éloquents l’intérêt qu’offrait la fouille projetée. J’avais demandé une somme de quinze mille francs, qui m’avait paru suffire aux premiers besoins : quinze mille francs furent récoltés en trois jours et mis à ma disposition. Il n’était et ne pouvait être question que de dégager le Sphinx, d’abaisser le niveau du sol environnant jusqu’àlaplate-forme rocheuse, bref de remettre le monument dans l’état où on le voyait vers le milieu du second siècle de notre ère : les murs antiques, refaits dans les endroits où il était nécessaire, empêcheraient le retour rapide du sable, et quelques centaines de francs dépensés chaque année suffiraient à tenir la place nette. Ce premier point gagné, on pratiquerait des sondages pour constater si le socle présumé existe ou non. S'il existe, un nouvel appel de fonds sera nécessaire, et l’Europe entière tiendra sans doute à honneur de prendre part à la découverte : la masse de sable à enlever sera probablement telle qu’une centaine de mille francs suffiront à peine. Pour assurer l’exécution de ce programme, il fallait modifier la manière de procéder que nous avions employée jusqu’alors. Les déblais retirés des ruines sont ordinairement rejetés à droite et à gauche de l’excavation commencée ; il devenait indispensable de les transporter à
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distance, autant que possible dans la plaine où la prochaine inondation les emporterait au loin. La Daira Sanièh m’avait vendu à bon compte un train de wagonnets système Corbin, et huit cents mètres de rails restés sans emploi à l’usine de Minièh. Au lieu de les transporter à Louxor comme c’avait été mon intention première, je les installai à Gizéh dans les derniers jours de décembre 1885, et la tranchée fut ouverte dans la seconde semaine de janvier 1886, à soixante mètres environ en avant de la poitrine du Sphinx. La mise en train terminée, les devoirs de l’inspection m’appelèrent dans la Haute-Égypte, et je laissai la direction à l’officier chargé de la garde des Pyramides, sous la haute main de M. Émile Brugscli Bey, conservateur du Musée. J’eus d’autant moins de scrupules à m’absenter que cette première partie du travail n’exigeait aucune science archéologique et ne présentait aucune difficulté d’exécution. Le terrain choisi était un terrain connu, celui que Caviglia et Mariette avaient déjà remué. On savait qu’à deux ou trois mètres de profondeur on rencontrerait les marches hautes de l’escalier, et qu’en descendant jusqu’à dix ou onze mètres on verrait reparaître successivement la plate-forme, les pattes, la stèle de granit. Les réis de Saqqarah, Roubi Hamzaoui, Mohammed Abou- Higgazi et Moustapha, appelés à collaborer avec le réis des Pyramides Hatoui Fait, étaient plus aptes que personne à diriger l’enlèvement du sable. Pourvu qu’un employé du Musée passât tous les huit jours dans les chantiers, constatât l’état du matériel et fit envoyer au forgeron les essieux et les boulons qui auraient besoin de réparations, la fouille pouvait continuer sans encombre jusqu’à mon retour. M. Brugsch Bey s’acquitta à merveille de cette partie toute matérielle de la tâche ; mais, après que les fouilles eurent duré une quinzaine de jours, impatienté de ne pas voir les marches, il déplaça les ouvriers et les mit sous le menton même du Sphinx. Les résultats ne se firent pas attendre : tout ce que Caviglia et Mariette avaient déjà vu, reparut au jour, la stèle de granit.
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le petit sanctuaire entre les pattes. La modification ainsi apportée à mon plan de campagne eut deux conséquences : l’une fâcheuse, car elle augmenta sensiblement les frais, l’autre heureuse, car elle fit la joie des voyageurs et des Cairotes, et leur donna occasion de s’intéresser au travail, très platoniquement du reste, car, à l’exception d’un colonel de l’armée des Indes qui voulut bien me faire remettre une somme relativement importante par l’intermédiaire de notre confrère M. Moncriefï, personne ne songea à souscrire. Les fellahs et beaucoup d’habitants indigènes du Caire refusèrent et refusent encore de croire qu’on déplace tant de sable dans l’intérêt unique de la science. Vingt histoires de trésors enfouis, renouvelées de Mourtadi et de Makrizî, circulent parmi eux. D’après la plus accréditée, nous cherchons à déterrer la coupe de Salomon, fils de David, qui est enterrée sous le Sphinx. Fille est taillée dans une seule onyx de grandes dimensions et jouit de propriétés particulières. Les liquides qu’on y verse se mettent à tournoyer : si le mouvement se propage de droite à gauche, c’est signe de prospérité, s'il se propage de gauche à droite, c’est signe de malheur. On ne dit pas comment la coupe de Salomon a été déposée dans le Sphinx, mais on ne doute pas que les afrites commis à sa garde ne finissent par nous jouer un mauvais tour.
La première partie du programme est donc en voie d’exétion. Vers le milieu de mai, le train de wagons du système Corbin est devenu insuffisant : j’ai fait acheter un train du système Decauville, dont les wagons sont plus grands et plus solides*. Le déblayement a été presque achevé le long de
1. Ce fut le dernier acte de mon administration. J’ai souvent regretté de n’avoir pu me procurer ce matériel dès le début : j’aurais exécuté bien des fouilles auxquelles j'ai dû renoncer. Il faut se rappeler du reste, pour apprécier les résultats obtenus, les circonstances particulières dans lesquelles je me suis trouvé appelé à agir : la révolte des quatre colonels, la guerre contre Arabi, les difficultés de toute sorte qui signalèrent les premiers temps de l’occupation anglaise, surtout les embarras financiers
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l’escalier, les ouvriers ont été reportés au sud : c’est la partie la plus ingrate de l’œuvre, car on n’a presque aucune chance d’y rien trouver de nouveau. Le système de couloirs et de portes, qui reliait l’esplanade du Sphinx au temple vers l’époque romaine, a été découvert deux fois par Mariette, en 1853 et en 1880. Les chambres du sud et de l’est ont été fouillées par Caviglia et par Perring. De longs mois s’écouleront avant qu’on arrive aux points intéressants, et qu’on puisse constater l’exactitude de l’hypothèse que m’a suggérée l’étude des monuments \