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LE RÈGNE DES PÉRIODIQUES

U rèhabiliUtioD des përiodiqaes. — i* Leur rôle scientifique ; les reTue.i techniques, leur valeur, plus grande que celle des livres. — a* Leur rôle social : les journaux et l'utilitë publir^ue de les trouver réunis dans les bibiioUièques. Leur classement. Statistiques de la presse. Hémërothèques. L'exemple de l'étranger. Cest par les journaux que les bibliothèques peareot devenir vivantes. — Création de salles de périodiques, comme le psiisiAl levain d'une renaissance des bibliothèques de France.

LB RÀGIfE DES PÉRIODIQUES

Ceci est le plus urg^ent de tout.

Une réforme... Non. Une création.

Ce chapitre ne veut qu'insister, mais il faut insister. C'est ici que prend la route nouvelle. C'est ici qu'il faut tourner court, changer d allure, changer d'esprit, changer de pajs, voir d'autres figures...

Et toutes les questions d'argent, de catalogue, d'éditions, de ^]ous^ de mécanique, de public que l'on a traitées ici, — on peut les résumer d'un mot : Réhabilitation des périodiques.

Or le Périodique, il faut le définir.

Ce n'est pas ce qui paraît au mois, au jour ou à Tannée. C'est ce qui paraît ce mois, ce jour, cette année. Qu'on classe <^iQine livres des revues qui ne paraissant plus. Mais on peut uardiment compter comme périodiques des dictionnaires spé- ^ux, encyclopédies, catalogues, guides manuels, livres clas- ^<iaes qui ne paraissent pas à des dates régulières, mais dont 'es éditions sont fréquentes, et dont la dernière est la seule utile.

Tout est à réclamer, tout est à faire ici.

Il nous faut :

1® Des magasins. Seules au monde, les bibliothèques de "r&Qce n'ont pas séparé leurs périodiques des livres. La Natio-

kV^ .

— ga —

nale mémecoatinue à mettre la Gazelle de France k Thistoin de Fraace comme lorsqu'il n'y avait pas en France 7.973 e quelques autres périodiques... Nul organisme ne peut vivn avec de semblables tumeurs. On a beau frotter les membres la paralysie vient des centres ;

ao Des salles de lecture spéciales.

Le périodique, par définition, doit être communiqué tout à suite. C'est une obligation à étendre à toutes les bibliothèques et c'est la plus urgente, plus que tous les contrôles d'achats e de catalogues qui occupent tant de commissions et d'inspec teurs. Mais il faut des salles spéciales à ce service tout diffé rent;

3^ Des catalogues. Il ne sert à rien de publier des catalc gués de livres dans les bibliothèques*. Les livres, on les cou naît. Il faut dépouiller au contraire, très largement, les péric diques. On ne les connaît pas. Et ils sont utiles.

Ils le sont absolument au point de vue scientifique. Ils 1 sont spécialement, dans les bibliothèques :

lo Parce que les bons livres, on doit les acheter, et les gai der. Ça ne se loue ni ne s'emprunte, ni ne se consulte en lie public. L'effort de vulgarisation doit porter sur leur mise bas prix, ou sur le prêt à domicile. Le périodique est, bie plus que le livre, affaire de bibliothèque;

a° Parce que les bibliothèques seules peuvent classer, conseï ver et dépouiller pour un index de matières les périodiques ;

3® Parce que les périodiques attirent le public. Ce sont ceu qui donnent la vie aux bibliothèques. Et pour être, utiles, poi obtenir des crédits, pour avoir des fonctionnaires qui soiei là, et pour que les catalogues soient au courant, et mèn pour éviter les vols l il faut que les bibliothèques soient tri fréquentées.

Et de l'argent, n'en devons-nous pas réclamer ?

Pour acquisitions de périodiques, ce n'est pas urgent.

Non que nos Universités acquièrent ce qui serait utile au sciences qu'elles enseignent ! elles n'ont pas de quoi en ach ter le quart. Celle de Paris cependant en tient 2.5oo.

La Nationale en achète 5.228, quelque chose comme 7a. oc no*, pour 40.000 francs par au ; c'est plus de moitié de se budget d'acquisitions. Des bibliothèques en reçoivent beaucou comme service. 11 est encore des associations qui jettent 11 périodiques qu'elles reçoivent, dès qu'ils sont vieux, mais c

Tâûdalisme tend à disparaître. Toutes les bibliothèques sérieuses ont compris que les journaux anciens forment un document historique de premier ordre, et que les revues conservées sont des mines inépuisables.

Un imprimeur est obligé de déposer en fait six exemplaires des périodiques. Après la Nationale et l'Arsenal Je ne vois pas Uen où vont les autres. Le Parquet en exige, qu'en faitril 7 Les services gratuits de revues et journaux sont assez faciles à obtenir : c'est de la réclame pour eux et la réclame les paye phs que la vente. Le chi£Fre ridicule du dépôt international ((8 Tol. en igo6), et des échanges internationaux (quelques œntaines) nous indiqueraient encore des efforts à faire. Mais en somme quelques mille francs seront mieux employés à adapter une salle, à organiser un service qu'à acheter de nouveaux périodiques. On en a et ils ne servent à rien ! Cultivons notre champ avant de l'agrandir. Toute une part des crédits est déjà inutile, achetant des revues qu'on ne lira que l'an prochain. On n'achète pas V Engineering comme document historique!

Quand les salles de lecture de revues et journaux existeront et seront fréquentées, il ne sera pas difficile d'accroître les collections.

Des périodiques sont là. On demande seulement à les pou- Toiplire.

L ^^ Revues

Insister sur l'utilité des journaux et revues techniques au pomt de vue industriel et commercial semble ridicule. Et cependant le respect du livre est tel que la plupart des gens, public et bibliothécaires, s'imaginent encore que le progrès scientifique est donné par de gros volumes, et que plus ils sont pos, plus ils sont scientifiques. Un livre sérieux qui ne coûte pw 8 fr., on s'en méfie. Les éditeurs truquent sur le papier pouTft faire sérieux ». Ecoutons M. Dastre, dans l'enquête de ^htoae scientifique de igoS :

Us Ihrres se font trop lentement pour rester au courant d'une s^nce qui marche très vite. C'est dans les périodiques qu'il faut sui- ^ le mouvement^ en lisant à mesure le compte-rendu des travaux * cours.

M* Dastre dit aussi de la physiologie, qu'il professe : « 11 ^japas, à la base de cette science, de traité complet faisant Autorité ». Eh ! combien de sciences ont ce traité complet ?

M. Tannery, sous-direclcur de l'Ecole normale^dit des pério diques : « Ce sont les ouvrages qu'il est le plus intéressant d trouver dans les bibliothèques, puisqu'il est exceptionnel qu'u: particulier puisse les avoir chez lui . »

M. Deniker, le savant bibliothécaire du Muséum:

Il ne faut pas s'exagérer l'importance du livre dans les scienci naturelles : presque tous les travaux originaux paraissent dans l périodiques, et ces publications ont une importance exceptionnelle on en reçoit environ 800 au Muséum.

.. . Mais CCS périodiques arrivent mal au Muséum... qui ne pei s'abonner comme tout le monde, en payant d'avance. Des intermi diaires font crédit. Les échanges entrent pour la plus grande pa; de ces 800. Or ces échanjçes. pour éviter les frais de poste, se foi par le Ministère, et, de là, des retards invraisemblables. Parfois o n'envoie que tous les deux ou trois ans, on attend une occasion. Et tout le mal de repérer des publications dont le fascicule 4 d tome II [ de la 3* série arrive avant le fascicule 6 du tome II de d'e série etc., les dates ne servant à rien. On reçoit 1904 aprl d906...etc.

Quant aux bibliographies, on les trouve à Londres.

Ce n'est donc pas tout de recevoir des périodiques, il fai les communiquer. Et les 6.228 de la Nationale ne servent pas grand'chose : on ne les donne que reliés î

Mais ce n'est pas tout de les communiquer, il faut cncoi que le public sache qu'ils existent. Des catalogues par titr tels que ceux de la Nationale, celui des Sociétés savantes e tout récemment — oui, après l'enquête mémo sur les science qui avaient dit là-dessus, et par les noms les plus autorisé tout ce qu'il faut dire, — celui de la Bibliothèque de rUuivei site sont des dépenses inutiles, un sport de bibliothécaire ! 1 conviendrait d'en finir une bonne fois, par une interdictio: générale de se livrer aux frais de l'Etat à ces a musettes coâ teuses. Si le lecteur sait ce qu'il veut, ce n'est pas la pein d'avoir un catalogue pour le lui dire !

Le public de flâneurs, histoire et romans, sait ce qu'il veu Les gens de science l'ignorent, voilà la vérité.

Classer seulement par sujet les revues... ce serait si simple. Mais faut-il dire aussi quels services immenses rendrait a public un dé[)Ouillement général des périodiques d'une biblit thèque par matière ?

On les trouve à Londres... Non I Pas pour toutes les sciei ces, et nous avons si peu de revues en anglais que, mémo à Nationale, les index de périodiques tout faits sont peu utile

DWres bibliographies se publient; celle de chez Gauthier- Villars est très scientifique et détaillée... pour la France. Mais pas plus l'internationale que la française ne correspondent à nos classements de Bibliothèques, où le principe semble ôtre admis « de ne jamais se servir de ce qui est fait ».

Car tout existe. Ce n'est qu'une concordance à établir.

Je sais aussi bien que quiconque l'énormité d'un tel travail. Haisfûtril mal fait, incomplet, arbitraire, en morceaux... les morceaux en seraient utiles et bons I

Ni le temps, ni l'argent 1 Allons donc... Qui parle de faire imprimer ? i

Le Kensington Muséum, avec deux ou trois demoiselles, l'est fait un répertoire unique au monde sur les Beaux-Arts «1 dépouillant livres et revues. L'imprimé coûterait un million, cela servirait à quoi ?

Je précise ici le fait d'un catalogue de 2. 5oo notices imprimées par rUniversité de Paris sans but, par pure vanité. Ce n'est pas un des plus coûteux ! Mais pour lé prix de six feuilles ci demie d'impression on pouvait avoir plus de dix mille ootices à la machine à écrire, et en utilisant les tables publiées, en comptant tous les soins qu'exige l'impression, accroître encore ce nombre...

Le dépouillement des recueils, revues, voire des articles de journaux serait fait, en vérité, pour le prix d'un de ces catalo- ^es qui rééditent leurs frères.

Nous demandons donc : en quoi les ouvrages contenus dans les périodiques sont- ils inférieurs à ceux mis en volume, et ïûérilent-ils moins d'être signalés ?

Et ne parlons même pas des travaux scientifiques de preinière main, qui, presque sans exception, ne sont connus que par des revues...

Mais le reste, qu'importe, — dans une bibliothèque publique, où Ton se soucie peu que ce livre soit beau puisqu'il n'est pas àsoi?

Combien de livres cette bibliothèque a-t-elle achetés qu'elle aurait pu se procurer moyennant une simple fiche constatant c qu'elle les avait 9?

Allez chez le libraire du coin, prenez les revues courantes. Tour du Monde, Revue des Deux-Mondes, de Paris... Et la Revue philosophique..! Que de livres j ont paru article par

article I — Nous avons vu 1 opinion des savants pour les livres de science. On peut bien la généraliser : elle est vraie des poèmes et de toute ou presque toute la nouvelle littérature, elle est vraie des romans dont peu sont à acheter qui n'aient paru en revue ou en feuilleton... De quoi n'est-elle pas vraie ?

Le livre, une sélection du périodique... allons donc !

Par qui est-elle faite, cette sélection ?

Mais supposons que les marchands de livres aient toujours choisi les meilleurs, cette sélection, valable pour le particulier, est sans valeur pour une bibliothèque publique. Celle-ci doit tout donner, sous une forme quelconque. On lui demande un texte, et non un livre de poche. Ce qu'on espère surtout, dans une bibliothèque savante, c'est justement le rare, Tinconnu, ce qu'on ne trouve pas ailleurs, et que les éditeurs ont dédaijnné !

Pourquoi tant de revues littéraires et autres? Qu'est-ce qui fait leur succès? Deux choses: le prix, le choix. Le prix est une raison non moins appréciable pour nos miséreuses bibliothèques que pour le public. Le choix de m^me. Qu'il s'agisse d'un feuilleton du Petit Journal ou d'un article de y Anthropologie ^£i marque est précieuse dans l'encombrement actuel. Savoir de quel genre de roman et de quel genre d'étude il s'agit I Un catalogue de romans vous fera venir cent volumes anodins quand vous cherchez des crimes truculents. Un catalogue d'anthropologie vous fera déranger cent brochures de vulgarisation, d'historiettes et au très, quand vous rechercherez un travail de science pure.

Le livre, sélection des périodiques? — C'est bien plutôt le contraire.

Il y a une exception : les succès qu'on réédite. Les chefsd'œuvre à bas prix. — Ceux-là, on les achète, on les garde.

Certes, au début des sciences, les savants peuvent consacrer leur vie à édifier en un vaste volume l'ensemble d'une doctrine. L'Origine des espèces vient — depuis un an — de se révéler à la France. Un succès colossal, en igo6, salue cette œuvre de 1869. On l'achète^ on la garde, mais qu'est-ce aujourd'hui? Quelque chose comme une œuvre d'art. Un modèle deméthode, un livre admirable. La zoologie n'a plus rien de nouveau à y prendre. C'est dans un compte-rendu de séance desociété que Darwin publia les premières notes desonsjstèmc, c'est dans des revues spéciales qu'on le continue aujourd'hui. Le Préhistorique de Morlillet, chez nous, systématisait une science balbutiante. Les Matériaux qui 1 ont suivi, notant

périodiquement les trouvailles, V Anthropologie ensuite ont plus fait pour la science pure.

C'est par une note, une simple communication que s'exprime une découverte, qu'une idée neuve appelle la contradiction . C'est bien lon^mps après que l'auteur sonf^e à coordonner, à systématiser ses idées. Que de fois il fait là œuvre Yaine ! Que de fois il ne reste de lui que les premières notes précises, deux ou trois points de vérité entrevus. Le gros livre où il espère se survivre n'est qu'un tissu d'erreurs que le temps démodera.

Et trop souvent le livre où le savant dit se. résumer, n'est qu'une spéculation déguisée d'éditeur. Il n'y a pas que les chanteuses et filles en vue à qui on fait signer des livres I II y a des membres de l'Institut. Quelques-uns abandonnent aux vulgarisateurs le soin de coordonner leurs idées et découvertes. Le rôle de ces vulgarisateurs est un grand rôle ; le mépris où on les tient est sot et injuste. Il n'était pas indigne d'un Paul Bcrt defairedesmanuelsclassiques.il était indigne de lui d'en sig'uer un peu plus qu'il n'avait vraiment le temps d'en rédiger lui-même. Non, nous ne dédaignons pas les livres généraux, mais eux aussi sont a une spécialité ». On ne se passe pas d*eux.Mais le service d'éclaîreurs et celui des subsistances sont distincts. Les livres sont une réserve. Les mouvements en avant s'opèrent par des troupes plus légères.

Sans doute il vient un temps où les meilleurs articles contenus dans les revues sont réunis en volume. C'est vrai et presque certain pour le roman, la poésie. Les revues inconnues où nous dénichions, étant jeunes, les vers que nous aimions, ne nous servent plus guère. Des livres ont recueilli presque tout ce qui s'en peut relire.

..Et je le dis sans être bien sûr. Si j'ouvrais quelque vieux tome... J*y trouverais peut-être de belles choses... D'inconnus? Et aussi de gens célèbres aujourd'hui. De belles choses non rééditées, qui feraient tort à ce qu'ils vendent à présent.

Il sera temps, quand ils seront morts...

Mais pour les sciences, pour le commerce, l'industrie, quand des livres recueilleront ces trésors, il ne sera plus temps.

Depuis longtemps des découvertes nouvelles auront rendu à peu près vaines ces lectures. Vaines... Non pas pour l'esprit. On peut relire Lavoisier. Mais cela ne fait plus beaucoup avancer la chimie.

C'est dans des revues et journaux techniques de l'année, —

l'année où l'on est, pas celle d'avant — que savants, industriels, ouvriers même trouvent des idées de progrès.

Considérer le volume ouïe tirage à part, simple vanité d'auteur, comme une caste supérieure de papier noirci, seule digne d'être classée, conservée, cataloguée à l'auteur et au sujet — est une conception fossile qu'il faut abolir.

La beauté peut rester, mais la vérité passe.

S'il en est ainsi pour la science pure, que dire des sciences appliquées?

On parle de choix de livres... Le bibliothécaire de l'Ecole des Ponts et Chaussées écrit :

Dans la branche spéciale des Ponts et Chaussées^ le choix estasses facile. C'est toujours Touvrage le dernier venu^ appuyé sur les Ira— vaux les plus réceots, signalant les perfectionnements les plus douveaux, qu'il importe de posséder, plutôt qu'un ouvrage peut-être encore mieux fait, mais plus ancien, et, par conséquent, en retard-

Le commerce, Tindustrie fréquentent peu les bibliothèques. Lesquelles fréquenteraient-ils? Lesquelles leur donneraient ce qu'ils réclament : V actuel?

n. — Journaux.

A propos de la nécessité d'une grande bibliothèque de sciences sociales, j'ai parlé des ouvrages techniques indispensables aux spécialistes en sciences sociales si répandus de nos jours sous le nom A'électeurs. Ces ouvrages techniques sont énormes, mais peu coûteux. Un sou en générai. Mais groU' pons-nous ! et demain^ le genre humain pourra lire des aristocrates à trois sous, et des anglais à six, et des revu#6 à vingt.

Il n'y a pas de bons journaux, mais ils se mangent entre eux un journal est toujours lo phagocyte d'un rivai. Tous ces poisons s'annihilent les uns les autres; on ne peut y échapper, mais le mal devient endémique ; il faut s'habituer. Le Temps (ancien) et les Temps nouveaux s'équilibrent ; le rhumatisme préserve de la tuberculose.

J'ai cité l'affaire Dreyfus, le krach des fonds russes, j'aurais pu citer Talerte du Maroc, ou le Panama et remonter jusqu'aux désastres de 1870. 11 n'y a pas d'exemple en France, — et c'est le bel honneur de ce pays de blague, — qu'un des §^rands men-

songes nationaux n'ait été dénuucé dans un journal ou deux. Même sous rEmpirel Long^temps avant qu'éclatât la sinistre évidence, elle était connue. Il n'y avait pas ignorance. C'était aveogiement voulu.

Si Ton me donnait à décorer une Salle des fêtes pour une mairieavec un sujet allég^orique : « la République repousse l'obscurantisme et fait triompher la Vérité, » je n'irais pas, malgré l'attrait vif de la chose, sortir une petite femme nue d'un puits où il y a de Teau, je peindrais un café où se prend l'Apéritif national, et je revêtirais le prêtre de la Vérité d'un tablier blanc, etlui mettant une serviette sous le bras, je lui ferais tendre à quelques gros bourgeois ou quelque maigre sectaire quatre journaux à choisir. . .

^ C'est V Eclair que je demande I

— Monsieur, il est en mains. Mais en voici quatre autres.

Car c'est ainsi que j'ai vu le plus souvent, en France, apparaître la Vérité.

Le prix d'un journal est faible, mais Tignorance est grande. Elle est ici centuplée par l'habitude.

Or, les journaux font l'opinion. Ils nous gouvernent. Donner au public un plein choix de journaux, rétablir publiquement, par simple exposition, l'égalité entre les diverses feuilles à lire, ce n'est pas, en pays de suffrage universel œuvre négligeable : cest entreprendre la lutte contre la plus grande des forces diri^Qtes : l'argent qui paje la réclame, l'argent, qui fait la ^ente, l'argent, force des journaux.

J ai vu des anarchistes ne pas résister à l'appel de la Patrie* Uquelle? Pas la grande. Celle-là vaut qu'on résiste à son ^ppel. La petite, qui coûte un sou^ et qUe l'on vous crie dans 1^ oreilles à quatre heures, la petite qui débite tant de nouvelles étranges... On n'y résiste pas, et le plus pur donne son son.

Acheter un journal, c'est favoriser un parti.

Je sais des gens qui n'achètent pas le journal ennemi. Ils 'Osent pour le lire, car il faut connaître l'adversaire. Mais donner un centime est une lâcheté...

Cependant cet ennemi a peut-être la vérité. Il suffira de le ^ une fois pour se convaincre. Tel journal honnête, bien fsit, indépendant, ne s'est construit une réputation que pour 1* vendre, et cette indépendance cessera au succès. Ce dont les plus dangereux, ce sont les vrais traîtres, les a indépendants ».

Paris a pris goût à la bière depuis qu'il peut en boire. Le mominetie est cependant une passion plus tenace que les opl nions politiques. Une baisse de prix, les bars largemen ouverts... Il a suffi.

Ainsi quand des bibliothèques aussi ouvertes que des ban offriront à tout venant, de suite, les journaux du jour, um grande lumière luira sur les cervelles françaises; il sera pluj difficile de cacher certains faits en achetant le silence des journaux, et d*honnêtes K;pensqui,de père en fils, lisent la Croia ou Y Intransigeant ou le Figaro entreverront le monde soue un jour différent. L'exemple de l'Angleterre nous montre quoditiennement de deux à cinq pour cent des habitants de la ville venant parcourir les journaux aux bibliothèques. Et la vente des journaux ne s'en porte pas plus mal, au contraire. Mais leur ton est plus g'rave, leurs renseignements plus sûrs.

Il existe entre eux non des concours à compter des grains de mil, des concours de scandales, battage ou de crieurs, mais un autre, général, permanent et public, concours entre tous les journaux du royaume : on peut les lire tous, exposés aux bibliothèques publiques.

On a parlé d^hémérothèquej c'est-à-dire de bibliothèques de journaux. Je laisse de côté le point de vue personnel du bibliothécaire qui, par nature, déteste ces machines lourdes de volume et légères de pensée, difficiles à ranger, à consulter, encombrantes, et qui attirent un tas d'idiots.

Le problème de la conservation des journaux est très intéressant, mais parfaitement distinct de leur communication au moment où ils paraissent.

Il faut admettre que le classement des journaux est une chose tout à fait distincte du classement des livres. Le mélange des uns et des autres ruine toute méthode. A Constantinoplc, on met les tombeaux dans les rues; à la Nationale, on met les livres de l'autre siècle parmi les journaux du jour. Ce mélange de morts et de vivants est très gênant pour la circulation. Toute les villes modernes ont divisé ces services.

Il faut admettre aussi que, dans un quartier où le terrain est aussi cher que rue de Richelieu, dans une maison aussi encom* brée que notre Nationale, les journaux qui arrivent du fond de leur province, en paquets, pas même reliés, qui s'installent chez vous, ne bougent plus, s'empilent sans causer jamais avec

— lOI —

personne, sont de vieux parents bien ennuyeux. Et de vieux parents qui n'ont pas fini leur croissance. Dans une maison deretrûte aux environs, ils seraient mieux soignés, moins les nnssur les autres, auraient de Tair. On irait les 'voir aussi souvent, et ils vivraient peut-être un peu plus longtemps.

Combien y en a-t-il de ces parents-là?

Peu d'ancêtres : la Gazette de Francej et le Mercure, ancienne série; le Journal des Savants,,, Une explosion, des centaines sous la Révolution. Tout cela, à la Nationale, ne gênait pas dans V Histoire de France, Ces ancêtres intéressent toujours, on vient les voir souvent.

Quand on a entrepris le catalogue de ladite Histoire <c par ordre de l'Empereur ](>,on y a laissé les journaux. Etait-ce Tordre ou Tespoir qu'il y en aurait très peu ? Il y en avait déjà pourtant près de a.ooo.... Et on les a laissés. C*est incroyable, mais c'est ainsi. Aujourd'hui, cela coûterait cher de les enlever. Mais ils augmentent. Demain, ce sera encore plus cher...

On a relégué ceux de province. Ils sont rue Colbert,une rue qne les provinciaux aiment bien, quand ils viennent à Paris. On a là 2 galeries de 3o m. sur io,à i6 divisions, pleines, et un nouveau magasin, g étages de 8 salles. Amoncellement de paquets.

Les relier... Comment? On ne se charge pas dy aller deux fois par jour. Prévenez la veille. Ils viendront demain, au parloir. Les journaux de province ne sont plus seuls déportés. On ^ en train d'y mettre mille autres feuilles encombrantes, journaux en subsistance, sport, bourse, annonces, pharmacie, «jndicats, horaires, programmes, que sais-je!

Mais les journaux de Paris, qu'on demande à chaque ins- ^nt, il faut bien les laisser tout près. Et ils grandissent. . .

Voici des chiffres.

En Tan XI, i5 journaux et a5.5i4 lecteurs, le Publiciste tenait le record avec2.85o abonnés. — On consulte chaque année plus de vieux journaux que cela à la Nationale, — En 1824, le nombre tombe à la ; il remonte à 19, dont i3 quotidiens, en ï8a7.En 1860 Paris compte 5oo journaux, 800 en i865.Et c'est alors que la presse départementale entre en scène.

On dit que, de 1880 à i8go, la consommation de papier a augmenté d'un tiers. Les journaux en mangeaient 3oo.ooo tonnes en 189a.

Nombre de Journaux.

Parii ProTtnoe

Ces derniers chiffres comprennent i^a quotidiens, et 643 hebd., de Paris, 821 quot. et 1886 hebd. de province. Ajoutez 282, dont 26 quotidiens, de TAlg-érie et des colonies.

Ces chiffres sont une risée près de ceux de l'étranger. La France publie peu de journaux... Mais en n°« ou séries (nombre d*envois), la Nationale, chiffres de 1906, en recevait encore 1 44 -700 de Paris, 356. 4oo de province. Achats à Tétrang'er : 73.600.

Or tout aug'mentc, nombre et format. Le Temps débuta plus petit que le Petit Journal. Le Times use un bœuf par ao pour la peau d'une demi-reliure. Il tient toute une salle à la Nationale. C'est un mètre cube annuel...

Qu'est-ce que tout cela fait au milieu de livres ?

A quoi bon insister, il n'y a plus qu'en France...

Mais certes la conservation des vieux journaux est indispensable. C'est si amusant à relire qu'on voudrait toujours les lire rassis de dix ans au moins... Un explorateur du pôle Nord avait ainsi diverti son équipage, durant des mois d'hivernage, en faisant reparaître un journal d'autrefois. Cela servait à compter des nuits dans la longue nuit.

Il faut absolument que chaque chef-lieu conserve une collection complète de ses journaux. Toute une réforme est à faire à ce sujet. Mais si amusant et historique que ce soit, il faut convenir que la lecture du journal du jour offre plus d'utilité pour la vie pratique.

Une foule de faits — sans parler du côté moral ou politique — sont meilleurs tout de suite qu'avancés. Cours de la bourse, des denrées, lois et impôts en perspective... Je ne prétends apprendre à personne que le journal est une denrée à consommer tout de suite. Au contraire, je dis qu'elle est bonne conservée. Mais on la préfère fraîche.

Or elle ne change pas de nature en entrant dans une bibliothèque.

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Elle n'en est ni plus fraîche, ni plus rassise. Là comme ailleurs, elle aime ôtrc servie to ut de suite.

Ëtcela est très dur à faire comprendre.

Qa'il faille des plaines Saint-Denis pour épandre les vieilles feuilles, il ne s'ensuit nullement que, pour lire les nouvelles, il faille s'en aller en province.

Qu'on exporte le vieux, mais qu'on garde le neuf.

Eq aucun cas, dans une bibliothèque libre, il ne faut éloi- ^er les journaux. Services distincts, salles séparées, mais même maison. C'est le journal qui fait la vie d'une bibliothèque; c'est lui qui attire les g'ens, les habitue à venir, et, renouvelé chaque jour, crée ce lien quotidien, cette nécessité de la bibliothèque. Le repas en commun crée la famille.

La salle des journaux est toujours fréquentée. Si les bibliothèques anglaises, américaines ont pris un tel essor, c'est ftuz journaux qu'elles le doivent.

Je sais combien il est aisé de railler, et je n'ai pu faire comprendre à des gens fort instruits, des apôtres de l'instruction populaire, l'intérêt qu'il y avait à mettre le Petit Journal ou « tel qu'on ne lit que trop », en service public. Il y avait intérêt, cependant, et très grand, à ce qu'ils le connussent euxmêmes, eux qui ne le lisent jamais, eux qui ignoraient totalement le genre de lecture le plus répandu dans ce pauvre genre humain qu'ils veulent transformer.

11 faut des bibliothèques populaires pour instruire un peu les »vants.

lAfree library est un baromètre de l'état mental d'une Dation. Elle est le rappel constant aux réalités. Notre mépris des journaux, des romans, des Bottins, de tout ce qui se lit ou (ensuite beaucoup, chasse le public de nos bibliothèques, sans «utre proHtque l'intérêt des fonctionnaires. Vanité ou paresse, •ntérèt mal compris. L'état de bibliothécaire serait autrement prospère et honoré s'ils quittaient le rôle de gardien de catacombes.

C'est qu'en pays de bibliothèque libre, la bibliothèque est ^}ontaire. Les citoyens eux-mêmes ont voté le penny-rate, lunpôi supplémentaire spécial à la bibliothèque. Ils le savent, •t exigent que cet impôt leur serve.

W, on ne sait pas. Les livres nous viennent d'en haut. On °* sait qui a voté, on ne sait qui choisit. Des sanctuaires ! Des P^res, qui viennent de séminaires moyenâgeux, y officient

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dans le mystère. Un seul souci: garder la dignité du lieu» en écarter le vain public.

Deux méthodes; mais l'une est féconde et l'autre stérile. Alors que nous n'avons même pas en France l'idée d'une bibliothèque publique, qu'il faut l'expliquer, la « freelibrarj m de nos voisins, comme on expliquerait le calorifère à des Dahoméens, non seulement des enfants, maïs des ce villes de cinq ans » la connaissent en Amérique.

Or on ne ferait pas admettre les crédits considérables alloués aux libraries à des gens pratiques qui n'en useraient pas. Ce dont on use, c'est de journaux. Journaux de toutes sortes, quelques-uns fort sérieux.

Maintenant, quant à ceux qui prétendront que le public qui vient lire les gazettes ne lit pas autre chose, je leur demanderais quels sont leurs dernières lectures, à eux, et pourquoi ils ont lu ceci et pas cela.

Comptez vous-même. Pas un livre sur dix ne fut choisi. L'un traînait sur la table. . . j'attendais, chez le dentiste ! L'autre, ma femme l'avait loué, un ami l'a prêté. Celui-ci ne coûtait pas cher. Celui-là se vend dans les kiosques, quand le libraire est fermé. Ou bien c'était le seul qu'il y avait à la gare. — Et maintenant demandez-vous quels livres vous auriez désiré voir ou lire? Ils abondent... Mais ce n'est aucun de ceux-là que vous avez lu !

Coûteux, trop anciens, rares... Même pasi les plus courants. Vous accusez une paresse, et vous en venez toujours au même mot: « habitude. ))Etle libraire même vous opposera sa paresse, son habitude, pour ne pas vous fournir le livre que vous voulez, ne le trouvant pas chez son fournisseur habituel I

Pour développer le goût des livres, habituez donc les gens à aller là où il y en a.

Or vous savez très bien qu'à Paris on pourrait tout avoir. Mais non seulement on ne peut pas — heures, difHculUls d'entrée, ennuis prohibitifs, fonctionnaires qu'on dérange, cours à traverser, corridors, etc. — , mais on ne sait pas.

Et après de longs efforts spéciaux, tel homme, que beaucoup traiteront de fainéant parce qu'il finit sa journée à 4 heures, vous déclare que Parisien, bibliothécaire et grisonnant, il ne sait pas, souvent, comment avoir un livre I

Poser le principe suivant : on a d*ordinaire d'autant plus de chance de lire un livre qu'on le trouve plus facilement soua la main, semble une La Paliçade, — sauf qux bibliophiles

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poar qui c'est le contraire. Ceux qui ont voulu répandre les liyres auraient pu admettre ce principe.

lln'ea est rien. Nos bibliothèques de province, les belles, sont en général à l'endroit où l'on va le moins : au musée.

C'estpè-dire : situées dans un quartier désert, dans un mo- Dument monumental, qui fait du noir, éloigne les passants et le petit commerce...

Pour « faire prendre » les bibliothèques libres, les Anglo- Sazoosnont pas fait autrement que les cafetiers, hôteliers, qui s'abonnent aux journaux. Ils ont créé un mouvement vers les bibliothèques. Elles sont devenues une nécessité sociale, une habitude.

Ayez des journaux. Ils feront de la réclame aux salles d'à côté ! Une citation, un fait, uD.chi£Fre douteux, donton se méfie, qu'on peut vérifier tout desuite, — on passe à lasalle d'à côté. Le livre dont le critique parle... Traversez, vous l'aurez. La découverte récente, dont on ne dit que quelques mots ? Des revues spéciiles, à l'autre table, la décrivent au long. Ce pays, dont on parle, où est-ce? L'atlas, le grand, le tout dernier est en face. Et le dictionnaire, les dictionnaires, les annuaires...

Créez donc des salles de journaux dans vos bibliothèques, de journaux du jour. Et ne venez plus nous dire que les livres sérieux ne sont pas consultés.

Ils le seront.

Ehl bien, ces bibliothèques, est-ce qu'on ne peut pas, tout do suite, les fonder?

Que faut-il ? De l'argent. De l'argent, pourquoi faire? Pour * procurer des salles, des livres, feu et lumière, et le personnel.

Le personnel, vraiment, il me semble qu'il existe. Il existe pour rien ou pour pas bien cher. On peut avoir des archivistes, dtt comptables, des instituteurs^ des curés, des militaires traités, des jeunes filles, des gamins... Ah! certes, ce n'est P^ le travailleur à bas prix qui manque. C'est selon le pays. Ici le vieux capitaine est pour rien. Là un petit garçon fera ^ien mieux l'affaire. Ce sont des petits garçons en Angleterre. Ils apprennent et plus tard font d'excellents bibliothécaires. «liiioteDant s'il vous faut des diplômes, on peut vous en don- ^f aussi. Pour rien? Pour rien. Ce sera peut-être moins bien ^Qu, mais ce sera le même prix.

Nous ne voulons pas faire de dénonciation particulière, mais

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il est permis d*en faire une collective. On dit que beaucoup ai nos fonctionnaires ne font rien. C'est inexact et pire : ils font quelque chose. Ils justifient leur fonction. Et c'est cela qui es coûteux, et inutile, et qui donne du mal, à eux comme aus autres.

Allez toucher un mandat au bureau de poste de la Bourse, à 5 heures^ une fin de mois. Vous ferez queue, mais vous aurez votre arg-ent. Allez toucher même somme à Brissac^n-Brie. Vous n'attendez pas, non. Même le fonctionnaire vous attend. Aurez-vous votre argent? Cela, c'est autre chose. N'avez-voua pas oublié une enveloppe, une pièce d'identité...? Croyez-moi, faites queue à la Bourse. Ça va plus vite.

Vous croyez qu'un surcroît de travail allonge ? 11 simplifie. Gela ne se voit pas bien quand on regarde un budget, mais se sent dès qu'on a une grosse besogne à terminer avant « l'heure qui sera douce ». Et le grand bénéficiaire ici est le public : il a un service de moins.

Que ceci soit dit et redit pour ceux qui craignent la venue d'un public trop nombreux dans les bibliothèques. Non, les fonctionnaires ne seront pas écrasés de travail. Ils n'auront pas le temps de faire leurs inventaires, de placer leur archéologie, etc. C'est grande économie I L'Etat ne peut que s'en réjouir. Et le public, donc 1

J'ai dit qu'on avait les livres. Et les locaux... On désaffecte assez d'églises, il me semble. Des églises... Il n'y aurait que des fenêtres à percer. Quel emploi plus symbolique faire de l'église, et du presbytère, et des curés? Beaucoup de ces braves gens travailleraient pour vivre, et seraiept plus libéraux que certains politiciens. Les couvents nous ont conservé la science aux temps barbares... Ce ne serait que justice de la leur rendre quelque peu . Je dis ceci probablement pour qu'on en rie. On peut rire la première fois. Mais quand on le redira, le comique perdra son sel. Ce ne sera pas seulement du se. rieux, mais de l'apaisement.

Les écoles qui ne font rien après les heures du soir peuvent être aménagées pour lectures de journaux. Les Parisiens qui assistent chaque jour à la démolition de Paris n'ont pas môme la consolation de voir quelque service public remplacer les vieilles pierres I

Tout ceci ne Teut pas dire qu'on pourra demain ouvrir des salles de périodiques. C'est pour dire que ni le manque d'argent, ni lé manque de place ne s'y opposent. Ce qui est en travers, c'est l'administration.

Que des villes essayent, libres. Voilà ce qui se peut.

Et quand il j en aura une, les autres suivront.

Quant à Paris, des salles de journaux, il en faudrait quarante : Londres en a 80. La Nationale ? Oh ! non, ce n'est pas le lieu désigné. Elle a un rôle tout autre. Elle est bibliothèque d'Etat, et il s'agit de besogne municipale.

Hélas! peut-être serait-il plus vite fait de réimprimer spécialement les 8.000 journaux de France que d'obtenir des choses très simples, telles que le prêt des périodiques à une bibliothèque libre, publique, toujours ouverte, à chargée, au beat de deux ans de les restituer à la Nationale chargée de les conserver.

11 en manquerait ? Possible ! Mais pas tant que cela. S'il en manque, c'est qu'ils ont servi. Vaut-il mieux les carder ioutiks? Ils ont servi dans les années où ils étaient utiles ! Ils ont servi pratiquement, ils ne manqueront qu'historiquenwnt. Mais c'est là vain souci. Les réclamations vives feraient, par une meilleure application du dépôt légal, nos collections bien plus riches qu'elles ne sont. Les années arrivant en bloc, classées déjà, simplifieraient les services, économie qui rachèterait plus de cent fois les n®" perdus ou salis — car ceux qu'on salit et perd sont toujours les plus remplaçables. Enfin, ^-ce que ça durera toujours ce phénomène, de centaines de mille francs passés à acheter, g-arder et classer des papiers qu'on oc peut lire que quand ils ne sont bons à rien !

Ayant vu, admiré et utilisé les bibliothèques étrangères, j'ai ^▼ement désiré en trouver de telles dans mon pays. Nous avons actuellement dans nos grandes villes quelques biblio- ^nes de prêt. Elles sont arrêtées en pleine croissance. Il leur faut un ferment nouveau .

Il faut que des lecteurs viennent nombreux, réclament, et que les pouvoirs publics sentent qu'en ouvrant des bibliothè- <iues ils flattent un des désirs les plus vifs de la nation.

Qnand furent ouvertes les premières populaires, ce ne furent P*5 des palais comme ceux qu'un Carnegie érige ; pauvres cbambreltes prêtées, quelques planches, de vieux bouquins 1^'on avait mendiés çà et là... Elles ont prospéré.

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Ce qu'il faut susciter à présent, c'est la création de salles de lecture de journaux. Et il n*est pas besoin de déranger des architectes, d'attendre des millions, ni surtout des reliures.

Ouvrez des salles quelconques, mettez-y des journaux, des revues, des annuaires, indicateurs, — le matériel courant et les outils de la vie ordinaire.

Surtout que ces salles soient au rez-de-chaussée, sur la rue, la plus fréquentée des rues.

Et claires. .. Qu'elles soient ouvertes tout le jour. ..

Et vous aurez fondé une grande bibliothèque libre publique.

Car au bout de peu de temps le besoin sera créé et créera l'organe. Qu'un donateur ou qu'un impôt municipal ou qu'une libre association de citoyens érige plus tard le palais digne d« loger la bibliothèque ainsi fondée, ils n'habilleront pas ua être imaginaire, mais ils prendront mesure à un être vivant qui existe, qui grandit et dont le vêtement ne tarde à être trop étroit.

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