‹ Bibliothèque, essai sur le développement des bibliothèques publiques et de la librairie dans lesChapitre 16 sur 118 · C. — Création de bibliothèques libres publiques · texte numérisé non relu

C. — Création de bibliothèques libres publiques

Orner nos villes et villages de Maisons de lecture. Il y a l'école, l'église, les bains, le musée. Il doit y avoir la bibliothèque, la bibliothèque libre» publique, vivante. Ouverte 1^ jour, ouverte le soir, claire et placée en vue dans une rue où ToQ passe. Il ne faut pas que la France tarde à avoir cet organe capital de la cité moderne.

Enfin, et ce sont les points sur lesquels il nous reste à insistera spécialement :

D. — Urgence (tune législation nouvelle.

Toute cette partie de notre administration est une sorte de paralysie systématique. Tout est à refaire dans un triple but d'activité, d'indépendance et d'économie.

Un système est à trouver qui réorganise tout ensemble :

1^ Le dépôt légal.

Le réformer non plus dans un but de police, mais dans le donble intérêt du commerce des livres et des bibliothèques.

2« La répartition des livres.

Distribuer le dépôt légal et non seulement lui, mais Tinteri^tional, et les dons et les crédits d'acquisitions, d'une façon plus utile.

Avoir tue vue la création de bibliothèques spéciales avant lout, et en finir avec ces encouragements de ministère, ces distributions de niaiseries, ces souscriptions à des livres faits ^iquement pour cela, qui donnent à nos bibliothèques Tillu- ^Q qu'elles acquièrent des livres, à nos ministres celle qu'ils protègent et dirigent quelque chose.

3o Le catalogue*

L'Etat doit assurer une bibliographie complète, sérieuse, ^ienlifique de la France. Par scientifique, j'entends métho- <lîque. C'est un service à créer de toutes pièces, annexe du i^i légal.

Tous les pays y travaillent,que dis-jel vont faire notre propre t^iographie. Or c'est ici une formidable économie, qui re- '^e d'un coup le budget de toutes nos bibliothèques, car cette (bibliographie doit supprimer les crédits de catalogues.

Les paléographes doivent être priés de se livrer à leurs frais ^ leur sport favori. Quant aux petits catalogues spéciaux» ib

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doivent être vendus et payer leurs frais. C'est les forcer à être pratiques et brefs. G*est le seul sîg>ne qu'ils sont utiles. C'est le seul moyen d'inciter à les faire utiles.

4® Los fonctionnaires.

Accorder certes beaucoup pour demander beaucoup. Qa*ib puissent vivre. Egaliser considérablement les salaires. Mail résister avec la plus grande énergie à tout accaparement par une école, par des gens de métier, par des diplômes. Il faut la liberté. 11 faut d'abord que la science ait place dans les bibliothèques, que l'histoire cesse d y régner seule, il faut qoe le commerce et l'industrie y soient appelés.

Il faut enfin des économies. L'Etat doit payer les choses à leur valeur. Employer des femmes, des jeunes gens, des étudiants, des volontaires. Etre libre, enfin.

L'Université doit nommer son bibliothécaire, chaque ville, le sien et les particuliers qui ont des bibliothèques, le leur.

5<* L'autonomie et la responsabilité.

Acheter les livres qu'il juge bon, employer les gens qu'A juge utiles, classer comme il croit commode, telles senties conditions dans lesquelles un bon bibliothécaire peut diriger. Il faut diriger et non administrer. Nous sommes sous des contrôles qui coûtent plus que l'anarchie. L'Etat n'a pas à diriger, mais à fournir. Il peut livrer au rabais ce qui coûte moins pris en gros : des livres, des fiches de catalogue, du charbon.» exceptionnellement le bibliothécaire.

60 Le Prêt,

Le prêt, organisé de bibliothèque à bibliothèque, peut seul donner à nos jeunes et pauvres universités des moyens suffisants de travail. Le prêt de livres seul peut faire une décentralisation scientifique. Un savant de province a le même droit que celui de Paris à consulter un livre appartenant à TElat.

Ces six derniers points rentrent tous dans l'unique et grand mal administratif. Il n'y a pas un sou a dépenser là-dedans. Il y a des économies réelles à faire. Il n'y a rien dont ^All^ magne, l'Angleterre ou l'Amérique ne nous donne un exemple en pleine prospérité.

Nous sommes, tels des avares, couchés sur nos trésors. Il faut nous lever et les faire fructifier. C'est un simple acte de désadministration, mais qui donnerait à la France intellec-

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toelle ces outils de travail que des conservateurs gardent dans les musées.

Je me suis tenu tant que j*ai pu dans Tavare hypothèse des budgets actuels. Je pense e£Fectivement que Ton peut tirer meilleur parti de l'argent actuellement dépensé, et que la Fainéantise toute militaire de nos bibliothèques vient en grande partie de cet enrégimentement, de ces méthodes autoritaires, tracassières, par lesquelles l'Etat espère lutter contre le sociaisme en l'appliquant.

Mais ne croyez pas, ô mes collègues des bibliothèques de Paris et de province, que j'ai perdu de vue un instant la milère de vos traitements et celle de vos budgets. Vous vous êtes résignés, donc, à vous associer. J'ai reçu un Bulletin des plus ntéressants. Il y est mi^me question d'autre chose que d'avanornent. J'espère qu'un jour ce sera un syndicat réel, etj'espère ipi^il sera ouvert à tous, et prendra en vue nettement la défense de travailleurs et de la famille de ces travailleurs et non »ux d'une école ou de jene sais quelle aristocratie d'érudition {ui ne fait pas moins de tort à nos établissements scientifiques pie la politique.

Si j'en crois les promesses balbutiées par ce premier )nlletin, il semble que le jour se fait et que les bibliothèques ront sortir de leur sommeil.

Il faut se connaître, d'abord, il faut s'orienter.

L'on commence à appeler des chiffres, des faits. On raille un peu moins le mensonge des statistiques. On les corrige, ce ]ui vaut mieux. On doit savoir combien ilya de bibliothèques jx France... Vous croyez peut-être qu'on le sait? Et combien le livres, combien de livres nouveaux surtout? Il nous fauirait un annuaire complet donnant pour chaque ville : le chifre de la population — avec note de décompte établissant un eu s'il y a des universités, des écoles spéciales, de l'armée, le. — Puis le budget : nous dire ce qu'on donne non seulelent à la bibliothèque, mais au théâtre, aux Beaux-Arts, à es bourses d'études, etc. Et le pourcentage du budget généil. — Puis le nombre des livres, en séparant les livres vieux 5 plus de vingt ans, les périodiques, les brochures, sans quoi ;s totaux ne disent rien. Il faut aussi des notes, non seulelent sur les bibliothèques populaires — il n'y a pas de popujres, — mais sur les librairies, cabinets de lecture et autres ïssources.

Je sais que cette vaste enquête est commencée. Je souhaite

qu'elle aboutisse. Elle rendra inutiles les chiffres, faux la plia. • part, que j'ai si patiemment recueillis ici. Je sais mieux qiL^ personne quel monstrueux amas d'erreurs j*ai dû commettra . J'ai dit toute la vérité qui m'était possible. Ouvrir la fenêtr-^ n'est pas explorer un pays. Rectifiez, rectifiez, et je souhaitj^ que les erreurs reconnues améliorent le total. Mais ce qui l« changera c'est de reconnaître, avec certitude cette fois, où l^bs vides se produisent, où l'effort doit porter.

Toute la réussite d'un livre tel que celui-ci est de devenir très vite démodé, erroné.

Qu'on excuse donc les fautes, la hâte nécessaire. Ah I j'étetis mieux outillé pour l'étrang-er que pour la France. Mais n'estce pas aussi un sig-ne g-rave que l'ig-norance? Qu'est-ce qu'une maison de commerce qui ne sait pas son bilan ? Quelle confiance lui ferez-vous? Si vous ne lui en faites pas, et si v^us l'accusez témérairement d'être insolvable, c'est à elle, non. à vous, qu'incombe la preuve contraire.

Eh bieni par cette enquête et ces soucis nouveaux, je peisse que les bibliothécaires feront beaucoup pour améliorer leur sort.

Je pense qu'à sa façon, par une voie détournée, ce livre, s'il est compris, demandera aussi de Tarifent.

Il faut de Targ'ent pour que les bibliothécaires soient c3<^ travailleurs sérieux.

Il faut de l'argent pour que notre Nationale tienne un ra^K

— qu'on ne peut plus espérer longtemps le tout premier

dans les grandes bibliothèques du monde.

Il faut de l'argent pour que nos Universités ne soient j>*^ des colonies où de pâles fonctionnaires rêvent à Paris lointain ^ pour que l'on y trouve au moins des outils de travail, d^^ livres.

Il faut de l'arpent pour que s'érigent des bibliothèques libx"^^ publiques, qui soient dans une ville le temple nouveau...

Il faut que la France, qu'on dit riche, donne de l'argen'^ ^ autre chose qu'à des vanités, fussent-elles militaires. En vé***"^ l'argent donné aux bibliothèques revient au centuple. Ce n*^^^ pas un don, c'est un placement, et plus sûr que ceux que l '^^^^ fait à Tetra nger. L'argent semé en livres revient en ouvrî.^^*^ plus habiles, en commerçants mieux renseignés, en savants ^^^ courant de ce que les autres ont fait, en un public immex^^ avide de civilisation.

Et c'est ainsi, parbleu! c'est bien ainsi qu'il nous reviet^h notre argent, qu'il nous revient — de l'étranger.

■i--Cs

Four que cela soit compris, il faut résolument que nos biblio-

Ûièques changpent, qu'elles s'ouvrent au public de commerce»

d^îndustrie, à Touvrier, au passant, — qu'elles lui fournissent

ce qu'il veut et qu'elles l'attirent s'il ne vient pas de lui-môme.

Alors peut-être verra-t-on chez nous naître ce grand organe

de It vie municipale, la <k Bibliothèque libre, » cerveau de la

ville, centre où se réunissent des hommes libres en marche

vers une égalité supérieure.

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