‹ Bibliothèque, essai sur le développement des bibliothèques publiques et de la librairie dans lesChapitre 17 sur 118 · LE GRAND CIMETIÈRE DES LIVRES · texte numérisé non relu

LE GRAND CIMETIÈRE DES LIVRES

LA BIBUOTBiQUS NATIONALE, LA LIBRAIRII FRANÇAISE, ET l'afflux des IMPRIBlés

ï" — L'ère de la rareté et l'ère de TeDCombrement.

I^ cimetièrei de livres : campagnes, populaires, églises, fosse comma-

Qe... — La salle de Labrousle à la Nationale. Le grand magasin, ses

annexes.

'I. — Divisions, statistiques et accroissements de la Bibliothèque natio^

nale,

A . La salle de travail :

^û masique.

^oyi étrangers. — Catalogues méthodiqaes, leur commodité.

B. Le grand magasin :

l'^ffistoire de France, — Statistique. Les Périodiques. Documents adminiitratifs.

Théologie, — Encombrement que cause le dépôt légal de toutes les éditions.

^«f/asgiej. Linguistique, Bibliographie.

Tk*'^''~ Chansons. Poètes. Décroissance ? Où lire les poètes étrangers?

J^4/re. — De la vente des pièces imprimées.

^^decine. — Un catalogue méthodique.

Sciences et arts, — Le grand Tas. — Les Recueils factices. Les sciences. Aloiaoachs, indicateurs, etc.

y Annexes et Combles.

''^^isprvuience, — Abus du droit en France.

Sections diverses. — Histoire religieuse, Allemagne, Russie, etc. La "^acTTe, les nains, les vélins, l'enfer.

nomans, — Le roman à travers les âges, sa vie, son commerce et ses for-

*jf» Journaux de province,

^oial. L'accroissement annuel. Statistiques du dépôt légal. La production 'rançaise augmente-t-elle? — Conclusion. La production mondiale.

I/i(léc (Jo bibliothèque est une survivance. Garder des livres, le livre. Il y on avait an. Il s'ag'issait de le rendre accessible à tous, et Saint-Louis faisait recopier le plus de livres possible, afin d'en augmenter le nombre.

La bibliothèque moderneest tout le contraire. Le grand effort y est contre rencombrement. Ce n'est plus, ce ne devrait plus être parce qu'il y a trop peu de livres que Ton se met toute une ville pour en posséder un, c'est parce qu'il y en a trop qu'il faut pour s'y reconnaître un service spécial, c'est par ce qu'il en faut trop, et que chacun ne peut gparder tous les livres qu'il veut lire, que l'on se met beaucoup, toute une ville au besoin, pour n'en posséder qu'un.

Deux rôles opposés qui subsistent côte à côte. Mais c'est sur ce dernier qu'il convient d'insister.

Il faut bien que l'on comprenne qu'un journal coûte un sou. Prenez un roman sans le couper, cassez seulement le dos et dépliez les feuilles une à une. Gela ne fera pas autant de texte que ce journal d'un sou qui verse tant de vide sur huit et douze pages.

Alors en soi un livre n'a aucune valeur. Gela vaut quelques sous, dix sous les plus gros, les plus beaux. Vous payez autre chose que de l'encre et du papier et que le mal d'imprimer et que les droits d'auteur. Vous payez de la rareté. Parfois, vous subventionnez une science, un art, un sport. Mais le plus souvent une simple barrière artificielle se dresse, monopole ou trust qu'on ne s'avoue pas, qu'on légitime au nom de la Propriété intellectuelle, mais qui, en fait, aboutit à retarder, à empocher la venue du lecteur au livre qui l'intéresse.

La miseen commun des livres lutte contre cette exploitation. Les bibliothèques publiques hâtent le jour où le livre sera à si bas prix qu'on achètera et jettera un livre comme un journal.

Alors surtout les bibliothèques seront indispensables.

Sans elles, dès maintenant où lire un vieux journal?

Malgré le journal, malgré la machine à écrire qui va rendre le manuscrit vulgaire comme l'imprimé, le respect du livre demeure. Un respect, non sans une petite aversion, chez les femmes, chez les paysans, les races slaves : le livre est une chose précieuse, qui doit servir à beaucoup de gcns,que seuls, les riches, les savants peuvent avoir à eux : La fontaine publique du temps des porteurs d'eau.

Or, ce n'est vrai que des bibliothèques oà Von va lire.

Il y en a donc où Ton ne lit pas?

Oui : une Bibliothëq\ie nationale peut être regardée comme un simple dépôt, où Ton g>arde non pas pour soi, mais pour ceux de Tavenir, Thistoiredu présent. Ainsi, les réserves américaines laissent intactes des contrées vierges pour qu'il subsiste plus tard un coin de terre du passé.

C'est que nous supposons que les temps futurs s'occuperont de nous. Nous nous occupons tant du passé 1 Cette mode n'est peut-être pas éternelle, et peut-être c'est travailler à guérir Tavenir de toute manie historique que lui mâcher ainsi son plaisir de découverte!

Rôle tout nouveau, rôle inattendu des bibliothèques : conserver le nouveau, l'éphémère, sauver ce qui justement est sans valeur et demain sera détruit.

La lutte contre l'encombrement va devenir la grande phase des bibliothèques modernes, nécessiter une science, plusieurs sciences, des machines à trouver les livres.

Nous avons pensé qu'une simple promenade à la Bibliothèque Nationale aiderait à comprendre les quelques idées que nous nous proposons d'émettre sur les livres, les bibliothèques et les catalogues, — prévenant seulement qu'on remanie actuellement la Nationale; et ce que nous avons écrit en igo5et 1907 ne se trouvera plus exact dans le détail quand ce livre paraîtra. Nous ne franchirons pas la grille de la Réserve, nous n'ouvrirons pas les beaux livres. Nous ne lirons pas. Il j a plus de 70 kilomètres de rayons à parcourir, et cela pousse au moins de 1 .5oo mètres par an.

Il y a des cimetières où les livres dorment bien. En des rues mal pavées, au fond de cours seigneuriales, en province, ils trouvent la paix et l'ombre, le silence et l'oubli qui conviennent à ce qui s'éloigne de la vie. Un vieillard — il en est de tout jeunes — est leur gardien. Il les connaît, les soigne et surveille doucement les longues files de couchettes où les retraités font leur petit somme. Il les aime ; lui-môme a des enfants parmi eux. Enfants qui ne jouèrent jamais et ne causèrent avec personne, vécurent et moururent là, dans l'hospice des livres : quelque généalogie, un opuscule documenté sur quelque ruine, château, église, vieilles choses du pays... Quelquefois le colonel, souvent le Président, viennent faire un tour. On cause. Les livres dorment, on ne les dérange pas. Parfois un Mon-

sieur le Comte vient chercher des ancêtres. Les livres^ s*ils s souviennent, veulent bien renseig'ner. Mais le plus souvent 1< longues galeries désertes voient tourner le soleil que tamiseï les stores blancs, sans que nul soit venu prier sur ceux q dorment là. Et les livres, les vieux livres, qui erraient sur ï tables, qui se cachaient dans les poches, qui furent lus a> dément, dehors, en marchant, ou le soir, sous la lampe, quai rinsomnie enfièvre, eux qui bouleversaient les cerveaux les cœurs, eux qui brûlaient... — ramènent leur manteau < poussière, frileusement.

Les livres sont mieux là qu*aux vitrines du musée, à fai encore les beaux, étalant leurs imag-cs, faisant luire leurs or Taird'ôtre en vie, mais immobiles, sous verre, toujours ouver à la môme page, animaux empaillés, qui singent encore la vi

Jadis les livres dormaient debout sur leurs pupitres, enchs nés. La Laurentienne, à Florence, les montre encore ainsi, ( longues files, et telles que des armures vides de leurs chev liers. La lustrine recouvre, moins douce que la poussière, o cénotaphes alignés. Cette magnificence doit gêner le bon soc meil. C'est toujours de la mort où l'on n*ost pas chez soi.

Les livres sont mieux aux salles quelconques des école des bibliothèques populaires ou de sociétés. Jusqu'aux dernièn cendres s'use la vie en eux, et la mort bonne enfant, sans cess dérangée, rit comme en un cimetière de campagne. C'est à a maisons-là qu'ils lèguent leurs livres, ceux qui les ont un pe aimés.

Enfin il y a les nécropoles... Le Père-Lachaisc.

Les villes des morts, la foule compacte, la fosse commune.

Mais le pullulement des morts, comblant les cimetière remplirait les villes môme, en chassant les vivants. Ceuxles en arrachent, les enfouissent encore plus profond dans terre. Les catacombes. Là, il n'y a plus de nom, il n'y a ph de date. Par siècles, par provenance, comme on peut, on entass Galeries démesurées, jusqu'au bord pleines d'ossements, c l'on errerait longtemps pour retrouver sa route.

La pensée laisse du papier pour os et cendre. La pensée q fuma en tous ces crânes vides que l'on voit entassés ai lugubres souterrains, elle aussi, de ses traces sur le papi noirci, gène les pensées neuves qui se pressent pour vivre. C n^et les livres en bière sur des rayons étroits. Mais ils soi trop ! — on les lasse, les presse, on en fait plusieurs rang; Ils vous sont un souvenir. Mais à vos héritiers ils ne rappelL

ront rien. La pensée n'obtient pas de terres perpétuelles, elle Mi s'enfouir aux dépotoirs des capitales, Bibliothèques oatioDales, catacombes. C'est là, plus tard, que Tâme, avant d'être jugée, ayant retrouvé son corps parmi les ossuaires, devra chercher, avec ce qui reste de sa beauté, ce qui reste de ses pensées : pas tout à fait autant.

Dans le centre de Paris, la rue la plus grouillante, quartier de la Bourse, de la Banque, des Théâtres et des maisons publiques, se dresse le sanctuaire où s'entassent toutes les pensées de France qui se croient dignes du papier. Nécropole qui fut un caveau de famille. Librairie de nos ruis, et de Tempereur Charlemagne, qui fut donc impériale et nationale trois fois. Aujourd'hui à tout le monde, c'est Saint-Denis transformé en fosse commune.

Charlemagne en mourant faisait vendre ses livres, et voulait que l'argent en filt donné aux pauvres. Quelques-uns de ces livres sont revenus à notre Bibliothèque. Objets précieux et textes pieux, tout luxe et toute science venant de Dieu. On ne s'y amusait pas, on n'y étudiait pas ; on y priait. Mais déjà livres d'heures, bibles, évangéliaires voyaient à côté d'eux oaitrc d'énormes volumes aux belles images, chansons de geste, romans, ancêtres gigantesques de nos 3 fr. 5o, mammouths des petites bêtes que nous voyons aujourd'hui, cathédrales du Dieu qu'en leurs chapelles nues vénèrent les protestants.

Aujourd'hui, c'est la grande hnllc : la Bibliothèque popul^re de Paris. Quelques savants à peine, perdus dans cette cohue de femmes, d'étudiants, de flâneurs...

A Saint-Ouen, le grand cimetière, on voit des guinguettes, des chevaux de bois, des balançoires. Allons ! les veuves, un petit tour... — Les grandes bibliothèques se tiennent mieux. Ce sont des enterrements ofHciels.

be public ne va qu'à l'église : la salle de travail. Sur Tautel les conservateurs officient. Ils évoquent les morts, qui sortent de la coulisse à l'appel de leur nom.

Combien sont-ils, derrière... ? — deux millions, trois millions? On ne sait pas au juste. Ils ont des numéros, mais parfois ils sont mille qui ont le môme, parfois un bout de papier en prend un pour lui seul, et le Times qui, depuis 1785, use P^ran une peau de bœuf entière pour se demi-relicr, comprend, ^wle même chiffre^ un troupeau formidable^ et plus grand ^Hue année.

— ia8 —

On aperçoit, entre des rideaux de théâtre, la grande £ du cimetière des Imprimés. G*est le magasin, plus grand la salle même, colossale cage de fer, où les livres se serr Ils ne s'étouffent pas : on respire encore, on voit clair. British Muséum, des bibliothèques mobiles, suspendues roulettes, en font tenir bien plus. Le magasin de la Nation qui devait suffire, en 1868, ne tient plus le tiers de la mass< dépôt ; il a fallu dos annexes, des galeries, et des combles ii minables, où la recherche de certains ouvrages fait parco près d*un kilomètre, sans compter l'entassement des jourD de province dans des salles éloignées.

C'est la grande nécropole, plus morne qu'un cimetière, catacombes de la pensée I Ces livides, en tas, pareils, étiqu et jaunis, ces livres laids, jamais consultés, oubliés, ont I niais des crânes alignés dans des caves. Mais ces caves : claires! Elles en semblent plus tristes. Parfois un gardien ps Il semble surveiller si ces crânes ne rient pas... Non; ils sages. Le gardien passe, va réveiller l'un deux au bout d galerie. Il y en a quelques-uns comme cela que Ton déran ces petits turbulents sont toujours les mêmes. Le gardier connaît et les garde près de lui.

Une fois Tan, on balaye.

La poussière qui se trouvait bien dans les greniers, et blanche, se posait doucement sur les romans, tout là-haut,! les toits, pays de Tlmaginaire, se relève, s'agite, tombe si sol, étourdie. Les gardiens, un mouchoir sur la bouche, cheveux enveloppés comme des Touaregs, la chassent kgn coups de plumeaux; elle s'en va visiter l'histoire d'Allema^ l'électricité, les beaux arts et l'histoire naturelle. On la cha: elle descend sur la critique, les philosophes, devient gi retombe sur la médecine, puis sur la poésie,croit enfin troi le sol sur notre Histoire Nationale, et peut-être rêve-t aussi, l'ayant entendu dire, que cette partie-là mène aux ac mies ! Mais ou l'eu repousse durement, on l'enfonce au s sol. La voici noire, la voici dans l'ombre, dans la cave.

Ici, il n'y a plus rien que la théologie.

On l'enlève par brouettes. Elle y forme une pâte noire, e( siastique, et qui sent le roussi.

A. — LA SALLE DE TRAVAIL Nous ne parlerons pas des deux mille et quelques livres

le public a sous la main et qu'il peut prendre, mais des autres qn'il voit sur les murs, et ne peut toucher.

C'est beau, des livres tassés, surtout pas reliés. De toutes les couleurs. Les architectes n'en tirent pas assez parti... Il y a là des poljrphonies inattendues. Fi de ces régiments en uniforme, a?eGmémede faux volumes sur les portes, comme on en voit à l'AneDal. Laissez paraître au loin le pôle-môle des livres. Cestbeau comme une foule d'été, un jour de féte^ quand les femmes sont en clair. C'est beau surtout sur du gazon, sur un food vert.

Quel architecte de génie trouvera une forme pratique qui, sans perte folle d'espace, et avec toute rapidité possible de communications, laissera cependant d'ensemble, comme une oefde cathédrale, découvrir Tamas de livres d'une Bibliothè^ que Nationale ! Ce serait si beau que les lecteurs patienteraient no peu plus, suivant de Tœil le livre qui part du fond de la ibfét, et suit la longue route qui le mène jusqu'à eux.

Au British, à Washington, presque partout, la splendeur est toute dans la salle de travail et le magasin est fait de petites pièces sans ensemble. C'est le contraire qui serait à chercher, de petites salles intimes pour le travail, et l'aperçu immense de la cathédrale des livres. Le bruit des allées et venues doit condamner la recherche de grandeur dans les salles de travail. Baltimore et Boston tirent un beau décor d'une salle de travail servant de magasin. Le bruit, me dit-on, y est fâcheux.

La salle de Labrouste, inaugurée en 18G8, n'est pas des plus pratiques, mais je n'en sais pas de plus belles. Avec les Halles et l'Opéra, elle forme le trio de l'art nouveau du Second Empire, fastueuse, un peu vaine, avec des portes étroites, cherchant à éblouir, et sacrifiant tout à la sensation de luxe. Les peintures en trompe-l'œil complètent ce décor de théâtre.

Trois étages de livres garnissent les murs de la grande salle de travail. Ils sont si bien rangés que de loin ils ont l'air peint. Mais ils sont vrais. Tout le bas, c'est la Musique.

Musique.

Trente-cinq mille œuvres classées et environ deux cent mille inconnus qu'on dit être « des morceaux », les trios de Franck comptant, par exemple, comme morceaux. Nous avons dit le Dumque d'une bibliothèque de musique à Paris. La Nationale aune collection précieuse, mais jusqu'ici elle n'aimait pas la

musique. Les temps sont changées. Il y a eu un concert à la Nationale I Exclue du catalogue g^énéral, la musique aura sans doute, gprâce à Tinitiative privée, son catalogue bien avant la littérature. La grande forêt vierge de notre biblioth^ que est cernée, on l'attaque ; les vieux branles, les vieilles gigues se remettent à danser; les très petits doigts de Wanda Landowska frappant les deux claviers d'un clavecin ont gazouillé dans les vieux murs, et l'Institut lui-même, soudain émouslillé, vote des fonds pour la musique.

Le dépôt légal ne rend pas les deux tiers de ce qui se publie en France, parce que très longtemps on ne réclamait pas pour de la musique, et parce que les éditeurs qui font graver en Allemagne ne doivent pas le dépôt. Hélas ! nos collections ne sont qu'un trésor historique. Encore maintenant la musique n'est pas admise au maigre budget d'acquisitions. L'on conserve les chansons du xvi<* siècle (encore est-ce bien récent que les parties en soient un peu rassemblées), mais tout la trésor des éditions allemandes nous fait défaut. L'on peut donner une idée de Tesprit moderne qui dirigea les grands musiciens de la Nationale, dont un, cependant, me diton, jouait fort bien du piston dans un petit théâtre, en constatant que le besoin d'une section spéciale pour la symphonie ne s'est pas encore fait sentir^ ni d ailleurs pour la musique da chambre, — alors que cinq sections se partagent celle de théâtre de la façon suivante :

Opéras français '*^'7 i^oii^éros. 1.47^ numéros.

— italiens 98S — 099 —

^ d'autres pays. 338 ~ 366 ^

Opéra-comiques 3.555 — 3«Qi7 —

Ballets «37 — «71 —

Voilà de belles collections délaissées. La musique étrangère a produit plus de 28 opéras en 10 ans... Mais les a8, ici, ne les croyez pas nouveaux I Wagner en est. Il j a juste une œuvre russe, et quant au nom de Strauss, il ne figure qu6 dans les valses.

La religion est mieux partagée : 3.5oo articles de musique sacrée.

Quatre à cinq mille traités, méthodes, études, dont 3oo méthodes de chant ; 16.000 cantates, chansons, etc. Et les aoo.ooo pièces À cataloguer.,.

Let pays étranffers.

Les deux étages du haut de la salle de travail sont garnis de Ilustoire d'Angleterre, d'Espagne, Portugal, et pays hors FEnrope. Les gros volumes seuls sont relégués au sous-sol ifec la théologie et les « peaux de cochons », — on nomme ainsi ces collections considérables, plusieurs centaines de volumes par an, que consciencieusement nous envoie TAmérique, reliés dans la peau douce et couleur café crème des innocents ^'oo exécute à Chicago. Ce sont de très beaux ouvrages. On ne les consulte jamais. Et l'on a tort : ils contiennent des masses de documents utiles. Mais seul un catalogue de matières peut avertir le public de ce qu'ils contiennent. Et il en est des cochons comme des veaux pleins, des maroquins de cabri et des vélins d^ftne authentiques que classent nos méthodes otScielles : ils ne répondent que quand on les appelle parleur nom. Leur nom, leur nom yankee, leur petit nom de là-bas... Ce doit être report o/,.. proceedings de quelque chose...

^ '897, Y Histoire d Angleterre comptait i5.424 articles, celle A*Espagne T.Q12. Les colonies y sont comprises. Voici des chiffres pour le monde, moins l'Europe et ses colonies.

▲ccroimciDcnt ToUl en 1897. i9(U 1»03 1906

O*.... Asie 7.474 70 ao4 160

0»... Afrique 3. 967 5Ô 84 88

P.... Amérique 10.187 60 107 i34

P*... Océanie 877 5 a a

Ces chiffres ne laissent pas une impression de grande vicbesse; le tout, sauf les in-folios, tient presque le long des ftois de la grande salle. Dans les chiffres de 1897, nous I ^ttroDs: Angleterre. Colonies 2.412, Biographie: 2.629. — bpagne^ biographies : 1.167. — Asie, L'Inde est le gros chif- (Ravec 1.028 volumes. Indo-Chine, 254; Chine, 972; Palestine g ig. Mais le Japon, de 368, a passé brusquement à 55o (i). La France n'a pas foui ai d'ailleurs un quart de Taccroisse- ^ot. Plus de la moitié des livres nouveaux sont anglais.

En Afrique, l'ancienne £'(7^/)/« atteint884 et la moderne 7491 hCongo 76, le Maroc i33, le Soudan 66. Ces chiffres sont phs forts aujourd'hui (i). Le Transvaal a passé à l'histoire d'Angleterre, bizarre enchevêtrement des catalogues métho-

/i)Qoelqaef chiffres en octobre luoS : Iode i.3u3, Perte 58o. Arabie 706, *aiéaiiie i.ioS, Assyrie, elc.47i>» Chine 1.375, Japon 695, Egypte ancienne .s49, moderae 89g, Maroc aaa, Congo 1 15.

digues... — Pour rAmérique^ les deux cinquièmes des cotes, et plus de la moitié des volumes, reviennent aux Etats-Unis. Ceux-ci atteignent 5.ooo cotes en 1907, mais les collectioos de centaines de volumes y sont nombreuses. Le Canada s'embrouille dans les Colonies Anglaises et donne à part 44 volumes. Sept seulement pour la Guyane ce en général », parce que les Gu)ranes particulières sont coloniales. La Confédération Argentine 534, le Mexique G67, le HaHi 4o6, le Brésil 359, le Pérou 3 1 5, la Nouvelle Grenade 24 1 1 le Venezuela i34. le Chili 197, V Uruguay 349, sont les seuls chiffres au-dessus de cent. Quant à V Australie y elle est anglaise, sauf 6a volumes. La Polynésie non coloniale en a 100.

On peut dire que ce sont là des chiffres de misère et quiJ est matériellement impossible de faire là-dessus des études sérieuses.

On appelle cela Histoire ; Ion y trouve la géographie, les voyages, et tout, même de l'histoire naturelle. Seule une guerre enrichit quelque peu ces sections en les jetant à ractntlité. Un lecteur peut faire venir les 34 volumes du Honduras, les 84 de ÏAbyssinie. Je Tai fait, jadis, pour cette dernière. Il y avait une vingtaine de livres utiles, quelques bribes de renseignements dans trente autres. Et le reste... répétait les premiers.

Inutile de dire que, dans les revues spéciales, les ouvrages généraux, se trouveront les documents vrais sur ces pjs, et que les sections spéciales ne donnent qu*une ombre de ce qu'il y a à lire. C'est cet examen de volumes en place, classés d\iprès des principes d'un autre âge, qui conduit tant de bibliothécaires à nier l'utilité non seulement des classements, mais des catalogues méthodiques. Il nous conduit à la conclusion contraire, mais il nous oblige à en élargir remploi, à M pas se borner aux livres spéciaux, qui, loin d'être une sélection, ne sont que vulgarisation et répétition de documents qui se trouvent dans des revues ou ailleurs. Cataloguez les leoscignements où ils se trouvent, et même quand le titre ne les contient pas, même dans un périodique ou une collection. Mais même hors Taccès du public, ces petites sections ont le plus grand intérêt, car elles rapprochent les éditions et les imitations, elles permettent d'avoir des fonctionnaires au courant d'un fonds, et dont Je conseil peut être utile; elles Terni" dicnt enfin à rinsuffisance et aux erreurs des catalogues. Tant de livres se répètent les uns les autres ! En place, cela

— lis —

»ut de suite. Une demUheure sufHt, certes, pour noter 391 volumes relatifs au Caucase le*^ dix ou vin^t qui i peine d'être regardés attentivement, — et qui sont î laug-ue qu'on peut lire !

es sujets plus gros, tels que THisloire d'Ecosse {i^6i ), avec sa collection d'histoires de Marie Stuart, de \ qui se rc^pètent,de rééditions, on peut avoir /ou/ la en ) 0/0. Le plus consciencieux n'irait pas au quart. Qous dit combien la recherche en place est précieuse, escendre, sur la foi d'un catalogue, dix volumes par le maximum permis à un lecteur par une bibliothèque lire, yu'est-ce que cela, quand, {sur vingt ouvrages, un

vaut vraiment d'être lu !

qui peut aller en place fait en un jour ce que ne fait \ine semaine celui qui doit demander les livres... Nous rons ces faits en parlant de Taccès libre aux rayons, en avouant que le public de la Nationale en est encore ne et que les pauvres moyens de surveillance, la disdes locaux, et avant tout le rôle même de la Nationale, et devoir de conserver ses livres, l'indiquent comme ère qui doive tenter ce système.

u'on pourrait espérer d'elle, c'est d'y trouver sur la bique, par exemple, un peu plus de 12 volumes,'et plus : la Guinée, En vérité, il s'en publie quelques-uns de •a Colombie mérite plus de i5 ouvrages. Et même V, où il est aisé d'aller, on pourrait espérer avant de i voyage, l'étudier dans plus de 621 volumes, tous i plus de dix ans.

qu'est-ce que l'Irlande dans quarante mille francs de j'on achète par an...

des pays qu'on dit terres d'avenir, lépenses de l'Etat français ont dû se monter, depuis

à un ou deux louis, pour faciliter l'étude de l'un de -là, Y Argentine par exemple, ou l'Etat du Congo, >eut qu*un de ceux qui viennent demander des livres lérique du Sud, et auxquelles les bibliothécaires sont

d'offrir si peu, y aille servir grandement les intéla France, et ces deux louis furent pour l'Etat un bon nt. Mais je n'hésite pas à dire, après longue expé- [ue, joignant ce que possède la Nationale à tout ce ouve aux offices, écoles et instituts de commerce, de et de colonies sur tel ou tel de ces pays dits d'avenir, t français perd bien des occasions de s'enrichir !

— iS4 —

Page 1