DÉPÔT LÉGAL
losufflsaDce de cette institution. — On est d'accord pour la réfonner. — Il y a UD Quart de siècle qu'on est d*accord. — Espoir d'arriver à un récoltât en élargissant les projets.
Illusions de croire qu'il donne gratuitement. Ce qu'il coûte. Serait-il ploi cher d'acheter ?
Dépôt d'imprimeur. — Dëpdt d'éditeur.
Que le dépôt légal doit être étudié et réformé dans un triple but :
1* An point de rue des bibliothèques. Il doit fournir tout ce qui est imprimé, non seulement à la Nationale, mais à une bibliothèque régionale d surtout à une bibliothèque s/)^ia/ff.
3* Au point de vue de l'établissement d'une bibliographie nationale. " D doit dispenser les bibliothèques de faire elles-mêmes leurs fiches et isi»rer aux grands centres français régionaux ou spéciaux des bibliographicf complètes.
Voici (le bonnes et grosses réformes qui n'auraient presque pas besoin d arg-ent, car les gens qui font les lois sont paj^ à la journée, non aux pièces.
On sait que la loi oblige tout imprimeur en France à déposer deux exemplaires de tout ce qu'il imprime, à la seule exception des bilboquets (cartes de visite, etc.), et 3 ex. pour la musique et les estampes.
L'opinion courante est que, par le jeu d'un simple article de loi la Bibliothèque nationale est assurée de posséder tout ce qui paraît, et de le posséder sans payer.
L'on ne peut que s'élever contre cette double erreur, et 5U^ tout celle commise par tant de g'ens qui s'intéressent aux bibliothèques : croire que le dépôt légal ne coûte rien.
Il coûte horriblement cher, et l'erreur qu'il propage ainsi est une ruine pour nos bibliothèques. La manie du seroiceeii^ billet de faveur y qui perd tant d'industries, ne fait pas moins de tort à nos bibliothèques, qu'elles habituent à tout attendre
[ dépôt légal, d'envois de TElat, et autres systèmes qui viennent plus cher que l'achat en bonne monnaie sonnante ! b! Tusure de paperasserie, d'inspection, de contrôle, d'envois renvois, reçus, etc., que nécessitent la réception etladistribu- )n de ces dix mille volumes et six cent mille numéros de jourluxdont pas le dixième n'est bon à quoi que ce soit ! Oh ! tous s frais de classement, catalog-ue, reliure ou empaquetage, et cherche après cela de l'utile qui s'y trouve noyé... Donnez à une bibliothèque tout cet argent-là, pour achC" r! Elle sera rudement plus riche.
Mais on n'aura pas tout... Ceci est à discuter. Est-il vrai que >n a tout?
On croit que la Nationale conserve un exemplaire de tout i qui parait. Tout, même les prospectus, les affiches et cirilaires. Il n'en est rien. On reçoit beaucoup de prospectus et affiches, mais il y a beaucoup de livres, et de beaux, qu'on î reçoit pas. Dans les journaux et revues, si difficiles à réastrtir plus tard, il reste, même après réclamHtions, de grands des. J'ai vu des séries rester incomplètes de moitié. Quant IX cartes géographiques, aux estampes, à la musique... hélas I
Des lettres ont réclamé aux auteurs — à ceux qui vivent — ïllcs de leurs œuvres manquant à leur notice, lors deTimpreson du catalogue général. Pour les seules lettres B et G on a funi plusieurs milliers de brochures, quelques centaines de plumes, et il y en a de très importants. Des savants ont ivoyé 60 et 80 articles, qui manquaient à leur œuvre « imprimée en France ».
Le nombre de brochures scientifiques qui manquent est très rand, particulièrement des brochures techniques. Une recher^ le sur l'industrie du iiraz, éclairage et moteurs, ne trouve pas ne seule fiche à tel auteur d'une dizaine de brochures imporintes — et presque introuvables aujourd'hui.
L'administration réclame tant qu'elle peut, le Ministère rélame, les préfets réclament. La loi est formelle : l'imprimeur oit deux exemplaires. Mais, le fait est réel, il les donne s'il eut. Notez que, toujours, il veut bien, puisqu'il les porte au iompte de l'auteur ou de l'éditeur. Mais ennui de la course, mbli... Il ne dépose pas.
Qu'est-ce qu'on va lui faire, à ce délinquant ? On ne lui fera rien du tout, parce que la prescription lui est acquise au bout de trois mois.
a II
Or ,on dépose à la préfecture, ou sous-préfecture, qui envoie au Ministère de l'Intérieur, qui envoie à la Bibliothèque... La réclamation fait machine arrière, revient au sous-préfet. Les trois mois sont loin. Simplifierait-on, quel mojen, en trois mois, de connaître tout ce qui manque?
Le dépôt légal a été organisé non pour Fournir nos bibliothèques d'exemplaires gratuits, mais comme moyen de surveillance politique. Ce doit être aujourd'hui deux choses : un moyen de protection de propriété littéraire et scientifique — et un petit impôt au profit des bibliothèques. Il est donc à réformer.
Môme pas de discussions. Tout le monde est d'accord. Les projets sont tout faits. Rapport de M. G. Picot, projet de loi de M. Mézières en i883, rapportdeM. Vachal en i884, rapport M. Philippon en 1889... M. Jean Bonnerot reprenaiUen 1907, dans la Nouvelle Revue ^ toute cette question, rappelait les circulaires du ministre en 1906, montrait l'accord général pour une réforme si simple, si utile, dont nul ne conteste Tutilité, mais qui n'a pas en elle cette petite force explosive, l'actualité qui allume le moteur.
Hélas I pour qu'une chose vienne en discussion, il faut qu'elle soit discutable. Comment les Chambres discuteraient-elles : on est d'accord. Et il faut que les Chambres discutent
Le difficile est donc d'intéresser le législateur. Il faudrait un projet sucré. Un projet qui organisât quelque chose, quelque chose où il y aurait des places et des titres.
Une économie... C'est l'obstacle, car une économie priv^ quelqu'un de quelque chose. Mais on trouvera un joint qui permettra de supprimer des dépenses sans faire d'économie.
Enfin il y a des intérêts commerciaux dont on n'a pas l'ai de se soucier.
J'examinerai donc une réforme du dépôt légal :
1** Pour l'enrichissement de nos dépôts publics;
2® Au point de vue de la propriété littéraire française étrangère ;
3<» A un point de vue peut-être nouveau, et c'est là qu'es l'économie : l'établissement d'une bibliographie nationale.
Le principe du dépôt est-il indiscutable ?
C'est un impôt spécial, sur un des commerces utiles à u pays: le commerce d'édition.
En échange d'une protection très réelle, d'avantages éno
mes attachés à une propriété immatérielle, TEtat reçoit deux échaotilloDs, ce impôt bien faible ».
Il n*est pas si faible. Il entrave très jL^ravement la publication d^ouvrag-es de g^rand intérêt que seules les bibliothèques peuvent acheter. Un éditeur allemand évalue ses pertes à une trentaine de mille marks en une dixaine d'années, par le fait d'ouvrages scientifiques que les bibliothèques n*ont pas eu à acheter. Et ce qui est grave, ce n'est pas que les ouvrag'es édités ne se vendent pas, c'est qu'il en est que, pour cette raison, on n'édite pas!
Les prétentions des bibliothécaires sont formidables. Pour
enx l*objet d'art n'existe pas. Il s ne veulent pas qu'une estampe
ou même un livre existe en unique exemplaire. Cependant la
Tolonté d'un amateur ou de l'artiste de priver le public de
telle œuvre serait parfaitement respectable. Les projets qui
exigent « le meilleur exemplaire » sont abusifs. Alexandre
Dumas HIsaucœur généreux a fait tirer un exemplaire spécial,
unique, pour la Bibliothèque Nationale, de son a édition des
Comédiens» sur papier d'épreuves...
Des procédés nouveaux, photographie directe, autocopie, machine à écrire, assurentdes reproductions à très peu d'exemplaires, et qu'il s'agisse de manuscrits multiples, économiques, ou au contraire de raretés de grand luxe, la loi du dépôt légal, pour être applicable, doit prévoir largement ces procédés de l'aveuir.
Quant au désir tout commercial d'éditeurs qui, sans refuser le dépôt, désireraient que les œuvres ne fussent pas communi- <|Qées immédiatement au public, cela semble absolument un droit. Délai à fixer, au besoin une taxe, qui serait volontiers payée.
Voici des cas : alors que le public se plaint de n*uvoir les livres que des mois après qu'ils sont parus, il y en a qu'on peut lire à la Nationale des mois et deux et trois ans avant <)u'ils paraissent ! L'imprimeur a fait le dépOt. L'éditeur a Ktardéla publication pour dos raisons à lui. Il en fut ainsi de i'otts-O/i^j?, de Descaves; des Corneilles, de Rosny ; d'i'l5- '«/•/é, de Xavier Leroux; cela est d'ailleurs très fréquent pour «musique : en février 1907, l'Ariane et Barbe-bleue, que ^cuna pu connaître avant qu elle ne fût jouée. Merlin, d'Albeniz, que l'auteur croit inédit, est à la disposition de tous à «Nationale. Quant au théâtre, on peut y lire et copier toutes ■* pièces dites c imprimé comme manuscrit », ou les bro-
chures imprimées ayaot la représentation. Je viens d'y lire te Bon Roi Dagobert^ de M. Ri voire, qui est en répétitions au Théâtre-Français. Il y a plus grave : les papiers de famille, factums judiciaires, documents confidentiels, inventions nouvelles, plans, devis, tarifs, toutes choses qu'il est nécessaire d'avoir en nombre, mais que cependant on ne veut pas rendre publiques... — copiez, n'imprimez pas! Si le premier venu ne les lit pas à la Nationale, c'est que les catalogues y sont faits pour apprendre aux gens ce qu'ils savent. Cependant le Bal" letin annonce tel rapport, imprimé strictement pour les juges, dans un scandale de famille. Quiconque a le titre exact d'un ouvrage est fondé â le réclamer. Il y a un Enfer, une Réserve, quelques mémoires défendus avant telle année. Mais il n'y a point que les cochonneries et l'anarchie à c réserver ». En admettant môme très largement le principe du dépôt légal, en 2 ou en 5 exemplaires, et en bons exemplaires complets, il y a des restrictions très larges à apporter.
2<) Les projets de dépôt légal dans l'intérêt des bibliothèques s'accordent sur un point : c'est l'éditeur et non pas l'imprimeur qui « devraitdevoir » le dépôt.
Un imprimeur imprime une partie d'un volume, un autre une autre. Ici la couverture, là les gravures, là les héliogravures ou chromos, là le texte ; en province, les articles de fond d'une revue, à Paris le supplément d'actualités. Et l'on fait imprimer en Suisse ou en Belgique. En Allemagne même, en Angleterre I Ici pour le papier et là pour les clichés, on y a économie.
On a un contrôle sur l'éditeur, qui a un catalogue, qui conserve les volumes, fixe une date d'apparition. L'imprimeur ne peut pas déposer après coup, si par malheur il oublia. Son devoir serait de l'avoir fait, mais son devoir est de ne plus le faire ; il aurait donc conservé une marchandise qu'il devait livrer? Il n'en a pas le droit. Il est un ouvrier; ce qui sort de ses presses n'est pas à lui. La loi exige-t-elle de l'ouvrier orfèvre qu'il vole pour l'Etat un peu de la matière qu'on lui confia? Ce n'est pas de l'or, c'est du papier, mais qu'importe?
Ceux qui s'imaginent cependantenrichir beaucoup les bibliothèques et trancher le problème du dépôt légal par le seul fait de transporter le dépôt de l'imprimeur à l'éditeur auraient des déboires. Ils auraient de meilleurs volumes courants, ceux qu'on peut acheter. Et peut-être quelques-uns se réjouiront-ib de n'avoir plus à classer affiches, circulaires, babioles et autres
désespoirs des beaux catalogues. Hélas ! c*est peut-être le plus intéressant, et ce qu*il importe le plus de conserver, que ces choses qui ne s'achètent pas, qui ne se retrouvent pas, qui ont si peu de valeur qu'on les détruit tout de suite. L'affiche de la première d'Hernani vaut pour moi une belle édition, même première édition, et les comptes-rendus des journaux de Tépoque m'intéressent plus que les volumes qu'ont écrits depuis làdessus tant de professeurs...
Quant aux circulaires, tarifs, et, en général, tous travaux pour les particuliers, qui n'en feront jamais le dépôt, le seul moyen de les avoir est de les demander aux imprimeurs. Que cela intéresse ou non les bibliothécaires est hors de propos. La place, disons qu'il y en a toujours. Elle est quelquefois ailleurs, voilà tout.
Enfin le dépôt légal d'imprimeur existe. Imparfait, il rend bien les 3 quarts de ce qu'il doit donner. Le dépôt d'éditeur est à établir; même parfaitement organisé, rendant les quatre quarts de ce qui est édité, il ne donnerait pas la moitié de la production réelle, celle dont nous avons, maintenant, plus de la moitié. Et c'est justement la moitié inachetable qu'il ne donnera pas. Les éditeurs éditent pour vendre en général. On peut donc se procurer ce qui manque de leur fait. Comment, où se procurer ce qui ne fut pas mis en vente?
Tout compte fait, il faudrait deux dépôts, imprimeur, éditeur. Tout ouvrage est dû. Imprimeur et éditeur sont solidaires ; à l'un ou à l'autre indifféremment ou au deux, l'ouvrage doit pouvoir être réclamé.
Dépôt d imprimeur d'abord. C'est le premier responsable. Mais peut-être pourrait-il remplacer ce dépôt par une déclaralion que cet ouvrage est fait pour le compte d'un tel, domicilié en France, auteur ou éditeur. Le dépôt serait obligatoire quand l'ouvrage ne sort pas complet de ses presses, quand celui qui l'a commandé vit à l'étranger, etc. Dans la pratique, l'imprimeur distinguerait vite ce qui va le plus vite : déposer ou déclarer. Dans tous les cas le client a un droit absolu de faire défendre qu'on dépose, s'il s'offre à déposer lui-même, et il peut mettre des conditions à la publicité du dépôt.
Je vois donc une déclaration hebdomadaire ou mensuelle de l'imprimeur, envoyant la liste de ses travaux, avec mentions ci'joint ou pour le compte de. Amende pour déclaration incomplète, et prescription par deux ans, non par trois mois.
L*on aurait en effet un élément sérieux de vérification, fourni par i'imprimeur lui-même.
Le dépôt d'éditeur, plus complet, pourrait dispenser Timprimeur. Le dépôt d'imprimeur ne dispense pas l'éditeur.
Dépôt d'éditeur. Le dépôt d'auteur ou d éditeur donnerait seul droit de propriété sur un ouvrage. Un délai d'un an depuis la déclaration de l'imprimeur pourrait être laissé.Mais, passé ce délai, l'éditeur ne serait plus admis à faire le dépôt et l'ouvrag'e serait de domaine public. Si cela est draconien, l'on peut admettre le dépôt tardif moyennant amende, mais les reproductions faites avant le dépôt ne pourraient être poursuivies.
Notons que la France n'a rien fait pour forcer le dépôt étrang'er. Sans doute il y a dans la loi un texte ordonnant le dépôt comme condition des droits, mais le dépôt est admis à n'importe quelle date, parfois même après la contrefaçon. Le dépôt international, tel qu'il est, ne rend rien : 27 volumes en un an! et i5 au moins sont des élucubrations de cerveaux bizarres.
Le dépôt ainsi compris, comme échange avec les droits qu'il assure aux étrang'ers, et les avantages qu'il devrait assurer aux Français, ne filt-ce que comme bureau de renseignements, doit se suffire à lui-même. La perception d'un droit se justifie, sinon pour les imprimeurs, au moins pour les éditeurs.
Droits d'eDtréc à o.5o Etats Unis. .. 4i 9o<)-&o 54.0S0 5o
— à I dollar... Etran^^er... . 8.538 00 9.543.00
Certificats ia.009 5o 15.819.60
Divers 6/3.50 75:». 00
Nombre d'articles reçus, doubles compris. .. . l'ta.aSS aii.iSS
— total d'entrtfcs 9a.35i 117.704
En sept ans Ton avait atteint, sur 449*377,50, un bénéfice net, de 96.851,74 dollars. Or, les frais comprennent toute une publicité, Tentrcticn d'un service de renseignements fort bien
or^nisé, Tenvoi des formules en blanc, et la tenue d'un Catalogue de titres toujours à jour, l'impression d'un volume de 4 971 paires. Ce sont, centralisés et marchant bien, les services que sont censés rendre chez nous le bureau du Ministère de rintérieur, la Bibliographie delà France, le Cercle de la Librairie, le Bulletin de la Nationale, plus une foule de services qui chez nous ne sont pas rendus du tout.
Quoique nous publiions des relevés d'entrées à la Nationale et à la Bibl. du Congrès, il serait difficile de les comparer. Les façons de compter peuvent différer totalement. Si l'on songe que l'Amérique publie beaucoup plus que la France, il semble que son dépôt légal ne rapporte pas, en proportion, tant que le nôtre. Mais le dépôt étranger lui rapporte 9.043 articles et à nous 217. Et le dépôt étranger serait bon, serait utile à nos bibliothèques, qui n'ont pas de crédit pour acheter I
D'ailleurs leur Dépôt encombre autant que le nôtre. Plus libres que nous, ils donnent et échangent. Mais un million d'inutilités dorment dans les caves, dont nul n'a voulu s'encombrer, pas môme les auteurs priés de venir les reprendre.
Il faut donc garder notre dépôt d'imprimeur, mais cela n'empêcherait pas d'établir un Copjriglàt, dépôt conférant des droits, « dépôt d'éditeur, » et la Librarij of Congress nous donne non un modèle, mais un projet, et des bases solides de discussion.
C'est, en effet, par l'organisation que notre dépôt pèche le plus. 11 fait partie encore de la police politique. Les préfets, deux Ministères — Intérieur et Instruction publique — et la Bibliothèque Nationale jouent aux quatre coins pour réclamer un livre de quatre sous. Si l'Etat ne payait l'encre, les plumes et la poste, il coôterait moins d'aller acheter ce qu'on réclame. On le ferait, dans le commerce. Je ne sais pas du tout si, en comptant le temps des fonctionnaires et les folies de catalogue qu'il entraîne pour des niaiseries, le dépôt ne fournit pas les livres un peu plus cher que si on les achetait aux libraires. Nous avons dit, prenant un exemple entre mille, que, dans bien des cas, notre Nationale serait plus riche si elle n'avait pas tout ce qu'elle a. Nous avons cité About. J'ouvre le catalogueau hasard : « Castkga.A(? Drapeau du réginipat. » Gela vaut dix sous à acheter et plus de trente à catalo^iruer. La Nationale en catalogue quatre exemplaires, a Castëgnibr (M»*) Arthur Collint^ ou Soumission au devoir ». Le dépôt
en offrit 6 réimpressions, ce Ben Howard », 6, et a Dieu Vaida », a rééditions. Voilà une pag'e. La seconde énumère 3i volumes, dont i3 rééditions el 8 réimpressions.
Le dépôt léj^ical a beau fournir pour rien des livres très coûteux, il en fournit si coûteusement qui ne valent rien que le seul arg'ument net pour le g'arder est qu'il donne l'inachetable. A égalité de budg^et, une bibliothèque qui achète ses volumes est plus pratique, plus au courant, organise mieux ses services, et tout compte fait se trouve plus réellement richeque celle qui reçoit gratuitement. Mais le Dépôt légal donne des documents importants, qu'on ne peut acheter nulle part. En outre il saute aux yeux que ces dépenses pour des livres inutiles sont inutiles. On peut ne pas garder au même endroit tant de réimpressions, et épargner ces frais de catalogues.
Laisser les bibliothèques réclamer ce qu'elles veulent, comme en Angleterre, c'est se confier au zèle ardent mais bien spécial de bibliothécaires qui vous élimineront tout ce qui n'est pas de leur goût. Il en est forcément ainsi, quoiqu'on en dise, et la seule chose qu'à mon sens on puisse évidemment supprimer: les triples et quadruples emplois, on ne peut le faire sans chagriner toute la congrégation des religieux de la bibliophilie I
Si le Dépôt légal est mal légiféré, il est plus mal encore administré. Aucun moyen, en France, de savoir si un titre est pris ; le Ministère et la Bibliothèque se renvoient Tun à l'autre ; l'un dit : je ne sais pas, l'autre : je ne puis certifier. Il se tient ici et là des listes laborieuses, l'une sans ordre, l'autre pas à jour. Il faut un service unique et spécial du dépôt légal, qui délivre des reçus et des renseignements. Ce service commercial n'a rien à voir avec la politique, et peu avec les biblio« thèques.Il pourrait seulement apprendre d'elles à dresser un catalogue. Je dirai mieux : le leur apprendre.
On admet que toutes les productions de la France doivent être centralisées en un point. Et l'on n'admettrait point que le Catalogue puisse être centralisé ?
Songez vous que le sous préfet qui reçoit un livre donne reçu(i), inscrit(a ), transmet (reçu 3), le préfet idem (3 -f- 3 =6). Au ministère de l'Intérieur : entrée, division des exemplaires, envoie a bibliothèques, reçus... Et dans les deux bibliothèques on recommence : inscription, etc. Entre temps, le volume a été décrit, catalogué très soigneusement au journal de la Librairie. Ce catalogue ne plaisant pas est recommencé dans chaque bibliothèque, imprimé dans beaucoup d'entre elles.
— lôg —
Tout cet effort, tout cet argent ne fait pas qu'on puisse savoir et se faire certifier qu'un livre est déposé ou non, et qu'il y ait quelque part en France un répertoire à jour de la Librairie française! Et s'il y en a un, ou s'il s'en prépare un, c'est à Bruxelles, ou l'Institut bibliographique recatalogue à sa façon.
Ces aperçus montrent qu'un service général de Dépôt légal et Catalogue peut être institué.
En y rattachant le service de la Presse du ministère de l'Intérieur, la Direction des bibliothèques du ministère de T Instruction publique, et tout l'argent gaspillé çà et là dans les bibliothèques à imprimer des catalogues et dans les commismissions à retarder toute réforme, puis en cherchant une entente avec le Journal de la librairie, peut-être même avec la Bibliographie scientifique, l'Institut international de bibliographie et les autres oeuvres libres existantes, il est possible d'établir ce service sans aucune charge nouvelle pour le budget»
Nous pensons d'ailleurs que, lorsque ce livre paraîtra, le Bulletin de la Nationale, qui. depuis 3o ans, répète le Journal de la Librairie^ aura fusionné avec lui. Gela prouve que, par extraordinaire, une idée pratique, un intérêt commercial peuvent survivre à la discussion (i).
Le service «c Dépôt légal et Catalogue » aurait dans ses attrll)utions :
i* Réception et répartition des exemplaires déposés.
Un à la Nationale. Aujourd'hui un autre va tantôt à l'Arsenal (journaux, romaos, théâtre), tantôt à Sainte-Geneviève ^sciences). On ne sait trop où vontles 4 autres dont on demande le dépôt pour les périodiques.
Nous pensons que 3 exemplaires ne seraient pas trop.
C'était 5 en France de i8i4 à 1828 En Angleterre, c'est 5 ; le British Muséum, Oxford, Cambridge, Edimbourg et Dublin ont droit à un. En Italie, 3 : Florence (Bibliothèque Nationale centrale), ministère de la Justice et le centre de région (Milan, Turin, etc.) chargé spécialement de la surveillance du dépôt. Il faudrait de même, outre la Nationale, une bibliothèque régionale de ville ou d'université, qui centralisât les productions de sa province. Il faut un double, hors Paris. Paris a
(i) Non. Les pourparleri ont encore échoué! [Octobre 1908.]
déjà brûlé. Et il faut que Paris cesse d'être toute la France.
Il faut aussi un exemplaire pour une bibliothèque spéciale. La place d'un livre de médecine est à une Faculté demédecine. L'illusion des bibliothèques isrénérales a cessé. Au point de vue scientifique, seules des spécialités rendent de vrais services. Il faut constituer un certain nombre de centres qui reçoivent tout ce qui paraît dans leur si>écialitc. Nous ne revenons pas sur rintérét de telles institutions, réclamées aujourd'hui par tout le monde. Mais c'est à elles encore plus qu'à la Nationale qu'il faut song-or en réformant le Dépôt lég-al. Là où elles n'existent pas, la Réforme du dépôt peut, d'un coup, les créer. L'intérêt des bibliothèques indique le chiffre 3 : un pour la Nationale, un pour la bibliothèque rég'ionale, un pour une bibliothèque spt^ciale.
Sans avoir à écarter une à une toutes ces objections à ce qui est ici non un projet, mtiis des suggestions, il faut prévoir les plaintes d'éditeurs à Timpôt^de 3 ou 5, qui peutçêner et même empêcher quelques publications scientifiques et artistiques très importantes. Mais les éditeurs doivent y mettre du leur. Ils se servent couramment des bibliothèques. Us forment une bonne clientèle à notre Nationale, où ils viennent comparer des éditions, photographier, chercher des gravures. Elle leur rend dix fois les services qu'elle leur demande. S'il en est un qui refuse de donner un livre qui manque, on pourrait le repincer en lui appliquant strictement tel rèîflcment qui défend certaines communications ou certains travaux à l'atelier de photographie.
M. Bonnerot propose, pour des livres très coûteux, que le ministère souscrive afin de couvrir les frais. Il y aurait là des spéculations trop faciles. 11 serait plus juste que l'éditeur payât pour ne pas déf)oser. Si, moyennant 5o francs donnés pour la (>aisse des bibliothèques auxquelles l'exemplaire aurait dû parvenir, l'éditeur peut se racheter du dépôt, l'impôt est limité en fait à 5o francs chiffre juste. Les bibliothèques achèteront l'ouvrage s'il est utile et l'éditeury gagnera. On peut discuter le chiffre, surtout pour les ouvrages paraissant en plusieurs fois, mais on voit que rien n'est insoluble.
Eu fait, le dé[)ôt légal est ulile aux éditeurs plus qu'au public, et s'ils ne le voient pas, ils ont tort. Il conserve pour eux — pour les journaux surtout — les collections qu'eux-mêmes ne conservent pas. Et quant k la vente, l'expérience montre que les pays où la librairie est le plus prospère sont ceux qui
ont le plas de bibliothèques publiques. Celles-ci sont une puissante réclame.
Ne voir que le petit intérêt, discutable d'ailleurs, des bibliothèques à avoir des exemplaires gratuits, c'est oublier la moitié de la question et ce n*estpas le moyen d'intéresser le public et les législateurs. Le dépôt légal n'est pas une question spéciale, une petite affaire de bibliothécaires, c'est une grosse question commerciale, nationale.
Si un jour quelqu'un reprenait l'idée émise jadis par E. Morel dans /a Revue blanche, reprise par Stéphane Mallarmé dans la même revue, de protéger les morts et le domaine pu« blic contre les adaptateurs, commentateurs, expurgateurs, vulgarisateurs, substituant l'Etat, protecteur moral, aux héritiers du mort au bout de 5o ans — ce service en serait chargé. Et de même de recouvrer Timpôt proposé récemment dans le but d'handicaper la concurrence en librairie des morts et des vivants.
3<* La publication d'une bibliographie de la France.
Nous pensons que tout Français doit pouvoir trouver à la S^nde ville ou à Tuniversilé voisine l'indication des travaux existants sur tout sujet, qu'il y a là une des premières nécessi- ^ de l'instruction supérieure. Bibliographie d'Etat, qui, en fait, décentraliserait énergiquement, permettant à tous de travailler *ïors Paris.
Quant aux bibliothèques actuelles, si mal pourvues d'argent, si mal de personnel, c'est leur rendre la vie que leur ôter ces travaux où s'entassent arguent, efforts et vanité sans profit pour la science ni pour le public, besognes moyenâgeuses où tous recopient lentement ce qui désormais se peut imprimer une fois pour toutes. Débarrassés de leurs manies de catalogues, chargés seulement de ranger les fiches toutes faites dans un ordre où chacun puisse trouver ce qu'il cherche, nos bibliothécaires perdraient leur grande excuse à ne pas s'occuper du public ni de la science de leur temps, et le maigre argent alloué aux bibliothèques pourrait passer à des besognes moins honorifiques, mais plus utiles que réimprimer des catalogues : — celle d acheter des livres, par exemple.
Nous ne concluons nullement en blâmant les projets connus de réforme du Dépôt légal. Ils seraient tous bien meilleursque l'état actuel, et nous souhaitons que les Chambres votent l'un d'entre eux.
Mais nous avons pensé que ce serait dommage de ne pas profiter de l'attention des Chambres pour obtenir un peu plus que des réglementations de mesquine utilité, et qu'il y avait, dans le même sens, à susciter des réformes plus larges, plus fécondes.
Et devant ces projets qui dorment depuis un quart de siècle, sans déclancher d'autre ressort qu'une stérile approbation, nous ajoutons en bloc ces suggestions <^on fuses, capables peut^ être, si peu qu'on en prenne, d'apporter aux bibliothèques peu plus que le cadeau de quelques bouquins de faveur.