‹ Bibliothèque, essai sur le développement des bibliothèques publiques et de la librairie dans lesChapitre 24 sur 118 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

BATISSE ET MÉCANIQUE

de notre Nationale. ~ Conditions d'une bibliothèque moderne, doit prévoir la recherche en place, et que sa grande qualité est >visoire. — Les trois âges des bibliothèques. idc drs livres. — Les halles de catalogue, au rayon. — Construction — Loi du minimum de place, illiques pour livres. — Ascenseurs. — Bibliothèque tournante à rice. — Meubles. ~ Bottes à fiches tournantes. — Conclusion.

élevant les pierres par la seule force humaine» sans ; que leviers simples, cordes, rouleaux et sacs de les Egyptiens ont construit les Pyramides. Des hasts assurent que la traction mécanique, voire hippiit pas employée. C'étaient des hommes qui tiraient

é subsiste encore dans nos bibliothèques françaises, Bibliothèque Nationale^ où le grand œuvre d'amener ^g'ermanique du haut de la carrière sise au 7* étag'e, :hantier sis au rez-de-chaussée, est accompli à bras . Depuis quelques mois fonctionne un monte-charg'e un seul. Pour le reste, les employés, comme aux de jadis, se font la chaîne, se repassant les uns aux s les lampadophores antiques, le volume poudreux re il y a une lumière...

rmis de se demander si Tâge de la Diligence n'est pour les livres. Hélas ! tout est si bas de plafond nagasins que Ion n*y peut hisser cheval, mulet, ni Les hommes un peu hauts se cognent la tête dans 'S. Peut-être le système des canaux aurait du bon. roie d'eau que les Egyptiens transportaient les obéi crainte d'incendie nécessite de puissantes prises t même le plus grand danger que courent les livres, is, ainsi qu'on peut s'en rendre compte en laissant

quelques instants deux volumes reliés Tun dans le feu, l'autre dans r.eau. On conserve pieusement un volume arraché au bilcher de Scrvet ; on ne l'aurait pas retiré en si bon état du lac de Genève. Un long" canal de dimension convenable, avec un courant établi dans un sens le soir pour la venue des volumes, dans l'autre le matin pour leur retour, transporterait en douceur les volumes posés sur de petits bateaux. Cela n'irait pas vite, mais on abîmerait moins les reliures, l'épouvantable chaleur de Télé dans les combles vitrés, où l'on place de préférence d'anciens coloniaux, serait tempérée par ce ruisselet d'onde claire. Les commis revenus de leurs longs voyages aa pays des Doubles ou dans la Terre des Documents administratifs renonceraient à leur vie d'explorateur ou de facteur rural, pourraient s'asseoir, et distrairaient les loisirs que leur laisserait le chargement des livres dans les nacelles en cultivant sur les bords du ruisseau les tulipes de Hollande, les roses de Judée ou des poissons rouges... Mais l'usage de l'eau a fait quelques progrès, et c'est elle, sous des systèmes plus complexes, qui apporte les livres dans les grandes bibliothèques d'Allemagne et d'Amérique. C'est elle qui, avec le minimum de dépenses, permet la rotation de coupoles astronomiques, et la montée des ascenseurs.

Livres, catalogues, bâtisses, public, tout évolue avec une rapidité extr(!'me dans les Bibliothèques. L'Amérique c^ustruiti construit... Du moins là-bas on n'a pas trop d'illusion surfe défini lij.

Mais ce qui est nouveau, ce qui date de cinquante ans, plus ou moins, selon les pays, ce n'est pas seulement la production effrénée, qui puldie en un an ce qu'on publiait en un siècle et renverse tout classement, toute méthode d'autrefois, — ce n'est pas seulement le public qui se rue aux livres avec une ardeur de néophyte, des milliers de lecteurs réclamant des livres à ces dé|K)ls jadis troublés à peine quelques jours par semaine par un doux vieux savant — c'est l'esprit même, la tendance a faciliter y qui en arrive à la liberté la plus grande, le prêt à domicile, l'accès libre aux rayons.

Nous parlons ailleurs des moyens d'arriver sans trop de déclassement à cet accès libre aux rayons, qui ruinera toutes nos idées de catalogue et de bâtisse.

Je pense que la Bibliothèque est un organe nouveau, qui

nstîtue lentement, et qu*on ne peut, sur les données provis d^aujourd'hui, mesurer son rôle de demain, s imaginations qui suivent n'ont d'autre but que de moncombien la mécanique peut chambarder un jour tout ce Q dit et pense sur les bibliothèques.

)<ç la demande des livres. Les « Salles de catalogue ».

e grand efiPort des générations de bibliothécaires qui se sont :édé en France dans la seconde partie du xix® siècle a été implacementdu volume par son numéro, l'interdiction, non ement au public, mais aux bibliothécaires, de toucher et ' ces volumes, qu'ils ne doivent connaître que par des cataiies.

lette doctrine fut nécessaire pour combattre les anciens s. C'est à ce système que nous devons des bibliothèques entoriées, organisées. Si nous avions écrit ce livre il y a quante ans, nous y aurions peut-être défendu ce que nous nbattons aujourd'hui. 11 y a un âge où les enfants vont à :ole ; on ne les y laisse pas toute leur vie. Distinguons trois âges :

I* U enfance libre. Le public n'entrait pas, mais des 'ants ou amis venaient quand ils voulaient, tripotaient, .portaient. Un catiilogue parfois, mais jamais d'invenlaire. :e d'or et brigandage.

2* L école. Un inventaire. Un mur entre les livres et le blic. Celui-ci est admis, on lui donne même des catalogues. lis nul autre qu'un commis n'approche des livres. On ne Me pas. Doubles bulletins, surveillance, bureau d'octroi. 3** La vie responsable. Prêt à domicile des livres de lecre. Libre accès aux rayons pour les livres de référence et le 3ix des lectures. Liberté organisée.

Nous nous hâtons vers le 3* état.

La Nationale ne prêle guère, sinon à d'autres bibliothèques, [le n'est pas du tout pour elle, chargée avant tout de conser- , que nous parlerons de facilités, de prêt, d'accès aux ons. Nous voudrions la soulager en instituant ces facilités eurs. Les livres d^nsage, prêtés ou maniés, sont voués plus moins à la disparition. Ce que l'on veut garder, il ne faut

trop s'en servir.

Jecî n'est nullement pour défendre les bureaux d'octroi de

bibliothèques, inscriptions, laissez-passer et autres simili-

contrôles plutôt faits pour agacer le public et éviter Tencombrement que pour protéger les volumes. S'ils rebutent rhomme pressé, qui vient une fois par nécessité, ils ne rebutent pas rhabitué qui y prend domicile, ni les filous.

Un de mes étonnements, lorsqu'un ami que j'avais à la Nationale me Ja fit voir en détail, faveur tout à fait rare, fut que. chaque livre étant représenté par un numéro, la demande de ces numéros se fit encore par billets, et qu'à côté du numéro il faillit tout de même rédiger une petite dissertation française sur le volume désiré.

Je voyais bien des cornets acoustiques, mais on ne s'en servait pas. Ici des ficelles ingénieuses lançaient de petits billets plies, comme nous faisions en classe pour nous écrire en cachette, là on se hélait de loin, comme l'on crie a Passeur » d'une rive d'un fleuve à l'autre.

Je pensais que si loin que fussent les volumes le catalope étant tout près, il n'y avait qu'à envoyer par une télégraphie quelconque les numéros demandés. Morse ou Bréguet suffiraient à écrire sur un tableau , fût-ce de la rue des Petits- Champs à la rue Colbert, les numéros de livres demandés, et s'il fallait faire la chaîne pour apporter les volumes des pajs lointains, il ne fallait pas aussi se repasser le mot d'ordre de sentinelle en sentinelle. Car, en ce temps-là, on connaissait déjà le téléphone.

Je me rendis compte bientôt que la grande partie des demandes était sans numéro, qu'une bonne part des numéros mis étaient faux, ou incomplets, enfin que les catalogues et mécaniques ne dispensaient pas de grimper des étages et de chercher à tâtons quand on était pressé.

Tout s'est bien amélioré, et les catalogues sont avancés aujourd'hui. Mais il arrive encore que Tentaille au morceau de bois — la recherche à tâtons, en place, — n'a point supprimé les beaux logarithmes qui sont les recherches sur fiches. Les algébristes comptent sur leurs doigts. . .

Les boutiques de phonographes qu'on voit sur les boulevards ont des catalogues où on lit le numéro du morceau qu'on veut entendre ; on tourne les boutons de façon à amener le chiffre correspondant à la Valse des roses de M. Massenet, chantée par Caruso. Une demi-minute, un grincement désagréable, puis un petit silence, et Ton entend un nez d'où sort le bruit demandé. Mais l'on a à faire à des passants sur le boulevard, ignorants pour la plupart, donc de bonne

intéy et qui, ayant payé qualité sous, se donnent le mal qu'il ; : tourner quatre boutons. Dans les bibliothèques on a ire ou à des savants : ils ne savent pas, — ou à du public 3rant, mais qui, ne payant pas, exige.

e n*insiste donc pas trop sur le transport télégraphique des ». Le public en serait la première victime, vu les erreurs il commettrait. Les fonctionnaires, traités comme des gars d*hôtel dont le tableau indique le numéro qui appelle, lient capables d'en faire une question d'amour-propre. it cela heurte trop nos publics de savants et gens du monde, is, pour un public populaire, qui apporte plus de. soin et itelligence, ce système conviendrait parfaitement. Dans les les de prêt en Angleterre, les volumes ne sont jamais nandés que par leurs numéros ; et des tableaux spéciaux iquant les volumes prêtés, le public ne dérange jamais les ployés inutilement. Et nous répétons que les bibliothèques nt des moyens d'instruction, pour des hommes libres, il st que juste et il est profitable — dans la mesure où le blic n'en serait pas rebuté — de laisser chacun faire son (oage lui-même. On doit fournir des moyens de travail, et n faire le travail d'autrui. On ne saurait trop s'élever contre

errements « lùchcs » des bibliothèques comme des Postes inçaises, où les gens consciencieux ont à subir l'attente et le :ard qu'occasionnent ceux qui disent : on fera cela pour moi. On sait que le public parisien s'est refusé à écrire sur les très le numéro des arrondissements. On n'avait fait appel 'à la bonne volonté et l'on n'a pas osé faire deux départs des urriers, remettant au second les adresses inachevées. Les services publics n'ont pas pour but de constituer une imeàla paresse. 11 serait désirable, il serait d'intérêt général, éducation publique , que chacun sentit nettement reiTet

son manque de soin, et que les retards que cause l'insoumce ou l'élégance d'un lecteur, au lieu de se répartir sur us, pesassent sur lui seul .

Dans nos bibliothèques, où le budget est si faible, l'attente s livres est une question de haute importance, car c'est ce i écarte le public le plus sérieux et les réserve aux seuls gens

loisir, aux spécialistes de l'érudition. Nous sommes loin

dénier aux bibliothécaires le rôle de conseil. Nous croyons

le, dans toute grande bibliothèque, un service de recher-

es, de conseil, devrait être séparé, ou établi s'il ne fonc-

•nne pas, mais tout à fait distinct de celui de demande

des volumes. Les demandes précises, par cote, sont à transmettre mécaniquement, à un guichet spécial, et les demandes de renseignements à un bureau de recherches, dans une salle séparée. Une grande part de Tattente dans nos bibliothèques vient d'un système analogue à celui qui consisterait à demander aux demoiselles du téléphone l'adresse d*un bon pâtissier ou le nom d*un égyptologue. Si ces demoiselles avaient la politesse des bibliothécaires, elles discuteraient longuement et chercheraient dans leurs répertoires, tandis que les gens pour« vus de numéros se morfondraient.

Depuis quelques années le public s'améliore à la NatioDale^ et Ton me dit qu'actuellement les 4 cinquièmes des bulletins auraient des cotes. 11 ne faut donc désespérer de rien; le catalogue imprimé rend déjà dans ce sens de grands services, et, depuis que ces pages sont écrites, une réorganisation intelligente des services a, sans crédits spéciaux — et sans mécanique, — diminué de moitié l'attente.

Salle de recherches, — L'établissement d'une sallespéciale pour les recherches n'est souvent qu'une afiPaire de portes à percer.

Ce serait à la Nationale, après le transport des périodiques, le plus grand des débarras . 11 est possible d'installer, à dïtMte de la salle, une vaste salle de catalogue et références pour le public.

Je laisse à résoudre le problème de mettre ailleurs les services d'établissement du catalogue, qui peuvent fonctionner n'importe où. Môme des bibliothèques déjà anciennes, comme Munich, ont ces deux salles séparées : lecture, — catalogues. Dans la salle où on lit, un silence profond, et pas d'allées et venues. Dans la salle de i^echerches, pas de sièges. Des fonc tionnaires se promènent pour aider le public, lui indiquer la place des catalogues, soit pour les prendre, soit pour le& remettre.

Cette remise en place doit être facilitée, comme à la BibUo^ thèque Forney àParis (la seule où le public ait le droit d'accè* aux rayons), par la couleur des reliures ou des étiquette» pour les livres, du carton pour les fiches et gravures. Le» déplacements sont dans ces conditions insignifiants. Par l'em^ ploi des pupitres à hauteur d'homme — d'un homme de» haute taille, avec une marche pour aider les petits — pa^ l'usage de barrières de â en 2 mètres, obligeant à un lége^ détour pour passer du casier rouge au casier vert — soit di^

Larousse aux Bulletin des Lois — le replacement est à peu près automatique, car c'est le moindre eÔbrt que remettre le volume en place. Toute commodité existe pour le lire là et aucune pour le lire ailleurs.

Ces salles où le public ne s'assied pas, où il entre et sort les mains vides, dispensent d'ennuyeux contrôles. Et il n'est plus besoin de forcer les g'ens à ce petit morceau de littérature, cette sorte de composition française qu'est le bulletin de demande avec titre, date, adresse. Il n'y a que des numéros et, pour transmettre des numéros, les moyens mécaniques sont aujourd'hui nombreux.

De Vaccès libre aux rayons (opkn shilves).

Ce n'est pas une utopie.

C'est vis-à-vis de nos bibliothèques actuelles ce que sont aux anciens bonnetiers et merciers les magasins du Louvre et les Galeries Lafayetie, C'est pour le public deux immenses attraits : la tentation, le choix : pouvoir choisir !

Ce sont les galeries de TOdéon, si i on pouvait y couper les volumes, emporter ceux que l'on désire et si quelque classement méthodique, par sujet, y guidait, y promenait les lecteurs; œ qu'on voit chez les revendeurs de livres de médecine.

Le commerce donc s'en approche. En France, la bibliothèque Fomey s'en trouve bien. A la Nationale, 2.000 volumes et 175 périodiques sont à la disposition du public. Il y a eu des disparitions, et les déclassements sont quotidiens; cependant au total, l'économie est immense, et Ton ne fera qu'augmenter le sombre des volumes libres.

Donc, même en France, établir des open shelves c'est une question de mesure, d'éducation publique, — et de système pratique, de mécanique.

Ces libertés font bondir les bibliothécaires pour qui le public, c'est l'ennemi. — Qu'ils sachent bien qu'on trouve partout — 1 poteaux et fils de télégraphes, chaises de café, bicyclettes, Bateaux et parapluies, fleurs et plantes, pavés, boutons de portes, etc., etc. — mille objets libres plus aisés à voler et ^ ïevendre que les livres d'une bibliothèque. C'est simple f ^red'habitude. Même c'est parce qu'on classe et protège — ^^2 les trésors des églises jusque-là respectés — que surgis- ^tdes tentations de vol. Appliquer de but en blanc la liberté

complète, actuellement en France, serait absurde^ tout disparaîtrait. Mais pourquoi? Parce qu'on n'est pas habitué à la Bibliothèque libre, et que la superstition du livre objet précieux est entretenue par les bibliothécaires eux-mêmes. IVIais par deg'ré, nos bibliothèques s'ouvrent. C'est lent, trop lent, mais le jour n'est déjà plus très loin, où les open s/ielves seront un objet d'étude et non plus de risée.

C'est l'abus même des catalogues qui nous mènera très tôt à la recherche en place par le public lui-même.

Ce que sont en train de devenir les bibliographies et catalogues des grandes bibliothèques, il semble vraiment qu'on n'y songe pas. Cet entassement de titres qui ne disent rien de rien, ces dizaines de volumes qu'il faut faire venir un à un, après une demande écrite, une attente qui varie de la minute à l'heure, pour n'en retenir qu'un seul, heureux s'il y en a un sur dix digne d'être lu, — vraiment ce système est-il un avenir plausible? Vous apporterait-on dix, vingt volumes à la fois... et jusqu'à cinquante par jour, — et c'est là mobiliser pour un seul lecteur plusieurs employés... — parcourir un sujet de médiocre étendue, celui dont la bibliographie ne dépasserait pas 5oo volumes, et ils sont rares aujourd'hui, à 5o par jour, cela fait dix jours.

Au British, où les communications sont assez rapides, j'estime que l'apport de 5oo volumes, même sur un seul sujet, en les demandant par dix, nécessite et coûte une semaine de fonctionnaire, ou équivaut à cela. Je n'ose faire ce calcul pour la Nationale! Songez aux frais immenses de catalogue! Cependant le lecteur obligé d'écrire 5oo bulletins grogne. Mené en place, avec les livres devant lui, rangés avec quelque système, il eilt trouvé seul en deux ou trois heures — en moins de temps qu'il n'en mit à écrire les bulletins — les peut-être 2 à vingt volumes qu'il devait lire.

Même en tenant compte des vols, et des déclassements, qui perdent un volume sans qu'on puisse espérer que le remords un jour le ramènera au bercail, on peut déjà se dire que l'accès aux rayons se présente comme une immense économie. D'argent, je ne sais trop, car il faut de la place, des classements très bien faits, un attirail spécial, et beaucoup de surveillance, — mais de temps sûrement, et pour le public cx)mme pour les fonctionnaires. Or, nos bibliothèques sont encore précieuses et petites. Mais chaque année publie iSo.ooo

volumes, ce qui fait que le volume est une chose moins rare. Chaque année publie i5o.ooo volumes, ce qui fait que le volume est une chose plus difficile à trouver. Et ce qui semble une folie quand on considère que la valeur réside dans Tobjet à conserver ne Test plus quand Tobjet, par lui-même sans valeur, vaut juste le temps passé à le trouver.

Un numéro du Petit Journal d'il y a dix ans, qui n'intéresse que vous au monde, ne vaut pas cher si vous désirez le vendre; pour le trouver, celui-là et pas un autre, vous paierez cher, très cher. Gela prouve bien qu'il faut des bibliothèques de réserve, de « conserve » où l'on soit sûr qu'on ne perd rien. Et la Nationale ne doit pas être un bazar. Mais cela prouve aussi qu'il faut d'autres bibliothèques où l'on aille chercher une valeur plus g'rande que celle des bouquins : du temps gSLgné.

L'accès libre aux rayons est donc le g'rand avenir des bibliothèques. Ne croyez pas qu'il faille le réserver aux petites bibliothèques, ou à des savants connus, c'est le contraire. Ce sont les gens importants qui volent ou ne rangent pas. Il faut un grand public pour qu'il se surveille lui-même, qu'il y ait une disciphne et un règlement qu'on applique. A mesure que le public se sentira mieux chez lui dans les bibliothèques, il fera comme chez lui : il rangera lui-même. Tout cela est très lent à venir, ne nous hâtons pas, mais préparons. Laisser au public la facilité de fouiller lui-même bouleverse nos habitudes et semble un idéal qu'on ne peut atteindre. Mais un idéal qu'on atteint n'en est pas un. Et le fait qu'on ne peut l'atteindre ne dispense pas d'en approcher. 2 . 000 volumes a à fouiller » dans la salle de travail de notre Nationale, 20.000 au British... Ce sont là des bibliothèques!

Et ce ne sont pas les moins précieux qu'on laisse ainsi sous la main du public Ce sont même surtout des collections où un volume perdu est irremplaçable.

Rappelons qu'une série de dispositifs évite le déclassement et permet le reclassement facile , format, couleurs, séparations). Ajoutons que des dispositifs à trouver rendraient la surveillance facile. Des livres sont volés en les glissant sous un paletot. Il importe que les pupitres soient à hauteur d'homme, et rides en bas. S'il y a plusieurs étages, le plancher grillagé, partout en usage actuellement, laisse voir d'en bas tout ce qui se passe en haut. L'on peut donc imaginer des salles en forme d'étoile — exactement la disposition des prisons modernes.

Le gardien se tient au centre, en bas, et voit tout ce qui se fait à tous les étages. Les livres sont tous au-dessus des pupitres, et il n'y en a pas au-dessous. Les honnêtes gens n'ont donc pas à se baisser^ môme pour ramasser un crayon, car il passerait à travers les grilIes.Les cellules ouvertes — je poursuis la comparaison des prisons -» contiennent chacune une division systématique, et il est interdit de promener un livre d'une cellule à une autre. Celui qui ayant choisi un livre dans la cellule 43a désire Tétudier assis, ou l'emprunter, l'emporte et le remet à un employé qui l'inscrit. On peut pousser très loin les précautions de reclassement. Nous usons de la classification décimale : 5 (Sciences mathématiques, physiques et naturelles), occuperait un rayon d'étoile. Nous supposerons 5 étages, soit la place de dix divisions, cinq de chaque côté, chacune correspondant à une des sections du 5 : i mathématiques, 2 astronomie, 3 physique, etc. Mais nous n'irons pas mettre la Physique (53) sur un seul étage.

Les divisions seront faites en hauteur, et interverties. Ainsi 534 (Son. Acoustique) comprend peut>ôtre quatre cellules, tenant les dix divisions : 534- i. Ondulations, 534. a, propagation, etc. Eh bien ! évitez de placer 534' i près de 534*3. Mettez 534.1, 5ii4-i« 554- 1> etc. Il n'en sera pas plus malaisé de trouver la cellule qu'on veut^ d'autant que des écriteaox peuvent être placés partout, gros, explicites, visibles. Mais tant qu'un long usage n'aura psis rendu plus soigneux le public, il y a intérêt à ne pas rapprocher deux sections voisines qui se peuvent mêler. Si V acoustique 534 a pour voisine TAnalyse quantitative, b!\l\j y aura moins de confusion possible, et dans les livres nombreux sur l'Acoustique, la gamme de couleurs facilitant le rangement pourra être plus étendue.

La grande objection contre de tels systèmes sera le manque de place. On peut y parer en partie. Les livres peuvent être sur plusieurs rangs grâce à des bibliothèques glissantes, comme celles du British Muséum. Elles donnent deux rangs. Mais on peut user de bibliothèques glissantes d'autre sorte. Elles peuvent aussi bien glisser d'avant en arrière — comme des tiroirs^ — que de droite à gauche.

C'est donc dans la profondeur du mur, profondeur qui peut atteindre i m. à i m. 5o, que sont les bibliothèques de a mètre» de haut, garnies de livres à droite à gauche qu'on amène pacr une poignée aussi aisément qu'un tiroir ordinaire dans un

collection de numismatique ou d'entomologie. Ceci peut s'appliquer à toute bibliothèque, même sans l'accès aux rayons, mais Taccès aux rayons en justifie la dépense.

Le public qui se promène dans ces galeries n'aurait donc deyantlui que des numéros avec des explications. Il sait qu*il trouvera, en tirant la poignée 678, dix ranges de livres sur le caoutchouc. Il a à droite un pupitre ajouré pour poser le volume choisi.

Mais en tirant — et on peut avoir un dispositif empêchant de tirer à moitié, — il se barre la route. Il devra refermer pour aller plus loin, et ouvrir le 679 (celluloïd). Ou encore un cran d'arrêt empêche de tirer un tiroir sans que le voisin soit fermé. Le règlement doit interdire de tirer deux armoires, c« qui ferait une chambre close de 3 côtés et rendrait la surveillance difficile, mais ce règlement peut être rendu automatique, ce qui est la meilleure forme de règlement. Un seul casier tiré ferme ses voisins. Et le 679 (celluloïd) n'ouvi^e que si le 678 (caoutchouc) est fermé.

La Bibliothèque libre avec accès aux rayons dépend donc de 3 facteurs, et je ne sais lequel est le plus important :

i^ L'honnêteté et le soin, qui sont deux habitudes, — - pour le public;

a^ La bonne volonté aussi qui est une habitude à prendre — pour les bibliothécaires, toujours portés à considérer que les bibliothèques sont à eux;

3^ L'ingéniosité des architectes qui aide puissamment, qui crée même Thonnêteté et le soin, quand ils manquent.

En attendant que l'Amérique construise spécialement des bibliothèques pour Taccès libre aux rayons, Ton peut réclamer de petits progrès en France.

L'on devrait exiger certains livres sur les tables, dans toutes les bibliothèques. Quant à celles qui n'ont plus ou ne trouvent plus de place, on pourrait leur apprendre que les bibliothèques tournantes sont entrées dans le commerce courant! Pour des catalogues en nombreux volumes, des dictionnaires, des séries, pas de solution plus pratique. Que de gens laissent traîner un volume qu'ils remettraient en place s'il ne fallait pas se déranger! Un coup de pouce, et la place du volume vient à vous.

Nous avons aujourdhui l'emploi général pour les bibliothèques d'appartement de meubles légers, mobiles, contenant des masses de livres et les amenant à vous. Et cela remplace les

greniers de jadis, ou les caves, et les longues promenades dans les galeries de province, que Renan trouvait si profitables à la science.

Une transformation analogue se fera dans les bibliothèques publiques. Il y a des forces motrices qui coûtent maintenant moins cher que le biceps et le jarret humains. L*hydraulique et Tel ectricité triompheront sans nul doute dans la querelle des fonctionnaires et des commis de bibliothèque. Les livres sont trop nombreux, trop loin, pour les aller chercher. Ce sont eax qui se dérangeront.

Construction.

Les peuples luttent depuis longtemps à qui érig-era la plus belle, solide, éternelle bibliothèque. Lors même que des gens pratiques construisent des cages de fer et daignent songer que l'avenir publiera des volumes, une façade renouvelée des Grecs et des Romains cache soigneusement la honte d'une construction utile, et n'en laisse passer que quelques tuyaux de cheminée.

En ce moment, à Paris, s'érig'e, rue Vivienne, un monument de noble apparence. Mais la rue est étroite et les maisons d'en face ne sont pas transparentes ; c'est donc une silhouette avant tout idéale. Nous n'en discuterons pas le pittoresque effet. Certes les pierres en sont belles, ce sont de grosses pierres. Si, creuses, elles sont pleines de livres, nous aurons de quoi lire. Et certes, on ne Bt pas mieux à l'époque des dolmens.

Mais comme Ton n'a pas transporto à dos d'hommes ces masses symboliques, et que, sans avoir appris la mécanique, on se doute bien qu'il y a des trucs pour les monter, notre enthousiasme pour cette concurrence à nos archiancêtres diminue ; et nous conviendrions que c'est plus grec qu'à Londres, plus romain qu'à Washington, plus Louis XVI qu'à New- York, moins laid même que dans toutes ces villes, — si l'esthétique n'était point hors de notre sujet.

Mais ce qui y est en plein, c'est de constater ce qu'il advient de bibliothèques destinées si vite à être insuffisantes, de dire que nul ne peut prévoir les progrès fous que nous réserve la nouvelle imprimerie à composition mécanique et de calculer l'accroissement futur des livres — que dépasse encore l'empressement dupublicà les lire, — bref, d'affirmer que la grande, la plus grande, la seule grande qualité d'une bâtisse à biblio* thèque, est celle-ci : être provisoire.

Je dédie donc ces notes à l'architecte qui comprendra que le aérite d'une œuvre n'est plus sa masse inerte, que ce qu'il roit solide, durable,c'e5t juste ce qui va gêner, et qu'il faudra lémolir, — à l'architecte, dis-je, qui songera à trouver un dis- »ositif pratique, économique^ que tous les bâtiments du nonde reproduiront. Le succès des gros tas fut accaparé par es Egyptiens ou les Romains. Il en est de la gloire des archiectes modernes comme de celle de ces livres dont le manuscrit ist perdu, mais que Ton republie à milliers d'exemplaires.

Les bibliothèques peuvent-être établies en hauteur ?

Le nombre des livres croît toujours; une bibliothèque doit ^tre extensible. Nous ne rappellerons pas les diverses formes, 'hélice entre autres, proposées pour bibliothèques extensibles.

Nous rappelons seulement deux conditions sur lesquelles on l'insisté jamais assez :

I* Le manque de place est toujours une nécessité, un ievoir.

ao Les livres nouveaux doivent être placés non après, mais levant les autres. Ce sont les plus demandés; ils doivent ôtre !e plus près. S'il suffisait de les transporter en des banlieues m les dotant d'espaces considérables, toutes difficultés seraient supprimées. Mais une bibliothèque doit être dans un endroit i'réquenté, le plus fréquenté de la ville. L'espace est donc et ioit être limité. Je n'approuve même pas les palais, comme '«lui de Washington, qui obligent aux détours somptueux et )roclament par la hauteur des escaliers la munificence del'Ëtat :haque fois qu'on veut chercher un mot dans le dictionnaire. !]ette façon de donner sent son parvenu. Il faut entrer de )lain pied dans la salle, et si l'on raille ici nos bibliothèques lu 3*, 2* cour, escalier B au fond du couloir, porte 43, je sais les cours d*honneur avec grand escalier et vestibule monuaental qui font regretter les 5* à gauche.

C'est donc dans la verticale — - hauteur ou profondeur, qu'il .*agit de tasser les livres dans le plus petit espace possible. Le iel et le sous-sol sont en effet indéfiniment disponibles.

On a donc pu concevoir une tour de Babel garnie de livres, es rajons disposés en hélice, et le plafond pouvant être suréevé quand il faudra. Journaux à part, les rayons de la Naionale, disposés autour d*une salle de loo m. de circonférence, onneraient une salle de loo m. de haut. En mettant les

livres sur deux raug^ ce serait la moitié; en les mettant sur quatre, grâce à Temploi des bibliothèques tournantes ou roulantes aujourd'hui en usag'e, on rentrerait dans des hauteurs fort normales, sans même tenir compte du sous-sol disponible.

Nous ne sommes pas loin ici de la disposition du British Muséum, salle circulaire garnie délivres, les 4 angles du carré où le cercle s'inscrit étant utilisés pour les magasins.

C'est aussi la disposition qu'aura la nouvelle salie de la Nationale d'après les plans de M. Pascal. La place laissée aux accroissements v semble bien faible, mais nous sommes habitués à des magasins trop grands, et Tart de tasser nous peut être enseigné par le British Muséum où les ravons emboîtent les volumes avec tant de précision.

Caisses métalliques pour livres.

Le British a augmenté son espace de plus de moitié par lasage de bibliothèques suspendues sur roulements à billes à des rails placés à quelques centimètres du plafond.

Chargées de dix rangs de livres, elles fonctionnent sans bruit et on las manie d'une main. On peut prévoir le jour où, l'espace pris par des bibliothèques de ce genre, il faudra pour atteindre les livres se frayer un chemin en les écartant.

L'usage de plaques de tôle, qui gagne à lui seul un dixième de place sur les rayons de bois et diminue les dangers d'incendie, a l'avantage encore d'une grande légèreté qui permet de faire glisser un rayon tout chargé de livres pour prendre ceux placés derrière. Tout est en fer à Marburg, à Bàle, dans beaucoup de villes d'Amérique. A l'Université d'Edimbourg, il n'y a plus un bout de bois dans la Bibliothèque, à part le crayon du bibliothécaire.

Ceux qui ont usé de bibliothèques tournantes savent combien on peut faire tenir de livres dans un cube. Des rayons métalliques garnis do rebords permettant d'avoir plusieurs rangs qui s'ouvrent sans effort, rendraient aisée aujourd'hui la construction de bibliothèquas, ou caisses, ou armoires, qui pourraient être réglées à... mettons 5oo volumes par mètre cube, — chiffre de commodité...

Pour nos livres in- 18, ces dimensions pourraient être : Profondeur : 4 rangs à o, i5 = 60. Hauteur, y compris l'épaisseur des plaques : 6 rangs = i m. 20. Largeur en prenant o,o3 par vol. et tenant compte des montants et d'un certain jeu,

I m. 75. Total, o^aaS de plus que le mètre cube pour 5oo yol. Nous ne saurions trop iusister sur la transformation qu'un très petit perfectionnement apporte dansées questions. Rappebns que la bicyclette était depuis longtemps inventée quand elle le fut réellement, c'est-à-dire quand elle fut assez bien faite pour qu'on s'en servit. Faire tourner ou rouler des masses de livres semblera bizarre et d'une « dépense de force inutile d à la plupart des gens habitués à voir soulever lés bibliothèques par des déménageurs. Cependant cette bibliothèque, que deux hommes ne soulèveraient pas, — 24 rangs de livres — un enfant la ferait glisser d'une main pour prendre les livres placés derrière.

Il y a une objection matérielle. Sans empiéter sur ce que nous dirons des classements, et tout en préconisant non seulement pour les catalogues, mais même pour des volumes de même espèce, en place, la classification décimale, disons que les périodiques et séries doivent être mis à part, et les formats divisés. Le classement méthodique nous aidera même souvent. La caisse à jurisprudence n'est pas la même que la caisse à romans. Ces deux sections donneraient à la Nationale Tune 10.000 vol. tous in~8, l'autre 5o.ooo volumes, tousin-18. On peut, je pense, avec un minimum d'espace perdu, répartir en une dizaine de formats les 19 vingtièmes d'une bibliothèque. Le résidu composé surtout de géants est trop divers pour entrer en classement, et, en fait, on les met à part.

Je sais que des savants souriront de ces détails, mais si, comme la maison Mudie è Londres, ils avaient à expédier 3.000 paquets de livres par mois à leurs frais, ils trouveraient vite les formats de caisse les plus pratiques et les plus généraux, afin qu'on les puisse fabriquer en gros, au plus juste prix.

Ascenseurs, — Les architectes français qui construisent des bibliothèques ont-ils jusqu'ici ignoré l'usage de l'ascenseur ? J'en vois bien un à la bibliothèque des Arts décoratifs; il coûte a 10 francs par an, mais il ne sert pas aux livres, qui sont tous au même étage.

Il y en a à New- York, Washington, etc. Il y en a en Allemagne, à GOttingen, Stuttgart, Carlsruhe, Strasbourg. Un tscenseur à un bouton, qui coûterait six mille francs, desservirait une tour garnie de livres de 26 mètres de haut. Avec les tablettes métalliques en usage aujourd'hui, on est large en comptant 4 rayons au mètre. Une tour semblable peut présen-

ter plus de 5oo mètres de rayons, dans la cheminée où monte un ascenseur d'un mètre carré. Mais si les livres sont en casiers, le monsieur qui est dans Tascenseur, assis devant une table, fait glisser dessus aisément le casier devant lequel juste vient de s'arrêter l'ascenseur ; il y prend le livre demandé tandis que l'ascenseur descend. Il dessert aisément, dans cette combinair son modeste, avec des casiers d'un mètre de long, à double face, (3 casiers par mètre), six fois les 5oo mètres de rayons =3 kilomètres, ou l'équivalent d'une galerie de a m. 60 de haut, à

10 rayons, garnie à droite, à gauche, et longue de i5o mèlresl

11 ne bouge pas de sa chaise. S'il veut en bouger, à un éiàfi;t quelconque, il trouvera tout de suite des chambres garnies de livres. Mais rien que dans la tour où glisse son ascenseur, en une course maximum de 5o secondes, et sans la peine de s'orienter et chercher, l'arrôt étant automatique à la bonne place, il trouve le livre que l'employé actuel de bibliothèque doit aller chercher à i5o mètres, soit 3oo aller et retour, soit à raison de 5 kilomètres à l'heure (pas de régiment sans compter les repos), trois minutes. Le délai moyen est de s à Washington, mais que do personnel et quelle fatigue des livres! Ici un employé unique à l'ascenseur fait donc beaucoup plus que le service de 6 marcheurs agiles, qui ne s'arrêteraient jamais! Le marcheur agile ne se paye guère plus de 2.000 francs, n'importe! Tascenceur serait payé largementen deux ans. Mais le public gagnerait, lui, les deux tiers de son temps. Comment calculer ce bénéfice ?

Faut-il ajouter que l'intérêt pour le public de pouvoir parler à celui qui prend les volumes en place est immense?

Mais nous continuerons (c en rêve ».Nous parlons donc de bibliothèques en terrain cher, à New- York, par exemple. Dans Broadway, le pied carré de terrain va de 900 à i .4oo francs. La Manhattan j compagnie d'assurances, a payé g. 000 francs le mètre. Aussi vous avez vu, au moins par les photos, ces maisons « écorche-ciel » qui reconstituent aux modernes cités d'Amérique les silhouettes de nos villes à donjon du mojenâge. La maison de Park-Row a 27 étages, 3o en comptante sous-sols. i5 ascenseurs hydrauliques font le service. H y * des ascenseurs express qui font 3 mètres et demi à la seconde. Et l'on en construit une bien plus faramineuse, sorte de Tour Ëififel hantée.

L'on a dit que la Nationale avait une longueur de rajons de livres d'une cinquantaine de kilomètres, chi£Fre beaucoup

»p faible, d'ailleurs. En long*, c'est la route de Paris à Fon- Inebleau. Or en colonnes de 5o m. de haut, sous-sol comis, ce qui ne fait pas tant que la maison de Park-Row, soit I petits étapes, en comptant, ce qui est une moyenne entre les uns et les atlas y lo colonnes au mètre carré, on ferait tenir tout dans cent mètres carrés : une maison ayant façade de X mètres sur rue. Il est évident que si Ton song-e à faire une lie de livres de cette taille , c*est qu'il y a des moyens de rendre les volumes du dessous sans démolir la pile. Les loyens abondent. Mais si fantaisiste que soit ce calcul, il suft à prouver que tous les livres de la plus g-rande bibliothèue du monde — où^ dit-on, la place manque, — peuvent ïuîr sur le terrain d'un seul de ses bureaux, et que seule insuffisance de moyens mécaniques produit l'encombrement.

Pour résoudre le problème du minimum de place et de comlunications rapides, que peut-on imaginer?

Tous les livres — purg-és de périodiques et classés méthodîuement — enfermés dans des casiers identiques, montés sur 3ulements à billes glissant sur rails, et superposés sans autre space entre eux que celui nécessaire aux glissements, et ce •loc de casiers troué de distance en distance d'ascenseurs sur îsquels peut glisser un casier. Supposons carrée la plateorme de l'ascenseur. Elle pourrait d'ailleurs avoir plusieurs ôlés, ou être circulaire ; il suffirait que le diamètre du cercle oit égal à une longueur de casier. Mais nous simplifions tout. Jn carré, et chaque côté du carré égal à un casier, on pourait supposer les mesures suivantes :

Casicrà2 faces : épaisseur, o,5o; hauteurct largeur, i m.5o. Chaque casier contient sur chaque face sept rangs de livres, oit 5 d'environ o,ao de haut et 2 plus grands. En prenant une doyenne d'épaisseur de volumes de o,o3, nous aurions 700 vol. ar casier.

Un ascenseur à plate-forme carrée de i m. 5o de côté peut ODC desservir à chaque étage trois casiers sur chaque côté, •Ai douze casiers, excepté à l'étage d'arrivée où il faut unesore, mais où il peut encore à la rigueur utiliser 3 côtés. La surice totale de cinq carrés, dont 4 pour les casiers et i pour ascenseur, tous d'i m. 5ode côté, est de 11 m. 26, et chaque tage contient 8.4oo volumes.

Nous n'avons pas tenu compte des épaisseurs, ni de l'étage l'arrivée, ni de l'appareil môme de l'ascenceur.

Nous pouvons cependant arriver à cette constatation que dans

un espace très faible, 11 à la mètres carrés, avec une hauteur de maison de rapport : 20 mètres, on peut établir une biUiothèquo de cent mille volumes, offrant des communications presque instantanées et un moyen tout à fait pratique de réaliser V accès du public aux rayons.

Voici comment :

Tout d'abord les greniers et les caves, où atteint l'ascenseiir* sont disponibles pour tout ce qui ne rentre pas dans lescasios et nous sauvent d'objections trop faciles tirées des détails (formats bizarres, raretés, brochures, etc.).

Quant aux casiers mômes, il n'est nullement nécessaire que l'homme qui manœuvre Tascenseur prenne lui-même le volume demandé. 11 peut descendre tout le casier. 11 j sera même obligé pour les casiers du fond, à moins qu'il ne puisse les tourner sur Tascenscur même. On peut amener le casier... Acoustique ou Jeanne d'Arc — un casier: 700 volumes à choisir. . .

Mais est-il même si nécessaire qu'il j ait un homme dans l'appareil? Ces casiers sur rails peuvent aussi bien venir tout seuls (comme à Washington). Un bouton de commande peut, du bas, lorsque l'ascenseur est en face des casiers 3a i à 33o, détacher et laisser glisser sur l'ascenseur le Bai ou le 33o. Peut- être même la dépense sera bien moins grande, l'ascenseur n'ayant pas à transporter un homme, plus les casiers.

Or un ascenseur portant un homme et un casier de 700 volumes ne diilt're pas de ceux qu'on établit pour 7 ou 8.000 francs dans nombre (l'holeis particuliers, ascenceurs dits càan bouton », suspendus, électriques, et la dépense d'électricité étant fonction de la chari,re utile placée sur l'ascenseur ferait une base parfaite de perception de droits, si l'on voulait un jour faire payer au public la dépense qu'il occasionne !

Cette conception nous entraîne à imaginer la disposition future de salies de travail entourées d'ascenseurs semblables.

Réservant à des services spéciaux — mais d'un système analogue, avec poids et dimensions en rapportet force motrice plus économique — les livres lourds, albums, journaux, etc., on peut fort bien concevoir une salle de 5oo places entourée d'une diziiine d'ascenseurs semblables, avec tout un côté réservé pour les catalogues, les livres de référence, les casiers descendus et en attente, — l)ibliothèque d'un million de volumes, où chaque volume peut être apporté au lecteur, qui attend au pied de l'ascenseur, quelques secondes après la demande.

Il estivident — sans parler de la hauteur — que des galeries Bème étroites peuvent mener à un second rang* d'ascenseurs lisposant d'un second million de volumes, et utiliscmt les es- Nices laissés libres.

Nous voulons cependant parler d'une combinaison plus inrraisemblable, mais qui nous semble la suite directe des >ibliolhèques tournantes ordinaires, auxquelles nous appliqueions la force motrice.

Bibliothèque tournante à force motrice.

II n'y a qu'à visiter une coupole d'observatoire pour se rentre compte que, par flottement sur mercure, on peut déplacer ivec une force faible, — avec une manivelle à main, — une nasse dont le poids compte quelques milliers de kilogrammes.

Partant du même principe : faire venir les volumes, et ne >ouger, soi, que le moins possible, il devait nous sembler assez laturelde faire tourner des bibliothèques. Supposons une salle ronde, comme celle du British,et celte salie susceptible de tourler ni plus ni moins qu'une coupole d'observatoire, le bibliohécaire placé en un point du cercle, verra sans bouger venir ilui i35 mètres de livres. Si au lieu de faire tourner simplenent un ranipr de livres, nous faisons tourner des casiers dou- )les, comme ceux décrits plus haut, no présentant que leur paisseur deo,5o c, mais se tirant et amenant (en les suppoant de hauteur d'homme) un millier de volumes chacun, on leut, sur la circonférence d'une salle telle que le British,ameler 270 casiers soit 270.000 volumes, — et bien davantage si on met plus de la hauteur d'un homme, car on peut admetre qu'il ait un escabeau. Ce gigantesque casier circulaire et ournant serait évidemment placé derrière les casiers actuels ervant aux livres de référence. Il n'y aurait donc qu'aux espaes laissés libres pour le passage que le mouvement serait pparent. Ceci rassurera les plaisants: ils n'auront pas mal au xur. Le déclanchement des casiers pourrait être automaliue, et la rotation assez rapide. Rien là d'irréalisable; l'accès e la salle devrait être au-dessus ou au-dessous. On voit qu'un iul homme peut faire le service de 3oo.ooo volumes ce à la linute ».

Mais il y aurait mieux. C'est au-dessous de la salle de traliL et de même dimension qu'elle, que peut s'installer une ibliothèque tournante. Une roue pleine? Non, une série de

roues ou d'anneaux concentriques, indépendants les uns des autres, flottants ou montés sur roulements à billes et mus par une force motrice ; le même courant électrique continu alimenterait les ascenseurs et monte-charge.

Chacun de ces cercles tournants porte un nombre a; de casiers mobiles munis d anneaux où se passeront les crochets qui les enlèveront.

A l'étage supérieur, dans la salle de travail même, des ouvertures sont disposées dans le plancher. Ces ouvertures sont juste assez grandes pour laisser passer un casier et il y a autant d'ouvertures qu'il y a de cercles portant des casiers audessous. La salle étant circulaire, c'est un rayon du cercle qui est occupé par ces ouvertures destinées à l'apport des volumes. Au-dessus de chaque trou est disposé un simple tire-sac, ou palan électrique — une grue, si l'on veut, — qui enlève le casier de la roue du dessous, et l'amène à la salle de travail.

On voit que la manœuvre est des plus simples. Chaque casier a un n^ et un bouton correspondant. Il suffit de presser ce bouton, le cercle en dessous tourne, et le casier vient de lui-même se placer en regard de Touverture pratiquée dans le plancher. Le crochet du palan est mis en descente. Arrêt. Accrochage. On met en montée, et voici venir à vous, en une minute, non pas Tunique volume connu et spécifié par un bulletin longuement rédigé et visé, mais tout un casier plein de livres sur le même sujet.

11 va sans dire qu'une telle machinerie devrait être longuement étudiée et que cette étude pourrait en modifier complètement le système. Serait-il plus pratique, plus économique d'avoir de très petits casiers, légers et mobiles, et d'adopter des séries de roues superposées, chacune ayant quelques ouvertures pour laisser atteindre les casiers du dessous ? La roue i s arrêterait à son ouverture et la roue du dessous continuerait sa course jusqu'à l'arrivée du casier demandé ? Cette disposition est à signaler pour deux raisons. D'abord l'objection de force motrice. Il se peut que Ton n'en ait pas pour faire mouvoir toutes les roues ensemble, et la grande roue,]e cercle extérieur paraît d'un poids formidable à côté de la roue du centre. Mais celle du centre peut avoir non seulement des casiers plus hauts et plus lourds, mais plusieurs étages de roues indépendantes, celle du dessus se bloquant à sa case vide pour qu'on tire au travers le casier que présente la roue du dessous qui a continué à tourner en roue libre . On voit donc que les forces peu-

it être compensées, et chaque cercle contenir un nombre al de volumes, si Ton veut.

Enfin une marge d'augmentation très large peut être lais- I, et c*est une considération indispensable. La construction lit et doit prévoir la construction de roues nouvelles en desis. Et c'est un mode de bibliothèque aussi extensible que it autre, plus môme. Enfin, les livres étant tassés dans ce sjsne an maximum, ne laissant de jour entre eux que le glissent des casiers, on peut dire qu'il n'est pas possible d'être js avare de place. Les livres sont là dans un cylindre plein, si ces livres étaient de dimensions égales, ou réductibles à e moyenne, on n'aurait qu'à diviser le volume du cylindre r celui d'un livre pour avoir le nombre de livres de la ^liothèque.

Le British Muséum a une salle circulaire contenant 458 pla- >. Le nombre des volumes est d'un million et demi ou 2 liions; le Bsedeker donne la longueur de 64 kilomètres pour rayons sur lesquels ils sont placés. En prenant une hauteur )yenne de 0,26 pour ces volumes, nous pouvons évaluer avec fantaisie — à 2.400 mètres cubes la masse de ces pressions empilées. Le tout tiendrait parfaitement dans une le de la grandeur delà salle, ayant 43 mètres de diamètre, la hauteur que nous avons adoptée : deux mètres. Le calcul sse une marge de 4oo mètres cubes, ce qui n'est pas trop ur le jeu des casiers et des roues indépendantes, et l'accroisnent de quelques années . L'on peut refaire le calcul avec s mesures plus précises. Mais on trouvera toujours la monstration de ce principe : La place est une question de ichine et non pas de terrain.

L'on peut aussi concevoir des suites de bibliothèques tourntes, souterraines, plus petites, au lieu d'une seule série icen trique. On perdrait de la place, mais on gagnerait de force motrice, et l'on peut aller ainsi jusqu'à se contenter i bras, puisque nous sommes partis de la bibliothèque de reau, tournant à la main. La seule disposition nouvelle ait d*en hisser tel ou tel casier du dessous au niveau du sol. Un palan électrique capable d'amener des casiers de plus de > volumes ne coûterait pas plus de 3.5oo à 4*ooo francs. Aucune approximation sérieuse ne peut évidemment être Qoée pour les masses tournantes circulaires décrites ci-dessus, pendant — ce ne sont là que des chiffres d*inlervieWf mais

Il i3

d*iDteryiew confirmée par lettre et prise chez un de nos plat grands industriels^ « dans le cas d*un petit appareil (5. 600 kg^) le prix en serait d'à peu près (à beaucoup près peut être!) 20.000 fr. Dans le cas d*un très gros appareil (175.000 kgs) il faudrait compter deux ou trois cent mille francs. »

Ce ne sont pas là des chiffres décourageants devant les dépenses de catalogue et de hAtisse de nos bibliothèques. On pourrait installer au-dessous d'une salle de travail quatre ou cinq appareils moindres pour une centaine de mille francs. On aurait instantanémenl le service des 00.000 volumes les plus demandés. Je dis 5o.ooo, mais dans le cas de biblioth^ ques scientifiques, pour des collections considérables de bn^ chures classées décimalement, il suffirait d'un appareil de 25.000 francs, avec son palan, pour faire le ser\'ice déplus de cent mille pièces, qu'on amènerait par liasses, classées par sujet, à choisir. Il faut considértM' de tels appareils comme infiniment commodes pour des volumes petits et un peu uniformes. Il n'est pas question de mettre là des livres de musée! Quant à Vin-folio, qui proportionnellement devient rare, qu'on le mette en galerie à la disposition du public. Et les périodiques seront toujours sé[)arés.

Une sjmphonio de ces moyens, ascenseurs, bibliothèques tournantes au niveau de la .salle et au-dessous, doit donner les communications les plus rapides connues, et l'accès ou l'équivalent de l'accès aux rayons du public — accès obtenu par la libre disposition des gros volumes et la communication de.; casiers-séries, — le tout dans un minimum de place, et avec: un minimum de personnel.

Quant à la masse géante tournante, qui peut sembler unes fantaisie de roman, il résulte de l'examen auquel elle a ét^ soumise que si elle coûterait cher et peut-être inutilement chei* en force motrice, elle réaliserait au contraire une grande économie de construction sur des engins plus modestes. 11 nou» faut considérer que, pour faire tenir les aoo.ooo volumes que j'enfermedans un cylindre de deux mètres de haut, de moins do dix mètres de rayon, il faudrait des galeries et conatructions considérables, et un personnel chargé de s'y promener en longues recherches. Kt on suppose toujours que le temps du public ne compte pas I

11 compte cependant. Il compte si bien que l'on peut essayer de savoir jusqu'où il compte. Et la force électrique étant mesa* rable et ayant un équivalent d'argent, si vous offriez aux lec^

— igS —

tears de payer rëlectricité dépensée par l'appareil qui en quelques secondes lui amène le volume qu'il désire (et même un lot de volâmes sur le sujet), — ou d'attendre qu'un fonctionnaire, donlTeffort des jambes passe pour gratuit, aille le lui quérir là-bas, dans les ^leries de nos catacombes, — le public se réjouirait, ainsi qu'il fait toujours, d'un impôt immédiat dont il comprend le but. 11 paierait, pour ne pas attendre, comme il prend l'omnibus, pour ne pas marcher.

Tandis que je m'enquérais de la possibilité de construire ces engins, on m'a proposé d'autres systèmes.

Une simple chaîne mue par engrenage peut porter un grand nombre de casiers suspendus, — système des bateaux du nom de Marie qui draguent la vase des fleuves ou des ports. Cette chaîne circulaire passant au-dessus et au-dessous de la salle de travail amènerait à volonté, mécaniquement, des groupes de livres. Il en tiendrait beaucoup moins dans le même espace, le système serait moins prompt, moins sûr, mais plus léger, s'appliquant à des bibliothèques plus restreintes, et beaucoup moins cher. Il semble même qu'on pourrait faire de modestes essais.

Meubles.

Les chercheurs de meubles nouveaux devraient bien rééditer en modem-style le pupitre articulé qui provient d*un couvent de capucins, et qu*on peut voir à la Bibliothèque de l'Arsenal. C'est un tourniquet qui manœuvre quatre pupitres capables de porter des in-folio ouverts, et les amène à la hauteur habituelle d'un lutrin.

Il est en bois massif. Il pourrait être en métal, et léger.

Ayant toujours en vue la consultation libre des livres par le public, œ système serait parfait pour la consultation sur place, debout, de livres de références. On en vient parfois à enchaîner le Larousse pour que les lecteurs ne l'emportent pas t Dictionnaires, journaux, fixés sur les planchettes, mais tournant à l'appel d'un bouton. Nous avons si peu l'habitude de consulter les journaux, sinon ceux de l'Empire, dans les bibliothèques, que beaucoup s'étonneront de ce souci. Mais en Angleterre où les salles de journaux sont fréquentées par des milliers de lecteurs, qui, chaque jour, consultent debout les journaux fixés sur des pupitres à hauteur d'homme, et oA la moindre bourgade

met ainsi une quarantaine de journaux à la disposition du public, ce serait un bonheur qu'une invention pratique qui permettrait dans le môme espace, avec les mêmes pr^utions, — car des journaux en main sont déchirés ou perdus — de présenter un nombre indéfini de feuilles, depuis 4 avec le tourniquet de nos vieux prêtres, jusqu'à Tinfini avec des roues métalliques et des chaînes roulantes actionnées par des forces motrices.

Orgues à fiches.

Tous les systèmes énumérés ci-dessus s'appliqueraient aisément pour amener des bottes à fiches. Car s'il j a des difficultés à manœuvrer mécaniquement des volumes variables de format et de poids, sujets à tomber les uns sur les autres et à enrayer la machine, — difficultés [)arfaitement solubles d'ailleurs, — il n'y en a pas à manœuvrer des fiches, choses homog'ènes, de poids éçal.

Les lecteurs de la Nationale peuvent apercevoir derrière la grille le bureau dit des Recherches où des fonctionnaires, bons gymnastes, courent, fiévreux, d'un point à l'autre, se baissant, se relevant, tirant, remettant des bottes, les portant & bout de bras, cherchant où les remettre, parfois les laissant choir au grand détriment de l'ordre alphabétique. Des bibliothèques ont bien des cartes percées, maintenues par des tiges, mais cela allonge trop les intercalations. . .

Est-il nécessaire de démontrer qu'un fonctionnaire assis ferait la besogne de quatre debout si les cartes venaient à lui aulieuqu*il aille à elles! Ici pas de force motrice. Le bibliothécaire est au centre d'une table circulaire qu'il fait tourner d'un doigt ou en pressant une pédale. Sur cette table sont rangées les boîtes à fiches; on peut en mettre plusieurs étages. Eu les étageant comme les claviers d'un orgue, le chercheur voit tout de suite la lettre dont il s'agit. Il peut avoir 5 rangs de cases devant lui et la plus haute lui venant à hauteur du menton, il peut encore répondre par-dessus au public. 11 sait par cœur que la rangée 3 contient les lettres M à R, ou les livres de droit ou bien les périodiques, selon le mode déclassement. Uneseconde, un geste, lui amène sous la main le rang de cartes qu'il cherche, plus vite qu'on cherchant dans vl importe quel catal(h gue imprimé.

Nous verrons qu'un catalogue imprimé coûte parfois cher, et qu'on évalue — ■ pour n'effrayer personne — à un million

seulement le prix de la première des 3 parties du catalogue de la Nationale. Je ne sais pas, au prix où le gouvernement paje la menuiserie, à combien lui reviendraient ces boîtes à fiches tournantes. Très cher évidemment. Le bois administratif est coûteux, et le fonctionnaire à bas prix, même quand il fait de la gymnastique. Ici, cependant,jecrois que le bois reviendrait à moins.

Conclusions,

Nous n*avons pas voulu entreprendre davantage un traité de mécanique qu'un traité de bibliographie. Les suggestions que nous tentons ici et là n'ont d'autre but que de montrer à quel point toute idée d'absolu et de définitif est puérile. Nous voyons s'ériger en pierres définitives, des pierres comme on n'en remuait plus depuis les Romains, une bibliothèque qui sera, disait la Nature en 1879, au courant de tous les perfectionnements modernes I Sera-t-clle finie en 1916 7 Nous verrons s'ériger un catalogue plus vaste encore, plus définitif encore, qui, lui, ne sera pas fini en igSo.

Cependant la science des bibliothèques cherche, tâtonne. Son essorest récent. Le public sait à peine qu'il y a des bibliothèques, qu'il a droit d'y aller. Les bibliothécaires viennent seulement de comprendre qu'ils sont là pour donner des livres !

La « Bibliothèque » entre dans la vie courante des peuples ; elle devient un besoin social, une fonction. C'est un ôtre vivant, dont on ignore le destin. Longtemps emmaillottée, elle se lève et s'agite. On voudrait l'établir sans consulter ses goûts.

Il se peut qu'elle obéisse, qu'elle se confine dans 1 histoire, comme ont fait ses parents. Il se peut qu'elle se lance dans le commerce, les sciences, l'industrie, et qu'elle préfère les sports à la littérature. De toutes les façons, elle nous étonnera bien. Que de règles renversera la plus simple invention ! — et les institutions comme les gens ont un âge où pullulent les idées, les désirs, les trouvailles, l'âge d'expansion I — règles d'autant plus étroites et provisoires que leurs prétentions sont plus vastes et définitives.

Nous allons étudier, et très longuement, les systèmes de catalogue en usage, et les folies d'ingéniosité et d'argent qu'a suscitées l'espoir — autrement chimérique que des machines tournantes — d'ériger le Catalogue idéal, universel, le livre qui tiendrait lieu des livres, le livre où le public trouverait tout

ce qu'il cherche et où le bibliothécaire-archiviste inacrirait toat ce qui parait et paraîtra — mécaniquement.

Ce n'est point dans ces mécaniques-là que j'ai placé grand espoir, et il m'a semblé utile de présenter d'autres « anticipations ï). Il faut se résigner à ce que les bibliothèques soient faites pour le public plus que pour les bibliothécaires, et les livres faits pour ôtre lus, plus que pour être conservés.

Il j a un ennemi, un grand ennemi des bibliothèques, le plus dangereux après Tarchiviste : c'est Tarchitecte.

Nous avons de grands artistes. Ils bâtissent pour l'éternité.

Mais une bibliothèque n'est pas une œuvre d'art, c'est un outil. Ce n'est pas un monument commémoratif, mais utile; c'est forcément, ce doit être, il faut que ce soit provisoire.

Une bibliothèque n'est pas un palais, c*est une machine.

Elle doit servir elle doit s'user.

Puisse ce chapitre aider à répandre l'idée que l'ère des^ Palais-Musées est close, que le temps des catacombes es passé pour les bibliothèques, qu'il faut à ces « magasins d nouveautés » des maisons pratiques, bien au centre des villes , là où la place est très chère, et où on ne peut s'offrir des esca — liers d'honneur, façades, galeries et autres histoires à fairo perdre le temps aux gens.

La construction des bibliothèques n'est plus une question d'architecture, mais de machine. C'est affaire non d'architecte^ mais d'ingénieur.

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