DEUXIÈME GROUPE
Les Espèces de Livres.
En dehors de ces trois points de vue qui semblent aussi nécessaires que pour la définition des volumes en géométrie, la tiauteur, la largeur et la profondeur, verrons-nous une N* dimension ?
Nous voudrions attirer l'attention sur un groupe de classements qui ne s'appliquent pas à toutes les bibliothèques, mais [|ui seraient bien commodes dans beaucoup d'entre elles. Nous en voyons trois principaux, tous trois susceptibles d'une notation, chiffre ou lettre.
Ces 3 classements sont ceux :
A. Les langues dans lesquelles les livres sont écrits.
— aDO —
B. La commodité : casiers à la disposition de tous, magaàa, banlieues ou greniers, — doubles, prêt, résenre, etc...
C. Le caractère : degré scientifique des livres, valgariaatiat, ouvrages scolaires, fantaisies, travaux originaux, etc., constitution de fonds spéciaux pour la jeunesse, les ouvriers, etc., élément de classement qu'on a peu étudié et qui mérite de rétre.
A. Les langues, — Voilà qui semble bien discutable. CqMidant, pour les manuscrits, c'est la classification presque mÛTersellement adoptée : fonds grec, fonds latin, fonds hébreu, etc. C'est la classiHcation commerciale la plus commode. Les 85.ooo volumes étrangers de Mudie, le grand loueur de livres anglais, sont classés par langages, et les 7 millions qui restent par titres. Dans toute bibliothèque populaire cette division s'impose; rien ne rebute les gens comme des mots incompréhensibles, et sans entrer dans le détail des grosses difficultés : traduction8,livres en plusieurs langues, etc., — toutes solubles d'ailleurs, — on peut dire que bibliothèques et catalogues seraient rudement désencombrés par un classement selon la langue.
La Nationale sépare ses :« bulletins : étranger (35o pages par an), français (actuellement 700 pages). Ces chiffres, même en retranchant Suisse et Belgique, montrent qu'une division de langues désencombre d'un tiers une bibliothèque qui a un énorme dépôt léural et un faible budget d'achats. Les propo^ tiens sont renversées à Saint-Pétersbourg.
L'adoption d'un chiffre pour indiquer la langue serait facile puisque chaque grand pays a son numéro dans toute classification décimale. Mais si le texte est en plusieurs langues... Si l'une domine, on peut mettre l'autre en exposant : 2'. Dans le cas d'égalité (les dictionnaires) en fraction 2/3.
B. La Commodité, — C'est un classement assez pratiqué, mais qui n'est pas avoué .
Les bibliothèques les plus avares laissent aujourd'hui quelques livres, tout au moins leurs catalogues, à la libre disposition du public. Le public est loin encore d'y être habitué» il vole parfois, déchire souvent, et ne remet jamais en place, mais le service d'une grande bibliothèque serait impossible s'il fallait conmiuniquer un à un dictionnaires, catalogues, livres usuels, tables des revues, etc. Un lecteur sur cinq à la Nationale ne demande pas de livres et se contente de ceux de la Salle. Comme les petits livres utiles seraient volés (on s'est lassé de
îiikplftcer le Chassanp, si utile aux Chartisies) on n'a g'uère lissé que de gros livres et des collections massives qu'il faudrait apporter en tas à chaque instant. Tels qu'ils sont, le .000 Tolunies laissés dans la Salle à la Nationale, les ao.ooo ta British, déchargent de plus de moitié le service.
On ne peut songer qu*à étendre cette mesure en prenant des lesures protectrices non contre les lecteurs, mais pour eux, D les protégeant contre leur tentation de voler ou déplacer, * ce qui est un peu la même chose.
Nous avons déjà parlé des bibliothèques à accès libre aux ajons. La mesure la plus simple, la transition la plus aisée, jne nous voudrions voir appliquer partout, c'est la Salle de alalog^es (Munich, Marburg, Leipzig, etc.). Si Ton ne peut voir cette salle annexe, on peut diviser en deux la grande aile. Côté des lecteurs assis, côté des lecteurs debout. Côté des 'éférences, côté des lectures.
A l'inverse des livres abandonnés à tous, on constitue des \cserves. Là, les livres que leur rareté, leur fragilité, leur prix levé, leur polissonnerie, les secrets qu*ils contiennent, ou ['autres causes rendent tabou. Il les faut sauver des vers, de a lumière, du feu et du public. On peut subdiviser cette secion. Certains livres sont communiqués sous verre, les autres ur autorisation spéciale, etc.
Nous avons aussi le classement en étalage. On expose cerains livres. C'est malheureusement le seul mojen de faire ouir le public d'un objet qui n'est plus profuriété privée. Nous ivons parlé de ces expositions. Il j en a une que je n'ai guère u appliquée en France, c'est celle des nouveautés. En Angleeri'e on les affiche. Les exposer serait mieux, surtout pour les ivres d'art, sur lesquels il n'est point possible qu'un catalogue enseigne. Les bibliothèques, en province notamment, qui se plaignent de manquer de public n'ont qu'à laisser les livres nouveaux sur les tables, avec les périodiques récents. Au sucre, is mouches viendront. La bibliothèque sera fréquentée. Fréuentée, elle deviendra une nécessité dans la ville, et il faudra ue le Conseil municipal vote des crédits afin de protéger les roprictés municipales et d'établir une surveillance...
Entre ces étapes du classement de commodité (1 nouveautés,
références, 3 exposition, 4 réserve, 5 interdiction), se clasent en une ou plusieurs séries les livres qu'il faut demander >ar bulletin. La Nationale a en fait deux grandes séries qui orrespondent à ses deux salles : celle de lecture, celle de tra-
vail. Quand la nouvelle Salle de lecture sera terminée et aménagée, l'on doit espérer qu'elle fonctionnera de telle sorte que ce ne sera plus la division en lecteurs de i^^ et de 2* classe, mais bien en livres très demandés (6) et livres moins demandés (7). Cela revient au même, mais c'est plus conforme à nos institutions dites républicaines et cela économise quelques formalités.
Nous ajouterons à ces divisions de commodités la section des doubles (8) — réserve pour échange ou remplacement, — et celle du Prêt (9), qui existe souvent comme salle indépendante à l'étranger. On peut prêter à d'autres bibliothèques les livres d'autres séries, mais il existe une classe spéciale de livres de prêt, que l'on prête à domicile libéralement. Les livres de prêt, en Amérique et Angleterre, sont presque toujours spéciaux. Il existe encore une autre classe en Amérique, dite Travelling library : livres qui circulent à la campagne, livres qui vont en tournées par caisses d'une cinquantaine, s'établissant en camping^ pour trois mois ici, trois mois là.
Ces dix classes peuvent être établies dans différents bâtiments, mais elles doivent s'associer, car elles se complètent. Il y a tout intérêt à les centraliser, et il vaut mieux cette ceDtralisation-là que celle qui dirige toutes les populaires (livres de prêt), ou toutes les réserves d'un pays.
Il s'agit de 'fournir une ville des lectures nécessaires. Il faut tout cela : prêt, références, livres de luxe, lectures courantes, consultations rares, doubles d'échange, etc. Les livres doivent pouvoir passer d'un service à l'autre à certaines époques. Une ville — et c'est le cas de Paris — où l'un ou plusieurs de cesservices n'existent pas, où nul lien n'existe entre ces services, est fort mal desservie malgré une grande richesse délivres; tantôt le public envahit tout, comme à la Nationale, au détriment de l'enseignement supérieur, tantôt, comme en province, seuls quelques savants usent des bibliothèques, et le public les ignore.
Q.Le Caractère. — Kt surtout la Jeunesse. Un classement par âge, un rangement par taille non de volumes, mais de lecteurs...
La plupart des bibliothèques anglaises ont une salle spéciale: Juvénile room. Elle est dans la bibliothèque publique et non ailleurs, afin d'habituer les enfants à aller à la bibliothèque de la Ville. Ceci est tout différent de nos bibliothèques scolaires. C'est même le contraire, car nos bibliothèques scolaires ser^
lut aux grands dans les campagnes : les grands doivent aller Técole...
Ces dispositions ont pour but d*empècher les lectures de maudis romans. C'est là un avantage tout à fait accessoire à notre oint de vue, mais nous ne le méprisons pas : ce n'est pas un lince avantage pour Tavenîr des bibliothèques, que la tranuîUité des parents, qui peuvent laisser leurs enfants aller tant u^ils veulent à la Bibliothèque, certains que ce n'est pas pour trouver les ordures réservées aux grands.
Mais rintérét envisagé ici est de désencombrer des classiques les grandes bibliothèques et leurs catalogues. Il j a une iivision simple, évidente, dont il faut profiter. Les mots ZoO' offie et Paul Bert, Histoire de France et Duruy, se trouvent îdés des trois quarts aussi bien sur les rayons que dans un atalogue par une section de livres pour la jeunesse. Un peu )lus arbitraire pour les romans et les poètes, cette division, Lvec quelques mentions de renvois, nous déchargera des livres le prix, des Morceaux choisis.,. Que dire des grammaires, les histoires saintes...
Nos grandes bibliothèques sont fermées aux enfants. Elles entassent cependant des livres qui ne servent qu'à eux, et {uand on j veut chercher un livre, que ce soit Don Quichotte^ me histoire grecque ou une entomologie, il faut deviner au lom de réditeur s'il ne s'agit pas d'un livre pour petits garons. J'ai vu apporter à des membres de l'Institut, au bout l'une longue attente, des livres à gravures qui, vraiment, les rajeunissaient insolemment.
Un avantage de constituer des fonds spéciaux, c'est que le bibliothécaire s'en occupe. Il est possible de mettre dans une >alle destinée à la jeunesse une foule de tableaux instructifs, ît de laisser sur les tables d'excellents ouvrages, qui attirent 2t retiennent les curiosités.
Est-il besoin de dire que le classement des livres pour la jeunesse est un peu spécial. Par âge? Par programme et classes tout au moins. Le bibliothécaire doit seconder le professeur.
Les bibliothèques de collège et d'école ont le défaut de trop le seconder. L'enfant n'a aucun goût à y aller. Ce n'est pas la lecture libre.
A l'extrême, nous avons connu une bibliothèque de petits çarçons plutôt trop libre. Nous allions copier nos versions à l'Arsenal. M. de Bornier nous refusait ses concurrents les poè-
tet, mais non de truquer sur nos devoirs. Il ne connaissait que le Devoir, par un grand D.
Quelques bibliothèques américaines ont, en plus, nne salle d'étudiants. Il y a évidemment des déférés entre renseifoement supérieur et Técolier. Nos bibliothèques universitaiKs ont un rôle écolier qui leur nuit beaucoup. Certaines sont encombrées par des lecteurs de manuels et monentos, toujom les mêmes livres, qu'on s'arrache, et qu'il faudrait en grand nombre d'exemplaires. Cependant ceux qui font des recherches d*ordre vraiment scientifique ne trouvent plus de place ou perdent tout leur temps. Ceci montre que les Juvénile rooms seraient utiles même à un ftg-e assez avancé. La constitution de bibliothèques spéciales, d'ordre scientifique, où tons les étudiants seraient admis, mais où ils ne trouveraient pas les livres élémentaires et mémentos d examen, nécessite la création de salles spéciales où on les trouve, ces livres-là. C'est, une ibis de plus, le principe de commodité remplaçant les formalités administratives, le classement des objets r^nplaçant le classement des personnes.
Et maintenant cette section de Jeunesse n'est-elle qu'une subdivision du classement précédent — une salle spéciale, an numéro à prendre sur la division en réserve, prêt, doubles pour échang'es, livres à la disposition de tous, etc. — ou bien doiton nourrir l'espoir d'évaluer grosaement la valeur d'un livre, de le décréter scolaire, travail orig-inal, manuel pour spécialistes, pour amateurs, etc.? mettre un numéro de valeur à un volume peut faire sourire, mais une étude sérieuse amènerait bien la découverte d'un certain nombre de <c sig'nes extérieurs de la richesse » qui, sans compromettre la race timide des bibliothécaires, assurerait tout de même un édaircissemenl sur la teneur des livres. Les livres classiques, enfantins, ceux de préparation à un examen supérieur, les traités purement techniques, les livres populaires, les livres reli{^eux ou à tendance confessionnelle sont en fait des §^roupes très nets et cette répartition serait moins arbitraire que de savoir si certains livres sont du Droit ou de la Mécanique.
TROISIÈME GROUPB
Méthodes.
Nous nous trouvons actuellement en présence de bibliothèques déjà pas mal désencombrées.
Pargé de périodiques, de doubles, de rééditions, de lÎTres ssiqaes, le classement méthodique en place n'est plus une >pîe. Les intercalations seront modérées et peuvent être un Il prévues.
Nous pensons donc que, pour ce dont il nous reste à parler, classement de catalo^e peut être le même que celui en place,
nous n'avons qu'à choisir les différents modes de cataloles :
i« Catalogue méthodique ; ^^ Catalogue de sujets ; 3^^ Catalogue de titres et noms d'auteur ; 4^ Catalogues spéciaux ; Lequel choisir?
Nous pensons qu'il j a intérêt à se servir de ces quatre types Lxquels nous ramenons les systèmes en usage, et qu'aucun ne ms donne uh système universel, mais que, chacun s'appliquanl erveilleusement à une série de livres, ils nous donnent une Imirable classification universelle en quatre séries :
1^ Les livres qu'il faut classer systématiquement, et la clasfication décimale est ici indiquée. Ce groupe com|)rend à peu :ès toutes les sciences. C'est le catalogue-type de toute bibliolèque scientifique, et les autres n'en sont que les index.
20 Sujet ;les livres à classer au sujet, dans Tordre alphabéque. Ce sont exactement les monographies. Nous avons à istiogner cette classe de la précédente, ce qui peut présenter es difficultés, mais deux sections très importantes : biograhie et topographie, en un mot c les noms propres » ne lais- >nt aucun doute. Adoptées d^ailleurs dans la classification écimale, elles y forment tumeur par leur importance.
S** Noms (fauteur. Et comme tous les livres n'ont pas de om d'auteur, nous subdiviserons en : lo noms d auteurs ; • titres. C'est la division belles-lettrbs des anciens classelents.
4* Les collections diverses, brochures, paperasses pour Ksquelles les classements sont en nombre infini, dont nous itérons : i° ordre alphabétique quelconque, mais en série disiocte de celles mentionnées ci-dessus ; 2^ hiérarchique, c'est* nlire « autorité dont elles émanent » ; 3^ chronologique.
Nous allons examiner successivement ces 4 groupes, à la fois u>mme classement de livres en place et classement de notices sa catalogue .
Si Ton se rappelle que nous avons toujours en vue l'accès
libre du public aux rayons, ou Tapport de casiers pleins de livres au public, on comprendra que Tintérêt d'un groupement, même compliqué, de livres sur un sujet est pour nous capital. Quant aux catalogues, nous ne préjugeons pas de plusieun catalogues ou d'un seul dans lequel on peut fondre les classements différents. C'est là une question spéciale et locale. Mais pour établir ce catalogue composite, il a fallu quatre méthodes di£Férentes, et gardant ces divisions que nous n'inventons pas, que nous constatons, nous avons à montrer la nécessité d'employer ces méthodes, selon les cas, tour à tour.
1" Classification décimale.
Nous rappelons, en abrégeant, l'ensemble et quelques points spéciaux de la classification admise par l'Institut inte^ national :