‹ Bibliothèque, essai sur le développement des bibliothèques publiques et de la librairie dans lesChapitre 33 sur 118 · PAIT-ON UN GATALOGUB · texte numérisé non relu

PAIT-ON UN GATALOGUB

Devant le nombre toujours croissant des livres qui arrivent on se demande : où mettre cela, s*il faut conserver tout?

Ce problème est résolu pour un bon nombre d'années. On a construit, on peut encore construire. On peut entasser plus ; on peut entasser mieux.

Mais comment retrouver son monde dans cette foule ?

Ce second problème est résolu, chaque jour, à la Bibliothèque Nationale. On y trouve ce qu'il y a, disons-le nettement. Certaines séries offrent évidemment des difficultés; il faut de long'ues recherches pour mettre la main sur une affiche électorale, une circulaire commerciale, un horaire de tramways, un prospectus, tel bout de papier à titre vag'ue, qu'il serait fou même de classer à part. Mais on ne va que trop loin dans le respect dû aux bouts de papier. De tout ce qui offre un titre, on dresse, sur fiches, un inventaire qui est complet et toujours tenu à jour. On appelle cela un catalog^ue. . . Enfin cela existe ^ pour les bibliothécaires.

Mais pour le public ? Pour lui, le problème n'est pas d'avoir ce quUl veut, mais de le savoir! Ces fiches, auxquelles d'ailleurs U n'a pas accès, ne renseig^nenl que ceux qui savent les titres exacts. Alors ? le public se soucie fort peu d'un catalo^j^ue qui suppose que Ton connaît déjà ce que l'on cherche. Lui, cherche des livres sur un sujet. Les livres à lire sur... voilà ce qu'il entend, pas autre chose, quand il demande le catalogue. Quoi ! U n'y en a pas?

n y en a un, pas complet, il y a des livres de références, il y a ceci, surtout il y aura cela... Tout compte fait, il y a l'obli- |Mnce d'un bibliothécaire ou d'un voisin qui dit, de méaoire : Lisez donc cela.

Cependant tout le monde sait qu'il s'imprime à grands frais tm Catalogue général des Livres imprimés de la Biblio-

thèque Nationale. On peut voir au Budget que 100.000 francs sont alloués chaque année sous la rubrique « catalogue ». D n*absorbe pas ces cent mille-là lui seul, mais Téquivaleot et toute une part du personnel instruit.

Cependant, de Catalogue^ la Bibliothèque n'en a pas, il n'est pas question qu'elle en ait. On en a commencé un en iSSa, mais on Ta cessé en 1875, avec quelques palliatifs pour masquer l'abandon. Une grande œuvre, une nouvelle, est en train. On s'est trompé 3o ans. On recommence tout.

Mais avant toute critique, il faut tirer d'affaire de conscieDcieux artistes. Nous verrons quel art, quel souci de la beauté, de l'exactitude, d'un idéal enfin, ils appliquent à une œuvre qui n'est pas vaine pour les croyants. Nous n'y avons trouvé, en le maniant beaucoup, qu'un lapsus : un Bernier (Eugène] avant Bernier (Emile) ! Des jaloux qui passèrent un temps considérable à en chercher n'en ont pas trouvé 10 un peu authentiques sur 10.000 mentions.

Des commissions ont décidé. Les gens de ces commissions sont morts, ou à la retraite, ou s'en lavent les mains. L'aiguilleur lance un train sur la voie qu'il croit bonne, mais il ne monte pas dedans, n'est-ce pas? Et ce n'est ni à la commissioo, ni au ministre, ni aux auteurs, qu'on peut s'en prendre. A qui ? Peut-on savoir en administration...

Quelle est donc celte besogne étrange et colossale dans laquels les crédits, la science, toutes les forces vives d'une institution sont engagées, qui a justifié l'abandon du Catalogue vrai, commencé sous l'Empire, dont 2 parties (Histoire de France et Médecine) — soit au moins le tiers des collections d'alors, — avaient été terminées, publiées?

C'est un catalogue, non pas au sens où le public l'entend, mais conforme à une religion qui a ses rites, d'ailleurs aussi divers qu'il y a de bibliothèques. C*est le catalogue comme les bibliographes l'entendent. Le catalogue « scientifique ».

Mais en disant que ce catalogue est scientifique, on va croire qu'une telle œuvre est faite pour rendre service à d'autres sciences que la bibliographie elle-même. Il ne s'agit pas de cela. C'est une œuvre belle en soi, où la science — d'autres diraient le jeu — consista à décrire systématiquement chaque ouvrage, de telle façon qu'il ne puisse être confondu avec un autrCy n'y eût-il de ditférence que celle qui sépare l« 5* mille du 6« mille de tel roman, qui d'ailleurs ne fut tiré

|u'à 5oo exemplaires. C'est l'anthropométrie des volumes; les khes de M. Bertillon n'ont point plus de précision.

On peut douter qu'il soit utile de prendre contre des livres inoGTensifs les précautions que la police prend contre les g'ens suspects. Mais on sait le prix attaché par les amateurs à telle édition qui contient seule telle faute d'impression. Les livres anciens peuvent ôtre décrits avec minutie. Si ce n^est pas utile, au moins c'est limité : on n'en fait plus, n'est-ce pas?

Le goût des livres, et des vieux livres, est encore un des plus nobles sports de l'humanité ; c'est une sorte d'inversion, mais assez peu dangereuse, de la passion de la lecture.

Tout de même on étonnera beaucoup de gens en disant ce que coûte un monument si noble, car ce ne sont pas seulement les ouvrages de valeur qui y sont l'objet de coûteuses descriptions, ce sont des brochures, placards, paperasses et bilboquets, que l'on a faits rares en les sauvant du panier.

La loi, l'honneur professionnel interdisent au bibliothécaire de choisir. L'égalité n'est pas un mot dans la république des livres. Sans doute il y a des classes dans l'ordre matériel : il y a le rang de taille. Il y a une Réserve pour les délicats ou les précieux ; il y a môme un Enfer pour les polissons. Il y a un millier de recueils factices, des centaines de mille pièces qu'on entasse au hasard, — et que l'on ne catalogue pas. Mais le catalogue ne veut rien savoir. Le catalogue ne connaît que des numéros. C'est le régiment.

Il fait marcher de front une Encyclopédie avec son prospectus, en registre avec la môme majesté imperturbable un incunable, un recueil de lois et un vaudeville, et il met le tout ensemble. Il n'y a ni petits ni grands ; il y a le règlement. La préface le dit avec on ne peut plus de majesté :

Qui pourrait, dit-clip, prendre la responsabilité de condamner k Toubli nne Paonne quantité de productions du temps passé ou du temps présent ? Oii fixer la limite de ce qui doit être catalogué et de ce qui doit être omis ?

Qui va prendre cette responsabilité? — Vous-même! Vous seul avez osé choisir dans la foule innombrable des écrivains passés et présents...!

Vous avez appelé ceux dont le nom commence par A. Alors peut-être un jour appellerez-vous l'F, peut-être le G, peut-être. . . Mais le Z, hélas !

Or, il ne fut jamais question de <c condamner à l'oubli », qui que ce soit. Si, pour les chansons de Béranger, dont nous

citons plus loin rincroyabic notice, on avait ajouté aux recueils de chansons complètes a plus un lot de 53 chansons détachées », ces 53 chansons ne seraient nullement omises; chacnn serait libre dj fouiller. Mais 53 œuvres — d'autres I — seraient vraiment, et dès maintenant, tirées de l'oubli.

Nous ne faisons pas fi des brochures ; même, étant souvent inconnues, elles sont plus utiles à faire connaître que des volumes, décrits partout déjà, et le but d'un catalogue est de nous les révéler. Mais c'est au sujet qu'on les cherche ! Quel moyen de deviner le nom de leur auteur?

Curieux des éléphants, l'idée me viendra-i-elle de consulter les œuvres de M. Léopold Delisle? Quand l'idée m'en viendrait, il me faudrait lire plusieurs centaines de paieres de la bibliographie de ses œuvres, où une seule mention intéresse les pachydermes. En outre, avant d'aborder les détails et brochures, je parcourrai probablement quelques ouvrages généraux.

Il importe donc qu'un catalogue les distingue.

Une longue liste sans méthode n'est pas seulement oiseuse, elle est gênante. Elle ne perd pas seulement le temps des fonctionnaires et imprimeurs du gouvernement, mais celui du public qui s'embrouille dans ce fatras, dans ces pages et ces fàgts où rien ne distingue Timportant du détail.

Ici, un progrès. Depuis le tome V, les mentions donnent le nombre de pages de l'ouvrage. On court enfin moins le risque, voulant un livre sur la Grèce, de déranger quatre prospectus financiers et un monologue. Mais les manuels scolaires...!

Cette vaste affaire, qui n'a donc nullement le but de renseigner les gens sur les livres qu'on peut lire, nous ramène aux discussions précédentes — Catalogue de Matière ou Catalogue d'Auteurs — et c'en sera la plus belle illustration.

Les « auteurs » disent que quand leur catalogue est terminé, et imprimé, on peut faire sur fiches autant de catalogues méthodiques qu'on veut, et sur différents systèmes. Les paléographes n'y voient aucun inconvénient. Mais les savants qui guettent les tout derniers travaux de leur partie, trouvent quelque ironie à une promesse qui ne peut avoir d'effet qu'après notre mort h tous. On retournera d ailleurs aisément l'argument, car la table par auteurs d'un catalogue de matière est une œuvre peu coûteuse, rapide et facile ! On en a un exemple à la Nationale môme pour THistoire de France.

ivant d*aborder le joujou de la paléographie appliquée oncert, nous revenons à ces catalog'ucs déjà décrits, 1 faut bien qu'on sache que c'est une oeuvre utile et le qu'on a abandonnée pour ce sport sédentaire, iger de ces catalogues est qu'ils donnent au public d'avoir tout lu sur un sujet. M. Delisle, dans sa pré- 'Jaialogae général^ raille le lecteur qui, s*étant rechapitre de Saint-Louis, croit lire tout ce que possède thèque sur ce sujet : soit 200 ouvrages, dont igo ne en. El il n'aura pas vu « les Layettes du Trésor des les Otim du Parlement, la chronique de Mathieu de lie de Salimbene, les Fœdera de Rymer.., pas même paji^es in-folio consacrées k saint Louis dans le es Bollandistes...» — Soit, mais ce lecteurserait mille .IX renseigné, s'il avait pris bonnement le Larousse tit Duruy, pour quelques sous sur les quais, qui lui ^illé non pas 200 ouvrages médiocres, mais un bon 1 cteur-là, qu'offre donc l'autre catalogue ?

, rien du tout. Mais non un rienniu-toulqui dort et se bras. Un rien-du-tout énorme, d'un travail acharné, du-tout interminable, qui coûtera son million, me capable de lire 200 volumes sur ce sujet sera-t-il . pour se lancer dans un tel travail sans quelque on? Est-ce pour un ignorant total qu'on fait des catalo- |86 divisions? Non, mais il trouve utile de parcourir \ vies de saint Louis pour ne pas refaire ce qui a été p s'assurer qu'il n'a rien oublié, et ni les Layet" s Olim ne lui fourniront tels détails que d'autres \\x catalogue de l'Histoire de France révéleront sur le les noms, le cérémonial, les guerres, la marine, s, etc. Et si l'éminent paléographe avait pris son à une époque où l'imprimerie existait, il aurait on 200 mais 2.000 ou 200.000 ouvrages et docu- : temps, dont pas un seul ne peut être relevé sans un î méthodique, — à moins, comme je l'ai vu faire à eureux qui faisait à la Nationale une bibliographie demander un à un tous les ouvrages de la section où lale met la Russie... 11 y en avait 62.000.

quoi que vous fassiez, vous choisirez quand même, n, par paresse, vous vous jetterez dans des travaux ibles. En vain pour éviter une décision à prendre,

vous copierez, copierez éternellenient, tel Bouvard et tel Pécuchet, perdus à la recherche d*une science automatique, orgue de Barbarie que 1 on n*aurait qu'à tourner I II faut choisir et décider. Entre tant de découvertes, d'inventions, de systèmes, d'efforts^ vous avez choisi. Celui qui, embarrassé devant plusieurs routes, reste en place^ choisit tout de même. Celui qui dort à un cours, qui ne lit pas un livre, émet une opinion sur ce cours, sur ce livre. .. Et de môme celui qui copie des titres, des titres et des titres sans savoir où il va, sans savoir à quoi cela sert, ni quand il s'arrêtera, émet sur l'utilité des bibliothèques, des catalogues, et des crédits une opinion singulière, systématique, étroite, sectaire, absolue, — personnelle.

Toute Tœuvre des bibliographies scientifiques la réfute à présent.

Au temps où la Nationale commença ses catalogues, la bibliographie scientifique n'existait pas. La médecine notamment trouverait aujourd'hui le problème autrement débrouillé. Les sciences physiques, naturelles, qui restaient à traiter, ne se trouveraient plus aujourd'hui devant l'inconnu. Des méthodes existent ; les spécialistes s'en servent. Le catalogue méthodi* que embrasserait aujourd'hui les sciences et les beaux-arts, sections immenses où dorment des œuvres ignorées sur des sujets qu'on étudie chaque jour. Aurait-ce été plus long?

En 1867, Prosper Mérimée, qu'on cite, raillait les efforts faits pour obtenir un catalogue méthodique, s'impatientait de ne pas le voir aboutir. Et il était commencé depuis cinq ans. Le catalogue d'auteurs est commencé depuis trente, son impression depuis dix î Et nous avons les noms d'auteurs, de A à G.

Mais où trouver une commission capable de s'entendre sur la méthode idéale du rangement des livres?

Nulle part. Pendant que l'Académie, dit Spencer, faisait deux lettres de son dictionnaire, Littré eut le temps de faire à lui tout seul un dictionnaire complet, et qui contient beaucoup plus de choses que n'en met l'Académie dans le sien.

De méme,Brunet a mis à son Manuel du libraire une table excellente, et on pourrait soutenir que le catalogue méthodique des livres français n'est pas indispensable, puisque l'industrie privée se charge de le faire, et que le Lorenz, à la Bibliothèque, est plus utile que le catalogue officiel.

Un catalogue méthodique est arbitraire, c'est évident! mais cet arbitraire-là, c'est toute la question. Qu'il prt^le toujours à

la critique, et que la prudence conseille de ne pas en faire si Ton ne veut pas être critiqué, c*cst encore évident : un soldat est exposé à recevoir des coups, s*il commet l'imprudence d'aller eu guerre !

Mais les très émincnts érudits qui décidèrent de renoncer aux entreprises méthodiques crurent évidemment ag'ir avec prudence et borner leurs désirs pour être plus sûrs de les réaliser. Plus d'arbitraire, des choses nettes, précises, « scientifiques ». Ce fut le positivisme de l'école, le catalogue impassible, le renoncement aux sj«itèmes, l'entrée dans l'absolu.

Il n'y a rien d'absolu et la prudence est dangereuse. Autant que le catalogue à système, le catalogue sans système est une utopie. . .

Espérer décrire avec soin l'ensemble du dépôt laissé par les siècles passés, en y joignant non seulement tout ce qui parait chaque jour, mais tout ce qui paraîtra pendant tout l'avenir... Utopie, à laquelle, cependant, on croit encore et qu'un travail intense s'efiForce de réaliser.

Tout ce qui paraîtra...

Tout ? Oui, tout, puisque Ton ne peut choisir... Mais que signifie a tout », lorsqu'il faut })icn commencer par un bout, et qu'on ne nous dit pas quand on aura fini? « Tout » n'est ici qu'un idéal jamais atteint, a Tout » revient à dire que le choix d'un homme est hasardeux, que tout cela est un casse-téte, qu'on ne peut pas demander de telles responsabilités à un fonctionnaire. Qui donc sera responsable? L'alphabet, A. B. C.

Et toute cette querelle a matière et auteurs » se résume dans le « ce n'est pas moi » des fonctionnaires et des enfants.

Scientifique, ce catalogue? Il n'est qu'administratif.

Ce fut donc en 1875 qu'abandonnant l'œuvre d'un catalogue général on se mit à l'œuvre, utile, urgente d'une inventaire des livres non catalogués.

Cet inventaire a été terminé en moins de vingt ans.

a En tout temps, écrit M. Picot en 1898, et dans toutes les branches de l'activité humaine, il est rare de voir un projet accompli, mené jusqu'au terme par celui-là même qui l'a conçu. L'inventaire général est terminé! »

Il aurait suffi de 1 écrire en double, mécaniquement, pour mettre entre les mains du public, dès 1898, un instrument de

travail complet, de premier ordre I — On ne Ta pas fait, parce qu'on voulait un catalogue imprimé^ une chose parfaite, un honneur national.

S'il suffisait d'envoyer à l'imprimerie les fiches faites... Mais impression veut dire : révision soigneuse, recherches, identifications, une foule d'histoires dont l'impression n'ett qu'une partie.

Il y a donc deux parts dans l'œuvre entreprise en 1875 : une d'urgence, hâtive, mesurée aux besoins du public, aux crédits alloués, à la vie de ceux qui l'entreprirent, à la durée des systèmes qui régnaient alors... — Celle-là, on l'a menée à bonne fin.

Il y en a une autre, — une d'un nombre d'années qu'on ne peut calculer — une à prétentions définitives — ne se contentant pas de vouer tous les efforts d'un homme ou d'un groupe à une œuvre, mais disposant à l'avance des efforlsde générations qui auront d'autres idées, d'autres besoins...

Il n'est que trop commun, « dans toutes les branches de l'activité humaine », comme dit M. Picot, de voir des œuvres provisoires, faites d'urgence, par des jeunes, que l'on mène à bien, — et qui sont durables, — et des œuvres faites pour l'éternité, des histoires colossales, académiques, entreprises par des gens d'expérience... — et ce sont celles-ci qui passent, se démodent, souvent ne finissent pas I

Lq catalogue dont nous allons parler, qui en est au D au bout de onze ans, n'est donc pas le Catalogue général qu'on voit sur le titre. Il n'est que la i'* partie, la plus facile, la moins utile, non pas d'un catalogue, mais d'une liste des volumes que l'on a. C'est la Table, par noms d'auteurs, d'un Catalogue qui n'est pas fait, qu'il n'est pas question de faire, qui a été commencé, mais est abandonné depuis trente ans.

IL De rimpression, —Cette table, fallait-il l'imprimer?

Alcnçon,qui ne possède pas Balzac, imprime son catalogue...

Pour les livres nouveaux, le British Muséum, la Bodleîenne d'Oxford emploient un simple polygraphe qui donne /* et 5 copies nettes qu'on colle sur registre. Le British fait, depuis 1888, ses intercalations tous les quinzejours. On imprime beaucoup plus tard.

Le système de reliure mobile adopté à la Nationale pour le catalogue récent ofl'ert au public, — système imité notamment à Berne et Cassel — est beaucoup plus lent, exige un petit

travail de reliure ; le catalogue n'est au courant qu*À deux ans près. En outre tourner une à une chaque petite page mentionnant un seul volume est Lien plus lonjo^ qu'en parcourir une page pleine.

Aujourd'hui un certain nombre de bibliothèques ont une imprimerie spéciale, Boston en a une grande, les populaires de Berlin en ont de petites. La composition mécanique réserve évidemment l'avenir aux catalos^ues imprimés. Nous pensons que très prochainement les questions d'impression de catalogues, qui pèsent si lourdement sur les bibliothèques, ne se poseront plus. Le bibliothécaire achètera ses fiches toutes faites ou les imprimera lui-même. En attendant, il y a des machines à écrire, qui peuvent donner couramment lo exemplaires dont 5 au moins parfaits, et on obtient des reports à plus grand nombre.

Mais avec5 copies : deux au service, deux au public, et une de réserve, il y a de quoi se contenter. LeBrilish se contente de 4* La Nationale n'utilise pas plus d'une vingtaine d'exemplaires de son catalogue imprimé.

A la bibliothèque de TUniversité de Berlin, cent fiches de livres variés, rédigées avec tout le soin voulu, ont donné les temps suivants :

à la main : un ex. 7 heures 54. — 2 ex. : i4 h. 28.

à la machine : — 5 — 35 — 6 — 6.

M. Léopold Delisle a souvent défendu le thème de l'impression contre les rapporteurs du budget qui se demandaient {uel plaisir la Bibliothèque Nationale trouvait à réimprimer à grands frais le Journal de la librairie sous le nom de Bul^ ^eiin. Il a résumé dans la préface du Catalogue général les i arguments décisifs :

1* L'impression dispense de faire »\ la main les copies...

— Je crois bien que la Nationale est le dernier endroit de ' Univers où l'on montre dos copies à la main ;

a<*Elloévite les «minutieuses vérifications auxquelles chaque -opie devrait être soumise... » — Evidemment. ("est pour cela Jue dans le commerce on a des copies de lettres... ;

3"* C'est le plus sûr moyen d'assurer la fixité des cotes. Ah I -cci est important. Mais c'est bien le plus grave défaut de ^*impression. Quoi! rien de rien jamais ne pourra plus être wbangé? C'est la perpétuité des méthodes surannées qu'on assure là. Il s'agit d'empêcher tout remaniement futur, sur^

tout celui qui fut le premier acte de Tadministrateur de 1876 : chang'er les cotes. L'architecte bâtit de même en monotiûies égyptiens pour que cela dure. Jamais finie peut-être, inadaptable, inutile, mon œuvre durera. Ëchang'es, changements, reclassements, améliorations... Impossible ! On a publié les cotes des volumes ;

4** « Lecture très facile et dont la netteté abrège les recherches. » — Le catalogue actuel répond bien peu à ce but ;

50 L'impression fait connaître ce qu'on possède et ce qai manque.

On le sait bien, ce qui manque : les livres et revues de l'étranger... Cent mille francs pour montrer qu'on n'a pas de quoi les acheter !

Nous laisserons donc ces arguments de l'archéologie et demanderons : devait-on imprimer le Catalogue?

Nul ne conteste qu'un catalogue imprimé soit plus commode qu'un autre, mais y a-t-il proportion avec la dépense engagée? Celle grosse affaire n'a pu être « enlevée » que par des rai. sons sentimentales que l'on peut classer ainsi :

jo La Bibliothèque Nationale n'a pas de catalogue! Il lui en faut un ;

2° Elle contient « tout ce qui paratt »... C'est donc une bibliographie générale de la France que son catalogue. C'est une œuvre nationale!

3^^ Le British a imprimé le sien.

Reprenons : I. — La fable que la Bibliothèque n'a pas de catalogue est justifiée par l'embarras du public à « les trouver ».

J'en ai des cent et des mille, Scul'ment j*en trouv* pa' un d'bîpn.

J. Richepin, de V Académie française.

Le Rapport Picot, qui décida, en 1893, de l'impression, en énumère 12, et en fait un tableau pour récapituler.

Mais il ne lui vient pas à l'idée de les utiliser, ni même de faire l'addition, pour voir, des fiches qu'on aurait toutes prêtes, imprimées, bonnes à coller.

Essayons. M. Delisle, comptant en 1889 ce les articles ne rentrant pas les uns dans les autres », sur i. 48i.o3i au total évaluait à « un demi-million » — 390.600 anciennement et ii8.38o tout récemment — les articles ou ouvrages (ce qui fait bien un « million de volumes » ou le tiers de la Natio-

dont « le catalogue était à la disposition des lecteurs », est toujours, avec des additions, il n y a qu'à l'unifier [u'on s'en aperçoive.

1897, début de l'impression du cataloj^ue, le total des s — volumes ou séries — était de 2.048.893. Mais on k en déduire 60.000 factums, dont le catalogue est ter-

So.ooo thèses, 60.000 catalogues de ventes, un nombre ulable de journaux, revues, bréviaires, prospectus, Is divers qu'il n*est pas du tout question de faire figuns le catalogue actuel. Un million et demi de notices était raluation large du catalogue commencé des Auteurs.

l'on en avait à cette époque, imprimés suivant les , et en nombreux exemplaires :

doi^e d*Histoire de Fraoce. , 161 .763

— de la médecine 33. ou

etin français. 1883-1896 loS.ooo

— èlraufi^r. 1877-1896 90.000

ections spéciales (ÂDgrand, Schœlcher, elc.) 10.000

res anciens acquis réceoament 3 . 4oo

ses étrangères. i88a à 1896 3o.ooo

. chiffres sont ceux de la Préface de M. Delisle. Ce sont itices des (c articles principaux ». £t les 33. 01 1 de lamédepage 75) sont « 42.000 environ » (page 3i).

is en plus de cela il y avait des suppléments autogra-

: 2.696 pages d'Histoire de France, 681 de Grandegne, 609 et 122 d'Espagne et Portugal, 687 d'Asie, 3ia ique. On continue encore la France et l'Amérique. Il y aussi une histoire générale, une histoire d* Italie, dont

parle pas. En tout près de 100.000 volumes décrits, maintenant est-ce que le reste ne l'était pas ? Est-ce qu'il pas un certain Brunet, un certain Lorenz, un Quérard, )urnal de la librairie, et des étrangers tant qu'on veut, nt décrit fort convenablement les livres en question? On lit se procurer plusieurs exemplaires de ces ouvrages im- ^s, y ajouter les cotes. Mettons qu'on aurait eu à ajouter ïtit volume : ce qui n'est décrit nulle part! Opuscule intént, certes, qui eût couvert ses frais d'impression, ec 8 ou 10 exemplaires, Lyon et Marseille en auraient eu, être Londres et Berlin I L'achat d'une machine à écrire 'un reproducteur quelconque ne coûtait pas leprix du rap- Picot à imprimer.

Enfin le Gatalog^ue du Briiish Muséum, terminé aujou> d'hui, et fort commode, aurait pu fournir bien des notices...

Nos mentions du cataiog-ue général reviennent bien à a francs pièce. Celles du British, achetées toutes faites par les premiers souscripteurs, leur sont revenues à un sou — sou français : o.o5 — non la pièce... mais le cent! C'est le prix que la Nationale les aurait pavées, si elle s'en était servie.

On peut donc conclure que si la Bibliothèque n'a pas « un > catalogue pour le public, c'est qu'elle le veut bien, qu'il n'était même pas besoin de crédits spéciaux pour cela. Il aurait figuré au crédit... de reliure 1

£t depuis longtemps il serait prêt.

Il le sera quand on voudra.

II. — Passons au beau rêve d'une bibliographie générale de la France. Hélas ! ce n'est pas le cas...

10 La Bibliothèque Nationale ne possède pas tout;

2^ Le catalogue en cours ne contient pas tout ce qu'elle a.

Nous avons vu à propos du Dépôt légat que les imprimeurs déposent eu somme quand ils veulent bien. Les réclamations ne peuvent se faire qu'après prescription. Les tirages à part ne sont presque jamais déposés, et des volumes viennent sans gravures, sans couverture ni titre. Sous l'Empire toute la politique restait en route. La littérature républicaine de cette époque fait grand défaut, malgré le don Schœlcher. Manque aussi la litlératuro française imprimée en Suisse, en Belgique, au Canada...

Malgré quelque opposition, des rédacteurs du catalogue général ont pris l'initiative d'envoyer des épreuves de leurs notices aux auteurs — quand ils étaient vivants, ce qui est assez rare. Plusieurs centaines d'ouvrages souvent intéressants rentrent ainsi chaque année — presque 5 o/o du fonds général! — 3.8oo ouvrages depuis qu'on a commencé, c'est-à-dire pour les noms qui vont do BO à CO : il suffisait donc de demander 1

Nous insistons sur cette utilité du catalogue général. Imprévue, mais immense. Pourquoi lavoir attendu? Comptez ce qui rentrerait si l'on avait un Catalogue complet à ofi'rir au public 1 Us sont très rares ceux qui, possédant un ouvrage que la Nationale n a pas, — mémo s'il n'est pas d'eux — ne sont pas heureux de i'oilrirl

— aB7 —

Le catalogue ne contiendra pas tout.

C'est-à-dire qu après les auteurs on fera les anonymes, et après les anonymes les séries spéciales, et alors on aura tout, mais il faudra recommencer. Ou a pourtant déjà commencé à publier des séries spéciales, celles qui intéressent les historiens, évidemment.

Espérons les autres.

On s*élonnera de ne pas trouver de plaidoyers au nom de M* Léon Cléry. C'est parce qu*il y a une section spéciale pour les plaidoyers. Mais alors on s'étonnera d'en trouver au nom de Berryer. C'est parce qu'il n'y avait pas de section spéciale à ce moment-là.

La thèse de médecine de G. Clemenceau, celle de droit d'Emile Augier n'y Kgurent pas. Sections spéciales. Ily aura de même les actes royaux^ les «publications économiques, industrielles et commerciales », les documents parlementaires et administratifs, les morceaux de musique, etc. Quelle science, quelle exactitude pour décrire la chanson de Déranger intitulée le Lavement! C'est parce qu'elle est sans musique. Le Lavement avec la musique n*est plus de Déranger.

Nous n'entrerons pas dans les raisons qui font que des paperasses insignifiantes sont a de quelqu'un » alors que déplus importantes ne sont <c de personne ».

Sans doute il eût été bien long de faire des renvois d'auteurs à ceux qui écrivirent tel chapitre, qui vaut bien un volume, de l'Histoire de France publiée par Lavisse et Rambaud. Il faut une règle, n'est-ce pas? La règle c'est : pas plus do cinq. VIM. Dieu-La-Foy^ Francis, Désaugierset Dupaly n'étant que juatre pour écrire Une Matinée da Pont-Neuf^ diverlissenenl parade ou en acte, sont des auteurs, et toi, Francis, je lé voilerai ton p.seudonyme, qui peut être Cornu et peut être r Allante (Marie-François-Denis-Thérésa Le Roi, baron d'Aïarde; go vaudevilles en i acte» ayant mobilisé i4 colonnes de catalogue et 190 collaborateurs, — dont le tour viendra).

III. — Venons donc à l'argument sérieux pour l'impression lu catalogue : le Dritish Muséum imprimait le sien. Le ûen pouvait en partie nous dispenser du nôtre — on y a *ecours encoi^e, parfois, malgré le nôtre, pour les livres étran- ^rs et la biographie. VA le Dritish ayant moins à faille, ayant filus d'argent et plus d'employés, ce qui est pour lui du luxe tat de la folie pour nous. Oui, le Dritish a imprimé son cataiofue. Mais le public a eu toujours, n'a pas un instant cessé

d*avoir un catalogue complet, à jour. Le conservateur Cramett avouait lui-même en 1879 (Garnett Séries, I) que, si Ton imprimait, ce n'était pas pour le public, mais pour les bibliothécaires. La seule raison publique était que les gros volumes de Tancien catalogue, que nous avons maniés, où on collait, au fur et à mesure, les titres, faisant deux anneaux énormes, qui, grandissant sans cesse au centre de la Salle, menaçaient un jour de chasser le public! Il y avait i5o volumes en i85o, et i5 fois ce chiffre en 1875; 70 volumes manuscrits en ont fait 82 imprimés, et le British a place pour plus d'un siècle de cata« logue, sinon de livres.

Les prix d'impression (iio £ par volume) sont sensiblement inférieurs à ceux dont nous honore l'Imprimerie Nationale; le format est autrement commode, le texte plus lisible. Les noms tirent l'œil. On n'a pas ce bel aspect typographique où rien ne se distingue, et qui fait l'orgueil des gens du métier.

Ah ! si Ton avait su que l'Imprimerie Nationale serait obligatoirement chargée de fournir la grande œuvre au double du prix auquel l'industrie privée la fournirait, — et que les crédits ne permettraient pas de donner plus de 16.000 francs d'impression, soit 4 volumes imprimés nalionalement... — Mais le British, ayant un bon tiers de volumes de moins que nous, avait quadruple crédit pour en faire le catalogue (3. 000 livres pour impressions) et put diminuer d'un sixième en cours de route, grâce à la libre concurrence, le tarif d'impression.

Dans ces conditions, la grosse erreur d'un catalogue sans date ferme, qui, dit Garnett, fait que si Browning aidé de Tennyson traduisirent Homère quand paraissait le catalogue des œuvres de Jones, on trouve à Tennyson un renvoi à deux noms où l'on ne trouve rien du tout — cette absurdité, commune aux deux catalogues, est moins grave dans celui du British, qui a été vite fini.

J'ajoute que le succès de ce catalogue fut grand. Il vaut très cher et on est resté à court d'exemplaires. Mais les premiers souscripteurs, à 5 livres par an, n'ont payé que a shillings par 5ooo titres de volumes.

Le plaisir d'imprimer, de vouer les autres à un travail qui vous a plu, de décider du sort des choses in œternum, et d'être aussi savants que le British ne suffit pas à justifier le grand échafaudage qui peut encombrer, le siècle durant, notre

établissementnatioDal, etdécourag'er budgets et bibliothécaires.

Il ne justifie pas TabafidoQ d'une œuvre commencée par nos prédécesseurs, œuvre plus utile et moins longue.

Il ne justifie pas l'abandon de toute méthode utile aux sciences, — aux sciences dont c'était le tour d'élre classées et cataloguées.

Et quelque commodité apparente qu'ait l'impression, le prix qu'elle coûte est hors de proportion avec son utilité.

Elle voue des générations au système discutable qu'un spécialiste approuva. L'impression, c'est la restauration en matière d'art. Elle oblige l'avenir à lopinion d'un architecte.

Cela ne veut pas dire que, pour une bibliothèque qui a beaucoup d'argent et où tout est classé, l'impression ne soit à conseiller : Si la Bibliothèque Nationale avait classé ses fonds spéciaux, sa musique, ses recueils factices, si elle avait de quoi relier le principal et de quoi acheter la littérature étrangère, si enfin il y avait, pour le public, de bons catalogues à jour, auteurs, sujets, de l'ancien et du nouveau, la question de l'impression ne serait pas discutée.

Discutée... mais elle ne se poserait pas I Elle serait une bonne affaire, qui trouverait des éditeurs. En texte lisible, en volumes maniables, ça se vendrait.

Ces arguments divers envisagés, l'on sera mieux à même de répondre à la question : fallait-il imprimer le catalogue ?

Ehl bien, oui, cent fois, le catalogue de la France était à imprimer. C'était Vœuvre à accomplir.

Mais avant d'imprimer un livre, il faut l'écrire.

Il j a des romans-feuilletons qui s'affichent sur les murs avant qu'une ligne en soit écrite. Au fur et à mesure du succès, on les rédige. Parfois, l'auteur s'embrouille, le public aussi. . . Eq voilà assez, dit le directeur. Tuez-les tous, ou mariez-les : faitei une fin !

On avait tous les éléments. Il y avait à les fondre, et même en réservant pour l'impression quelques vérifications dernières, fixer, arrêter la masse à décrire . Le catalogue rédigé, copié en plusieurs exemplaires, dont un au moins à la portée du public, eût permis d'étudier et réparer les lacunes avant de leur donner cette « fixité » que doit donner l'imprimé I On aurait eu une vision plus nette des méthodes à employer, des impossibilités, — et des éliminations à faire.

Le rapport est de 1896. Le catalogue aurait pu s'arrêter à

ki-^.r

igoo, date commode; il serait en mains depuis longtemps aujourd'hui, on pourrait dire exactement le nombre de pages et le prix de Timpression, qui aurait pu ne commencer qu'afRès avoir simplifié, édairci et passé quelques années à la chasse aux manquants, pour qu'il représente la France.

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