CE A QUOI ON TRATAILLK
Format. — Le format d'un catalogue de Bibliothèque n'eit plus très discutable. Comme il doit servir à des répertoires sur fiches, c'est la larg^eur des fiches, ou le double, à deux cokniMi.
L'Institut bibliog^raphique a adopté is centimètres et deai. Cette largeur tend à s'uniformiser. Presque toutes les grandes bibliothèques l'ont adoptée. Ses avantages?
lO Grande économie. C'est la dimension où le plus de titres, imprimés en 9, tiennent en une ligne ;
20 Facile à manier, et à lire pour les vues moyennes;
3^ Permet des additions Usibles k la main, mais surtout permet l'emploi de machines à écrire ordinaires ;
4° Le British, Oxford, la Belgique, presque toute l'Àlle' magne et les Etats-Unis, une partie môme des bibliothèques de Paris ont des formats très approchants. C'est Véchange dt^ fiches rendu possible I On peut acheter des fiches tont^ faites et les incorporer dans les casiers.
Tous ces arguments ne sont pas suffisants. Il 7 en a un sp^ cial à la Nationale. C'est que les Catalogues de celles-ci, Hi^ toire de France, Médecine, avaient aussi prévu, adopté ce fo^ mat ! Le rapport Picot l'indiquait : in-4*^ à a colonnes.
On peut cependant préférer un texte très fin, type commode maniable, adopté pour les catalogues d'usage quotidien,qu ^ fait tenir en quelques volumes. Là, le but est d'avoir son mi^ nuel sur la table, et chaque page doit tenir le plus possible C'est le type de l'index de Fortescue: 3 volumes, et, chez nou^ du Brunet, du Lorenz, du Quérard.
Avec ceux-ci déjà, on pouvait se rendre compte qu'au-de0 de vingt volumes on s'embrouille dans les tomes, qui se dtf classent d'autant plus qu'ils sont plus petits. Que sera une sér^ déplus de cent volumes...
A la bibliothèque, on se sert de fiches microscopiques, toot-^ fait commodes par le peu de place qu'elles tieanenty mais tr*^
iller sur du fin est bien plus long^, imprimer en petits ractères plus cher. Il n*a pas été question d'ofFrir ces iniaturesau public et pour lui on les colle sur des fiches plus 'andes.
Une commission discuta ces détails du catalogue. Les uns iraient voulu qu*il tînt dans une armoire; ils espéraient mvoir en garder un chez eux, et certes on en aurait vendu, un petit catalogue. Mais les autres en tenaient pour le boQ -i^o^ où l'on voit clair, qui ne tient pas trop de place, car il ut moins de volumes, et ces gros volumes on voit tout de lîte leur titre au dos.
L'in-8®, petit volume et gros caractère, n'ayant aucun de ces rantages, rallia tous les suffrages ; mauvais yeux et bons îux : le format de Tennuyeux, — moyenne de gêne pour tous. G*est bien dommage et ce n'est guère réparable. On contije comme on a commencé. 2 1 volumes pour A et B ! Epeler chaque tome, Bouci ne dépassant pas Dournu...
Caractères. — Nous pourrions prendre pour type minas*
lie — cependant fort clair — l'index Fortescue ou le Cata-
gue de la London Library^ qui a fait tenir aao.ooo titres
ms un seul tome de format in-4''* Restons en France.
Le Lorenz a des lignes de 4^ lettres, deux colonnes de
» lignes donnant en moyenne 5o titres à la page, et, dans les
^pouillements, arrive à 60 ouvrages dans une colonne.
Le Catalogue général, avec 54 lignes de 35 lettres à la colonne,
arrive pas à plus de i5 à 20 titres par page. Et cela est si
;u distinct, si gris à lire, que, par commodité, c*est le Lorenz
L*on prend.
Il y a pourtant plus fin^ et la table du Lorenz à trois colon-
Sy et le journal de la librairie avec 84 lignes de 45 lettres, et
s offres et échanges donnent i5o titres par page. Et le
>renz ayant deux fois plus de pages, cinq ou six volumes
1 Lorenz auraient tenu les 3o du catalogue.
Doubler l'épaisseur des volumes abrégerait aussi beaucoup
s recherches. 600 pages, c'est peu pour un dictionnaire. Le
lit Larousse que j'ai sur ma table a i .664 pag^Sf c^* de 6 cen-
nètres moins haut, contient la matière de sept ou huit volu-
es du catalogue.
Tout semble bon pour allonger. Que de blancs! Que de
ancs i Et la manie de répéter le nom d'auteur à chaque ou-
•age.
CHARPENTIER (Armand) . — Ar- {Une ligné).
mand Charpentier. L'Amoareuse Ré (une ligne).
demption. . .
^ Armand Charpentier. Le Bonheur (ane ligne).
k trois . . .
— Armand Charpentier. L'Enfance (one ligne).
d'an homme. . .
Quelque sympathie qu'on ait pour M. Armand Charpentier, ces litanies exagèrent.
Quant à l*idée qu'on aurait pu employer des caractères plus fins pour les réimpressions, tirages à part, pièces de moins de 48 pages, etc., je sais qu'elle a fait beaucoup rire. Mais il y a bien plus drôle, comme nous allons le voir.
Un bel esprit de province, ayant traduit dans le patois de son pays une petite pièce de vers de M. Déroulède, eut Thonneur d'être imprimé dans un journal et d'envoyer la découpure « comme don p à la Bibliothèque Nationale.
Cet électeur susceptible exigea une lettre de remerciements (coût o fr. 10) et s'informa maintes fois du sort de son opuscule. Ah I lenteur administrative I Mourrait-il avant de voir son nom au catalogue? Il s'impatienta, s'aigrit. On lui faisait observer qu'il fallait faire relier cette œuvre qui, posée sans cartonnage sur les rayons, aurait été vouée à une destructioD certaine. Il conmiençait à accuser le gouvernement qui avait son dessein en écartant du public cette œuvre décentralisatrice et patriotique. Un jour on put, pour le calmer, lui montrer ses vers cartonnés simplement, économiquement (coût : o fr. 45).
Ce n'était pas encore Thonneur du Catalogue. Un bibliothécaire rédigea une fiche (coût: o fr. i5). Un autre la revit, l'envoya à l'impression, et au bout d'un an environ l'auteur vit son nom imprimé dans le bulletin périodique que publie la Bibliothèque, et dont le prix revient à au moins o fr. t\o centimes par mention. Il fallut encore étiqueter la brochure (coût: o fr. o5), découper la mention du bulletin et la coller sur des cartes portées au nom de Déroulède (coût: o fr. o5), de l'auteur (coût : o fr. o5), et des di£Férents sujets (Patrie, armée... etc., o fr. o5 chaque) énumérés dans le titre.
Ce n'est point tout. Un jour viendra où, franchissant la lettre C, le catalogue général en viendra au nom du poète. Ce jour-là, l'on reverra les fiches soigneusement. Imprimé à nou-
veau, cet ouvragée important coûtera encore o fr. 4o centimes.
Ce n'est pas tout. Franchissant la lettre D, le catalogue en viendra au nom du traducteur... Heureux encore qu'il n'y ait pas plusieurs auteurs, comme dans les chansons...
Ce serait autant de fois o fr. 4o centimes.
Nous n'en sommes qu'à i fr. 76...
Ce n'est rien. Je dis que cette saleté coûte 3 francs à l'Etat.
Je n'exagère pas. Le temps des fonctionnaires n'est pas compté, de ceux qui ont écrit, répondu, inscrit. Si peu qu'ils soient payés, cela revient toujours cher. Et il y en a. Je n^ai pas dit l'inscription sur les registres, fiches d*envoi, transmissions de bureau à bureau, prise en charge, retraduction du patois en français, et toute la papeterie, fiches, plume, encre, registres, et chauffage, — tout cela bien plus cher quand c'est l'encre et le charbon que le gouvernement paye — et toute cette besogne ne peut aller toute seule, ne la faut-il pas contrôlée, surveillée, conservée, dirigée? Il faut qu'un ministère... — Deuxl Les Finances, sont-elles là pour simplifier?
Trois francs! n'est-ce que 3 francs?
Souvenons-nous de la caserne! L'adjudant a hélé le clairon, ce clairon a rappelé au sergent de semaine. On signale une crotte au milieu de la cour... Le caporal est mandé. Deux hommes sont commandés. L'un pour la pelle, l'autre pour le balai. Deux hommes... Mais la brouette, qui donc la roulera ? Allez chercher trois hommes, rappelez de nouveau au sergent de semaine...
Trois francs, je vous dis, la crotte, le prix d'un bon volume, d'un bon volume courant — un de ceux qui manquent à la Nationale, par exemple...
Et maintenant il faut dire le plus pénible : c'est que le nombre d ouvrages de cette valeur dépasse de beaucoup les autres. Ce n'est pas une anecdote qu'on vient do lire, c'est la normale, c'est l'ordinaire, c'est l'énorme majorité...
Jugez-en :
Au hasard, le tome 7 : [BAND-BAROZ].
BARANTE.Neuf pages de catalogue: dix-huit colonnes, sur lesquelles les volumes de plus de cent pages tiennent trois colonnes, en y comprenant toutes les rééditions de V Histoire des ducs de Bourgogne^ de Jeanne d*Arc, etc.
Donc trois colonnes ont suffi aux <c œuvres » de cet auteur. Et maintenant on peut calculer qu'il a été dépensé plus d'une
centaine de francs non pour classer, ni pour cataiogi^r, mai« pour imprimer avec luxe, exactitude, pour embrouiller la notice relative à Tauteur des ouvrages suivants : i3 discours académiques» 6 lettres, rapports ou comptes administratifs, 3 extraits de revue, quelques traductions et préfaces, a notices diverses — toutes choses republiées ailleurs et n'ayant souvent que quelques pages, — enfin lo colonnes entières de discours à la Chambre des pairs, discours qui tous se retrouvent aux Impressions de ladite Chambre, et ne doivent Thonneur d*ètre traités à part qu'au hasard qui les fit parvenir isolés, mais qui, isolés, ont tous déjà une fois vu leur titre imprimé tout au long dans le catalogue de l'histoire de France I
De tout cela vingt lignes de renvois n'auraient rien laissé perdre.
Mais... Barante! Dans une série si vaste, le nom de Barante émarge comme une gloire! Sa bibliographie pouvait tenir en 3 colonnes; elle en contient i8. Ils attendent, ceux dont le nom ne commence point par B!
Or, en lisant i8 colonnes de texte uniforme, peut-être avez- Tous passé le plus intéressant, peut-être avez-vous/>erc/a Touvrage capital que rien ne distinguait d*un prospectus ou d'un placard !
£t qui donc empêchait, le catalogue fini, de repêcher ou glaner. . .
La récolte peut pourrir, on ne glanera pas!
Môme volume, au hasard. Monseigneur Xavier Barbier de Montault occupe 1 8 pages, 35 colonnes.
11 y a d'abord une colonne qui détaille ses œuvres complètes en i4 volumes.
Œuvres complètes ^ oui. — Après cela nous commençons :
Volumes de plus de 5o pages: 2 années liturgiques, 5 ouvrar ges divers et 2 colonnes de traductions,entout 4 ou 5 colonnes. Restent 3o colonnes.
On y trouvera un cent de brochures de trois à 16 pages, qui étudient le costume du pape, un carrelage, une plaque de cheminée, les colifichets des Visitandines, des fers à hosties, la loi des chapeaux héraldiques, une lettre de condamné à mort... Quatre étudient des gaufriers.
Ce sont des extraits de revue. Ils doivent cette place d'honncur,sans doute, k ce que les revues qui ne payent point foot cadeau d'un tirage à part; les articles payés sont c condamnés à l'oubli ». Nul n'en fera le dépouillement.
Mais, 6 consolation I Détachés en tirage À pari, les non pajés se payent dix Francs la pai^e à la Nationale !
Seulement, outre le prix, cela complique bien fort la lecture d'un catalogue, même de celui des œuyres de M^ Barbier de Montault ! Si encore ces bibelots étaient en petit texte f mais, aussi gros que des œuvres complètes, on ne nous fait grâce ni de la justification de lattribution d auteur, ni du nom d'imprimeur^ni de quoi c'est extrait, etc. Et c'est encore une grande hardiesse, presque une révolution, que d'avoir retranché la première ligne du titre : Un point curieux de Vhittoire du XV/I^ siècle. Une plaque de cheminée du château de,..^ titre qui jadis fit faire un renvoi à <c xvii* siècle », pour cette brochure qui discute si la plaque représente Henri IV ou la Sainte Vierge...
Est-ce la peur de terminer qui aligna ces litanies, et répéta cent fois ce qu'il suffit de dire une? Non. Il j a du catalogue pour cinquante ans. Il y en aura pour nos enfants.
Non. Rien que l'Idéal, le même sens d'une Beauté de métier qui fait que l'Imprimerie Nationale prend deux lignes pour mettre une date et un format. Je crois qu'elle a fait fabriquer des tirets plus longs, des blancs plus larges, spécialement. Quand elle a imprimé « 1829, Paris, D, Belin d, la ligne est pleine.Ilen faut une autre pour mettre iiin'32 ». — Cependant il y a des traîtres. Je dénonce le prote national qui (tome II, 6a3) fit tenir : a 1826. Lille, L. Lefort, in-3a i> en une ligne I
Tout de même pour arriver à faire 17 colonnes avec les œuvres de Chazet (René-André-Polydore-Alidan de), il a fallu de la bonne volonté.
On pourra lire encore six pages sur André Chénier. C'est très confus, mais il n'y eu a que six pages. Seulement vient l'autre Chénier (iNIarie-Joscph-Blaise). 27 pages. Il faut tout lire? — Attentivement.
Ainsi : « floréal an III » en vedette. Qu'est-ce que cela? Un titre? Non, la date d'une édition.
Répobfiqiie française. Rapport fait i la Convention nationale an nom 4m ooniiUs d*iiiatr action pnblique cidcfinancea, par Marie-Joseph Gbénier, daoa la aéaoce...
Ce n'est qu'après ce boniment que le sujet commence. Rapport sur quoi ? Lisez I — les 27 pages^ — et ne passez pas une ligne. Lisez tout.
Quelquefois — audace I — on abrégea, avec trois points.
Ghàumontil (Loais-Françoii). — Rapport...
(AutoriBAtion poor le département (en touteê tettre$)db la Greoie de con« tracter an emprunt pour I acquisition du mobilier nécessaire à TEcoIe No^ maie d'instituteurs de Guéret), par M Ghaumontel, ... (s6 décembre 1888). — Par 19, impr, de Moaillot^ (s d.), în-4*» 3 p.
(Sénat. Session extraordinaire de 1888. N* laa.)
Cette notice ^ dix lignes pour décrire trois pag^ — n'estelle pas un peu longpuette ? C'est cent soixante-deux fois qu'elle se trouve répétée. C'eût été une barbarie, une hérésie, que de mettre Chaumontel : rapports au Sénat. 162 pièces.
Un million de livres attendent sans catalogue, mais TUnivers saura que i6a rapports furent imprimés sans date par Mouillot à Paris; il importe qu'il le sache non pas une fois pour toutes, mais i6a fois en dix lignes chacune.
Les derniers volumes sont plus tassés, mais à Cuvinot Dons retrouvons i84 Rapports et trois points, avec i84 fois Vimpf* de Mouillot, Ces i84 brochures sont d'ailleurs, en place, sons le même numéro.
Quant au « caractère scientifique », qui ne permet pas de toucher à un titre, remarquons que l'histoire du mobilier des instituteurs n'est pas dans le titre. Elle est du rédacteur qui^ pour la rédiger — horreur ! — dut lire l'ouvrage. — Quoi ï de la fantaisie... Fantaisie, je t'admets, mais je t'aime plti^ brève. Il y a pourtant des fantaisies qui ont grand ai^- En latin par exemple : Omnia per Bernhardum Jansz cotM^' gesia et descripta (t. XX, 962).
Congesta n'est pas laid, bien plus coquet que compilata o "^ excerpta. M. Darras, qui signait de ses initiales des livr^^^ latins, est appelé Atrebatensis gros comme le bras. On a au»-^ de la fantaisie en danois, en hollandais, en grec. On sait & ^ grec, et cher! on traduit l'allemand, pas l'anglais ni le gre -^^' Le turc, oui. Le basque, non. Que dis-je, il rédige en basqu^^'
Les traductions sont brèves, bien trop brèves, mais tant-^^* on traduit, tantôt on ne traduit pas sans qu'on devine la règL '^' Car il y a une règle. Quand on traduit l'ouvrage de Chemni Kleine Beytràge zur Testaceotheoiogie, oder zur Erkûntnr Goitps aus den Conchylien,,, par Courts essais de iesiacéthéologie et Christiiche Vortrâge par ConférenceSy cet- "*• avarice contraste avec tant de prodigalités.
Les apôtres de cette grande oeuvre — qui eux-mêmes m'{^ *^ in'liqué beaucoup de ces détails, très inquiets que f ^sn omette, et j'en omets beaucoup I — n'ont rien d'illumin&s. Plusieurs sont des jeunes gens très actifs, très remuants, d^^s^^
ure même très pratique, bref tous les signes auxquels les rieux prêtres reconnaissent les vraies vocations. La foi sincère îst gaie, active, ne dédaigne nullement la plaisanterie et sait Kre ironique avec même une pointe de fumisterie. Les petites farces des livres parus en cours d'impression :
Ghapuis (GusUtc). Préface. Voir Auoin (Emile). Lei BouiUenr» de Cru.
Que voit-on àAuoER? Rien du tout. — Une patience à toute épreuve est un mérite religieux. Le catalogue a un goût spé- ;ial pour les litanies. Il y a dans la répétition des mômes Formules, des mêmes mots, un je no sais quoi qui élève Tâme. ^ous avons vu les noms d auteurs répétés à chaque volume, exactement 3i fois pour G. Fabius de Champville io8, fois 30ur Gustave Aimard et 2i3 fois pour saint Alphonse de Liguori dont le nom tient chaque fois une ligne (ai 3 lignes). Le$ Visites au Saint-Sacrement^ de cet auteur, tiennent t6 colonnes, dont 3 pour les tirages de 1878 à 1898, etc. Puisse e saint bénir le catalogue ! 77 colonnes à 20 francs pièce fêtent (agloire. Il y avait peut-être des besognes plus urgentes. Nulle a'était plus sainte.
Mais les saints ne sont pas seuls l'objet do la dévotion, et ['éloquence de province n'a pas à se plaindre :
Brbmond d*Ars (Anatole-Marie-Joseph, comte de), marqaii de Migré. •— \lIoculioD pronoDciée à la séance d*iustailation du Douveau bureau de la So- ;iété archéologique de Nantes et de la Loire-Inférieure, le i5 janvier 1884 par M. le vicomte Jules de La Laurencie, suivie d'une allocution du comte Anatole de Brémond d'Ars) . — Nantes, impr. de V. Forett et E, Grimaud \s. d.l, in-8% 3o p
— Société archéoloî?ique de Nantes et de la Loire-Inférieure, installatioD lu bureau triennal» allocution de M Anatole de Bremond d'Ara... etc.
— Société archéologique de Nantes et de la Loire-Inférieore, installation du nouveau bureau triennal. Allocution de M. le Mi«, etc.
— Société archéologique de... etc.
Six fois. Une colonne.
L'archéologie ne tient pas seule au cœur d'un paléographe. Nous pouvons nous délecter à la lecture des ai colonnes consacrées à Edouard- Louis-Alexandre Brisebarrb, qui signa A la Belle Etoile, Adrienne de Carotteville, les Bains à 4 sous ^ Né coiffé^ etc., en tout, j'ai compté : i33 ouvrages décrits soigneusement :
— Afililaire et pensionnaire, vaudeville en 1 acte, par MM. Edouard Brisebarre et de Lustières Touchard-Lafosse) (Paris, Variétés, 6 mare i85i). — Paris, D. Giraud et J, Dagnean, i85i. In-i8», 36 p.
(Bibliothèque théâtrale. — Auteurs contemporains.)
Pourg^oûier le sel de cette description (8 lignes) il Éant savoir qn elle sera répétée à Lustières, répétée à Toachard, stcc renvoi à Lafosse.
M. Brisebaire coûte donc un soixantième de Tohime (à 10.000 fr.) = i66 fr. multipliés par le nombre de collaborateurs, plus les pseudonymes des collaborateurs, plus le temps des fonctionnaires occupés à les découvrir, etc.
Le dernier record est Coopbh (Fenimore), 43 colonnes. Le monde sait depuis novembre 1906 que la Bibliotbèque Nationale possède 7 tirages de Costal l'Indien, le 17*, le 21*, etc.
Mais abordons la g'ravo question des pseudonymes.
Quelle importance n'a-t-eïle pas, quand le sujet n*es4 rien et que l'auteur est tout...
C'est donc là que la science, le savoir des technidens, comme dît M. Aulard, a pu s'étaler toute :
Grampohbao. — Les Tract delà mère Picot, caniinière, recueillit par Champoreau. — Paris, i33, rue Montmartre (■. d J, in- 16, a ex.
Cbamporeau ne serait^il pas un pseudonyme? Qui ? Et pas do date. Quelle peut être la date de cet ouvrag'e dont nous possédons deux exemplaires, sous les cotes 6^ Y^ 449^6 et 8" Z. 3976?
L'hésitation a dû être grande. On en a oublié de mettre le nombre de pages...
Mais M..., Tauteur de M, Croûton ^ pièce grivoLse en un acte, est démasqué. Ils sont même deux : Moreau de Commagnt et Marie-François-Denis-Thérésa Le Roi, baron d'ÀLLAaDK. 4 renvois^ 3 descriptions de 6 lignes. Enfin, si vous cherchez La Chesjtate des Bois, on vous fera une surprise : voir AuBERT. Vous ne saviez pas ? Vous savez maintenant. Cela fait toujours plaisir.
(]ela fera plaisir aussi aux gens pressés qui partent pour les bains de mer, d'aller chercher les guides de Saint-Malo et Trouville à Chmielenski, nom vrai de Constant de Tours...
Et Chojocki, vous connaissez? C'est Charles-Edmond.
Celte attribution de noms d'auteur est un problème tellement ardu que l'on s'étonne que la tête humaine y résiste, et quand on songe aux doutes et aux scrupules qui agitent un savant avant de faire aux viles habitudes du public la concession d'appeler du nom de Molière ce faiseur de farces que Paul Adam appelle Poquelin tout court, on ne s'étonne pas qu'il faille toute la force de la jeunesse pour rédiger une fiche,
et que nos jeunes chartistes soient si âpres à chasser les vieux. Aussi ont-ils leur revanche. Ils ont appelé Causse le nommé Pierre Maéll Comme cela le vil public ne trouvera pas tout de suite ses œuvres. C'est que le Pierre Maël est du Causse et du Vincent, puis cesse d'être du Causse pour être du Vincent pur, ce qui, en dix colonnes contenant 107 mentions, nous donne la joie de voir imprimer 7Ô fois :
— PiERAE Mail. (G. Gaasse et G. (à la ligné), ViDcent.)
C. Causse et C. Vincent. Eux seuls? Toujours? Indivisiblement ? On est sûr ?
On frémit aux révélations futures du catalog^ue.
A qui va-t-on porter les œuvres d'Yvette Guilbert, dont Arthur Byl, quoique payé pour ne pas Tétre, se dit l'auteur ?
11 n'y a rien à Byll — Et Liane de Poug*j, pseudonyme notoire? Est-ce Liane, ou Pou/çy, ou Madame X?...
La science bîblioj^raphique n'a pas encore admis le divorce. Les femmes de lettres, on le sait, divorcent quelquefois. Mademoiselle A, épouse B, redevient A, puis épouse C, puis. . . — que derenvois, grand Dieu I sans compter les pseudonymes I Et voilà que l'ouvrag'e de A, épouse de Monsieur B, se trouve réédité quand A est Madame C...
Et les collaborateurs inconnus ! M. Decourcelles est vivant, heureusement, et pourra nous aider. Mais les Dumas. . . C'est terrible. De qui sont leurs œuvres ? « C'est Aug^uste qui m'a fait cette bourde-là », disait le père. — Auguste? Uien à Auguste. Ni à Maquet? On a calculé que Dumas n'avait pas eu dans sa vie le temps matériel d'écrire toutes ses œuvres, mais les paléographes auront le temps d'en dénicher, j'espère, les coupables.
D'ailleurs ils sont morts. Tandis que les vivants, ce jeune homme, par exemple, qui a un atelier et paye ses auteurs à la journée. A-t-il des registres tenus ?
Et le travail des prisons? Le casier judiciaire est secret. Il j a une loi Bérenger. Au bout de 5 ans, les œuvres qu'on a faites... on ne les a plus faites. Le catalogue mouchard...
Tout ce qu'on pourrait demander c'est que la typographie nous aide un peu. Elle permettrait de trouver un Bernard sans lire d'un bout à l'autre ia5 pages de Bernard, 260 colonnes de Bernard, y compris saint Bernard et M. Paul Bernard porté à Bernard {Tristan), mais non M. Jean-Bernard, porté à Pas-
— '6oo —
serieu, ni Jean-Pierre Bernard de Lyon, porté à Berntxrdaz.
Oq saisira la fine ironie qui de Chatrian (Alexandre) renvoie à Erckmann (Emile) les ouvra^^ dits d'Ërckmann-Chatrian. Mais on peut rendre hommage à la haute science des archivistes-paléographes qui ont dévoilé dans les ii3 notices consacrées à Paul- Aimé -Chapelle^ dit Laurencin,lts ps&idonymes A' Evrard^ Léonard A uuray, éy'iiè la confusion avec Paul' Adolpke^Chapelle, dit aussi Laarencin, et une trentaine d'autres Chapelles,.. — 1 13 vaudevilles, soit 1 13 X ^ = ^Sg notices, qui jetteront une lumière éblouissante sur l'histoire littéraire du xix* siècle.
Et pas un lapsus. Le catalogue s'observe, n'a pas de laisser-aller, rien du sans-façon. Il est correct, réglé, et quand vous le trouvez bizarre, c'est qu'il observe quelque protocole inconnu.
Quels principes ont présidé à Vordre ci-dessous :
Bbranobr (Pierre Jean de). — Attila et le Troabadour, iSai- — ^ Caméléons^ i8i5. — Catéchitmes, i833. — Chansons morales H auiru^ 1816. — Chansons {1891 k i833). ~ Œuvres complètes : i834 à 1848. - Chansons choisies, 1846.— Musique... 1847. — Albam, 1848. — « Re-Œa- Très • complètes, noavelles, choisies... (i85oà 1887). — Le Déranger des familles, 1809. — Musique, i865. — Œuvres (1847, 187Ô, juin 18731. ^ Gravures, 1875. — Ghrnnologisch gsordnete Aaswahl,,, 1888. — Ghansooi (1889 agi). — Autres traductioQS ea toutes langues, couplets de iSSo." Gaietés. — La Grand'mère — Le Lavement. — Stances — Vieux Habits. — Correspondance. — Lettres. — Les Femmes. — Ma Biographie. — Procès, i83o.
Et dans les i4 colonnes ici résumées, la science a exi|^ que rien ne disting'ue le Lavement des œuvres complètes ?
Le lecteur qui nous a suivi jusqu'ici, et qui excuse peut-être maintenant le mot de joujou — commence-t-il à saisir l'absurdité immense de la paléographie appliquée au commerce, aux mathématiques, au café-concert et aux tarifs de chemins de fer? Additionnant les 107 Maël, i33 Brisebarre, SSg Chapelle... de combien de notices utiles le catalogue pouvait-il être avancé ?
Et il ne fut jamais question, entendons-nous, de vouer à Vonbli la plus humble fantaisie! On a raison — non, d*cD faire des descriptions aussi magnifiques aux frais de TËtat — mais de les conserver, et de les classer assez pour pouvoir les trouver et les communiquer, et y laisser chercher le publiC; sans quoi il est bien inulilc de les conserver.
Mais le public attend le catalogue du D au Z !
Et les bibliothèques de France attendent des livres.
— 3oi —
L*amour du catalogue y prime Tamour des livres. Qu'on ne prenne pas ceci pour la Nationale seule, où de grands efiPort» ont été faits récemment. Mais que de provinces je vois occupées à mériter par des descriptions d'incunables les éloges des inspecteurs des bibliothèques, et qui n'ont jamais réclamé aux gens du pays les brochures qu'ils publient.
Oui, tout de même, quand on lit dans le Budget de la Natiodale : Catalogues : loo.ooo francs, et qu'on sait qu'elle ne peut acheter que 87.000 fr. délivres et périodiques — on comprend qu'il y a un Idéal, un Beau en soi, parfaitement inutile, que des croyants poursuivent parce qu'ils ont la foi...
Cette religion est respectable. Mais elle n'est pas séparée de l'Etat et coûte cher.