‹ Bibliothèque, essai sur le développement des bibliothèques publiques et de la librairie dans lesChapitre 45 sur 118 · CE QU'IL FAUT METTRE DANS UNE BIBLIOTHÈQUE · texte numérisé non relu

CE QU'IL FAUT METTRE DANS UNE BIBLIOTHÈQUE

11 fant choisir. — Critique de l'irresponsabilité. — Répartition idéale et demandes du public. — Le Havre. — Le Mans. — Bône.

Le Roman. — Par qaoi on le remplace. — Les voyages. — L'Histoire. — Les Belles-Lettres et la critinae, les livres sur les livres. — Règle d*or.—

— Rôle moral des bibliothèques : école de libre recherche et d'initîative. — Les gens sérieux et la fiction.

Bibliotbè^es de laboratoire. — Extension à toutes de ce rôlt.— Les outils de la vie. — Eloge du Rotlin. — Composition d*une bibliothèque pratique.

— A quoi servent les bibliothèques.

Conciosion de ce chapitre et conclusion de ce livre. — Idée de l'importance du sujet qu'il traita.

CE qu'il faut mettre dans une BIBLIOTHEQUE.

Une bibliothèque doit surtout acheter de mauvais livres.

En les achetant elle dispense le public de les acheter. N en doutez pas, c'est pour en acheter de bons que nous manquons d'argent; on en trouve pour les mauvais; la réclame nous les pousse devant le nez.

Une bibliothèque est un laboratoire où Ton essaj'c les livres, afin de trier ceux qui sont dig'ncs d'ôtrc achetés et f^ardés.

Voilà ce qu'il faut répondre aux purs, aux dédaigneux, à ces gens au coeur généreux, mais aux bras mous, qui sont le grand Découragement de toute œuvre sociale.

Oui, plus dangereux cent fois que les indifférents et les railleurs, parce que leur personne commande le respect.

On ne peut nier que Tesprit puritain en Angleterre, universitaire en France ait été un grand obstacle au développement des bibliothèques. Il j a contre Tart tous les genres de feuilles de vigne. L'art pur, l'art nu, l'art sain effarouche ces gens. La science pure aussi bien. Elles sont toutes littéraires, dit-on.

nos hibliothèques, et les scientifiques n'y trouvent à glaner que dos vieilleries. Si tout au moins c'était de la littérature...

La littérature? mais ce n'est pas sérieux.

Au British Muséum on attend cinq ans pour communiquer les romans. A Vienne, il j aune police sérieuse. Pas de romans. Et les poètes ? Pas de poètes. Des livres sérieux seulement, à la condition qu'ils ne soient ni communistes, ni socialistes, ni anarchistes, ni erotiques, ni antisémites, ni irrédentistes. On ne communique pas les Mensonges conventionnels de Nordau, la France Juive de Drumont, le Décaméron^ ni le Reichscommersbuch des étudiants allemands, ni le Tagehath de Goethe, ni les Essais sur F histoire du mogen-âge de Freemann . . .

La découverte d'ouvragées de Renan et de Pelletan à la bibliothèque de Saint-Etienne, en 1867, ruina pour longtemps nos bi])liothèqucs populaires. Mais en i8g3 la découverte d'un ouvrage à tendances socialistes faisait interdire aux militaires la Lesehalle de Fribourg-en-Brisgau.

Nos bibliothécaires français sont actuellement imbus des idées les plus libérales. Je ne crois pas qu'un seul en France refuserait un livre par parti politique. Mais ils en refusent chaque jour par parti érudit.

C'est qu'il y a deux moyens de refuser un livre, et le plus habile des deux, c'est de ne pas l'acheter. Il faut absolument remiser les tirades sur le bibliothécaire impassible, neutre, qui ne choisit pas... Il ne fait que ça, choisir, et il faut qu'il le fasse et avec Je souci d'une vraie responsabilité.

Gela ne veut pas dire qu'il ne doive pas être libéral, au contraire.

En vérité, nos bibliothécaires français sont presque tous d'affreux sectaires, affiliés au grand parti historique et critique. Certes ils consacrent à la science pure, aux lettres pures, un esprit sans parti pris, très libéral, achetant pôle-mêle avec un zèle égal les livres les plus sots avec les meilleurs... mais c'est pour n'y presque point consacrer de crédits.

Que dire des Annuaires et Périodiques du jour ! Un de nos plus remarquables bibliothécaires, M. Langlois, a inventé le bibliothécaire-gentleman. Il est très fâcheux que les livres aussi aient cette prétention d'être des gentlemen. Ils ne veulent se présenter que reliés et complets. Vraiment on les admettrait sans gants. Rien d'ennuyeux comme ces gens qui vous font attendre pour vous mieux recevoir. Venez comme

vous êtes, et ne nous faites pas poser. Nul donc ne soupçonnera d'esprit de parti nos fonctionnaires ! Ils vous communiquent la Croix et la Lanterne, reliées^ du même g-este administratif. Mais quand ils vous les communiqueront, reliées, il y aura long^temps qu'on n'aura plus besoin de les lire, que toutes les querelles se seront apaisées et que les rédacteurs de la Croix auront passé à la Lanterne^ ou réciproquement. Un parti-pris encore plus grave est celui des livres courants. M. Langlois a supérieurement réorganisé la Bibliothèque pédagogique, et écrit de fort belles choses sur l'esprit libéral des bibliothécaires américains. Aucune idée confessionnelle ne règne rue Gaj-Lussac. Un livre subversif sur l'éducation mixte, ou un livre des Pères Jésuites vous seront donnés avec le même empressement. Mais si vous demandez à consulter le Bottin... il se peut qu'on vous laisse entendre qu'il se trouve chez le marchand de vins du coin. On communique céans tous les tableaux antialcooliques ; mais pour le Bottin, il faut boire.

C'est cependant un bien beau livre que le Bottin ! C'est un outil pédagogique de premier ordre. C'est le plus vivant des livres. On ne fait que le consulter, il faudrait le lire, quitte à passer, de temps en temps, quelques pages. C'est la vie, ce livre-là. Je voudrais, à la licence ès-lettres, qu'on s'assurût que les élèves savent le Bottin. Et que n'examine-t-on les examinateurs! Que d'idées fausses en science sociale, en littérature, en pédagogie, viennent de ne pas avoir lu le Bottin I

professeurs, passés — sans autre repos que, parfois, le métier militaire, — de l'état enseigné à Tctat enseignant, partis de la rhétorique vers la rhétorique supérieure, et l'archi-supérieure qu'est l'Ecole normale, et revenus après enseigner aux enfants cette vie que pas un instant l'un de vous n'a connue... — la vie, la concurrence, les métiers, les détails les plus minuscules de l'industrie... tout est làl Le Bottin vous dira ce qu'est la vie humaine. Bien mieux que dans les Guides dans le choix dune carrière^ les Conseils à mes fils et autres balivernes qu'écrivent des gens incapables d'être ouvriers, commerçants, industriels — il vous dira : la vie, c'est des ouvriers, des commerçants^ des industriels. Le reste c'est du détail, le frottement de la machine, ou le déchet, souvent. Lisez le Bottin. Celui qui croit. en Dieu et à la vie future a toujours près de lui un livre de prières qui lui rappelle que la seule réalité est ailleurs,

là-haut. Celui qui croit en l'humanité et à la vie présente, celui qui ne prie pas, mais pense et veut a^çir, doit avoir près de lui et ne jamais perdre des yeux un livre qui lui indiquait vraie réalité de ce tas que forment les hommes, ses semblables de son temps, ville, province, étranger. Ouvrez cet Evangile au hasard. Chaque fois une maxime, belle comme un verset de la Bible^ viendra vous rappeler aux choses d'ici-bas, vous initier k ce que fîibrique, traBque, consomme le genre humain, et comme le croyant se répète : Dieu est grand I — vous mesurerez la place que tient votre spécialité dans la multiple machine d'une société civilisée.

Le mépris du commerce et do la vie pratique reste la plaie de tout renseignement français; c'est l'esprit littéraire, créateur de vanité aux dépens de l'énergie. Nos bibliothèques en sont aussi atteintes que nos universités. Le dédain de l'utile y semble une noblesse.

Je sais que l'ilisloirc, les Lettres ont pris ces derniers temps une inutilité plus exacte et documentaire, et qu'après avoir, dans la vie de tel roi de France» montré la volonté de Dieu, puis de grandes lois historiques, des récits romanesques, puis le pouvoir occulte des masses, l'histoire aboutit à rinvenlaire de sa garde-robe. La méthode a change, mais l'esprit reste le m^me, autant que le résultat; et le prix courant du drap dont le tailleur a besoin n'est pas mieux éclairci çdivV Invent ai fe de Charles F que par le Discours de Bossuet.

J'ai pris le Bottin pour type, ce n'est qu'un emblème! Tout ce qui est tarif, catalogue de marchandises, prospectus, tout ce qui ferait de nos l)ibliothèques des choses vivantes, utiles, est absolument méprisé. On conserve ça quand on ne j>eul faire autrement. Mais nul classement sérieux, nulle a offre ^ au public. Les services que des bibliothèques pourraient rendre au commerce et i\ l'industrie sont immenses. A part les arts décoratifs, pour lesquels est fait un admirable effort, ou ne semble pas s'en douter. Les moindres généalogies sont entourées des soins les plus précieux : classements spéciaux, catalogues imprimés à grands frais. L'Univers, pas moins, a besoin d'être informé que la famille Carnot, établissant son arbre plusieurs siècles en arrière, s'est rendue digne de n'être plus rt'|Kil)licain<% et que les Boauvilliers de Pctitbidon ne sont pas de la branche directe qui s'écrit Boudillié. Mais vous chercheriez vainement dans les bibliothèques de France,

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— même aux Arts et métiers, où un excellent catalog-ue vient d'être fait, mais où crédits et colleclions sont pitoyables, — vous chercheriez vainement tel tarif ou catalog^ue qui, comme ceux de certaines maisons d'optique ou usines de produits chimiques en Allemagne, de machines agricoles en Amérique, etc,. sont de véritables encyclopédies de métier. — Et les aurait-on dans quelque bibliothèque, les trouver serait une autre affaire : — Quel titre? demandera-t^-on. — Quel titre... J'en ai chez moiy je ne sais pas leur titre. Mais je sais où ils sont. Dans les bibliothèques, on ne sait pas leur titre. Sait-on où ils sont?

Allez donc chercher un horaire do chemin de fer étranui'er, établir une comparaison des prix de revient d'une machine, d*un meuble ou de n'importe quoi I Les bibliothèques — toutes — qui vous donneront sur l'heure l'adresse d'un incunable ou d'un Ëlzévir, ne vous seront d'aucun secours s'il s'agit d'engrais, de drap, d'un microscope, d'une charrue, d'un piano, d*un couteau ou d'une lami)e.

L'esprit libéral des bibliothécaires est analogue à cet esprit libéral des bourgeois sous Louis-Philippe, qui se croyaient largos d'esprit parce qu'ils admetUiient toutes les religions et toutes les politiques, mais devenaient féroces, môme envoies leui's enfants,s*il s'agissait de propriété, d'argent, de mariage ou de caste. Libéralité facile envers ce qui n'est plus en question! Tolérants parce qu'incrédules. Pour ce qu'on croit vraiment, on retrouve un zèle robuste.

L'esprit traditionnel de nos bibliothèques croit vraiment à l'érudition ; il commence, do mauvaise grâce, à faire une place aux sciences. Mais ceux qu'au lycée nous appelions a les épiciers » — industrie, commerce — sont aussi impitoyablement exclus que les gens de couleur dans l'aristocratie créole.

Beaucoup de bons esprits se résignent parfaitement à voir les bibliothèques peu fréquentées, si elles le sont bien. On no doit y communiquer que de bons livres. Ce sont des esprits libéraux, ils prétendent ne pas proscrire les livres d'opinions opposées, et sont les premiers à railler les bibliothèques confessionnelles, mais ils discutent si Ton doit donner des romans. Tel Américain se vante de les avoir proscrits. La Bibliothèque nationale n'applique pas son règlement, qui peut interdire les romans, mais elle n'en achète presque pas d'étrangers.

On ne peut donc que sourire des bibliothécaires impassil)les. Ils prétendent ne pas choisir, suivre une règle, une loi... Je la connais, cette loi, c'est celle de la rouge et la noire, celle

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de leurs catalog^ues, où, pour ne pas choisir, ils prennent l'ordre alphabétique, ce qui est choisir l'A et rejeter le reste...

Parfois une commission déchar^ la responsabilité... Elle fait là un beau travail ! Il la faudrait sérieuse, nominale, la responsabilité. Il n'y a pas trois manières et c'est bien un dilemme : choix, ou tirage au sort. On ne sort pas sans prendre parti.

On imagine de dire : c'est le public qui choisit, on achète ce qu'il demande. A Paris on conserve les bulletins refusés; à Oxford et dans les bibliothèques libres angolaises un registre fait appel aux demandes du public. Ailleurs un tableau indique des titres, et le public note ceux qui Tintéressent. Utiles expédients. Mais qu'est-ce donc que le métier de bibliothécaire, sinon de savoir trouver et recommander les livres ?

Quelle connaissance a le public des livres qu'il lui faut? La réclame, un propos vague lui indique un titre. Mais un bibliothécaire a l'usage de cent recueils, l'habitude du feuilletage, il peut faire venir des livres à condition... On raille Tapostolat des bibliothécaires américains, qui sans doute exagèrent.Ici, c'est le contraire. Depuis un demi-siècle on s'épuise à tuer en France l'initiative et l'amour de la lecture chez les bibliothécaires. Déjà, sous l'Empire, l'un d'eux disait que les livres doivent nous passer entre les mains <c comme des briques entre les mains d'un maçon » ; maintenant ce ne sont plus même les livres, ce sont les fiches! On ne voit plus le livre, la fiche doit suffire et la liste sans fin d'un catalogue remplacer le conseil d'un esprit érudit.

Or il y a doublement à choisir, choisir pour acheter, choisir pour communiquer.

Loin de rejeter sur des commissions, d'accaparer dans les bureaux de Paris la fourniture des bibliothèques, il faudrait laisser au plus petit appariteur de province le soin de choisir ce qu'il faut aux geos de son pays.

Faut-il redire ce que sont les envois de l'Etat dans les provinces, et les livres spéciaux pour souscription ministérielle, qu'on reconnaît au poids du volume, au truquage d'impression pour le faire gros, à la réimpression inutile d'un tas de textes dont jamais un éditeur normal ne ferait les frais...

Qu'il est triste de voir la gent bibliothécaire, en France, mépriser le rôle social, le prosélytisme nécessaire d'un agent de la lecture public, et revendiquer comme idéal ce rôle méca-

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nique d'enreg'istreur, de catalogueur inspecté qui n'a ni un choix à faire ni un conseil à donner !

L'émulation factice d'une hiérarchie savante, la misère de tous devant le miroitement de rares bonnes places valent-elles, pour faire des gens aptes à la besogne, pour donner à la France de vraies bibliothèques, modernes et vivantes, un salaire suffisant, et le plaisir de métier que seules procurent une juste indépendance, une initiative responsable?

Ce que l'on doit mettre dans une bibliothèque préoccupe à bon droitles Américains.Le Library Journal a publié 120 articles sur ce sujet.

L'A. L. A. (Association Américaine des bibliothécaires) a exposé à Chicago un plan de bibliothèque-type et voilà ce qu'il faut, ni plus ni moins, pour 5. 000 volumes.

Ouvrages généraux 100 Beaoz-Arts aoo

Philosophie 100 Liltéralure 600

Reli^ioD 3oo Biographie 5oo

Sociologie 3oo Hisloire 65o

Philologie 5o Voyages 5oo

Science 4oo Fiction 1000

Artf utiles 3oo

Rapprochez cet idéal des tableaux de demandes du public dans des bibliothèques. (Voir V Index, au mot Lecture.)

Nous en avons publié un grand nombre. De la Nationale aux petites populaires de France, d'Edimbourg à Santiago du Chili, nous avons collectionné des documents suffisants pour montrer que la distribution idéale ci-dessus n'est pas la réalité. L'on peut, comme on l'a fait en Amérique, supprimer tout à fait les romans, au risque de chasser le public^ on peut n'en laisser qu'un petit nombre, qui se fatiguera plus, voilà tout, car l'idéal donne aux romans 20 0/0 et la i^lité en réclame une moyenne qui approche de Co 0/0, atteignant gS 0/0 et ne descendant guère au-dessous de 5o 0/0.

Et 5o 0/0..? ces statistiques sont confuses. On appelle Fiction la poésie, le théâtre et le roman . Mais parfois on met à part les livres pour la jeunesse. Parfois la poésie, et même certains romans deviennent des Belles-Lettres, ou de la Littérature, et passent pour sérieux...

Le grand mépris des Français pour les bibliothèques anglai-

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ses et américaines vient de ce qu'elles ne servent, dit-on, qu'à lire des romans. C'est une erreur. Elles servent surtout à coo* sulter des journaux, des revueii des annuaires, mais comme on n'a pas besoin d'en faire la demande, les documents étant là, à portée de la main, la statistique n'a pas accès.

Les bibliothèques françaises sont pauvres et sans actualité. Qu'y demande-t-on ? Ajoutons encore quelques faits. 11 j a vingt ans, une secousse a failli réveiller les bibliothèques provinciales. Le Courrier des bibliothèques donna une suite de statistiques soig-neusement faites. Résumons-les. Rien n'a beaucoup changé, depuis, les budgets même...

Si cependant ces travaux avaient continué, nous serions plus à môme de répondre aujourd'hui à la question posée : que faut-il mettre dans une bibliothèque ?

Le Havre nous donne pour 1887 et 1888 un compte exact des prêts. Nous donnons les chiffres de 1888, en ajoutant entre parenthèses quelques noms et chiffres de l'année 1887.

aoi fois Revue de$ Deux-Monéet (•46).

93, Revue bleue, 66, Nature, (79, OazelU des Beaux-Arts).

48. Académie de Rouen. 46, Lumière électrique. Revue scientifique.

44, Nouvelle Revue, 43, Voltaire.

89, Gazette des Beaux-Arts. 34,(35, Gu\zoi)Tour du Monde 3o,(S9) Sâiûle- Beuve.

De 3o à ao fois, Beaumarchais, Cooper, W. Scott, Demolombe, Ed. Frèrf; Haret.

90 à 10, Cohen, Vesque (Ch.), Viollet-le-Duc, A. de Gaumont, 'Taine), Beaurepaire (Ch. de^ Dickens, Michelel, Labiche, Ravaisson, Journal du Havre, Pline le naturaliste, Cochet, Oursel (M**), Dalloz, Fre&quet, Guisot, Magasin pittoresque^ Sismondi, (Xéuophon, Chateaubriand^ Micheiet, Rousseau, Thiers, Plutarque, Voltaire}.

9 fois, Borely, Courrier du Havre, Lamartine, Daniel. S, Chateaubriand, Collection des Documents inédits sur l'Histoire de France, Joanne, Laferricre, Pardessus, Rochemont. y, Balxac, Delà vigne (G.), Ercilla, Gcsthe, Revue britannique. B. de St-Pierre, Tacite, Tite-Live, vignole, Bollan' disles, Brizeux, Buisson, Cicéron, A. Comte, Conseil général de la Seine-Inférieure, Dumoustier, Duplessis (G.), Froissart, Gréiry, Guy- Patin, Homère, Leçros, Mabiilon, Massillon, Odolant*Desnos, Plutarque* Revue critique, Vauvenargues, Vëron, Vivien (L.), de Morogues, Xénophon, (Coppée, Max MnUer, Villaret). 6, VArtiste, Diderot, Flaubert, Gautier (Ih.), La Baumelle, Litlrë, Merlet, iVb^icM coloniaUs, OUeodorfP, Revue des langues romanes.

b, Acad. des Sciences, Ch. Blanc, A. de Bongr, Ddi^le. Dcssolins, Hœfer, V. Hugo, JuTéual, Labutte, de Lapparent, Meyerbrer, Mëxeraj, D. Nisard, Quérard, Santallier, Senàque, Thiers, Velly, Zschkokke.

4, 8t Auçusttu, Bastiat, Bénédictins de St-Maur, Beooist, P. Bourget, Chassant, {Chroniques des Valois, Chr, de France), P. Cochon, (éOnstractions civiles, Dante, Hoffmann, Leroy-Beaulieu. Lucrèce, Madvif, MuUer, Nillus, Rousseau (J.-J.), Shakrspeare, Snc. numismatique, A. Sorel, Taine, Théâtre espagnol, Thucydide» ViUarel.

Nous signalerons seulement parmi lês 43 prêtés 3 fois, les 84 a fois, un tiers de classiques (Boileau, Virgile, Horace, Montesquieu, etc.), un tiers pour l'histoire et la critique litté* raire (Faguet, Jal, Chroniques de Normandie. <t etc.).

Le reste est divers : Goppée, Claretie,rOfficiel, Fromentin... A peine cinq ou six ouvrages « utiles » : Porté maritimes y Maison rustique^ etc. Sur près de 200 ouvrages demandés une seule fois, on peut noter le peu de littérature moderne, le presque pas de sciences, et Textrôme abondance de l'Histoire.

Telles sont les lectures des ig8 personnes instruites du Havre en 1888.

Les classes admises au prêt sont, en effet, déterminées par le règlement : professeurs, licenciés, fonctionnaires, sociétés savantes, conseillers municipaux, donateurs et auteurs.

Si nous prenons les ouvrages lus dans la salle ouverte à tous, Hugo, Jules Verne viennent résolument en tète avec les mêmes revues et périodiques que ci-dessus, — et le Larousse, Puis les classiques, les mêmes aussi, avec en plus Corneille, Molière, Racine, que les gens instruits n'empruntent pas. Littré, Taine, Nisard, Reclus viennent en meilleur rang, puis Gœthe, Labiche, les Manuels Roret, Michelet.

Le Mans donne à peu près les mêmes auteurs lus. Ajoutons Musset, Vapercau, Aug. et Am. Thierry, Augier. A Pau en 1886:

Lef poètes : Total : 76. Hugo 3a, Musiet i5, Lammriiae 6, Voltaire 4 LaFontaiaeetCoppéed, Banville, Chéoier, Villon, Sully-Prud'homme a, etc.

Le théâtre. Total a33. Huço i3a. Au^er aS, Beaumarchais fS, Duulâg fils ifl, Sardou 11, Shakespeare 10, Muaietet Molière 4» Hacioe 3, etc.

Le Roman. 43o demandes. Hu(ço toujours aoa, Dumas père 77, J. Verne 3i, Boccace 19, Cervantes 17, Daudet tt, Rabelais 10, Balzac et W. Scott 8, les Mille et une nuits 6, les Amours de Henri /K 5, Musset 4» Flaubert et Diderot 3, Feuillet, Fénelon a, etc.

Les Revues. (3 revues, 370 demandes!) ^ mondes 168, bleue 55, la iVbavelle 47 .

Le bibliothécaire de Bône envoie en 1889 les auteurs les plus lus, protestant que sa bibliothèque n*est pas populaire, mais détude, que ce n'est pas un ec vulgaire cabinet de lecture, comme certains lecteurs le supposent à tort en venant demander les œuvres de Zola, P. de Kock, Pigault-Lebrun et autres. Le comité ne comprend pas de ces romans sur ses listes ».

Il nous baille cependant 1.679 i^omans, 1642 <( littérature et critique », 922 voyages, histoire et 073 «c ouvrages populaires v*

Reste : i33 philosophie et morale, 714 « sciences en général ». Auteurs les plus lus : Hugo et les classiques, bien entendu. Et Sainte-Beuve, et Laharpe, Géruzez, faute de mieux.

Hkvitbs. — Revue deê Deax-Mondes, le Matée des familles ^ la Revae bleue et les rerues pour la jeunesse.

Le Larousse, tous les jours.

Histoire. — L. Blanc, Ghallamel, Glaretie, T. Delord, Doray, Gaizot, A. Martin, Thiers, Michelet, A. Thierry.

Géographie, yoxAQES. — Reclus, Bouillon, Virien de St-Martin, Tour du Monde, Burton, Cameroo, Liviogstone, Mage, Milton, Stanley, etc.

SciENCB. — Nature, revue rose, revue int, d'électricités, astronomie populaire, Dict. chimie de WûTiZy L. Figuier.

Romans. — Aboat, Gberbuliez, Daudet, Damas, SouTestre, Malot,etlef étrangers : Braddon, Dickens, Gonscience, Cooper, Scott.

En concluant que les bibliothèques où Ton lit le plus de mauvais livres sont celles où Ton en lit aussi le plus de bons, se tromperait-on? Il en est comme de la Musique; la pire qu'on entende, c'est bien en Allemag'ue, où se fait la meilleure.

Dans une bibliothèque du Centre, qui reçoit plus de 80 journaux, on a supprimé les Annales de TEcole Normale Supérieure pour acheter V Assiette au Beurre. Un adjoint de la Mairie y tenait formellement. Le bibliothécaire s'en offense. Il a tort. Des Annales sans lecteurs sont moins utiles à une ville charbonneuse que de la gai té.

Il faut que nos bibliothèques quittent leur vêtement d'ennui. D'autres peuvent trouver que les lectures citées plus haut n'ont rien à voir avec un service de l'Etat. Pourquoi? C'est simplement de la lecture en commun ; les citoyens s'unissent pour lire des livres trop chers. Mais ces lectures ont un grave défaut, c'est d'être rares. Le jour où, pour satisfaire les désirs d'une grande ville, un exemplaire de l'Assiette au beurre ne suffira pas, l'achat des Annales de l'Ecole normale ne fera plus question, car la Bibliothèque sera riche.

Mais il faut voir plus loin, et mesurer bien en face le dédain des érudits. Parlons donc du genre indigne :

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