‹ Bibliothèque étrangère d'histoire et de littérature, ancienne et moderne; ou, Choix d'ouvrages remarquables et curieux, traduits ou extraits de diverses langues, avec des notices et des remarques; (volume 2)Chapitre 17 sur 57 · SABRINA · texte numérisé non relu

SABRINA

Pasteur, c'est ma plus douce fonction que de prêter assistance à la chasteté en péril. Vierge éclatante, tourne tes regards sur moi. Àinsi je répands sur ton sein des gouttes qu’avec un soin précieux j'ai puisées dans ma pure fontaine. Trois fois j'en arrose l'extrémité de tes doigts ; trois fois J'en arrose le vermillon de tes lèvres. Ensuite, de la froide moiteur de mes chastes mains, je touche ce siége envenimé que souille la chaleur d’un suc visqueux... Maintenant le charme est détruit; et avant que le jour reparaisse, je'me hâte de rentrer pour faire ma cour dans les bosquets d'Ampbhi-

trite.

-( Sabrina sort, la jeune’ Lady se lève. )

L'ESPRIT

0 vierge, fille de Locrin, postérité du vieil An-. chise(63), puisse, pour ce bienfait, ne jamais manquer à tes ondes le tribut de mille petits ruis- , seaux qui, avec un doux grondement , descendent des montagnes neigeuses! Que jamais les ardeurs de l'été, que jamais les embrâsemens de l'air n’offensent les belles tresses de ta chevelure! que ja-

“mais les torrens fangeux de l'automne ne troublent la pureté de ton cristal! mais que toujours tes flots

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roulent jusqu’à ton rivage et les perles et l'or! Qu'’autour de toi s'élèvent de toutes parts d’orgueilleux édifices et des terrasses verdoyantes! Et que , sur l’une et l’autre de tes rives, la myrrhe et le cinnamome exhalent, en des bosquets délicieux, leur haleine odoriférante !

Viens, bélle lady ; tandis que le Ciel le permet, abandonnons ce séjour exécré; n’attendons pas que le perfide magicien vienne t'enlacer dans de nouveaux maléfices. Abstenons-nous de discours inutiles, jusqu'à ce qu'un lieu plus pur nous ait reçus. À travers ces sombres et vastes splitudes, je serai votre guide fidèle, jusqu’à la prochaine habitation de votre père. Ce soir, plusieurs amis. sont rassemblés autour de lui pour le féliciter de son heureux retour. Nous y trouverons aussi tous les pasteurs du voisinage réunis en des danses champêtres, et notre soudaine apparition redoublera leur plaisir et leur liesse. Venez; hâtonsnous, déjà les étoiles s'élèvent, quoique la nuit règne encore en souveraine au milieu du firmament.

(La scène change et représente la ville de Ludlow et le château

V du Président. Des paysans viennent former des danses. Ensuite arrive l’Esprit avec la jeune Lady et les deux Frères.)

L'ESPRIT chante.

Retirez-vous , joyeux bergers, retirer-vous. Suspendez vos jeux jusqu’à ce que demain le soleil ramène un grand jour de fête. En attendant, que

an

PASTORALE-FÉERIT. 163

vos gambades et vos gestes fassent place à des

danses plus élégantes et plus légères (64), telles

que Mercure, sur les landes et sur les gazons., a

coutume de les enseigner aux agiles dryades.

* (I présente les enfans à leur père et à leur mère, et chante eacore.)

Noble seigneur et brillante dame, recevez de nouveaux objets de délices dans ces trois beaux rejetons si heureusement sortis de votre tige. Le Ciel a voulu de bonne heure éprouver leur jeunesse , et faire briller leur foi, leur patience, feur courage. Ils ont combattu et vaincu ; leurs jeunes fronts sont parés d'une couronne immortelle; que des danses célébrent leur triomphe sur les déréglemens effrénés ct sur la foHe intempérance!

; (Les danses finies, l'Esprit prononce l'Épilogue. ) »

Maintenant je vais prendre mon volsur l'immense Océan, vers ces heureux climats où jamais, dans

les vastes champs du ciel, ne se ferment les yeux du

jour. Là je pompe les subtils esprits de l'air, au milieu des beaux jardins d'Hespérus, et à côté de ses trois filles qui chantent auprès de l’arbre aux

fruits d’or. L’agile et joyeux Printemps s'y réjouit

sous des voûtes mobiles de feuillage ; les Grâces et les Heures au sein de rose, y répandent tous leurs présents. Là réside un été qui ne s'éloigne jamais. Le Zéphyrléger, recueillant les parfums du nard et du -cinname, les sème, en volant, dans les allées de tédres. Iris, de son arc humide, arrose les

rives odorantes, et les couvre de fleurs plus variées

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que son écharpe elke-mème , lorsqu'elle se dessine sur l'azur des cieux. De cette rosée élysienne (mortels purs, écoutez) naissent des lits de roses et d'hyacinthes où repose souvent le jeune Adonis, calmant par le baume du sommeil les aiguillons de sa profonde blessure, tandis que la reine de Syrie s’assied tristement près de lui. Un peu plus loin son fils fameux , le céleste Cupidon , rayonnant de splendeur, tient doucement enlacée dans ses bras sa chère Psyché, qu'après de longues et laborieuses épreuves, les dieux consentent enfin à lui donner pour épouse, et de sa couche éclatante et sans tache, naîtront deux fortunés enfans, Jeunesse et Joie : ainsi l’a promis le serment de Jupiter.

Mais maintenant ma tâche est heureusement finie. Je puis courir ou voler d’un agile essor aux confins verdoyans de la terre où s’arrondit la voûte des cieux, et de-là m’élancer d’un saut jusque dans le disque de ia lune.

Mortels qui voulez me suivre, aimez la vertu. Elle seule est libre. Elle vous enseignera comment vous pouvez monter jusqu'au-dessus des célestes . sphères : ah! si la force manquait à la vertu, le Ciel même s'inclinerait pour lui tendre la main.

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