‹ Bibliothèque étrangère d'histoire et de littérature, ancienne et moderne; ou, Choix d'ouvrages remarquables et curieux, traduits ou extraits de diverses langues, avec des notices et des remarques; (volume 2)Chapitre 18 sur 57 · FIN DE COMUS, PASTOBALE-FÉERIE · texte numérisé non relu

FIN DE COMUS, PASTOBALE-FÉERIE

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(1) LE mot original est mask; les Anglais appelaient ainsi, dans leur vieux théâtre, üne représentation dramatique écrite en style soutenu , et sans égard aux règles de la vraisemblance.

(2) Spot. Milton affectionnait cette expression, qui se retrouve deux fois au commencement du 8° livre du Paradis perdu.

(3) L'Esprit donne à entendre que les dieux nommaient la terre d’un autre nom. C’est la manière des poëtes anciens. Homère est plein de ces distinctions entre les noms divins et les dénominations terrestres des mêmes personnes ou des mêmes choses.

(4) Si nous voyons, au 5° livre du Paradis perdu, un ange venir manger avec Adam, c'était dans le paradis terrestre et avant la chute du premier homme.

(5) Imitation d’Horace , ode 1"°, liv. 3.

Favete linguis : carmina non priùs

Audita, musarum sacerdos, Virginibus puerisque canto.

(6) Cette fable est racontée par Ovide, au 3° livre des Métamorphoses. Homère y fait allusion dans l’Hymne à Bacchus; elle est le sujet de la belle frise de la lanterne de Démosthènes.

(7) Milton était nourri de la substance des anciens. Cette image pittoresque de cheveux bouclés en grappes, il l’a trouvée dans Apollonius de Rhodes, liv. 2, v. 678; et dans l’Anthologie, liv. 2, épigr. 5. :

(8) Cette épithète d’orientale appliquée à la liqueur, veut dire extrémement brillante. Milton avait lu dans Pétrarque (sonnet 166) :

Di cinque perle orienta{ colore.

(9) Les métamorphoses de Circé étaient complètes. Mais Milton, écrivant pour la. scène, avait besoin de formes humaines, sauf les changemens de visage, qu’il était facile aux masques d’exprimer. On n’avait pas encore trouvé le secret ‘de faire mouvoir sur le théâtre des animaux de bois ou de carton; il n'existait pas alors d’artistes-éléphans qui, après dix ans d’honorables services dans les pieds de derrière, fussent admis à ceux de devant, par un avancement fort légitime:

(10) C’est ainsi qu’au 9° livre de la Jérusalem délivrée , l'archange Michel descend comme une étoile; et de même Uriel au 4° livre du Paradis s perdu.

(11) C’est encore Pétrarque qui a fourni cette image :

Quando’] sol tagna in mar l’aurato carro.

(Sonnet 187. )

.Ou plutôt Pétrarque et Milton l’ont également empruntée aux anciens poëtes. Et l’axe enflammé est dans saint Jérôme : Qui : postquäm ardèntem rotam oceano tinrerit. (Commentaire sur

V'Ecclés., ch. 1°.)

(12): Cur non sub altâ vel platano vel hâc Pinu jacentés sic temerè , et rosd Canos odprati capillos Düm licet, Assyrio que närdo .

Potamus uncti? dissipat Evius ; Curas edaces. (Honacs, ode 211, liv. 2.) (13) Mot à mot : « En danse moresque. » La danse moresque fut portée en Angleterre, sous Édouard ut, par Jean de Gaunt, à son retour d'Espagne , où il était allé combattre en faveur de son beau-père, Pierre-le-Cruel, contre Henri de Transtamare. KR est parlé de danses à la moresque, au 4° chant du Morgante Maggiore, de Pulci.

(14) Allusion au rôle que joue le Soleil dans la fable: des amours de Mars et de Vénus, Odyssée, liv. 8. L'expr ession du soleil qui dit tout (tell-tale sun), se trouve aussi dans Spenser et dans Shakspeare.

(15) La sisgulière métaphore des paroles insidieuses considérées comme une chasse pour prendre la proie, est employée par Euripide dans Æippolyte, v. 960.

(16) Littéralement : « Comme un tristé votariste dans les habits de deuil du pélerin. » Ce mot votarist est de la vieille langue anglaise. Shakspeare parle-quelque part des votaristes de Ste-Claire. Il exprimait fort bien l’état, fort commun au moyen âge, de ceux qui s'étaient engagés par un vœu de dévotion à faire, soit un pélerinage , soit toute autre pratique pieuse , ét qui, souvent, exigeaient d’être. enterrés avec l’habit de leur vœu; graius amictus, comme disait le rituel romain. M. Todd observe , dans ses notes sur le Comus, que Milton, malgré sa profonde horreur de toute superstition, revêt souvent ses pensées des couleurs du papisme, qui est, dital, une mythologie fort poétique.

(7) Le texte dit mieux que cela. Il dit : « Enfermerais-tu les étoiles dans ta noire lanterne ? » Il faut bien pardonner aux temps, à l’âge et au génie de l’auteur, quelques traits de mauvais goût; mais par combien de beautés il les rachète!

“(18) Toutes ces idées de spectres et de prestiges nocturnes étaient le continuel entretien du moyen âge , qu’on pourrait figurer lui-même comme une immense nuit, pleine d'illusions superstiüieuses. Marc Paul, décrivant un des vastes et périlleux déserts de l'Asie, s'exprime ainsi : « Le jour , et le plus souvent la nuit, : lon y voit et l’on y entend diverses illusions d’esprits infernaux. Aussi les voyageurs doivent-ils bien prendre garde de ne point se séparer les uns des autres, et veiller à ce que personne ne reste - trop long-temps en arrière. Autrement celui à qui la. hauteur des . monts et les détours des sentiers auraient bientôt fait perdre la vue de ses camarades, ne les retrouverait pas facilement. Car il entendrait des voix de démons qui, marchant dans la solitude, appellent les voyageurs par leurs noms propres, et imitent la voix

de leurs compagnons , afin de les détourner du droit chemin et de les entraîner à leur perte. » De Regionib. oriental., liv. s°*, ch. 44.

Heywood (Hierarchie of Angels, éd. de 1635, p. 601) abrège En ces termes une merveilleuse aventure que rapporte Alessandro Alessandri dans ses Geniales dies , liv. 2, chi. 9 : « Un de mes amis, d'une véracité épronvée , voyageant avec un de ses voisins du côté d’Arezzo, tous deux s’égarèrent et tombèrent dans des déserts dont le seul aspect faisait grand’ peur. A la chute du jour et lorsque la nuit devint noire, ils s’imaginèrent entendre des hommes qui parlaient; et, #avançant de ce côté pour s’enquérir de leur chemin, ils virent trois étranges figures humaines, d'une terrible et gigantesque stature, qui les appelèrent de la voix et du geste. Ceux-ci n’osaient approcher. Alors les larves se mirent à sauter et à s’accoupler dans des postures tellement indécentes, que les deux amis, demi-morts de peur, n’eurent d’autre ressource que de s’enfuir à toutes jambes, jusqu’à ce qu’enfin ils arrivèrent à la cabane d’un pauvre paysan , Où ils furent accueillis et réconfortés. »

(19) Cette forme de répétition, dont la grâce n’a pu être reproduite , a son modèle dans un vers d’Ovide. (Fastes , liv. 5, v. 145):

Fallor? an arma sonant ? non fallimur : arma sonabant.

(20) Milton suppose, avec une grande magnificence poétique, que l’Écho doit primitivement sa naissance au retentissement de l'harmonie des sphères célestes. Cette remarque est de Warburton.

(21) J’avone que je ne peux partager l'enthousiasme du même

Warburton sur h bizarre fiction du Silence portant la voix sur ses ailes. |

(22) Allusion à ce charmant passage d’Ovide, Pun des poëtes favoris de Milton. Au 14° livre des Métamorphoses, Circé estpeinte, avec ses compagnes , Cueillant les plantes et examinant leurs propriétés :

Nereides, nymphæque simul, quæ vellera motis Nulla trahunt digitis, nec fila sequentia ducunt, Gramina disponunt ; sparsosque sine ordine flore Secernunt calathis, variasque coloribus herbas. *

SUR COMUS. 169 Ipsa, quod hæ faciunt , opus exigit : ipsa quid usus Quoque sit in folio, quæ sit concordia mixtis Novit ; et advertens pensas examinat herbas.

(23) Scyllæi tacuêre canes, stetit atra Charybdis. (Silius Ttalious, liv. 14,'v. 467.)

Warburton fait remarquer ici la coupe savante et la suave harmonie des vers de Milton. La prose ne peut que déplorer sou impuissance à rendre de pareils effets ; vouloir les imiter , serait tomber dans le bizarre, sans jamais atteindre le beau. Voyez combien ce système a égaré Bitaubé, et défiguré sa traduction d’'Homère, d’ailleurs si estimable !

(24) I y a ici une imitation très-marquée du commencement du discours d'Ulysse à Nasicaa, au 6° livre de l'Odyssée. À propos de ce passage, lord Monboddo (dans son Origin and progress of language, t. 3, p. 99) rapportant ce que dit Cicéron, que si Jupiter voulait parler grec, il parlerait comme Platon a écrit; ajoute, ce qui est incontestable , que le même honneur appartiendrait à Milton , si Jupiter voulait parler anglais.

(25) La brisure et le choc de ce dialogue, opposés aux longues et trop longues périodes de tout le reste, montrent, selon la remarque de Hurd, l'intention de reproduire en cet endroit les courtes et alternatives réparties si fréquemment employées par les tragiques grecs. /

(26) Ceci est imité d’Homère ; je ne puis plus me’ rappeler en quel lieu. La même peinture se retrouve au 4° livre des Ærgonautiques d’Apollonius de Rhodes , v. 1172.

(27) C'est ainsi que dans l’iphigénie en Tauride d’Euripide , poëte que lisait beaucoup Milton, un berger dépeint à Pylade et à Oreste Iphigénie comme un objet surnaturel et digne de l’adoration des hommes. Vory. vers 246.

(28) Milton va plus loin qu’Arioste, qui, au 14° chant de l’Orlando furioso , se home à dire que la courtoisie habite anssi les humbles toits :

Chè non pur per cittadi e per castella,

Ma per tugurii ancora, e per fenili,

Spesso si trovan gli uomini gentili.

Cette différence d’observation entre les deux poëtes tuent à celle de leur situation et de leur caractère. Jamais Milton u’aurait souffert qu’un grand seigneur lui eût dit : « Dove avete preso tutte queste coglioniere ? » Et certainement le grand seigneur qui disait cela était plus grossier qu’un paysan.

(29) Textuellement : Démouflez-vous. Métaphore prise de l'usage, alors fréquent, des masques. Aussi le mot #ufle était-il plus noble dans l’anglais de Milton que dans celui de nos jours.

(30) Le vers original est :

In double night of darkness and of shades,

que M. Gaetano Polidori, dans son élégante traduction du Comus en vers italiens, rend par celui-ci :

f In doppio orror di tenebre, et di larve. \

Je ne crois pas que l'intention de Milton ait été de placer ici les fantômes ; le jeune homme n’en a point enténdu parler; c’est le récit du berger qui va tout-à-Pheure les lui faire connaître. Le poëte n’a voulu peindre que les ténèbres épaisses, redoublées, de la même manière que Cicéron a dit, au 1° livre de la Divination, Tenebræ conduplicantur ; ; et Milton lui-même , au 1% livre du

Paradis reconquis, V. 499. :

Now began ON ight with her sullen wing to doubte-shade The desert.

Quant à la distinction d’obscurité et d’ombres, elle n'est point mise par opposition, mais par emphase , ainsi qu’il s’en trouve des exemples en d’autres endroits du poëme. Jai pris plusieurs fois la liberté

. de différer d'opinion avec M. Polidori sur l'interprétation du sens,

qui n’est pas toujours facile à saisir.

(51) Claudensque textis cratibus lætum pecus. Honace, Epod. 2, v. 45.

(32) Cette mâgnifique pensée” a pu être fournie à Milton par Spenser : ;

Virtue give herself light through darkness for to wade. Facry Queene, liv: 1er, str, 1re,

Mais ce qui suit, et qui n’est pas moins beau, n’appartient qu'à Milton lui-même , et a été imité par Pope et quelques autres. 4 ' - (35) Notre poëte a pris plaisir à cette image; on la retrouve dans le Sañison agonistes, v. 155. « Tu es devenu (6 le pire de tous les emprisonnemens!) le cachot de toi-même. »

Thou art become (0 worst emprisonnement) The dungeon of thysel£.

(54) « Fille seule est toujours mal gardée, » a dit Guarini, act. 5, sc. 2, du Pastor fido. N

E donna scompagnata É semprè mal guardata.

Et Shakspeare, dans 4#s you like it, act. 1°*, SC: 3e, « Hélas! pauvres filles que nous sommes, quel danger pour nous

de voyager si loin! La beauté, plus que l'or même, attire les voleurs. »

(35) Il faut encore citer ici le Pastor fido : ‘. Mà più d’ogn’ altro, e con più saldo scudo, L'onestade il defende :

Chè sdegna alma ben nata Più fido guardatore Aver del proprio onore.

Dans ces temps de limpuissance des lois contre le prigandage féodal, c'était un beau ministère qu’exerçaient les poëtes divins que celui d’entourer d’un rempart imposant de protection morale, la faiblesse et l'innocence. Les hommes d’état ne se doutent pas, pour la plupart, des services immenses que les poëtes ont rendus et rendent encore à la société. Ceux qui affectent de les dédaigner, se dédaignent eux-mêmes, et se montrent bien superficiels et bien petits.

(36) Tous les vieux poëtes anglais emploient le mot de montagnard comme synonyme de brigand ; ils en savaient quelque chose.

(37) Milton copie ici, en l’embellissant par l’expression, un morceau de la Faithful Shepherdess de Fletcher, act. 1°". |

« J'ai oui dire (ma mère me l’a dit et je commence à le croire) que si je garde ma fleur virginale intacte, pure, chaste et belle, il v’est sorcier", fauné , satyre, fée, lutin, furie,. ou autre puissance habitante des bois, qui puisse endommager mon corps, ou, par des voix fantastiques et de vaines illusions, m’attirer vers les feux trompeurs. » Ce n’est pas le seul emprunt qu'il ait fait à la même pièce. La démonologie supposait aux fées un grand pouvoir sur les mines. Olaüs Magnus, dans son Histoire des peuples septentrionaux , a un chapitre (le 10° du livre 6) qui traite spécialement de Metallicis dæmonibus , et où il est dit que des esprits infernaux, sous l'apparence d'ouvriers, se font souvent voir aux mineurs , et les attirent dans de fausses veines qui se trouvent être des précipices. George Agricola rapporte la même chose dans son Traité des animaux subterranés ; il raconte qu’en une mine d’AIlemagne , un de ces esprits malfaisans tua un jour douze mineurs par son haleine empoisonnée. Il est superflu de faire observer que l'ignorance s’emparait ainsi de plusieurs phénomènes et accidens tout naturels’, pour les travestir en miracles. Dans le pays de Galles, les démons des mines sont appelés knockers ( marteaux). On les représente sous la forme de nains qui n’ont pas plus d’une demi-verge de haut.

(38) Thyer suppose, avec vraisemblance, que Milton a emprunté cette double interprétation mythologique du dialogue de Lucien , où Vénus reproche à son fils d’épargner Minerve et Diane, et où l'Amour répond que la première l’effraie avec ses regards de Gorgone , et que la séconde, chassant toujours, ne peut ellemême être chassée.

(39) Mot à mot : « Des milliers d’anges en livrée lui servent de laquais. » Je ne crois pas qu'il y ait de peinture plus grotesque que celle-là, ni d’association plus bizarre que celle de laquais et

| SUR COMUS. 175 d’anges. Milton montra plus de goût dans le Paradis perdu, lorsqu'il se contenta de dire (iv. 8 , v. 559 ):

« About her, as a guard angelic plac'd. »

« La chasteté fait les anges, » a dit saint Ambroise , qui représente aussi les milices célestes combattant pour: la défendre.

(40) Ce système des esprits qui deviennent corps , n’étant qu’une dépendance de la doctrine des corps devenus esprits, ne tient pas au matérialisme , ainsi que Warburton l’a faussement prétendu ; Milton était si loin d’être matérialiste, qu’on peut plutôt remarquer en lui un spiritualisme raffiné.'Les idées mystiques de la pétrification des âmes coupables, si je puis ainsi m’exprimer, idées empruntées du. Phédon, se retrouvent dans le Paradis perdu, où elles sont moins à leur place qu'ici. Je suppose que, dans l’intention du poëte, elles doivent être entendues allégoriquement. Horace, qui n’était pas assurément un poëte mystique, n’a-t-il pas dit :

Atque afligit humo divinæ particulam auræ.

Satir. 2, liv. 2.

Ces transmutations sont un symbole, comme celles de Circé, comme celles de son fils. Mais les commentateurs qui prennent tout au pied de la lettre et qui tirent des inductions à perte de vue, ressemblent aux voyageurs attirés dans les piéges par des apparitions fantastiques.

(41) Vous voyez, dans l’Iiade, presque toutes les âmes des guerriers tués s’envoler en regrettant leur force et leur jeunesse. Le Tasse a dit de même avec une exquise élégance :

Dal giovinetto corpo usci divisa

Con gran contrasto l’alma, e lasciô mesta

L’aure soavi de la vita.

Cet attachement aux corps, lorsqu w’il n’est point excessif, est le vœu de la nature. Nous sommes tous des Chrysalde:

Guenille »sil'on veut, ma guenille m'est chère.

Tous les efforts des stoïciens chez les anciens peuples, et des mystiques chez les modernes, se sont brisés contre cet instinct.

Gièrus. diber, c. 9, str. 33.

174 REMARQUES (42) Pétrarque a dit avec le même enthousissme poétique :

Pasco la mente d’un si nobil cibo, Ch’ ambrosia, e nettar non iavidio a Giove..

Sonnet 160.

(45) Magicis Hecaten ululatibus orat.

Ovins, Metam., lib. 14 » Ye 405.

Lé

Hinc exaudiri gemitus, iræque leonum ... ac formæ magnorum ululare luporum ; Quos hominum ex facie dea sæva potentibus herbis Induerat Circe in vultus ac terga ferarum.

Vic. Æneid., lib, 7, v. 15.

(44) Cette expression, devenue commune parmi nous, est traduite littéralement. Les langues modernes l'ont prise du latin. On connaît ces vers de Catulle :

Quod tu cüm olfacies, deos rogabis Totum ut te faciant, Tabulle, nasum. L

De tout nez à tout oreille, i n’y avait qu’un pas. Cette locution est également propre aux langues orientales, si W. Jones a été fidèle dans la version latine de deux vers d’un poëte persan, qu Al cite p. 137 de son Poesios Asiaticæ commentarium. Le poëe dit à Dieu: |

Düm laudes tuas modulatè canit luscinia,

Ec omni parte œuris sum, tanquam rosæ frutex.

« Tandis que le rossignol module tes louanges, je suis oreille de tout mon corps, tel que l’arbrisseau de la rose. »

(45) 1 semble que, par cette bizarre et dégoûtante image, Milton préludait à l’accouplement du péché et de la mort. M. Todd suppose qu’il en a puisé la première idée dans un pôëme ascétique qui parut de son temps, dans les Pia desiderix du jésuite Herman Hugo ; où ilest dit, au 8° soupir de l’dme amante : « Qui me délivrera du corps de ce trépassé? » Mais c’est aller chercher dans un rapprochement bien subtil ce que la seule imagination du poëte explique plus naturellement. L'ouvrage de Hugo , devenu très-rare,

a été traduit en français sous ce titre : « L’Ame amante de son Dieu , représentée dans les emblémes sur les pieux désirs, »

(46) C’est le mot célèbre d’un philosophe à un tyran : « Tu peux me tuer, mais me convaincre , nOn. »

(47) Circé, au 10° livre de l'Odyssée, tient le même langage à Ulysse, qui voulait tirer l’épée contre Scylla.

(48) Warton rapporte que c’était la coutume dans les familles, de conserver des provisions de plantes , non seulement pour la cuisine et pour la pharmacie, mais encore dans des intentions superstitieuses. Dans plusieurs maisons, on gardait constamment de la rue et du romarin, pour porter bonheur. L'usage des buis bénits tient à cela, où plutôt remonte aux rameaux mystiques de l’antiquité.

(49) Mot à mot : « Qui danse. » Pourquoi Milton ne ferait-il pas danser le vin ? Boileau l’a bien fait rire.

(Go) Euripide a dit dans Médée, v. 618 :

Les présens des pervers ne portent point profit.

(5r) Ceci rappelle la fameuse stance d’Arioste tant de fois citée :

La virginella à simile alla rosa, etc. ©

(52) Shakspeare. a exprimé le même vœu touchant, au 4° acte du Roi Lear, sc. 1"°.

(33) Toute cette mysticité platonique, que Milton affectionnait beaucoup, est dévéloppée au 8° chant du Paradis perdu, dans le dialogue philosophique de l’ange et d'Adam. Mais on dirait que le poëte a voulu se moquer lui-même de son spiritualisme, lorsqu'il nous montre l’ange rougissant et souriant à plusieurs questious que lui fait le père des hommes. La jeune lady parle ici comme Armande et Philaminte.

(54) Warton présume, avec quelque raison, que Milton veut se moquer ici des canons ecclésiastiques : il en était bien capable.

. (557 Milton imite en cet endroit, non seulement Homère et Ovide, mais Spenser en deux passages de la Reine des Fées, lorsque sir Guyon renverse le porter du plaisir, ch. à, sir. 12, et lorsque le même brise la coupe de la magicienne Excesse, quatre stances plus loin.

(56) Ce rituel des désenchantemens est pris d'Ovide :

Percutimurque caput conversæ verbere virgæ, Verbaque dicuntur verbis contraria verbis.

Metam., lib. 14, v. 300.

(57) Homère nous montre à plusieurs reprises le corps dé Patrocle plongé par Thétis dans un bain d’ambrosie, et Alcée, dans

l'épitaphe du prince des poëtes, suppose que-les Néréides frent à ses restes le même honneur.

| (58) « Vierge, sois le rempart des vierges! » dit le chœur dans les Suppliantes d'Eschyle, v.155.

(59) Les sirènes, selon Sandy, traducteur anglais d’Ovide, représentaient allégoriquement le bruit harmonieux des vents et des

. flots dans une certaine baie, et l’erreur fatale des marins qui, attirés par cette molodie, allaient se briser imprudemment contre les

rochers. L’explication est ingénieuse et tvraisemblable mais aucune @utorité ne la justifie.

(60) Parthénope et Ligea étaient deux sirènes.

(61) Dans toute cette longue adjuration Milton étale une grande

abondance de trésors mythologiques, puisés aux sources poétiques de l’antiquité.

(62) C’est la Camille de Virgile :

Tlla vel intactæ segetis per summa volaret Gramina, nec teneras cursu læsisset aristas.

Æneïd., lib. 7, v. 808.

(63) Locrin était fils de Mutus, qui l'était de Sylvius; Sylvius d’Ascagne; Ascagne d’Énée ; Enée d’Anchise. Voyez, sur cette généalogie, l'Histoire d’Angleterre , par notre poëte, liy. xer,

(£4) « À des danses qui se feront saus dandiner la tête et allonger le cou. » Tel est le sens des mots wifhout duck or nod, par lesquels nous reconnaissons que Îles paysans du temps de Milton dansaient précisément comme aujourd’hui. C’est le seul mot pour rire qu'il y ait dans tout l'ouvrage.

FIN DES REMARQUES

BILLIOTH. ÉTRANG. T. IL, 12

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