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L: génie de Dupleix, l’héroïsme de Suffren etde Bussy destinaient à la France le sceptre de l'Orient ; les irrésolutions, les lenteurs, l’ignorance de son ancien gouvernement trouvèrent moyen de le lui ravir et d'en gratifier nos vieux ennemis. C'est particulièrement sous le rapport de notre illustration littéraire que je m'afilige ici de cette perte. En effet, tandis que-les conquérans désolent: la terre pour lui arracher ses trésors, derrière eux vien: nent les philesophes, recueillant des moissons pacifiques et semant les lumières et la civilisation. Ce sont en quelque-sorte les Prières boiteuses qui. se traînent sur les pas de F'Injure au pied d'airain.
Déjà les Sonnerat et les Anquetil Duperron s'apprétaient à. nous enrichir de leurs lointaines recherches , lorsque leur zèle ardent fut contraint de céder aux destinées de leur pays , et d’abandonner la place aux William- Jones , aux Colebrooke, aux Wilkins et à tout le collégedes savans de Calcutta. À dieu ne plaise que je refuse à: ces honorables étrangers.le tribut d'estime et de reconnaissance qui leur est dû; mais qu’il me serait plus doux: de le reporter vers les nôtres! Que dis-je? ah! les nôtres, moins heureux, ont plus de mérite peut-être ! Il faut lire
dans la vie d’Anquelil tout ce qu'il a dû braver de fatigues et de périls pour nous rapporter son bagage oriental, tandis que, pour ses paisibles successeurs, tous ces obstacles furent changés en protection par la victoire; et par quelle victoire , juste ciel! À ces mêmes hommes qui calomniaient récemment la gloire de ma patrie, l'histoire demandera compte et des trahisons envers les traîtres qui les servirent ; et du sceptre de fer sous lequel l'Inde est écrasée ; et du coup ténébreux qui termina les jours de Tippo-Saëb ; et de l’égorgement de ses femmes violées ; et surtout du sang de trois millions d’Indiens dévorés sur la terre de l’abondance, par l’infernal artifice d’une famine. Mais j'oublie qu'il n’est ici question que de littérature.
. Celle de l’Inde est immense. Sa richesse est, comme on saït, l'ouvrage de ces Bramines qui, énervant leur pays pour l’asservir, le livrèrent sans défense à l'épée de tous les barbares, et qui, partageant aujourd’hui l'oppression commune, sont devenus, à juste titre, les valets de tous les maîtres qu'ils se sont donnés.
Ils se vantent d’une antiquité prodigieuse, mais qui n'est point prouvée par des annales certaines. Aux yeux d’une saine critique, tous leurs temps antérieurs à l’ère chrétienne sont couverts de voiles impénétrables. Les écrivains qui leur accordent complaisamment les trois ou quatre millions d’années qu’ils réclament, s'appuient, non sur leur histoire ancienne dont aucun vestige ne subsiste, mais sur leur gigantesque mythologie,
Leur littérature , sans division possible d’époques, et, pour ainsi dire, sans noms d'auteurs connus avec certitude , se partage naturellement.en sacrée et en profane.
La première est déposée dans six volumineux Ghastras
NOTICE. 183 où corps de sciënce ; les deux plus renommés sont les Védas et les Pouranas ; dont je parlerai dans les remarques, Là, toutes leurs connaissances divines st humaines, religion, astronomie, médecine, jurisprudence, art militaire , musique, architecture, grammaire, ont été rassemblées en un langage poétique tout particulier. Ce ne sont pas précisément des vers; c'est une prose rimée et cadencée dont les voyelles se marquent d’un accent musical. Le récitatif qui en résulte est assez semblable au ton que prennent les juifé pour chanter le Pentateuque dans les synagogues.
À ces Ghastres il faut joindre, pour compléter les livres sacrés des Indiens, leurs déux plus anciens et plus célèbres poëmes épiques, le Mahabarat et le Ramayan, qui racontent les guerres et les aventures fabuleuses de leurs dieux , de leürs génies et de leurs anciens rois.
Quant à leur littératüre profane, on peut Îa ranger en trois classes :
1°. Ouvrages en vers, savoir : épopées grandes ou petites; élégies; poésies érotiques; satires; poëmes scolastiques et moraux ; odes ; apologues , à la tête desquels est placé le célèbre Hitopadisa, désigné mal à propos dans l’Occident sous le nom de Fables de Bidpai.
2° Ouvrages mélés de prose et de vers, à la manière du Voyage de Chapelle et de Bachaumont, ou plutôt de nos opéras comiques. Ceite division comprend les Natacs ou pièces de théâtre , dont le nombre est considérable.
3°. Ouvrages de prose, qui ne sont autres que les contes ou:romans. On conçoit, en effet, qu’une littérature où lout, jusqu'aux grammaires.et aux dictionnaires, cst écrit en vers , laisse à la prose un étroit domaine; encore même cette prose est-elle poétique, ou , si vous
voulez, bâlarde; le talent de séparer la prose des vers en leur laissant mutuellement le caractère qui'leur est propre, suppose un goût exquis et une orkanisation raffinée ; qui n'appartient pas aux.peuples de F'Oriett.
Les. romans indiens sont mythologiques. Ce-sont, en général, des épisodes pris des grandes épopées nationales “et religieuses, et sur lesquels l’imagination de quelque bramive prend plaisir à s’exercer. Parmi ces épisodes, l’histoire de Welle Raja, tirée: du Mahabarat , est particulièrement célèbre, Elle. a donné naissance à plusieurs poëmes, qui ne l’embrassent que dans quelques-unes de ses parties. Îci elle est complète. L’original de ce petit ouvrage, dont on ne.connaît point l’auteur, est écrit en tamoul, langue intermédiaire au sanscrit et à l’indoustani moderne, et qui a cessé depuis si long-temps d'être parlée, que le‘petit nombre de panditas ou docteurs qui en ont conservé l'intelligence , sont obligés de placer dans Jes manuscrits une version interlinéaire en langage commun, C’est sur une de ces. versions littérales que M. Kindersley a fait sa traduction, dont la sévère exactitude est garantie par l’approbation des savans de Calcutta. Comme le tamoul a cessé d’être en usage depuis la conquête de l'Inde par les Persans , on peut supposer que le roman de Nella Raja se rapporte, pour sa date, au moyen âge.
La pensée de ce livre est éminemment morale. L'homme le.plus heureux et le meilleur, s’il ne se surveille pas avec une attention scrupuleuse , finit par se lasser de son bonheur et de sa vertu ; et il suffit de la plus légère porte ouverte au. mal, daps notre âme, pour que ses ravages puissent deyenir effrayans. Telle est la grande leçon que ce récit présente. aux hommes et particulièrement aux princes. .
Quoiqu’à nos yeux, le premier mérite d’une telle producijon soit de neus faire connaître des choses nouvelles, peut-être trouvera-t-on que l'Histoire de Nella Raja a par ellé-même de quoi plaire et intéresser. Au milieu des répétitions et de l’emphase particulières au génie oriental, elle offre, en plusieurs situations , un pathétique et une éloquence véritables. La plaisanterie même y est maniée, dans un endroit, avec assez de légèreté.
Cette histoire est surtout remarquable par les détails qu'elle renferme sur les mœurs du pays, et par la continuellé application du système mythologique des bramines. Je me suis attaché, dans mes remarques, dont la majeure partie m'a élé fournie par M. Kindersley, à donner sur ces divers objets des explications suflisantes ; mais, pour la parfaite intelligence du livre, ou plutôt de toute la littérature des :Indiens, il est d’abord indispensable: d’avoir une idée sommaire de l’ensemble de leur système religieux, tant théogonique que cosmogonique : "et c’est encore M. Kindersley qui, de concert avec le. docte William Jones, va m'aider à la présenter.
La théogonie de l'Inde suppose cinq ordres de divinités ; ce ne sont pas seulement ces divers ordres, quoique fort compliqués , ce sont encore les noms multipliés de chacun des dieux selon les sectes et les localités, qui rendent ce chaos assez difficile à débrouiller. Tâchons toutefois d’y parvenir. oe
Le premier ordre se compose seulement de Être su prême, ou cause première, placé à une haute distance audessus de Lous les autres , et qui reçoit le nom de Bram. Il est considéré, 1° dans son essence , comme un être immatériel, sans formes ni parties, sans commencement ni fin, d'où procèdent toutes choses, à qui toutes choses
retournent , et de qui dépendent toutes les modifications. d'êtres, soit divins , soit terrestres, en:un mot comme le seul Dieu proprement dit: 2° dans son pouvoir générateur, comme recevant une formo visible, réanissant- les deux sexes, et enveloppé de quatorze mondes. Îl n'a aucun temple dans celui-ci ; trop de distance , trop d’intermédiaires le séparent des passions et des intérêts.
De cette grande et unique puissance génératrice, est sorti le deuxième ordre de dieux, savoir Bruma ou Brama, le créateur. des formes; Vichnou, le conservateur; et Chiven, le transmutateur, qui sont le trimourti ou la rinité des Indiens, répétée depuis dans celle de Platon.
Le plus honoré des trois est Chiven. L'Inde est couverte de ses temples et de ses cérémonies. On rapporte de lui mille huit avalars ou incarnations, sous des dénominations et des formes diverses, dont chacune a ses ‘autels. De là l'erreur de quelques Européens qui ont cru que c'élaient autant de dieux. L’emblême sous lequel il est le plus généralement adoré est le scandaleux Lingam ,-dont les Grecs ont fait leur Phallus, et les bons réligieux Goftes de saint Antoine, le T ou croix renversée, qu'ils portaient dévotement sur leur robe sans en soupconner Porigine.
Les deux femmes de Chiven sent Parvadi, la Junon de l’Inde , reine majestueuse et'fière, dont la robe est jonchée d’yeux; et Gungi, déesse de la propreté, laquelle n’est autre que le Gange, etest représentée sous la figure d’une sirène: Huit vierges de sa suite sont les principales rivières personnifiées. | * Ghiven a deux fils adorés sous plusieurs noms. Le premier, appelé Ganesa, semble être le Janus des Latins. Le second, Soubramonien, est représenté avec les six têtes qu’il prit lorsqu'il extermina la race des Géans, grâce à la
valeur d’une petite armée de trois cent trente millions de dieux inférieurs. |
Vichnou , deuxième personne de la trinité, partage avec Chiveu, quoiqu'à un degré un peu moindre, les hommages et les adorations des Indiens. Le culte de chacun de ces dieux’, a donné naissance à deux sectes rivales qui se haïssent mutuellement, comme les sectes savent se haïr. On attribue à Vichnou dix avatars; il en a déjà subi neuf; il est attendu pour le dixième à la fin du monde.
Ge dieu a.pour femme Letchmi, qui réunit les attributions de Cybèle, de Vénus, de Cérès et de Vesta. C’est la déesse de la reproduction, du plaisir, de l'abondance , du bonheur , de la beauté. Elle est représentée assise, tenant dans les mains un lotus, image des fruits de la terre et des eaux. Elle porte sur le front le signe sacré du Lingam. Sa poitrine est nue ; quelquefois elle tient un enfant et lui présente la mamelle. D’autres peintures en font une vierge charmante assise sur le lotus, et richement vêtue. On prétend qu'elle habite dans la gueule des vaches, symbole de la fécondité. Elle passe pour la protectrice du feu nocturne. Heureuse la maison où brûle incessamment une lampe en son honneur! Les jeunes filles qui souhaitent de devenir belles et fécondes , ont pour elle une dévotion particulière. Elle est opposée à Modive, déesse de l’infortune, femme noire, à l’œil louche, montée sur un âne, et portant une bannière où est peinte une corneille.
Boumdive , autre femme de Vichnou , déesse de la terre. et de la patience ,.n’a point de culte, et ne se plaint pas.
Mais gardons-nous d'oublier le fils charmant de Vichnou et de Letchmi, Munmoden ou Camdéo , le Cupidon, des Indiens. Rien de plus gracieux que les fables dont il
est l’objet. L’Affection est son épouse ; le Printemps, son intime ami. Une canne à sucre ou une tige de fleur, forme le bois de son arc, et des abeilles en sont la corde. Ses cinq flèches, emblême des sens, sont ornées chacune d’une fleur aphrodisiaque. Un soir il osa lancer un trait à son propre père qui, pour le punir de sa témérité, consuma dans les flammes toute sa substance corporelle , et le réduisit à une pure essence : ingénieuse allégorie du spiritualisme mystique qui domine dans la philosophie des Indiens. | |
Enfin, la troisième personne de la trinité, pour l’importance, quoique la première dans l’ordre des attributions ,. est Bruma, le créateur ou mouleur de formes. À ce titre, c'est lui qui prévoit toutes les destinées, et les inscrit d'avance dans le crâne de chaque objet créé, sans qu’elles puissent être changées par les dieux mêmes. C’est Bruma qui prononce, après la mort, les récompenses ou les peines; et, malgré toutes ses grandes prérogatives, il n’a ani culte ni adorateurs. Voici la cause d’une si étrangedisgrâce. Un jour Bruma et Vichnou s'étant disputé la prééminence, Chiven, pour abaisser leur orgueil, prit la. forme d’une immense colonne de feu, du milieu de laquelle chacun des prétendans partit pour en atteindre, l’un la base, l’autre le sommet. Vichnow, après avoir pénétré, avec des peines incroyables, jusqu'aux entraïlles de la: terre, revint confesser humblement son impuissance ;mais Bruma, dans une direction opposée, prétendit avoir. touché le but, et s’aida du faux témoignage d’une fleur que Chiven avait placée insidieusement dans le chemin. Chiven, irrité de son imposture, lé condamna à ne recevoir des hommes aucun culte extérieur , et à n’être adoré: que dans les prières des Bramines. Gette fable veut dire,
NOTICE. 189 seulement, que le fait de la naissance et celui du jugement après la mort, ne sont pas liés d'aussi près aux passions humaines , que ceux de la conservation et de la destruction.
La famille du malheureux Bruma ne se compose que . de sa femme Sarasouati, déesse de la science et de la rhétorique, ou la Minerve indienne. Son image n’est placée dans aucun temple, et elle ne reçoit d'autre honneur qu’une fête annuelle, dans laquelle poëtes, professeurs et écoliers lui font hommage de leurs plumes et de leurs livres. Un célèbre ouvrage indien de grammaire porte le nom de Sarasouati, de même que chaque livro' d'Hérodote est inscrit du nom d’une des muses.
Il serait trop long de faire connaître en détail toutes les autres divinités qui, selon les Indiens, font partie de la famille des grands dieux; telles que Diespetir ou [ndra, dont les Occidentaux ont fait leur Jupiter, dieu de la foudre, des vents, des pluies; en un mot, du firmament, ou second ciel; Cartiguéa , l’Hercule indien, que sa mère Parvadi conçut, ou d’un embrassement adulière, ou seule et par l’énergie de ses propres désirs; Dourga ou Pallas d'Asie, la vertu héroïque, destructrice des géans et amie des hommes vertueux ; Rama, ou Bacchus de l'Inde, conquérant célèbre, sujet des principaux poëmes sacrés , et qui délivra les nations de leurs tyrans; Crichna , l’Apollon oriental, élevé par des bergers, et qui danse avec les neuf Gopias: dans les boccages poétiques de Madouré. Tous ces dieux semblent avoir été les modèles de ceux qui se retrouvent dans le Panthéon de la Grèce et de Romne, et même dans les sauvages mythologies du Septentrion. ,
Les Divaudes, espèces. de démons, forment le troi-
sième ordre des divinités indiennes. Jadis, gardiens des champs, des villes et des villages, ils habitaient les régions bienheureuses , d’où les chassa leur orgueil et leur rébellion ; car c’est par les traditions orientales que s’est introduit dans le christianisme le dogme de la chute des anges. Relégués parmi les malins esprits, les Divaudes exercent sur eux un empire suprême , et sur les humains une grande influence: Aussi ces dieux infernaux sont-ils honorés par des temples nombreux et par d’annuels sacrifices, dont les prinoipales victimes sont des coqs, des boucs.et des pourceaux. Le plus terrible de ces démons est une femme appelée Cali, née de l’œil frontal de Chiven; beauté d’un noir de jais, avec une tête affreuse el dix bras monstrueux. Les sacrifices humains qu'on lui fjisait autrefois, dit-on, sont remplacés aujourd hui par çeux d’un bufile.
Quant aux vrais diables', antérieurs aux Divaudes, et appelés Paigols, ce sont les âmes des. méchans soumises à un châtiment temporaire, Leur nombre, à ce qu’on assure ; s'accroît tous les } jotirs dans une : e ioffrayante proportion. .
Au quatrième degré de Ja hiérarchie divise, sont placés les Dives ou génies ;. qui ,: sur la terré, n'ont point d’autels ; et qui, dahs.les romäns et poésies où ils figurent fréquemment , sont représentés avec les corps et les passions des hommes. Ce sont des héros de piété, devenus babitans d’un monde supérieur, jusqu'à ce qu’ils se soiént rendus dignes du paradis de Ghiven ôu de Vichnou. Leur prince est Divuntren ou Indiren', ayant pour femme Inderani. Le fils de Divuntren est le greflier qui enregistre les actiens d’après l’ensemble desquelles les hommes seront définitivement jugés; car, dans la Sorbonne de
Bénarès, ce n’est pas l'instant rapide et troublé de la mort ,.mais l'usage long. et réfléchi de toute la vie, qui tlécide des futures destinées de l’homme. Le bien et le mal sont pesés par le grand juge Brumra dans une égale balance; et, selon le ‘bassin qui l'emporte, l'âme est punie ou récompensée.
Le ,nombre des. dives est immense. Plusieurs sont peints avec les. ailes et la: beauté. de nos anges. .Parmi eux sont les huit gardians des huit côtés du monde.
Après les dives viennent les mounis , troupes de saints, et les richis, prophètes d’un ordre inférieur, qui, par d'austères mortifications, .sont sûr le point: d'obtenir: les régions: célestes. Ils forment, à proprement parler, la inansition des hommes aux dives. Ils.ne mangent nine dorment et se transportent partout où:il leur plaît. Leur demeure est dans la,;profondeur des forêts solitaires, d’où ils s'enyolent au teps.marqué dans le monde des dives,, à la .näture desquels. ils sont alors élevés. L’un des plus rgmarquables entre ces mounis devenus'dives, est Derma, dieu: de la vertu :et: de la bienveillance. Il n’a point de culte - particulier ; mois souvent, dans les temples de Ghiven , il est représenté sôus:la figure d un bœuf: c'est L'Apis des Égyplienb…
-. Les anciens rajas, ou princes souverains de l’Inde, ‘se
fasdient souvent, mounis dans. leurs vieux jours >. pour dévenir dives ensuite , et-de dives, dieux supérieurs. -, + Le: dérniar ordre céleste se compose :de déités astro. ñomiques appelées .Noya Grogum ou Jes neuf grands lusisaires, auxquelles on, suppose. une grande influence sur:des destinées humaines.. Il est remarquable. que ‘les -sept premiers de ces. dieux, :correspondant au Soleil, à lj Lune,.à Mereure à Jupiter, à Vénus et à Saturne;
192 NOTICE, ont donné leurs noms aux jours de la semaine dans:un arrangement pareil à celui du calendrier romain, Le Soleil, Soria , est le père des cinq dernières planètes. Il n’a point de temples; mais chaque matin , les bramines, après s’êtres baignés dans les rivières ou étangs, prennent un peu d’eau dans leurs mains ; et, avec certains mouvemens mystiques, adressent au Soleil une courte prière. La Lune est un dieu mâle, ayant sa femme, daquelle, comme toutes les déités femelles de Finde , partage le rang, les fonctions, les prérogatives et les honneurs de son mari. | Si de la théogonie des Indiens nous passons à leur cosmogonie, nous trouverôns de nouvelles fictions bizarres , mises en rapport avec les précédentes. Ils supposent quatorze mondes, dont sepl supérieurs sont le siége des différens degrés de béatitude ; et sept inférieurs, les habitations du deuil et de la misèré. L'univers suptrieur, ainsi que chacun de ses mondes en particulier, forme une circonférence plate. Au centre est le monde de la terre, petite partie de la demeuré des hommes, et qu’environné une mer d’eau salée. Au-delà de cette mer est placé le second monde , baigné. d’ane met d’eau douce , et ainsi des autres , qu’enveloppent leurs océans de lait caillé, de beurre liquide , de.calo , sorte de -breuvage , de sucre et de lait. Le tout est enserré d’un large cércle d’or pur, au-delà duquel. règne une impénétrable obscurité. Du. milieu de la terrè s’élèvo une immense montagne d’or, appelée Mairou'; autour de ‘laquelle ‘se font les révolutions. du soleil et de la lune, ameriänt lés alternatives du jour. et dë la nuit, de la.chaleur et du froid. Chiven, Vichnou, Bruma., sont chacun en possession d’un de ces moudes. Le reste est habité par les.
NOTICE, 193 Dives, et par tous ceux qui ont subi sur la terre les diverses transmigrations auxquelles les avait condamnés l’expiation de leurs fautes. Mais les célibataires ne peu- . vent y arriver qu'après avoir renouvelé leur jeunesse dans cette vie par la métempsycose. De même, les âmes des femmes, ainsi que celles des personnes au-dessous de la caste des guerriers et des prêtres, ne parviennent aux meilleurs mondes que lorsqu'elles ont été régénérées en passant dans le corps d’un bramine,
Quant aux mondes inférieurs , ils sont dressés et distribués sur le même modèle. C’est là, c’est au-dessous des entrailles de la terre, que les âmes des criminels sont précipitées, mais non pas pour toujours; l’horrible “inscription du Dante ne convient pas à cet enfer. Le temps des expiations fini, les coupables reviennent sur la terre habiter les corps des animaux impurs; et, de métamorphose en métamorphose , ils peuvent enfin (dogme indulgent et consolateur!) être admis à leur tour à conquérir le ciel. Les transmutations désinfectent les âmes , comme la chimie désinfecte les eaux. Excepté Bram, l’être unique et invariable, tout, dans la création indienne, n’est que mouvement et métamorphose,
Mais la création elle-même est temporaire , ou plutôt les Indiens croient que la nature n’est qu’une suite éternelle de formations et de destructions des mondes. Ils croient qu’à l’épuisement de chaque création ou calpa, . toutes choses sont absorbées dans la divinité; et que, durant l'intervalle d’un calpe à l’autre , l’Être suprême, l’Être unique, se repose sur un serpent dont le nom signifie durée.
Ils admettent quatre âges (des mondes présens, aux- .quels ceux des Grecs et des Romains répondent par Jes
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progrès successifs du crime et de la misère, mais non par l'étendue des temps; car les quatre âges de l'Inde embrassent, comme il a été dit, plus de trois millions d’années. À la fin de l’âge actuel, ou âge de fer, parattra le dixième avatar de Vichnou, monté, comme le vainqueur couronné de l’Apocalypse , sur un cheval blanc , et armé d’un cimeterre flamboyant à l’égal d’une comète, pour faucher, ainsi que des épis, les légions de pécheurs impénitens.
Telles sont les altérations principales que le délire de l'esprit humain fit subir dans l'Inde à l’idée primitive de l'unité de Dieu. La philosophie, de même que la religion, s’y. est corrompus dans des sectes nombreuses qui correspondent aux écoles principales de la philosophie grecque; car les erreurs et les subtilités humaines tournent toujours à peu près dans le même cercle et aboutissent au même point. C’est ce spirilualisme raffiné qui, joint aux influences d’un climat brûlant et d’une vie paresseuse et subjuguée, nous aide à résoudre le probléme des mœurs tout à la fois voluptueuses et tristes des Indiens. Ces mœurs, restées invariables depuis des siècles sans nombre, présentent, en effet, d’étranges disparates. Les bramines enseignent quatre genres de vie, qui se rapportent, avec diverses modifications , ou à la poursuite ou à l’oubli des affaires mondaines, et qui soumettent leurs divers sectateurs à une entière différence d’habitudes et de nourriture. Les uns mangent la chair des animaux, landis que les autres repoussent avec horreur ces mets esnanglantés. Ici la morale la plus pure est mise en pratique, et l’absorbtion dans l'esprit universel est considérée comme le plus haut degré de la félicité ; Ià des passions ardentes se satisfont sans pudeur comme
NOTICE. | 199 sans mesure; enfin, dans le même pays où s’exercent les austères macérations des pieux bramines, les lascives bayadères irritent la fièvre des sens , et des bandes errantes de saniasis et de fakirs, missionnaires corrupteurs attroupant la canaïille des villes et des campagnes, se font un infâme revenu de superstitions et de crédulités.
Les remarques ajoutées à l'Histoire de Nella Raja, achèveront d’en éclaircir tous les passages; et, pour que la mémoire du lecteur ne soit pas fatiguée du soin de se rappeler le sens des mots indiens employés soit dans cet ouvrage, soit dans la notice qu’on vient de lire, un court . vocabulaire alphabétique , placé à la suite des remarques, en donnera sommairement la signification.
FIN DE LA NOTICE,