CHAPITRE III
Le pavillon était spacieux et magnifique, mais il fallait pour s Ù rendre traverser ce fossé large et profond.
Une poutre formait un pont-levis, sur lequel notre conductrice passa seule, les bêtes ne pouvant pas y marcher.
Nous arrivâmes en nageant à la fatale porte, où jentrai plein d'inquiétude et de tourment ; confondu dans ce troupeau, qui serait plus heureux d'être mort. |
Mon épouvante fut un peu moins vive, . parce que la dame, par bienveillance pour moi, avait, en entrant, éteint sa lumière.
Et cela fut cause que je ne vis pas d’où sortait ce sifllement que je venais d'entendre, ou quel portier nous avait ouvert.
: Je me trouvai donc avec toute la troupe d’animaux'dans une vaste cour, sans avoir été vu ni reconnu de personne.
Cependant ma belle et charmante conductrice, pendant une heure ou un peu plus, fut occupée à ranger ses troupeaux dans leurs étables. .
Puis, rayonnante de joie, elle me prit par la main, et me mena dans sa chambre, où elle alluma un grand feu. .
Là, de l'air le plus gracieux, elle essuya sur mon corps jusqu'aux moindres traces de l’eau bourbeuse dont m'avait sali le passage du fossé.
Après que je fus bien séché, et remis un peu du trouble et du chagrin de cette fâcheuse nuit,
Ma dame, lui dis-je, si jusqu'à présent j'ai gardé le silence, ce n’est point que je ne sente tout le bien, tout le plaisir que tu m'as fait.
»Je touchais au terme de ma vie, dans ce heu obscur et ténébreux où je fus surpris par la nuit;
»Tu m'as amené avec toi pour me sauver; je reconnais donc que je te dois mon existence et tout ce qui en dépend.
» Ce qui vient d’enchaîner ainsi mes facultés, c’est le souvenir de cette sombre forêt, comparée à à l'éclat de ton beau visage, dans lequel je vois et reconnais tout mon bien.
» Aussi éprouvé-je à la fois de la tristesse et : de la joie ; de la tristesse, pour le mal que j'ai enduré d'abord; de la joie, pour le bien qui m'arrive à présent.
* Voilà ce que ma voix n’a pu t'exprimer, jusqu’à ce que je fusse affranchi des périls de ma longue route.
» Mais toi, dans les bras de qui je me jette avec abandon, toi, dont la courtoisie est si grande que nul présent ne saurait la payer,
» Tu vas pousser la bienveillance jusqu’à me dire ce que tu sais de mes destinées. »
— «Jamais, répondit-elle, soit dans les anciens temps, soit dans les temps modernes, nul mortel ne fut dévoué à plus de fatigue et d'ingratitude.
» Et ce n'est point par ta faute, comme tant d’autres hommes, que tu subis cette loi cruelle; mais