CHAPITRE VI
Tanois que, l'esprit tourmenté, je demeurais « plongé dans ces méditations, le soleil. avait parcouru la moitié de son cercle,
Je veux dire la moitié de notre hémisphère; de de sorte que le jour s’éloignait de nous, et que lorient se noircissait de ténèbres. |
Je reconnus bientôt au son du cor et aux rugissemens des malheureux troupeaux, que ma dame revenait près de moi.
Et quoique je fusse encore enveloppé dans les pensées qui m’avaient absorbé tout le jour et qui chassaient de moi tout autre soin,
Dès que je sentis approcher ma dame, it me sembla que toute chose fut vaine, excepté l'objet dont je m'étais fait esclaye.
À peine fut-elle entrée, qu’elle jeta l’un de ses bras autour de mon cou, et, de l'autre, me prit
\ Ja main. Un peu de rougeur se peignit sur mon visage, et je ne pus proférer une parole, tant j'étais ménétré d’une suave douceur !
Durant quelque temps nous nous entretinmes ensemble de choses différentes, comme un ami cause avec son ami;
Et lorsque la dame eut reposé ses membres fatigués, et puisé de nouvelles forces dans le repas ordinaire , elle me dit : |
« Je t'ai promis de te mener en un lieu où tu pusses te faire une juste idée de toute être condition. |
» Si donc il te plaît, prépare-toi à me suivre, et tu verras, des gens qui furent jadis de ta connaissance intime et de ta grande familiarité. »
Elle se leva, et je marchai «ur ses traces, non sans avoir grand'peur; toatefois, | je ne paraissais ni triste ni gai.
La nuit: était devenue obscurc et noire, de sorte que ma conductrice prit en main l’une de ces lanternes qui découvrent ou cachent à volonté la lumière.
Nous n’avious pas fait beaucoup: de chemin, lorsque je crus entrer eh un grand dortoir, comme on. en voit dans les couvens. |
C'était un long corridor tel que ceux des moines, aux deux côtés duquel on voyait des portes grossièrement travaillées.
Alors, la dame se toutna vers moi, et me dit que dans ces étables rèposait son grand troupeau.
Les habitations des bêtes différaient comme leur condition :-et chacune était couchée avec sa com-
pagne.