‹ Bibliothèque étrangère d'histoire et de littérature, ancienne et moderne; ou, Choix d'ouvrages remarquables et curieux, traduits ou extraits de diverses langues, avec des notices et des remarques; (volume 2)Chapitre 48 sur 57 · CHAPITRE VIIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIIL

. nous quittons chaque gîte sans regret, pourvu que nous vivions heureux et contens.

» L'un fuit les glaces, et l’autre le soleil ; tous se laissant aller au temps et à leur propre caprice, comme nous l'enseigne la bonne nature.

» Pour vous, plus malheureux que je ne saurais dire, vous allez cherchant tel ou tel pays, non pour trouver un climat froid ou une chaude température, ee de

»Mais parce que l’insatiable ardeur d'acquérir ne laisse aucune fixité à vos vœux, et ne vous permet pas de vivre modestement et avec témpérance. |

» Êt souvent vous quittez volontairement et par cupidité l'air sain et agréable, pour respirer des miasmes infects et pestilentiels.

» Nous fuyons le mauvais air, et vous la pauvreté; vous poursuivez à travers les périls une richesse dont la convoitise vous détourne de bien faire.

» Si nous voulions parler du courage, il est clair comme le jour que de nombreuses espèces d’animaux surpassent l’homme en ce point.

» Un taureau, un fier lion, un éléphant, et une infinité d'autres, sont hors de comparaison avec vous.” .

» S'agit-il des qualités du cœur? On trouvera que, pour la fermeté, pour la générosité, nous avons un meilleur partage.

» 1] en est de nous comme de ces fameux Ro-

&ia L'ANE D'OR,

mains des vieux temps, ni l'espoir du triomphe, ni la vaine gloire ne sont le mobile de nos faits brillans et de nos exploits valeureux.

» On remarque dans le lion une vive ardeur d'actions magnanimes, un a grand dédain de toute bassesse.

» On a vu des bètes qui, pour fuir les chaînes et la prison, sont mortes avec gloire, héroïnes de la liberté.

» Leur sein renfermait une âme si grande, qu’elles ne pouvaient supporter la vie avec la servitude.

» Sous le rapport de la tempérance, nous ne -sommes pas moins supérieurs à l'homme.

» Nous ne consacrons aux luttes de Vénus qu’une saison courte et fugitive;s mais vous, c'est sans trève et sans mesure, c'est en tout temps, c'est en tout lieu, que vous combattez sous ses drapeaux.

» Les produits du ciel, sans le secours de l’art, suffisent à notre aliment, et vous, dans vos festins, vous voulez forcer la nature.

» Vous ne vous contentez pas, ainsi que nous, d’un seul mets; pour satisfaire votre gloutonnerie, vous courez jusque dans les champs de l’Aurore.

» Ce n’est point assez pour vous de ce que renferme la terre, il vous faut encore ouvrir les entrailles de l'Océan, pour vous rassasier de ses dépouilles. | 1.

‘» Je ne finirais pas, si je voulais montrer c combien vous êtes plus malheureux que toute espèce d'animaux. |

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