‹ Bibliothèque étrangère d'histoire et de littérature, ancienne et moderne; ou, Choix d'ouvrages remarquables et curieux, traduits ou extraits de diverses langues, avec des notices et des remarques; (volume 2)Chapitre 7 sur 57 · MAMA EMMA MAMA A AAA AAA A AMAR VAAARAAAIAAAARAAAIAAS · texte numérisé non relu

MAMA EMMA MAMA A AAA AAA A AMAR VAAARAAAIAAAARAAAIAAS

T'ovs ceux qui se sont proposé, soit d'améliorer les hommes par une liberté sage et conforme aux lois, soit de les pervertir par la servitude, se sont empressés de créer des plans d'éducation favorables à leurs vues. Milton, dans célui qu’il présente ici, se montre-éminemment ce qu’il était : honnête homme, chrétien religieux, excellent citoyen, littérateur savant et judicieux, philosophe profond.

Avant lui, Montaigne et Charron avaient offert sur cette importante malière des idées saines et ingénieuses, que Rousseau a développées admirablement; mais, au milieu des priviléges qui étouffaient, en France, l’ordre social , ils n’ont pu s'occuper. que de l’éducation. particulière, et ont tracé plutôt des règles morales d’enseignement, qu'un régime complet, tel que Milton l’expose ici. Dans un pays libre, ce grand homme constitue l’éducation publique , avec une hauteur de vues dont l’Angleterre a eu l’habileté de faire son profit. Il considère son sujet sous Je double rapport des études et des exercices ; et, modifiant judicieusement les idées anciennes par les mœurs et les institutions modernes , dessine le plan d’une ‘éducation tout à-la-fois littéraire, politique et religieuse, qui n’a pu sortir que de la plus forte tête et de l’âme la plus élevée.

Son système ressemble beaucoup à celui qui, sous l'empire, était adopté dans nos lycées, et auquel il ne manquait qu'un seul point pour être parfait, celui de rapportet l’éducation à la famille et à la patrie.

* Ce mérite est surtout celui de Milton, qni s'attache essentiellement à former l’homme et le citoyen. Qu'on se figure , parmi des ténèbres qui régnaient encore en Angleterre au milieu du dix-septième siècle, le prodige de cette création, que rien n’a égalé, chez aucun peuple, dans les temps les plus éclairés du dix-neuvième ! Il semble, au contraire, que, dans cette route importante et diff cile, quelques peuples, aujourd'hui, s’att achent à marcher en rétrogradant.

FIN DE LA NOTICE

À M. SAMUEL HARTLIB (1)

Monsizve,

« J'AI depuis long-temps la persuasion intime que, pour dire ou faire quelque chose digne de mémoire ou d'imitation, nous ne devrions être mus que par l'amour de Dieu et des hommes; cependant lorsque je me décide à écrire sur la réforme de l'éducation, ce dessein, l’un des plus grands et des plus nobles qui puissent agiter un auteur; cette pensée qui touche Îa plaie mortelle de notre pays, ne m'ont été inspirés, je l'avoue, que par vos vives instances et vos pressantes sollicitations. Mon esprit avait été distrait jusqu'à présent à la poursuite de quelques autres objets, dont la connaissance et l’usage ne peuvent qu'être éminemment utiles aux progrès de la paix, des bonnes mœurs et de la vérité. Je dois le dire : jamais les lois d’une amitié privée n'auraient eu le

pouvoir de partager ou de déranger ainsi mes premières méditations , si je n'avais pas été gagné par ces grafides vues et ces belles actions, qui me don‘ nent de vous l’idée d’un homme envoyé de trèsloin par la Providence, pour être l’occasion et le mobile d’un grand bien opéré dans cette contrée. Et, selon ce que j'entends dire, vous êtes placé de même dans l'opinion de plusieurs personnages d'une sagesse consommée, et d’une extrème autorité parmi nous. Je ne parle point de la correspondance savante que vous entretenez dans les pays étrangers, et de vos peines et diligences extraordinaires à ce sujet, tant ici qu’au delà des mers; soit qu'en cela vous obéissiez à la volonté expresse de Dieu, soit que vous cédiez au penchant particulier de la nature, qui est aussi l'ouvrage de la Divinité. Je vous reconnaîtrais volontiers le plus habile et le plus renommé des hommes, si votre haut discernement ne se trouvait en défaut par le fardeau que vous m'imposez, d'une tâche délicate et au-dessus de mes forces. Mais la satisfaction que vous déclarez avoir reçue de quelques discours de circonstance. échappés à ma plume, vous a fortement frappé d'une idée qui s'est imprimée en vous avec le caractère, pour ainsi dire, de Ja contrainte ; vous vous êtes persuadé que le travail que vous.me demandiez, je ne devais ni ne pouvais en conscience le différer , lorsque le besoin public ct l'opportunité se réunissent pour presser l’épreuve à laquelle Dieu a voulu me soumettre. Eh

Di L'ÉDUCATION. 03

bien ! le sort en est jeté; que ce soit incitation humaine ou commandement céleste, je ne résiste plus. Je vais, selon vos désirs, jeter incontinent sur le papier, ee plan d’une meilleure éducation, qui depuis long-temps s'était présenté à moi spontanément et en silence, et d’après lequel la base.et le développement des études seraient beaucoup plus larges, leur durée beaucoup plus courte, et leurs succès beaucoup plus certains qu ils ne le sont aujourd'hui ; je tâcherai d’être bref; car sur cette matière, les pressantes nécessités de la nation sont plutôt des faits que des paroles. Je vous ferai donc grâce de tout ce que j'ai acquis de lumières à cet égard dans Îes vieux classiques ; et quant à ce qui peut en avoir été dit par plusieurs modernes champions de l’école, je ne me sens aucune envie de le rechercher. Mais s’il vous plaît de recevoir de courtes observations rapidement «esquissées; si vous attachez quelque prix aux profondes réflexions de plusieurs années consacrées à des travaux religieux et civils, je vous en offre. les fruits et vous les abandonne.

Le but de la science est de nous relever de la chute de nos premiers parens, et de nous faire remonter à cet heureux état de bien connaître Dieu, de l’aimer, de limiter, de lui ressembler. Lui ressembler est, en effet, ce que nous pouvons jusqu'à un certain point, en pénétrant notre âme de la vraie vertu , qui, réunie à la grâce céleste de la foi, nous conduit au plus haut degré de per-

fection que nous puissions atteindre. Mais comme, dans la prison de ce corps , notre entendement ne peut se porter que sur les objets sensibles, et que c'est par eux seuls que nous pouvons arriver à la connaissance de Dieu et des choses surnaturelles, une méthode fixe doit nécessairement être suivie dans tout enseignement judicieux. Lors donc que nous voyons chaque nation moderne laisser flotter ses études au hasard sans y apporter assez d'expérience et de tradition, nous reconnaissons combien il est indispensable d'apprendre les idiomes des peuples qui, en tous les temps, ont mis le plus d’habileté dans la recherche de la sagesse, puisque le langage est le seul instrument qui puisse amener jusqu’à nous les idées. Cependant en vain un éinguiste s'énorgueillirait-t-1l de posséder toutes les langues que Babel a répandues sur la terre ; si, par le secours des lexiques, il n'avait pas étudié la solidité des choses avec la signification des mots, je ne ferais pas plus de compte de ce savant homme que de tout bon bourgeois ou marchand à qui sa langue maternelle est suffsante pour régler sa vie, De là viennent ces fréquentes méprises qui nous rendent généralement la science si déplaisante et si peu profitable. D’abord nous avons la sottise d'employer sept à huit ans à écorcher misérablement autant de grec et de latin qu'on pourrait, avec aisance et délices, en apprendre dans une année, Et ce qui retarde tous nos progrès, c'est la perte du temps dépensé en

partie dans les vacances des écoles et des universités, en partie dans des exercices déplacés, lorsque nous forçons les esprits jeunes et vides des enfans à composer ces thêmes, ces vers, ces oraisons qui sont les actes du jugement le plus mür et l'ouvrage définitif d’une tête depuis longtemps approvisionnée par l'observation et la lecture, Ce ne sont pas là des choses susceptibles d'être exprimées par de pauvres petits garçons, comme le sang ‘qu'un coup de poing fait sortir du nez ou le jus d’un fruit à moitié vert. Joignez à cela la mauvaise habitude qu ils-contractent de faire du latin et du grec avec des anglicismes odieux à lire, et qui ne pourraient être évités que par le commerce intime des auteurs dont ils ont à peine une connaissance superficielle Aussi voyons-nous que si, après de vagues formules rassemblées confusément dans leur mémoire. ils veulent réellement approfondir quelques matières dans des livres substantiels et d'un enseignement spécial, ils sont obligés, pour comprendre cés livres, d'apprendre analÿtiquement les objets dont ils traitent; c'est seulement ainsi que le langage de la science peut ètre mis à leur portée. Or cette méthode d'analyse est la plus raisonnable et la plus avantageuse pour l'étude des langues, et celle qui peut nous permettre le mieux de rendre à Dieu un bon compte de l'emploi de notre jeunesse. Quant au système vulgaire d'enseignement, je le regarde comme une vieille erreur des universités encore encroutées de la rouille

scolastique des temps barbares. Au lieu de com: mencer par les arts les plus faciles, pat ceux qui se présentent le plus vite à l'intelligence, elles transportent de prime-abord ces jeunes novices dàäns les plus subtiles abstractions de la logique et de la métaphysique, Il arrive de là que les jeunes gens fraîchement échappés des écueils et des bas fonds de la grammaire, d’où ils ont rapporté une petite cargaison de mots et de constructions déplorables, sont soudain jetés dans des parages tout différens. Balottés sans lest et tourmentés dans les profonds abîimes de la controverse, la plupart d'entre eux prennent la science en haine et en mépris, irrités qu'ils sont de se voir ainsi bafoués et trompés, et de n'avoir-acquis au lieu d’un fonds d’utiles et délicieuses connaissances , que du babil et des lambeaux. Cependant les ardeurs du jeune âge ou les aiguillons de Ja pauvreté viennent les pousser précipitamment en diverses carrières. Les uns, grâce au crédit de leurs amis , avancés dans le ministère religieux, deviennent d’ambitieux, de mercenaires , ou de stupidement zéiés théologiens; les autres, se faconnant au métier des lois, .ne s'engagent point dans ka céleste contemplation de la justice et de l’équité qui ne leur furent jamais apprises, mais se complaisent dans les attrayantes ‘pensées de chicanes, de longues et vaines procédures et surtout d’abondantes épices. Ceux-ci se consacrent aux affaires d'État, et y apportent des âmes si dénuées de principes de vertu et de toute

généreuse nourriture, que les flatteries des cours et les aphorismes de la tyrannie leur paraissent le plus haut degré de la sagesse; la sécheresse du cœur Les livre à une servitude que j'aime mieux appeler consciencieusé que simulée ; cepx-là enfin d'un caractère plus enjoué, plus franc, plus ouvert, laissent là tout le bagage de l’école, et ne connaissant rien de: mieux que les jouissances d'une vie mondaine, passent toutes leurs journées en fêtes et en divertissemens; ce qui est assürément bien plus sage que dé se vouer aux professions sérieuses, lorsqu 6n n’y apporte pas la plus haute et la plus exquise intégrité. Voilà les fruits de nos premières années perdues dans les écoles et dans les universités à n 'apprendre que des mots, ou bien des choses tellement futiles qu "elles valent moins que l'ignorance.

Je ne vous retiendrai pas plus long-temps à a faire voir ce qu'il convient d'éviter , et je vais vous conduire tout droit sur une hauteur d'où nous découvrirons les véritables sentiers d'une vertueuse et noble éducation. La première montée, j'en conviens, est difficile; mais elle offre un aspect si doux et si iriche,et l’on entend de toutes-parts de si suaves harmonies, que la lÿre d'Orphée n’était pas plus ravissante. Je ne doute point que, si nos jeunes gens les plus stupides et les plus paresseux (2), avaient commencé par recevoir une si heureuse nourriture , il ne devint beaucoup plus difficile de

les arracher à ses délices, qu'il ne l’est aujourd’hui BIBLIOTH, ÉTRANG, T. 11. 7 :

de retirer nos meilleurs esprits de cette pâture asinaire de ronces et de chardons mise devant eux, comme l'aliment etle soutien de l’âge le plus tendre et le plus docile. Ce que j'ai donc à développer devant vous. c’est l’ensemble d’une complète et généreuse éducation, qui rende l'homme capable de remplir avec probité, habileté et grandeur d'âme tous les emplois privés ou publics de la paix ou de la guerre. Et pour que tout cela puisse se faire entre douze et vingt-un ans, en moins de temps qu'on n'en consacre aujourd'hui aux yétilles de la grammaire et de l’argumentation, voici l'ordre que je propose d'y introduire.

11 s’agit d’abord de trouver un édifice spacieux avec un terrain contigu , propre à une académie, et suffisant pour loger à peu près cent soixante personnes, dont vingt domestiques environ. Toute cette maison doit être sous le gouvernement d’un seul . chef qui, par son mérite ou ses connaissances, soit en état ou de faire tout par lui-même, ou du moins de tout diriger et surveiller convenablement. L'institution serait à la fois école et université; il n’est nul besoin de faire passer les élèves d’un lieu d'enseignement dans l’autre, à moins qu'il ne s'agisse de quelques colléges de jurisprudence ou de médecine, pour ceux qui se destinent à la pratique de ces sciences. Mais à l'égard de ces études générales qui se partagent tout notre temps depuis le grade de bachelier jusqu’à celui de maître-ès-arts, elles doivent s'achever dans le

même lieu. Je n’ai donné cet édifice que comme modèle; plusieurs, déjà existans, peuvent dans chaque cité recevoir la destination indiquée. Le nombre de cent soixante, plus ou moins, ainsi réuni, de manière à former alternativement un bataillon d'hommes de pied ou deux-escadrons de cavalerie, il s'agira de diviser la journée, selon l'ordre naturel, en trois parties : études, exercices, régime diététique.

Page 1