‹ Bibliothèque étrangère d'histoire et de littérature, ancienne et moderne; ou, Choix d'ouvrages remarquables et curieux, traduits ou extraits de diverses langues, avec des notices et des remarques;Chapitre 114 sur 126 · LVII · texte numérisé non relu

LVII

Mais l’enchanteresse qui, dès l'enfance, enflamma son cœur, et qui fut de moitié dans tous

ses songes, dans toutes ses réveries, la muse et son art céleste, réclame toujours du jeune ènthousiaste ses premiers et ses plus tendres regards. Par les beautés de la nature, comparées et combinées diversement, il apprend à mouler ces formes d’une perfection éclatante, auxquelles le Barde, enflammé d’espérances sans terme et de projets sans limi-

tes, attache, dans un saint transport, une éter-

nelle renommée.

EVUI.

Long:temps on vit Edwin , traînant avec lui l’at-

tirail d’un pompeux embarras, gâter les attraits

de ses vers par un soin excessif de les parer; mais quand l'expérience eut épuré son goût, la nature fit briller à ses yeux cette grâce modeste qui ne donne aux ernemens que la seconde place, et assigne la première à la substance et au dessin de la composition. Ainsi la simplicité calma sa fougue effervescente;: il en reconnut les charmes divins, et s'empressa de réprimer le luxe de son style et d’en éclaircir les ombres.

Je voudrais exprimer (et'il me resterait à exprimer tant de choses!) quel suave délire se ré-

pandit dans son sein quand le grand pasteur des

plaines de Mantoue déploya devant lui les tissus de sa douce et majestueuse mélodie. Je voudrais dire quels transports bouleversèrent son ame, et avec quelle impétuosité le sang bouillonna dans ses

veines, lorsque, semblable à son Achille ; brûlant d'une audace effrénée, gracieux et terrible tout ensemble , et sublime dans sa force , Homère éleva jusqu'aux cieux les accords inspirés de sa lyre.

Je voudrais raconter aussi comment la muse d'Edwin, simple et inculte dans ses premiers essais, maintenant savante dans l’art de moduler des sons doux et plaintifs, ou de faire retentir des chants de triomphe, résonnant à volonté selon les inspirations du poëte , sut répéter enfin les plus harmonieux accents ; mais , hélas! je fais un vain effort; les sanglots qui s’échappent de mon cœur brisé viennent étouffer ma voix. D’un pas tremblant , je me hâte de joindre le cortége éploré qui marche aux lieux où brillent des flambeaux funèbres , et où le glas de la mort se mêle à de profonds gémissemens. |

Adieu , chansons ornées des fleurs de l’imagination, doux amusemens d’une ame libre et désoccupée. Îl est couché dans la poussière, et toutes les muses pleurent sur sa tombe, celui dans le sein duquel brillaient les vertus et les grâces ; ami, précepteur, modèle, idole du genre humaiïn : il est couché dans la poussière! Ah! comment pourrais-je continuer més chants? Consumé. du. chagrin qui me dévore , je ne puis fixer mes yeux que

OU LE PROGRÈS DU GÉNIE. 457 sur son tombeau fraîchement creusé ; sur son tombeau que baïignent mes larmes amères. Chansons fleuries, adieu !

O mon cher G***, m'’as-tu quitté pour jamais? me laisses-tu en proie à des douleurs sans consolation? Quand les tempêtes de la fortune tourmentent ma tête fatiguée où les neiges de l'âge sont entassées prématurément par les soucis, quel est présentement le support qui me reste ? Mes angoisses ne seront plus calmées par la douceur de ta voix ; le calme angélique de tes yeux et de ton sourire , n'aura plus le pouvoir de fortifer mes espérances et de dissiper mes terreurs. Je n'ai plus désormais qu’à pleurer; Ô mes pleurs, coulez, coulez de nouveau.

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