‹ Bibliothèque étrangère d'histoire et de littérature, ancienne et moderne; ou, Choix d'ouvrages remarquables et curieux, traduits ou extraits de diverses langues, avec des notices et des remarques;Chapitre 118 sur 126 · LS · texte numérisé non relu

LS

Las

NOTICE. 462 transaction qui partage Proserpine entre: lw:terre:et les enfers, ou, en d’autres termes , qui met-une digue salutaire à l’éruption des volcans. Tels sont les grands objets cachés sous le voile transparent d'une belle fable, La marche du poëme est régulière et facile , et l'étendue n’en est point disproportionnée avec le sujet. La scène ouvre

| par l’enlèvement de Proserpine , tableau vif'et animé , mais

convenablement réduit. Gérès , avertie par Hécate , qu’'Hésiode nous peint comme la providence de la terre, et instruite par le Soleil, qui en est le flambeau , ne doute

plus de son infortune. Accablée de douleur, elle se retire.

chez ses fidèles servans, Célée, Eumolpe, Triptolême, inventeurs du labourage, et premiers bienfaiteurs des humains. Son arrivée aux bords de‘la fontaine, et l'hospitalité qu’elle reçoit des filles de Gélée , sont des descriptions pleines de charme, et qui font pressentir le

peintre immortel d'Ulysse chez les Phéaciens ; Calli-.

dice est évidemment la première esquisse de Nausicaa, de même que Métahire est celle d’Arété. Le poëte ne se montre pas moins dans l'opposition du déguisement modeste de Cérès à son arrivée chez le roi d’Éleusis, avec la spendeur terrible qu’elle fait éclater à sa sortie. En effet, Cérès, irritée contre ses hôtes , les

quitte en frappant la terre de stérilité ; l'espèce humaine

est au moment de périr'; alors la sollicitude de Jupiter

se réveille, et, par le ministère de Rhée, il conclut avec Cérès un éternel traité.

Si l’on veut reconnaître combien cetté simplicité ma- P

jestueuse d’une production des âges primitifs est supé-

rieure à l’ambitieuse enluminure des temps de dégéné-

Claudien, qui étauffe à chaque pas son sujet sous la

ration littéraire ,” on peut la comparër au poëme de

466 NOTICE. | bouflissure des mots, sous l’amas des déclamations et le luxe des épisodes , et qui, dans les trois chants que nous avons de son fatigant ouvrage ; ne conduit pas epcore Cérès à savoir ce que Proserpine est devenue.

La traduction en vers que je présente.ici, de €’ Hysune à Céres, fait partie de celle des hymnes d'Homère que je me propose de publier prochainement avec l'Odyssée.

FIN DE LA NOTICE

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PS EE CS 7 J E yais monter ma Lyre en l’honneur de Cérès;: Je vais chanter sa fille, éclatante d’attraits, Sa file, que Pluton, d'une main téinéraire, ” Jadis osa ravir {1}, lorsque , loin de sa mère, En de rians vaHtons cueillant de téndres fleurs, Des nymphes de Nérée elle guidait les chœurs. .

Jupiter l'a permis, et ka terre complice Verse en buissens touffus la rese, le narcisse, La douce violette et l'iris embaumé (a) :

Contre ta vierge ainsi le complot fattramé :

Le narcisse: surtout séduiait Proserpene.

Cent rejetons‘charmans partent de sa taciee Il est l’étonnement des mortels et des dieux ; Son parfuiti fait'sourire ef %+ terre et les cieux (37:

À peine sur le soi la déesse ptnechée

S’emparait, on jouant , de la tige arrachée (4}, :.

, La

Qu'aux plaines de Nysa la teure ouvre ses flancs, . .

Soudain , pressat le vol do ses.eoursiers brñlons, :

Le noir Platon sélance, et, d'une main puissaats, Empeorte sùr som chas la vierge gémissante.

Vers Jupiter son père élewant ses clameurs,

Elle implorait les dieux, les mortels protecteurs; Mais ses cris sont perdus ; ni le ciel ni la terre N’entendront ses sanglots et son deuil solitaire. Hécate, dans sa grotte, où ses pieux desseins Conspiraient sans relâche au bonheur des humains, Et le soleil sacré, ce roi de la lumière,

Qui loin des immortels poursuivait sa Carrière, Recueillent seuls au ldin quelques cris douloureux

Cependant, emporté vers les champs ténébreux, Pluton, que de son frère assistait la puissance, De Proserpine en pleurs brave la résistance. . Si long-temps que la ‘terre et les cieux étoilés, . Et du vaste Océan les grands flots refoulés Par leur aspect heureux rassuraient la déesse, La confiance encor terapérait sa tristesse.

Ou sa mère ou les dieux pourront l’apercevoir; À travers ses tourmens perce un rayon d'espoir. Et toutefois les mers, les valions, les collines, . Retentissaient, frappés de ses clameurs divines.

Cérès enfin l'entend; dans son sein déchiré Des cuisantes douleurs les dards ont pénétré, La déesse, arrachant d’une main égaréé Les bandeaux éclatans dont elle est décorée, D’un long manteau d’azur s’enveloppe (5), et soudain Sur la terre et les mers, une torche à la main, : Plus prompte que l'oiseau, l’inconsolable mère Court, appelant sa fille ;.… ah! nul dieu tutélaire,

À. CÉRÈS, 469 Nul augure divin, nul mortel respecté Ne fit luire à ses yeux l'affreuse vérité.

Onze jours la déesse, éperdue, incertaine, Sur l’immense univers attristé de sa peine Erra , sans appaiser les clameurs de la faim, + Ni plonger son beau corps dans la fraicheur du bain. Hécate, Hécate enfin, déesse bienfaisante.,.

A son œil-éploré tout à coup se présente ;

En ses mains un flambeau chassait l'ombre des nuits. :

«Cérès , divinité des saisons et des fruits, Quel est-il, ce mortel ou ce dieu sacrilége >. Dont le forfait té livre au tourment qui t'assiège? Je n’ai point vu ses traits; les échos frémissans N'ont porté jusqu’à moi que ses cruels accens. »

Cérès ne répond point; la rapide immortelle . Poursuit, sans s’arrôter , sa course maternelle. . Hécate suit ses’ pas. Cérès, en sa douleur,

Va chercher le soleil, ee grand révélateur. :

— «0 soleil, si jamais, dit la triste déesse,

Mes discours dans ton âme ont porté l’allégresse,

Si mes œuvres jamais ont réjoui tes sens (6), Daigne me consoler en mes chagrins cuisans !

Dans le vague des airs, hélas! je viens d'entendre La voix de mon enfant, fleur merveilleuse et tendre, Rejeton délicat, dont mes flancs ont porté

La grâce florissante et la douce beauté.

A semblait à'ses cris que quelque violence

Menaçât d'outrager sa timide innocence;

Cependant son aspect n’a point frappé mes yeux; O soleil qui vois tout, quelqü'un parmi les diéux À-t-il porté sa inain sûr ma filé chérié ? 5.

Soudain d'Hypérion le fils divin s’éure :

«Cérès, je te révère et je plains'ies malheurs. C’est le seul Jupiter qui fait couler tes pleurs.

11 permit à Pluton, roi des demeurss sombres, D'épouser Proserpine aux rivages des ombres:

Et ce dieu, l’enlevant dans ses bras forcenés , L’emporta, gémissante, aux enfers étonnés.

A tes douleurs pourtant mets un terme K déesse! . Relève ton beau front courbé sous la tristesse ; 3 2... Pluton qu ‘aux sombres bords l'univers voit régner, N'est pas de Cérès même un gendre à dédaigner (7). » Il excite, à ces mots, ses coursiers intrépides Qui, plas impétueux que des aigles rapides, A la voix de leur maître à grands pas s’élunçant, Emportent dans es cieux son char éblouissant.

Mais au cœur dé Cérès la colère s'allume.

De ses cruels chagrins dévorant l’amertumre, Et désertant des cieux les palais élevés,

Elle habite tes champs par le soc pultivés.

Sous le déguisement dont elle est revêtue, À tout regard mortel Cérës marche inconnue.

Chez le vaillant Célée, aux plaines d'Éleusis, Enfin elle a porté ses déchirans soucis.

Sur les publics ekemins qui tratersatent la plaine : : Elle se tient assise aux bords d'une fohtaine i Qui, d’un bel'olivier huenectant les rainewax,

Livrait aux habitans le trésor. de süseadx : 7 : : 7"! Cérès a pris les traits dfme matrbée âgée, : 7 Des présens de Vénus autrefois partagée, CO Mais qui ne donriatt plus ni ses domoes faveurs {8}: . Ni de l’enfanjeoment lés cruelles douleurs. | Telles sont des palais les sages intendantes,

Ou des enfans As rois les nourrides pradentes. :

Prêtes à pénétrer sous cet. ombrage frais, ,

Les filles du monarque aperçoivent Cérès. - .

Ces attrayantes sœurs, Ja vive Callidice,

Démo, Callithoé, la douce Clisidice,

Portant pour puiser l’eau, de beaux vases d'airain,. Brillaient du doux éclat de leur premier matin. Cérès [tant les grands dieux savent tromper la vue (9) !] Des vierges d'Éleusis ne fut point reconnue.

Callithoé. l’aborde, et dit avec douceur : .

« Respectable étrangère, apprends-nous ton malheur. Quelle es-tu? quel pays a vu naître, ton père? .. Pourquoi rester ioi, timide et solitaire P Viens dans, nes murs heureux ; les femmes des. guerriers T’ouvriront à l'envi leurs toits hospitaliers. »

— «Quels quosciéat vos parens, fanveux ou sans. risblesse O mes enfans, salut! dit la triste déesse ; Ma bouche va répondre avec tincérité; À qui nous interroge on doit la vérité.

Déo , voilà mon nom ; la Crète est ma patrie.

Des pirates crusls dans nos’ champs m'ont ravie. Un jour , quand ces brigands avides de trésors, Pour le repas du sair, sur de sauvages barils,

Se furent arrêtés, déharquant leur3 captives;

Je m’échappai dans l’ombre, et, de rives en vives. Me voici près de veus, loin de ces sélérats :

Qui des fruits-du:forfait ne s’enrichiront pas... J’ignore en quel.pays les destine m'ont. jetée.

Et de quels citoyens la plage est habitée.

Pour vous, puissent les dieux, dans l’olympe honorés, Vous donner pour époux des mortels révérés (10)!

‘ Puissent de beaux enfans décorer votre couche ! : Vierges, en ma fäveur que la pitié vous touche! Soyez douces pour foi ; jusqu'äu rhornett heureux Où sous son toit propice un hôte généreux Daignera m'’accueillir aux murs de votre villel

= En de nombreux travaux je puis me rendié utile.” Je puis soigner ; je ] puis reposer dans mes bras D'un enfant hoûveau né les merhbres délicats, De tapis et de lin gonfler le lit dü maftre ; ;

Placer les mets fümäns sur les tables de hêtre ; ; | Veiller sur la raïon , et des femmes’ ‘enfin : ‘Dans les'savans tissus suivre ou guidér la main m ( 11}.»

Ainsi parla Cérès; et soudain Callidice :

« O ma mère, du sort quel que soit le caprice, . Courbons un front serein sous les diéux en coursoux : Les dieux sont plus puissans et plus sages que nous.

À CÉRÈS. 453 Je vais te désigner les chefs que leur prudence” À, dans nos vastes murs, revêtus d’opulence;. . Et qui de leurs décrets font ohérir l'équité. : Là, Triptolème habite, honneur de la cité; Voici le tait d'Eumeolpe; ici de Dioclée Le beau palais s'élève; et mon père Célée, Non loin de Polyxène et de Dolichius, Là, sous. ses justes lois fait. fleurir nos tribus. De ces vaillans héros les épouses, pudiques Sous les-chastes regards de leurs dieux domestiques, : Filent le lin soyeux; toutes > à ton aspect , Vont se lever, 6 femme, avec joie et respect. : : Mais veux-tu nous attendre en ce lieu solitaire ? Nous allons de tes vœux prévenir notre mère, La sage Métanire ; et si par sa bonté ..

Nos foyers sont ouverts à ton adyersité, 7 Quel appui plus certain soutiendrait ta faiblesse? . : Mes parens ont un fils, enfant de leur vieillesse, » Un fils qu'avec ardeurils-avaient désiré, : :: De l'arbre paternel rejeton préféré...

Si tes soins l’armenaient à son adolescence; Tels seraient les tributs de. leur reçonnaissance,

ss

Qui ne devint jaloux des tes destins heureux.» ::

La: déesse l'approuve: en. inclinant-la tête. Soudain l’ande est puisée, et le départ s’appréte: :. Au palais fastueux les vierges de retour .

Racontent à leur mère, objet d’un saint amours: ‘”

Leur renoontre imprévue aux berds de la fontaine. Métanire s'éerie : «Ah! courez, qu’on l’amène;

Ses soins serotit paÿés par des dons étlatant.»

Comme sur la prairie aux soufftes du printemps, Bondissent dans leurs jeut, parmi les pâturages , Des génisses sans jowg ou des biches sauvages, Telles, dans Xes chernins par les chars sihonnés , Contenant lewrÿ habits du zéphyré éntrainés{15), Volaient, d'un proipt essot., les filles dé Clée: Leur blonde chevelure, en longs anneaux Houciée, Ondulait sur leurs dos de ñeige ébloutssits.

Les vierges d’Éleusis, près des flots jaillissäns, Retrouvérent Cérès , et chez leur noble pète: Conduisirent soudain Îa plaintive étrangère.

Cérès marchait, le cœur dé thagrins cofsuihe. Descendant jusqu’à terre, uh'voile patftinré MT Couvruit sa têté awguste, et du toit magiifique Bientôt ses pas sacrés tottvhèrent le portique. Auprès, la reine assise appuyait sur sôn still

Son enfant, téndre fleut'/beau dut éclat vin. Ses filles, en courant, #élitvëlit duprès d'ellé. Tout à conp sur fe séuillapüissantetmmonttlle - Betint'ses pieds brillarits, ‘et’ son Front glérieut Atteignait du portail le faîte radieux.

Ce spectacle imposant ; cètte splondesr boudaine, . De respect, de surprisè ont pénétré la reine. .:: Elle quitte son trône. :et, d'un geste embprés6s . :- L'offre à Cérês; mais , ruree ot le regard baisté ;

La déesse des fruits le refuse en silence (15). També , sage esclave, en ce monient s'avance. De la moëlleuse peau d’une blanche brebis Couvrant uñ autre siége, à et humble tapis

Elle attire Cérès, quisur son front céleste

Fait descendre 14 plis de sûn voile modeste, . S’assied, et, renferrmée on $es chagrins amers, : Refuse, sans parier, les alimens offerts.

Enfin , par des discours qu'animait l’aHégresée , Jambé fait souricé et distrait la déésse (14); : Son beau front s'éclaircit à ces propos joyeux ; Et Métanire alors d’un vin délicieux Remplissant jusqu'aux bords uso coupe fumante ; D'une main empressée à Cérès la: présen te.

Cérès, le cœur troublé , la refuse, et lui dit : « Des raisins savoureux lé suc m’est interdit; Mais au froment broyé melez une onde claire ;

C’est assez (15).» Métanire aux vœux de l'étrangèré

S’empresse de céder, et lui parle en ces mots :

« Étrangère, salut ! Sans doute des héros | Le lit resplendissant t'a donné la naissance.

Je vois dans tes regards, briltans de bienveillance, ‘

Éclater et la grâce et la noble pudeur : , Qui des rois généreux signalent ka gtandeet. :

. Avec courage. ainsi, dévorant nos tristesses. Acceptons des grands dieux les amères largesses. Tel est le joug fatal imposé sur nos fronts!

Mais puisque Jupiter te jette sur ces monts,

De mes prospérités je t'offre le partage.

Prends soin de cetenfant, qu’au déclin demon âge, Quand je perdais l'éspoir de revivre en.un fils, M'ont accordé les Dieux de ma peine attendrss.

S’il fleurit par tes soins jusqu'à l'adolescence,

Tant de dons précieux seront ta récompense,

Qu’il n’est point d’habitant des rivages voisins

Qui ne portât envie à tes heureux destins.»

La déesse répond : « Salut, augusite réine !

Que le ciel sur ton front souffle une doues haleine ! J’élèverai ton fils; j’espère que jimais | Ni charmes, ni poisons ne troubleront £a paix. Ma voix sait conjurer les plus noirs artifices; J’ai des secours certains contre les maléfices. » ”-

Dans ses bras immortels et sur son sein brillant La déesse, à ces mots , place le jeune enfant. Démophon,.caressé par son divin sourire, Croissait, beau comme un dieu, sous l'œil de Métanire. Le lait ni le froment ne furent point ses mets;

11 puisait l’ambrosie:aux lèvres de Cérès.

Le jour, entre ses bras, sa céleste nourrice

Le portait :échauffé: d’nne haleine propice ;

La nuit, tel qu’un tison , daus l’ardeur du foyer, Son prévoyant:amour ‘le cachait tout entier (16). - Ses parens le voyaient, tressaillans d’allégresse, Égaler des grands dieux la force et la souplesse ; Et sans doute Cérès, qui veillait sur son sort,

Eût chassé de son front la vieillesse et la mort,

Si ; de la profondeur de:sa chambre odérante,

Une nuit Métanire (6 soudaine épouvante!)

N’eût aperçu l’enfant de feux enveloppé.

. De son sein palpitant un cri s’est échappé.

« Cher Démophon , dit-e$, eh ! quoi ,'cette étrangère , Dans les flammes te plonge! Ô malheureuse mère. »

Cérès entend ce cri; soudain du feu sacré :

Le jeune Démophon par ses mains est sevré.

« Misérables humains, dit-elle avec colère, . Sur vos biens, sur vos maux nul jour ne vous éclaire (1 ñ), Femme , ton imprudence a causé ton malheur.

Oui, par les eaux du Styx je jure aved douleur Qu’éloignant de ton fils le Temps et l’onde noire, Je l'aurais entouré d'une éternelle gloire.

Maintenant du trépas il doit subir la loi.

Du moins je lui promets tous les honneurs d’un roi; Sur mes genoux divins sa tête fat placée; Ii dormit dans mes bras... Pourtant (triste pensée !) Quand de l’adolescence il atteindra les, ans, | La Discorde en ces murs dardera ses serpens.

On verra, déchaînant tous les maux de! » guerre, Les enfans d’Éleusis ensanglanter la terre.

Bienfaitrice des dieux, nourrice des humains, Je suis Cérès. Allez, que vos pieuses mains M’élèvent un autel sur le mont Callichore; Que de vos dons brillans mon temple se décore, Ainsi vous-me plairez, et mes rites choisis Devtendront la richesse et l’honneur d'Éleusis. »

Transforsaant, à ees mots, sa taille et son vidags, Cérès se dépouillait des insultes de l'âge; De grace et de splendeur ses mèrabres dniméa Répandaient la lumière en torrens enfammés; Une suave odeur embaumalfaa parure ; Sur son heau cerps flattait sa bloude chevelure ; Et, couvrant le palais d’un océan de feux, Comme un oiseau rapide elle a fui loin des yeux

Tremblante de frayeur, la pâle Mtanire À chancelé; la voix sur ses lèvres expire, Et son fils sur le sol frissorme délaissé Sans que sa maïn l’enlève à ce berceau glacé. Mais, aux cris de l'enfant, ses sœurs à demi-nues De leurs lits parfumés soudain sont accourues. Sur son seln virgisal l’une l’a réchauffé ; L'autre allume les feux; d’un accent étouffé La troisième avertit sa vénérable mère ; Puis toutes avec crainte énvironnant leur frère, Ont lavé dans le bain ses niembres défaillans, Et prodigué pour lui les secours bienveillans. Mais, Cérès manque, hélas! à ses douleurs cuisantes; Au nourrisse 1 des dieux que ces mains sont pesantes!

Toute la muit, I reine et se5 trisles enfans Adressent à Cérès leurs yœux et lewr encens ; Leur piété s’attache à fléchir sa vengeance;

Et sitôt que l’Aurors au sein des aèrs s'élancæ, . Elles portent leur trouble en présence du ras. .. Le peuple em. cnvoqué ; glacé d’un’saint effroi.

| À CÉRÈS. &79 Sous les décrets divins le monarque s'incline. Par sés ordres puissans, aù front de la colline S'élève un temple auguste à Cépés consacré, Là, vivant lent des dieux de:l'obympe azuré ,. : L’immortelle, absorbée en sa douleur ‘amère, Nourrit son deuil sauvage et sa longue colère.

Bientôt son désespoir carrompit les saisons.

Leschampsétaientsansfruits, lesguérétssansmoissons(18). En vain les bœufs trainaient la pesante charrue:

Des épis desséchés la richesse perdue Allait livrer la terre aux besoins malfaisans,

Et priver les grands dieux d’honneurs et de présens, Si Jupiter, touché de la détresse humaine,

Vers Cérès, des hauteurs du céleste domaine,

N’eût soudain fait descendre Iris aux ailes d’or.

Aux remparts d'Éleusis dirigeant son essor,

La céleste courrière aborde la déesse,

Qu’un voile noir couvrait, symbole de tristesse;

Et, par l’ordre sacré du monarque des cieux, ‘” Sa douce voïx l'appelle au conseil des grands dieux. Mais Cérès implacable a de Jupiter même

Bravé par ses dédains la puissance suprême. :

Des dieux, pour La fléchir tour-à-tour députés, Les vœux sont mécouaus, et les dans rebutés ; Cérès refusera à Rrauche et solitaire,

Sa présence à. lolympe et ses fruits à la terra,

Tant que sa We, objet de regrets éternels,

Ne sera paint rendue à ses pleurs maternels.

480 HYMNE Jupiter respecta ses douleurs légitimes :

« Hermès, près de Pluton descends aux noïrs abimes, Dit-il , obtiens de lui par tes sages discours " Que, revoyant l'objet de ses pieux amouts, Cérès désarme enfin sa fatale vengeance. » :

Des monts du ciel, Mercure, à cet ordre, s’élance; Et, pénétrant au sein de l'empire des morts, Visite en son palais le dieu des sombres bords. Assise à son côté, la triste Proserpine Redemandaiït sa mère et la clarté divine; Le prudent messager s'approche de Pluton.

«Monarque aux noirs cheveux, qu’adore l’Achéron, Jupiter, qui des dieux gouverne la famille, Veut consoler Cérès en lui rendant sa fille.

Cérès a médité de sinistres desseins.

Son courroux, desséchant la race des humains, Aux gouffres de la terre enfouit la semence, : Et d'honneurs, de tfbuts prive notre puissance. Le doux banquet des dieux par elle est déserté, Obstinément assise en son temple écarté, Le rocher d’Éleusis devient son seul asile. »

Le noir Pluton sourit, à ces ordres docile.

« Eh bien! va de ta mère appaiser le coutroux, Dit-il à Proserpine ; et, par des vœux plus doux, Toi-même enfin modère une douleur farouche, Suis-je donc un époux indigne de ta couche ?

Lorsqu’en mes noirs états tu viendras me revoir, Sur tout ce qui respire étendant ton pouvoir,

À CÉRÈS. 481 Parmi les immortels.qué Funivers adore, | Tes honneurs; déjà-grands, serent plus grands éncore; De cruels châtimens frapperaient Piasensé-:

Qui n’implorerait pas on autel courroncé. »

Proserpine, à oes rois, iressaïlle d’allégresie, Mais, à fuir des enfers tandis qu’elle s'empresse, Pluton (de son retour 9e gage est assuré)

La force à se nourrir du germe colnré

Que recèle en ses flancs 1a grenade sénglänte; . C’en est fait, des Enfers la voilà dépendante. Alors lg roi du Styx à soùû char fastueux

Attelle ses coursiets‘aux bonds imipétueux ;

La jeune reine y'morte, et Mereure auprès d'élle, - Tenant le fouet noueux en sa main iémortélle, : Sort des vastes-états par la nuit attristés; |

Les noirs chevaux ont fui dans Pespabe emportés.

Ni les fleuves grondans, ni les creusés vallées,

Ni des profondes'mers les eaux amontelées, N’arrêtent leur essor dans l’immense univers;

Leurs chemins sônt frayés aux campagnes des airs, Au temple d'Éleusis enfin le char s’arréis.

Au bruit des prompts coursiers, Cérès levant la tête, Voit sa fille, et soudain, commé sur les coteaux, | S’élance une Mépade agitant ses flambegux,

Elle vole en sés bras (19). Proserpiné épérdue, Plus prompte que Foiseau qui traverse la' nue, Descend du char rapide, et ses baisers divins Pressent de l’immortelle et la tête et les mains.

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