AYMNE
Cérès, en caressant sa fille bien-aimée ,
Sentit couler les pleurs sur sa joue :enflammée. | Long-temps sa voix se brise en des sons impuïissans. Elle maîtrise enfin le trouble de ses sens.
«Proserpine, ma fille, il faut dire à ta mère La simple vérité sans détour, sans mystère.
Si sur ta lèvre au sein des lugubres palais, Aucun suc noutricier ne reposa jàmais, Revoyant pour toujours le céleste empyrée, Parmi les dieux:sereins tu yivras hônorée.
Mais, pour pgu que des mêts.ta bouche ait approché, L’Achéron te réclame , à sa proie attaché.
De chaque année, hélas! en trois parts divisée, Tu donneras ua tiers au funèbre Élysée ; | Le reste te verra, dans les banquets des cieux, Partager l’allégresse et le bonheur-.des dieux. Oui, du printemps jamais les puissantes baleines Ne vêtiront les bois, n’émailleront-les plaines, Sans que tori arrivée aux parvis fortunés, Charme la terre:émue et les cieux étonnés.
Mais par quel art Pluton a-t-il pu te séduire ?
De tes malheurs, ma fille, il est temps de m'instruit . |
Proserpine #'écrie : «Apprends la vérité.
Lorsqu’invoquant des dieux la sainte autorité, Aux gouffres de l’ Érèbe Hermès m'eût réclamée, Je m’élançai vers lui de ma couche embaumée.
Mais, avant de me rendre à la splendeur des cieux; Pluton me fit goûter un fruit délicieux. :
A CÉRÈS. | 485 Maintenant, Ôd ma mère, écoute par quel crime Ce dieu, que secondait le monarque sublime, Osa, me dérobant la lumière des airs, Entraîner ma jeunesse au seuil noir des Enfers.
« Folâtrant dans les prés au penchant des montagnes, J'allais cueillant des fleurs, et mes jeunes compagnes Me suivaient en riant ; Phéno, Calliroé , La tendre Calypso, la vive Ocyroé, Chryséis, lanire et l’aimable Glaxaure,
Et Rhodope et Diane et vingt autres encore.
Nous unissions en téuffe et la rose et l'iris , Le safran parfumé, l’hyacinthe et le lis, Et le narcisse enfin, jet brillant de la terre. J'arrachais cette fleur sur un bord solitaire ; Soudain le sol s’entr’ouvre, un char monte, et Pluton, Malgré mes cris affreux, m’emporte au Phlégéton: :‘ Ma mère, j’ai tout dit. » Ainsi les deux déesses, Prodiguant les discours et les tendres caresses, Versaient un baume heureux en leurs cœurs agités. - Hécate alors survint près de ces déités,
Et, tombant dans les bras de la jeune immortelle, Demeura pour jamais sa compagne fidèle.
Cependant Jupiter, consommant ses décrets, .. Dans le conseil des dieux veut rappeler Cérès.. «Qu’aux remparts d'Éleusis la vénérable Rhée Lui porte de son roi la parole sacrée :
Cérès va retrouver tous les honneurs divins ; Un tiers seul de l’année, aux parvis souterrains,
484 HININÉ Sa fille doit sübit an exit nétessafre :
Le reste dé son temps aphättient À ba mère. v
Le déesse obéit aux lois de Jupiter; ‘ Et, se précipitant des sommets de l’éther, Aux monts du Rharïos, magüêtes si fertilbs, Elle descend; ses yeux dé surprise immobiles Ont vu des champs déserts, arides, désblés ,: : : Que, d'un pied destructeur, Cérès avait foutés. Le froment dans la terre égare ses largessés; | | Mais, quand du doux printemps renaîtront es tichesses, Les épis entassés par l'amour de Cérès, . En lourds faisceæx eïñcor couvriront ces guérêts.
L’auguste messagère abordant l’insmortelle :
« Ma fille , dans les cieux Jupiter te rappelle Nos célestes honneurs ne te sont point ravis (20); Un tiers seul de l’année, aux ténébreux parvis, Ta fille doit subir un exil nécessaire , Le reste de son temps appartient à sa mère.
Viens; contre Jupiter modère tes chagrins; Rends les fruits aux sillons et le soufile aux humains. Viens, ma fille. » Elle a dit; la déesse appaisée Rend la saveur des fruits à la terre épuisée. La terre, recouvrant ses antiques honneuts, Se revêt de feuillage et se pare de fleurs. : Eumolpe et Triptoléme et le bon Dioctée , Et des peuples puissans l'heureux pasteur Célée , Ces oracles des lois, ces servans des autels, Sont instruits par Cérès en des rits immortels
A CÉRÈS. 485 Que l’on doit pratiquer sans vouloir les comprendre, Qu'’aux profanes surtout je m’abstiendrai d'apprendre, : Tant la terreur sacrée enchaîne mes discours! Of quels heureux destins sont promis pour toujours Au mortel introduit dans ces pieux mystères!
Mais aux rites sacrés les âmes étrangères Ne pourront pas connaître, au séjour de la mort, Cette félicité que nous garde le sort (21).
Leurs desseins accomplis, Cérès et Proserpine Remontèrent ensemble à la voûte divine, Fières de conserver aux parvis glorieux, Le respect de la terre et la faveur des cieux. Heureux est ici-bas l’ami de ces déesses!
Plutus, selon leurs vœux, dispense les richesses.
O reine d’Eleusis, déesse des saisons, Toi qui verses sur nous le trésor de tes dons, Blonde Cérès, et toi, toi, sa fille chérie, Bénissez votre chantre et protégez sa vie ! Jamais je n’oublirai vos célestes présens.
Mais la muse m'invite à de nouveaux accens.