CHAPITRE XIII
1.' Coinment le pape se sert des princes pour affermir sa domination.
IL. Comment les prélatures s’obtiennent par la violence, et comment les hommes dignes en sont écartés.
eur sans pes et de Pour étæ rination , se à tout les excès hés, dès lang-temps, à capter, par quelque moyen que ce fût, la faveur et l'amitié des primoes temporels, qu'ils avaient à cœur d’imiter. Dana cette vue, rien ne leur coûte , bénéfces prodigués aux créatures de ces princes, dons, promesses, consentenrens accordés avec complaisance, et décisions subversiyes dela doctrine évangélique ; en un mot, ils ont si bien foulé-aux pieds et prestitué l'Église universelle, qu'ils n'est pas, pour ainsi dire, dans les états des princes auxquels ils font la cour,
une seule petite prébende dont ils osassent disposer ‘sans l’assentiment de ces souverains. Vient-il à mourir un évêque, un doyen, un desservant, ou quelque autre ecclésiastique, celui qui aspire à lui succéder a grand spin de s'adresser au roi avaït d’aller trouver le pape, ou plutôt” personne n’est assez insensé pour solliciter auprès de celui-ci sans être muni de lettres royales. Ce que je vais dire est à peine croyabk : si le roi a dans sa maïson quelque personne de confiance, quelque pärent, quelque familier ; en un iuot, un ami qui lui soit cher à quelque titre qué ce sait, et si cet ami sol-
la prière ; et s'd arrive aux pâpés de u’y-point ob- ‘tempérer ; et d'envoyer d’autres sujets que ceux qu'on leur propose, ces derniers sont'sûrs de n'être pas reçus. €’est'ainsi que toutes lés prélatures vacantes, que tous les’ bénéfices fruclueux
BE L'ÉGLISE, 39 se sont trouvés insensiblement envahis par cette famille séculière, ignorante de toutes les choses. de l'Église et de tous les mystères sacrés. C’est ainsi qu'en ont été écartés tous les hommes savans (je veux dire, savans dans .les lettres saintes), tous les personnages probes, justes et vertueux, qui franchissent rarement le seuil du palais des rois ; tandis que ces places ont été prodiguées aux ambitieux, aux adulateurs, aux histrions, enfin aux hommes souillés de tous les vices, dont les cours des princes sont peuplées. Car, enfin, parmi les prêtres élevés de nos jours à la dignité pontificale, quels sont.ceux qui, même par manière d'acquit, lisent, écoutent, appreunent par .cœur les saintes Écritures? quels sont ceux qui.seulgment aient jamaïs touché du bout du doigt la couverture d’une bible, quoiqu’en recevant Finstitution canonique, ils fassent serment de connaître.ces divins écrits? Bref, les prélatures sontoccupées, ou.par des hommes ignares et illétrés, ou par des hommes dont l'instruction ne s'applique qu'aux lois mondaines et aux sciences lucratives interdites à leur état. À l'égard de la loi divine et de l’érudition spirituelle, par lesquelles ils doivent conduire le peu- -ple dans les ‘voies. du salut, ils n’en ont pas la plus légère connaissance.
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nyMw AAA AAA AA a armani CHAPITRE XIV.
TJ. Que le soin d'amasser de l’argent est la principale occupation des prélats dont il vient d’être parlé; | II. Qu'ils se moquent des hommes pieux ; III, D'où vient dans les prélats cette soif de l'or.
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I. Finèzes aux mœurs et à l'esprit de leur état, ils ne convoitent que le gain, et vont à la pêche, non des âmes, mais des bourses ; l'argent est leur culté et leur Dieu ; toutes leurs pensées, toutes leurs actions, se dirigent vers les moyens de l’accurhuler. C’est pour cela qu'ils disputent, combattént, plaident, invectivent; la perte de dik mille âmes leur serait plus facile à supporter que celle de dix ou douze sous. Que dis-je, plus facile! le’ souci du salut des fidèles leur est entièrement étranger, tandis que le plus léger dommage apporté à leurs affaires domestiques les met, pour ainsi dire, en furie.
IT. Que si, par hasard, il se trouve un pastéur d’une conduite différente, qui méprise l'argent et condamne l’avarice; qui ne veuille point, par toute sorte de moyens justes ou injustes, dévorer la substance de son troupeau, ou qui s'attache à le diriger vers le ciel, par des exhortations et des
DE L'EGLISE. 41 prédications salutaires ; un pasteur enfin à qui la loi de Dieu soit plus chère et plus sacrée que celle des hommes, aussitôt tous les autres, comme des loups enragés, le déchirent de leurs morsures. Ils
J'appellent inepte et indigne du sacerdoce. « C’est,
disent-ils, un pauvre homme à qui les lois humaines sont inconnues qui ne sait ni défendre ses droits, ni conduire son diocèse; un homme inbabile à faire peser à propos la verge des .censures canoniques, et. qui n'a-rien appris quà prier indolemment et à débiter des sermons ; fonctions, ajoutent-ils , bonnés à renvoyer aux moihes mendians, que ne distrait nul soin, nulle administration temporelle, et qui n’ont à vaquer à aucune occupation plus utile. » Aussi l'étude des saintes Écritures et le ministère de ceux qui en professent l’enseignement, sont-ils devenus pour eux un objet de risée. Et ce qu'il y a de plus nfonstrueux encore de la part des évêques, d'est quils substituent leurs propres traditions aux préceptes divins ; de sorte que cet illustre.etexcelleñt pffice de la prédication, qui est tout à la fois & devoir et la prérogative des-pasteurs , est tomké dans un tel avilissement, que les prélats n'estiment “rien plus au-dessous de leur dignité.
III. Mais tout en examinant les scandalens abus de la cour de Rome, j'arrive à des vices qui sont communs aux autres prélats, et sur lesquels, puisque l'occasion s'en présente, Je veux m'arrêter un moment. D'abord, personne ne. doit
s'étonner que nos évêques mettent tant d’ardeur à extorquer de l'argent de toutes parts, et que ceux à qui il en coûte si cher pour devenir pasteurs, cherchent à réparer leur faiblesse, leur maigreur et leur inanition, en se nougrissant du lait, en se couvrant. de Ja laine, en s’engraissant de la substance de leurs brebis. Les mouches maigres piquent plus fort, dit le proverbe; et l'on sait que tout animal affamé se rue avec plus de fureur sur sa proie. Ils ont beau être riches avant d'arriver aux fonctions pastorales (et ce ne sont pas les pauvres’ que l’on y admet), ils sont tellement obligés de vider leurs coffres pour payer leur nomination, -qu'on ne doit pas être surpris de leur avidité à les remplir de nouveau. Ils prennent pour modèle le sagd'agriouiteur qui s'efforce de recouvrer au eentuple-sa sgmence, ou l’habile négociant qui revend ses inarchandises ‘avec un gros bénéfice. Que, pour an crimé énorme, vol, homicide, rapt ou sacri- Vlége, quelque ecclésiastique soit mis-en prison, au palh:et à l'eau, H'y pourrira jusqu'à ce qu'il ait ramñssé l’argent qu'on lui demande pour l’absoudre. 'La-t-il fourni? Le voilà blanc comme neige, et libre de recommericer. Il n’est point de faute, d'erreur, de maléfice, même de crime ca- -pital, que l'argent:ne rachète. La juridiction de l'Église est devenue si violente et si tyrannique, que’les hommes aiment mieux aujourd’hui subir lesrjugemens des despotes les plus inhumains, que ceux des prêtres.
DE L'ÉGRISE. 1
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