CHAPITRE XXIV
I. Comparaison des mœurs actuelles avec celles de nos pères. Il. Invocation de l’auteur à l'Éternel.
I. Cowprez maintenant ce genre de vie, ces mœurs, @égime, avec la discipline primitive de nos pères, avec-lcur charité, leur continence, leur sobriété, leur sévérité rigide; et, si vous n'êtes plus aveugle que la taupe, vous trouverez entre eux autant de, distance qu'entre la boue, et l'or ; vous croirez, en déscendant de ces âges au nôtre, voisin de la fin des siècles, parcourir toûtes les parties, de cette statue colossale qüe Nabuchodonosor vit en songe, en commençant par l'or de sa tête; et en arrivant, de dégénération en dégénération, à l'argent, à l’airain, au fer de son corps, et enfin à l'argile et à la fange de ses pieds (11).
IT, Voilà donc, ô mon Dieu ! ce qu'est devenue cette vigne choisie que toi-même, jadis, plantas de ta propre main, et que tu avais entourée de haies et de pieux contre les bêtes malfaisantes! | Est-ce ainsi que le renversement de ses barrières
Pa livrée añx ravages et aux dégradations ! Faut-il la voir aïnsi dévorée de ronces ct d’épines? Faut-il qu’au -lieu des doux raisins qu’elle devait porter, elle ne soit chargée que de baïes sauvages, et qu’en la pärcourant tu ne puisses plus reconriaitre cet antique objet de tes soins et de ta culture? Regarde : tous les animaux la déchirent ; tous les troupeaux des champs la foulent aux pieds. Vois le sanglier sortir de la forêt, la ruiner et la désoler ; vois après lui toutes les bêtes féroces y porter la dévastation, et se repaître de ses bourgèons les plus beaux. Seigneur , je t'en conjure, détourne de de cette vigne chérie les traits de ta colère et la verge de ta fureur! Abaïsse sur elle, du haut des cieux’, un regard de commisération! Si ce n’est pas pour nous qui en*sommes indignes, que ec soit pour glorifier la clémence ineffable de: .ton nom! Nous savons que de tels châtiment ,‘et de pires encore, sont dus à nos impiétés. Nous savons que nos péchés sont plus nombreux que les grains de sable, plus graves et plus âpres que toute amertume; mais noûs savons auÿsi que ta miséricorde surpasse toutes les fautes des hommes, commises et à commettre, tous les crimes qui peuvent'se présenter à l'imagination. Nous savons que ta céleste bénignité, qui n'est jamais lasse de pardon, l'emporte toujours sur ta justice, et que c’est la première et la plus universelle de tes œuvres. Nous savons que tu es un père; que, quoique dégénérés, nous sommes encore tes fils, et
que la main d'un père est douce à’ punir les plus graves erreurs de ses énfans. Ah! je sais bien ce qui s’oppose à ce que tu nous plaignes et neus ‘pardonnes, quelque violent désir’ que tu en éprouves; c'est que nous ne nous repentons pas de nos péchés; c'est que nous ne voulons pas, revenir à toi dans les larmes, quoique tu nous envoies, par la bouche de tes prophètes , des avertissemens si frappans de tes vengeances, et de ce qui peut les désarmer. Mais nous, têtes dures’ et cœurs indomptables, nous n’écoutons pas tes offres de clémence ; nous méprisons également tes remontrances et tes persuasions ; et lorsque tu ne demandes qu'à pardonner nos anciennes fautes, nous les aggravons par de nouvelles! Voilà pourquoi tu deviens sourd à nes prières i et, loin de retirer ta main avancée pour. nous châtier, tu l'armes sans cesse de plus terribles menaces ct de plus cruels fléaux.
DE L'ÉGLISE. : m1