‹ Bibliothèque étrangère d'histoire et de littérature, ancienne et moderne; ou, Choix d'ouvrages remarquables et curieux, traduits ou extraits de diverses langues, avec des notices et des remarques;Chapitre 37 sur 126 · NOUVELLE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

NOUVELLE PREMIÈRE

—n$ÿe

, * LODOVICAÀ.

Dans la noble ville de Plaisance, vivait, il y a peu de temps, un beau jeune homme, orné de mille vertus et de mille qualités , et qui s'appelait Carlo de Viustini. Il inspirait de l'amour à beaucoup de femmes nobles et charmantes, mais surtout à Lodovica; c'était une jeune veuve fort belle , de manières aimables ct distinguées, en un mot une brave femme, il faut le dire, quoique son avanture ait mal fini (1). Elle sut si adroitement se conduire dans son intrigue avec ce jeune homme, que, quoiqu'il fût pourchassé par un grand nombre de belles, aucune autre ne fut en possession de sa personng ni de son cœur; et long-temps leur amour demeura si bien caché, qu'il ne fut connu d'âme vivante, excepté d'une femme de chambre qu'il avait bien fallu mettre dans la confidence. Mais la fortune, qui se plaît à troubler da

DE PARABOSCO. : 105 juie des dns, lie voultit pas que ceux-ci Jouis-, séhit plus lorig-temps des charmes de léur sécrète union. Un jour que Carlo sortait de l'église, utie jetiné et tfés-jolie petsotilié laissa tomber pär ka-

sitd un de des gatits. Dés thilliers de main s’éthiptesbérent pour le rdinässer ; Carlo, plus prompt qe tous les autres , le préséntà respectüeusement à Fiorétta, c'était le noin de la jeutie Bersonhe. Elle lé ébüt avéc modestie, ët Fehierciä Catlo de sa peine i tiais das ce momérit leufs regartls $e réticohitrêrent dvec une telle fiuissance, qüe le malhéutéüux, frappé d'uühë atteinte subité, deviht pâle et déBgüré confie ürié rosé foulée à loire. Fiotelti partit, aù itillleu d’üti urmuüré général d'admitälion; Et lihforluné Carlo, à qui le coùp mortel était porté, se retira dans la partie fa plus solitaite dé l'élise, potir chercher par quels müyets 1] püutfdit jouir de cette mervellleuse betttifé (2): El tésolüt de devenir son adotateur et dé là niéFiter pdf wh Jong kerväge. Dès cé riidment Lodovica ne fut rien pour lui. l rie lui faisait plus qe des visitePcourtes et fdrés; et , au Jieu de ces ritiité pdssionnées qu'auüparaÿant il passait presque toutes dans ses bras, à peirie, maïriténant, à force dé-Hetttes ét d’imstañces, Iti dohhaït-il par mois quelques ioméns pleins de tiédeur et de distractiotis. Toutes ses pensées , lüus ses soins étaient toürnés vers son nouvel amour.

Un añ se passa däns cette Situation, si cruelle pôoüt là pauvre veuve qui supporttit et déguisait

ses chagrins avec une patience incroyable, et L dont tous les efforts, pour découvrir sa rivale, étaient infructueux. *

Cependant Carlo n avançait point dans ses nouvelles amours ; ou plutôt toutes ses peines n’aboutirent qu’à recevoir de la sage Fioretta le refus le plus décidé. Le malheureux perdait la tête; bientôt, du plus beau, du plus gracieux jeune homme de Plaisance, il devint le plus hâve et le plus sauvage ; et, tandis qu’il se minait de manière à laisser peu d'espérance de guérison, personne ne pouvait deviner Ja cause d’un -changement si extraordipaire. Ses chagrins s’irritaient encore par les larmes de Lodovica, de cette amante passionnée, doublement misérable de n'être plus aimée et de le voir mourir.

. Enfin, bien convaincue qu’une flamme violente

ouvait seule le réduire en cet.état de dépérissement, elle décida de mettre tout en œuvre ‘pour Jui arracher son secret. La première fois qu'il vint la voir, elle prit un air serein et agréable; et, l'ayant fait asseoir auprès d'elle sur @n lit de repos: « Mon chér Carlo, lui dit-elle, je crois t'avoir donné des preuves de la plus vive tendresse , et il est vrai de dire que jamais homme ne mérita-mieux que toi d'être aimé. Parle-moi donc sans‘détour; que pudeur ni pitié ne.te retienne; car je te jure par. l'immense amour dont je brûle et brülerai éternellement pour toi, quels que puissent être tes torts, que le désir qui m'anime est de te secourir et non

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de te quereller. C’est ton contentement qui toujours.fait le micn.-Sans doute je mentirais en disant que je n’attachais pas un grand bonheur à: ejouir de ta beauté, surtout à l'idée flatteuse d'en être digne; mais je le jure de nouveau que la félicité que tu puisais dans mes bras, était ma première volupté. Ne crains donc point de me faire. outrage en cessant de m'aimer, et.ne sois troublé d'aucune compassion envers moi. C’est à ton seul intérêt que toutes mes pensées se rapportent, et ma reconnaissance d’avoir été aimée si long-temps, est assez grande, pour que je veuille t'en récompenser par un dévouement sans limites. Ouvre-moi tout ton cœur et raconte-moi tes peines. Les sou- Jlager, comme je crois y parvenir, sera nous rendre heureux l’un et l’autre. Dis-moi, cher Carlo, estce l'amour. qui te consume si misérablement?

Parle, je t'en conjure. À qui peux-tu'mieñx confier tes chagrins qu’à celle qui t'aime tant et qui a la volonté, l'obligation, et, je le crois, la puissance de les faire finir? Aic pitié de toi-même, aie pitié de la douleur où tu me ‘plonges. Dismoi ton mal, et sois sûr d'en être bientôt délivré. » | os Malgré ces vives et adroites instances, Carlo ne Jui répondit long-temps que par. des larmes. Mais elle insista si fortement et le persuada si bien de son amitié açtive et désintéressée, qu'il lui avoua enfin son amour.pour Fioretta dont l'indifférence, ajouta-t-il, le réduisait au désespoir.

À péitie maîtresse de ce fatal secret, l’infortunée Lodovicä $entit sôû cœur déchiré de tous les serpehs de Ja jalousie et de la vengeance. Ce n'était point côhitre un infidéle toujours adoré quesetout-* naient $éé füreuürs; c’étäié contré $0h: innocente riväle: Pet s'en fallait qu’elle ne lui fit un crime, mênie de sa résistance et dé sa vertu. Elle voyäit dâns «cet ingé üne ihagicienne qui détruisait $es plaisirs, ude voleusé qui lui dérobait soh bien. , Eùfà; S'échauffäht de plus en plus dans 363 4ffretises idées, elle vint à croire que, si Fivretta

n'était pli, Carlo réprebhdrait doucemeht sa première chaîne; et, conñcevant l’hôrrible projet de se débärrasser de soh ennemie par un assassinat, elle attendit ie jour avec impatience pour accomplit sûi dessein. |

Là inère de Fioréttà était sa parente; elle les in- Jita toutes le deux à passer I sbiréé dans un petit jardin qu'elle avait hors la ville ; et, parmi les rafriichissemens qu'elle servit à sa victime, elle trouva môyeh de glisser un poisoïi que Finfortunée Fioretta but sans aucune défiance. L'effet en était ealculé de manière à n'agir qu’au bout de quelque temps. La compagnie se sépara donic'saris le itioindre troûble; mais peu de temps après que Fioretta fut rentrée chez elle , les ravages du mal sc manifestérent avec une telle rapidité que bientôt elle expira. Elle fut pleutée de toute da ville; sans que personhe fût soupçonner la cause de cette mort violente ét é“udhine; car le poison étail dé

DE PARABOSCO. 109 telle nature que ses symptômes extérieurs n'offraient, pour ainsi dire , rien de sensible. °

Mais Carlo, dont l'imprudente confidence venait d'amener cette catastrophe, ne put en inéconnaître l’auteur. et la scélératesse de Lodovica lui devint manifeste. Décidé à mourir et à mourir de la même mort que celle dont il avaiÿ causé la perte, il fit pénétrer dans ses veines un poison brûlant, dont les effets aussi ne devaient pas immédiatement éclater. En cet état , il se rendit chez Lodovica qui, transportée d'allégresse en le voyant paraître, se confirma dans la pensée qu'elle allait recueillir le fruit de son crime. Ah! que sa joie se changea bientôt en un affreux désespoir! Carlo, s'asseyant près d'elle d’un air grave et tranquille, lui reprp- £ha son forfait, lui en révéla Les suites, et mourut

à ses yeux ep fl effroyables conyulsions.

Telle fut, dit Contarino, la fin tragique de ces malheureux amans, et je ne squrais dire si l’actg désespéré de Carlo doit être ipaputé plus particuljèrement à son amour ou à sa vengeance.

Une longue et subtile disçussiou s'étant engagée sur cette thèse, l'assemblée finit par reconnaître que les deux causes ayaicnt dû agir presque éga- Jement.

C'était le taur d'Ercole Bentiyogho : il l'prit hi parole ea ces termes. . |

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110 LES RÉCREATIONS

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