LES DEUX JEUNES SIENNOIS
VAAAAARARAAAS
Deux jeunes marchands Siennois, nommés Lucio -et Alessio, habitaient dernièrement Valence, belle et célèbie ville d'Espagne, où les intéréts de leur <ommerce: les avaient conduits. Ils s'aimaient de l'amitié la plus tendre, et devinrent amoureux de deux dames liées: entre elles d’une affection non moins intime. Lucio, amant plus expert et plus avisé que son compagnon, avait toùt is en œuvre pour faire connaître à sa maîtressé, appelée dona Isabelle, l'amour ardent qu'elle lui inépirait. Mais, soit défiance, soit défaut d’occasiorr, la dame ne l'avait encore payé que par de tendres regards. Les deux bonnes amies avaient pour époux de très: nobles cavaliers, de sorte que les jeunes gens n'ôsaient faire parvenir jusqu’à elles ‘ni lettres, ni messages, et se contentaient, en àttendant mieux, des doux regards qu’ils pouvaient saisir à la dérobée.
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L'occasion désirée arriva enfin. Isabelle se trouvait un jour dans l'église Ste.-ffanique avec une seule duègne fort complaisante ; lorsque la pluie | ow plutôt l'amour y conduisit aussi Lucio. Transporté de joie, il s s'approcha d'elle et ne put douter de son bonheur, eh voyant s'éloigner un peu la discrète suivante: « Belle ét charmante dame, lui dit-il, voilà déux ans entiers que je brüle pour vous , ét si le ciel, prenant pitié de mon martyre, ne m’eût offert cette occasion de vous parler, je mourais de mon mal iñfailliblement. Daignez doné, ô seule espérance de ma vie, prendre en considération tout'ce que j'ai souffert. Vous voyez que Île ciel lui-même est dans mes intérêts, et qu'il ne
veut pas que je languisse plus long-temp#. »
La dame, qui n’était pas moins. douce et accorte que belle, et’ qui s'était ‘très bien -iperçue de la passion de Lucio, ne voulut pas faire la prude plus que de besoin. « Seigneur, je ne puis nier, ré- ‘péndit-elle, que vous ne m’ayez donné des signes multipliés de votre amour. Je l'ai reconnu surtout à la discrétion que vous avez mise à m ‘épargner les lettres, les sérénades, et autres fadaises qui pouvaient compromettre mon honneur et vos jours. Je crois à la sincérité de votre tendresse, et à la ‘vivacité de vos souffrances; votre constante affection me touche d'autant ‘plus que vous deviez moins espérer d’en récevoir jamais le prix. Grâces soient rendues au ciel qui nous réunit sans péril en ce saint lieu. Tenez pour certain que je suis
112 LES . RÉCRÉATIONS touté à vous du fond de L'âme, et que je saisirai toutes les occasjgns de vous lea prouver.»
Il serait trop long de raconter les protestations ” du jeune Siennois et les effusions de ga reconnajssance. En bon et fidèle ami, il n’oublia point son cher Alessio, et pria Isabelle de le recommander $i bien à sa compagne, qu'il reçüût aussi le salaire de ses peines amoureuses. La jeune dame propmit de s'y employer de tout son cœur.
Bientôt, l'orage ayant cessé, et les apprachgs de yéprès" commençant à ameger dans l'église les fdèles ; les deyx amans se séparèrent; Lucia, ivre de plaisir, courut faire part à son ami de leur mutuelle bonne fortune.
Peu dg jours après, dona Isabelle. fit prévenir Lucio de se trouver la nuit suivante, à deux heuxes, avec Alcssio, à la porte de sa maison, qui g'ouyrirait paur les recevoir. Tous. deux volèrent au rendez-vous, et, en effet, ils furent bientôt introduits. Ils ne virent qu'Isabelle qui apprit à Lucio quels difficiles et périlleux obstacles il leur fallait surnronter pour se réunir, « Mon mari ..ditelle, ne sort presque plus de la ville ; les honneurs, les plaisirs cessent de le toucher, et ]3 cour ni la chasse n'ccpent ‘plus un seul de ses momens, À l'instant où je te parle, il est là. couché dans son lit d’où je me suis dérobée pendant son profond sommeil; mais comme il lui arrive quelquefois d'étendre le bras ou la jambe, encore faut-il qu'il
tres
sente quelqu'un près de lui; le rapprochement
DE PARABOSCO. 119 n'ira pas plus loin. Il est donc nécessaire qu’Alessio, vêtu de mes habits de nuit, nous rende le service de tenir ma place pendant quelques heures; cette marque de complaisance, dont mon amie promet de le récompenser avant le point du jour, peut seule rendre heureux Lucio. »
La proposition n'avait rien de flatteur ni d’agréable. Cependant Alessio, stimulé par son ami et par les promesses d'Isabelle, consentit enfin à revêtir Ja toilette de nuit de la dame, et à se laisser conduire par elle au poste dangereux qui lui était assigné.
Tandis queles deux amans jouissaient des délices de leur rendez-vous, le pauvre Alessio, quelque amoureux qu il fût, sentit bientôt un froid glacial le saisir, et regretta vivement d’avoir consenti à l'étrange preuve d'amitié qu'on lui demandait, A peine osait-il respirer, et, au moindre petit bruit qu'il entendait dans le lit ou dans la chambre, au plus léger souffle du ver, soit à la porte, soit à la fenêtre, il recommandait son âme à Dieu, Oh! combien de fois faillit-il tomber en syncope, à la seule idée du risque qu’il courait d’éternuer ou de bailler ! e Sot que je suis! se disait-il en lui-même; qui me dira que mon ami et moi ne sommes pas dupes de cette femme, et que son dessein n’est pas de nous faire assassiner tous deux par son mari?»
11 passa dans cette angoisse une grande partie dé la nuit, et, comme il vit les premiers rayons du
jour percer à travers les volets sans que la pro= BIBLIOTH. ÉTRANG. T. I. 8
messe qui lui avait été faite se réalisât, il ne douta plus que Lucio et lui n’eussent été amenés dans un coupe gorge. Cependant le jour devenant plus grand, d’autres pensées l’assaillirent. Il s'imagina ‘que Lucio et sa belle, accablés de fatigue et de plaisir, s'étaient endormis dans les bras l’un de l'autre, ou que, pour échapper au péril de eur situation , tous deux avaient pris la fuite. Déjà le malheureux préparait dans sa tête l’excuse qu'il emploierait au moment fatal de la reconnaissance, quand la porte s'ouvrant à grand bruit, lui fit voir Isabelle et Lucio qui arrivaient en riant et en se tenant embrassés.« Avez-vous fait bonne compagnie à votre dame?» dit la maligne Isabelle en levant la couverture, et en lui faisant voir que le prétendu mari qui lui avait fait tant de peur, n’était autre en effet que sa maîtresse même, (3) Ce fut une scène inexprimable de risées et de reproches, de caresses et de confusion. La récompense promise ne tarda pas d’être donnée avec usre à ce bon et généreux ami, et les mesures fürent prises pour que, pendant le service des deux maris à la cour, le service des deux dames à la ville n’éprouvât ni interruption ni ralentissement.
Le problème présenté par cette nouvelle était de savoir si Alessio, dans son dévouement, avait plus cédé à l'amour ou à l'amitié. Chacun débita là-dessus les choses les plus ingénieuses, et la discussion eût été interminable, si Aretin ne l’eût tranchée en racontant à son tour son historiette.
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AAA AAMAMAARAAAMA A RAR AARARA