CHAPITRE IL
I. L’affluence subite des choses temporelles enfante Pavarice des prêtres ; , . IT. Que les séculiers imitent.
HI. Le propre des richesses est d'amener l’oubli des devoirs sacerdotaux.
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I. Mais, comme il arrive ordinairement, dès que les richesses et la prospérité de l'Église y eurent introduit le luxe et l'insolence, on vit par degrés la religion tiédir, la vertu se relâcher, la discipline disparaître, la charité s’affaiblir, l’humilité se perdre, la pauvreté et l’économie tomber dans le déshonneur. Il fallut, pour assouvir les besoins d’un l@e effréné, se jeter dans les bras de l’avarice, qui, mécontente bientôt de ce qu'elle possédait, se mit à convoiter , à extorquer, à envahir le bien d’autrui; et, prompte à opprimer le faible, s'enrichit par le crime et l'iniquité. Et, puisque je suis entré dans un champ si vaste, il convient de m'étendre un peu sur cette exécrable peste, qui a tellement ravagé l'Église, qu'il lui reste peu de chose à dévorer. Je ne puis commencer mieux que par l'oracle’ d’un saint prophète, en appliquant aux prêtres de nos jours ces
14 DE L'ÉTAT CORROMPU paroles de Jérémie : « Depuis le premier jusqu'au plus grand, tous sont rongés d’avärice ; et du prophète au prêtre, tous pratiquent la fraude et l'imposture. »
IT. Comment pourrais - je parler assez de leur avidité insatiable, qui non-seulement semble supérieure à tout ce que les laïques peuvent réunir de cupidité, mais qui est pour tous les fidèles, nobles ou plébéïens, une lecon et un aiguillon d'injustices, de fourberies et de rapines? Que peuvent faire de mieux, en effet, de simples brebis que d’imiter l'exemple de leurs pasteurs; et comment les choses que ceux-ci se permettent , paraitront-elles défendues au troupeau? Mais suivons depuis le commencement jusqu'à la fin l’origine et les progrès de cette criminelle corruption.
. Lorsque l'opulence, ainsi que je l'ai dit plus haut, eut tourné vers les choses temporelles les esprits des serviteurs de Dieu, il leur devint impossible d’obéir à la fois à deux n@tres aussi opposés que le ciel et la terre; ils furent donc forcés de retrancher à l’un tous les devoirs qu'ils rendaient à l’autre; et plus leurs affections s'enfoncérent dans les gains temporels, plus leur soif irritée eut besoïin de puiser, et de puiser sans cesse à cette source de perdition.
III. Telle est, effectivement, la nature des richesses, que plus nous en sommes gorgés, plus le désir de les accroître encore s'allume avec violence dans nos âmes. Il arriva donc que peu à peu
DE L'ÉGLISE. 19 la piété et la charité s'éteignirent; que Dieu fut mis entièrement en oubli, et que les pensées des prêtres furent toutes absorbées par la convoitise des biens terrestres, et par le soin d’'entasser les émolumens , les bénéfices et les dignités. Aujourd'hui, lorsqu'on s'impose le fardeau de quelque fonction sacerdotale, de quoi s'enquiert-on? éstce du soin des âmes? du service divin? du salut et de l'édification des fidèles? non, sans doute; mais uniquement de la richesse des revenus ct de l'abondancedes produits. Encore dans cette information, ne fait-on pas entrer la condition de la résidence et d’un exercice journalier? Ce qu'il importe de savoir , c'est combien tel bénéfice peut rapporter par an dans un continuel état d’absehce et d'’oisiveté. Parmi ceux en effet qui postulent des bénéfices (et quelque mérite qu’on ait, on n’en obtient plus qu'à force de sollicitations et d’importunités), quel est celui qui demande le nom du saint révéré dans l'église convoitée ; ou quels sont, dans cette église, les mérites des saints , les châsses, les reliques; ou quelle sorte de peuple en forme le troupeau; quels en sont les mœurs, Îles qualités, les vices? Est-il un homme recherchant une abbaye, qui désire d’en connaître les règles, les observances, les cérémonies, la discipline? Qui voit-on balancer et éprouver ses forces, pour savoir si elles porteront le poids dont on aspire à se charger ? Qui est-ce qui médite sur ses propres périls et sur ceux de ses subordonnés? Qui songe
à les catéchiser et à les instruire? Qui, par secs actions ou par ses paroles, leur montre les voies du salut? Quel prélat, au contraire, ne s'efforce pas aujourd'hui de dépouiller son diocèse par tous les moyens qui sont en'son pouvoir? En trouvet-on qui aient pitié de la misère et tendent à la soulager? Loin de là, ne mettent-ils pas tout en: œuvre pour l’accroître ?
Montrons qu'il en est ainsi depuis la tête la plus élevée, jusqu'aux membres les plus humbles de l’Église, et considérons d’abord le chef, de qui tout le reste dépend.